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Dossiers

Introduction à la série

Les Episodes de la saison 1

A signaler d'emblée que tous ces textes devraient être garantis sans importants spoilers.

  • 1.01 - The Executioners
  • Réalisation : David Friedkin
  • Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin
  • Guest Stars : Jon Larch, Collen Dewhurst & Hugh O'Brian
  • Première diffusion 19/09/1962 aux USA - 28/07/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Même si des doutes semblaient exister quant à sa culpabilité dans le meurtre d'une femme, un homme est pendu. Peu de temps après, un inquiétant et mystérieux étranger (Hugh O'Brian) arrive en ville et sème rapidement le trouble en questionnant les habitants sur ce "lynchage", et notamment l’institutrice (Colleen Dewhurst), une vieille fille semblant avoir été bouleversée par cette pendaison. Quoi qu’il en soit et même s'il agace beaucoup de monde, l'étranger arrive à se faire embaucher par le régisseur du ranch Shiloh, Le Virginien...

Mon avis : Un premier épisode qui frappe très fort et ce dès son ouverture : pas moins qu’une pendaison publique en pleine rue, un "spectacle" dont semblent se délecter la majorité des habitants de la petite ville de Medicine Bow qui sont venus y assister en famille. Une séquence qui ne démérite pas face à celles des meilleurs westerns progressistes sur le sujet comme The Ox-Bow Incident de William Wellman et qui préfigure celle d’ouverture très réaliste du True Grit de Henry Hathaway. Pour une série de cette époque, c’est tout aussi étonnant que courageux et en tout cas sacrément engageant ! D’ailleurs, on constate peu après que le Virginien n’a pas voulu assister à la pendaison, pas plus que son patron, le juge Garth. A la fin de cet épisode d’une grande noirceur, on s’apercevra aussi au travers d’une tirade mémorable de notre personnage principal qu’il est non seulement contre la peine capitale mais également contre toute idée de vengeance conduisant à la mort. Il avoue même avoir été lâche et qu’il accepte même de porter sa responsabilité - ainsi que celle de ses concitoyens - dans le drame qui s’est déroulé au début de l’histoire. Il fallait oser ! Mais l’intrigue ayant de fortes corrélations avec le film noir, le suspense principal étant basé sur la personnalité inquiétante d’un étranger venu semer le trouble dans les esprits, il va sans dire que je ne pourrai pas vous en dire grand-chose de plus sous peine de déflorer plusieurs singulières surprises. Sachez juste que l’épisode ressemble assez à ces westerns qui jouent de l’apparition en ville d’un inconnu faisant tomber les masques de tous ses habitants qui ont presque tous sur la conscience des actions - ou inactions - pas très flatteuses ; du style Une Balle signée X (No Name on the Bullet) de Jack Arnold avec Audie Murphy ou encore Un homme est passé (Bad Day at Black Rock) de John Sturges.

Film noir mais également mélodrame psychologique teinté de tragédie grecque - quasiment digne d’un Tennessee Williams - à travers les personnages fortement torturés tenus par les deux guest stars, à savoir les excellents Hugh O’Brian et Colleen Dewhurst, qui dament d’ailleurs ici le pion aux comédiens principaux même si certains auront probablement du mal avec leurs interprétations respectives, très extraverties. Des rôles peu faciles, des protagonistes fortement agaçants et peu aimables de prime abord, remarquablement interprétés par ce duo composé par Hugh O'Brian qui a toujours été un second rôle très convaincant - Victime du destin (The Lawless Breed) de Raoul Walsh ou surtout L’Heure de la vengeance (The Raiders) de Lesley Selander dans lequel il était sadique à souhait - et Colleen Dewhurst, une comédienne de théâtre surnommée Queen of Broadway et que l’on retrouvera plus tard dans Les Cowboys de Mark Rydell, Les Complices de la dernière chance de Richard Fleischer ou encore Un silencieux au bout du canon de John Sturges. Les séquences réunissant le mystérieux étranger et l’institutrice s’avèrent d’une ambigüité et d’une puissance assez considérables, abordant des thématiques aussi adultes que le harcèlement, la frustration sexuelle ou encore la place de la femme dans la société de l’époque - une maîtresse d’école se devant de par son statut d’être moralement irréprochable au point de ne pas oser assumer sa sexualité voire même ne serait-ce que se montrer avec un homme. L'actrice est étonnante alors que Hugh O’Brian n’a peut-être jamais été aussi bon, sans arrêt sur le fil du ridicule mais n’y tombant jamais grâce à un cabotinage remarquablement bien maitrisé : ses mimiques, sa manière de se déplacer et de parler resteront dans les annales de la série - la direction d'acteurs doit y être aussi pour beaucoup.

Le troisième invité de l'épisode est le toujours excellent John Larch dans le rôle d'un homme de loi pas très rassurant et dont on a aussi du mal à comprendre immédiatement les motivations, un personnage moins présent mais dont l’écriture se révèle presque aussi riche que celle des deux précédents. Quant à nos protagonistes principaux, "les hommes du ranch Shiloh", ils restent encore un peu en retrait même si James Drury a droit à quelques mémorables séquences avec entre autres un combat à poings nus très teigneux, très bien monté et chorégraphié, filmé dans un cadre idyllique avec jolie cascade en fond de plan. Série de distraction en prime trime oblige, Doug McClure et Gary Clarke apportent légèreté et humour sans que le ton se fasse jamais lourd, sans que le contraste soit trop pénalisant avec la noirceur de l'ensemble, tandis que Lee J. Cobb est toujours aussi charismatique sans avoir besoin de trop en faire. Quant à Roberta Shore qui incarne sa fille - qui fête ses 15 ans lors de ce premier épisode -, son rôle n’est encore pas bien défini hormis le fait d’apporter lui aussi un peu de fantaisie en essayant de gentiment flirter avec les hommes du ranch. Universal ne semble pas avoir trop lésiné sur les moyens, témoins de très beaux extérieurs sans utilisation de transparences, une figuration parfois assez importante, d'amples travellings lors des scènes de chevauchées pour rassembler les pur-sang, une efficace scène de dressage de chevaux ou encore une belle séquence de bal avec des danseurs chevronnés...

Une histoire solide, des thématiques fortes, des personnages complexes et des situations tout à fait crédibles, de l’humour qui côtoie la plus extrême gravité sans que cela ne détonne de trop, une mise en scène honorable et pour englober le tout une merveilleuse partition de Percy Faith qui renforce la puissance et la beauté des dernières 20 minutes dont le tournage en studio n’est absolument pas rédhibitoire, les techniciens Universal - comme c'était déjà le cas dans les années 50 pour leurs séries B - ayant accompli un travail remarquable. Une formidable réussite que l’ouverture ambitieuse de cette série, signée par David Friedkin, un réalisateur ayant accompli la quasi-intégralité de sa carrière à la télévision. On part ici vraiment de très haut ; il va être difficile de transformer cet essai. La réponse très bientôt ici même avec Burt Kennedy pour prendre le relais...

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  • 1.02 - Woman from White Wing
  • Réalisation : Burt Kennedy
  • Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin d'après une histoire de Burt Kennedy
  • Guest Star : Barry Sullivan
  • Première diffusion 26/09/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Alors qu’il se rend assez loin du ranch Shiloh pour s’occuper du bétail, le Virginien arrive à White Wing, une maison dans un coin isolé que le Juge Garth, 15 ans auparavant, avait commencé de construire en souvenir d’une femme qu’il avait aimée et qui est morte depuis. Il y trouve trois hommes inquiétants, dont Dawson (Barry Sullivan) qui lui demande de prévenir Garth qu’il vient régler des comptes et que bientôt tout ce que le juge possède n'aura plus aucune valeur à ses yeux. Le passé va remonter pour le propriétaire du plus grand domaine de Medicine Bow...

Mon avis : Alors que le précédent épisode commençait de manière très sombre, les premières scènes de Woman from White Wing - inédit en France - s’avèrent au contraire plutôt bucoliques : les paysages forestiers traversés par nos trois comparses alors qu’ils conduisent un troupeau et recherchent quelques bêtes sont d’une grande beauté, rehaussés par des couleurs qui nous rappellent à peu près le glorieux et incomparable Technicolor des décennies précédentes. Quelques instants de quiétude et de nonchalance assez légers et plutôt humoristiques - avec notamment Trampas en éternel vantard de ses prouesses avec les femmes - qui ont surtout pour but de témoigner de l’amitié et de la complicité qui lient Trampas, Steve et le Virginien. A ce propos, leur patron dira au Virginien lors d'une discussion intime en se remémorant des compagnons très chers de son passé : "Vous êtes des amis, presque des frères, comme les trois doigts d’une main." Puis on arrive à ce fameux White Wing du titre, une maison en bois non terminée où se trouvent réunis trois personnages inquiétants. Tout comme pour celui qu'interprète Hugh O’Brian dans The Executioners, on n’arrive pas immédiatement à saisir les motivations de ces trois hommes peu affables dont on comprend très vite qu'ils sont des hors-la-loi évadés ; d’où une partie du mystère qui court durant le premier tiers de l'épisode. On apprend juste que Dawson a des comptes à régler avec le juge Garth et qu’un dramatique secret semble les lier. Il va falloir patienter un peu pour savoir ce qu’il en est.

En attendant, pour détendre l'atmosphère, on assiste à une séquence extrêmement cocasse qui voit l'arrivée en train du premier sénateur du Wyoming dans la ville de Medicine Bow. Une scène au cours de laquelle Trampas se moque de Steve du fait que ce dernier s'extasie comme un enfant devant une parade, avant de provoquer avec le Virginien une sorte d'esclandre en libérant un peu tôt leurs nouvelles têtes de bétail qui vont faire un raffut pas possible, ce qui va provoquer une fâcherie entre le sénateur et celui qui l'accueillait, non moins que leur patron dont la carrière politique est ainsi ruinée. A cette occasion, on constate avec plaisir que nos héros peuvent parfois se révéler de véritables chenapans indisciplinés, capables de désobéir à leur boss qui cependant ne leur en tient pas trop rigueur, ce qui rend tout ce petit monde encore plus humain. Il faudra néanmoins se contenter de ces quelques moments de fantaisie dans un épisode encore une fois plutôt sombre et qui s'attarde avant tout sur le passé du propriétaire du ranch Shiloh, sur les circonstances assez dramatiques qui l'ont conduit dans la région et sur certains de ses actes qui ne se révèlent a postériori pas très glorieux. Savoir dès le deuxième épisode que l'on trouve des parts d'ombre chez l'un des protagonistes principaux de la série - et non des moindres - renforce d'une part l'humanité de ce dernier, de l'autre nous démontre que le manichéisme ne semble pas être de mise chez les auteurs - la dernière très belle séquence l'entérinera par l'intermédiaire de Dawson - même si évidemment tous nos héros du ranch Shiloh s'avèrent extrêmement attachants.

L'épisode - superbement écrit par Burt Kennedy en personne - va donc principalement tourner autour de Garth, de sa fille Betty et du personnage interprété par la guest star de l'épisode, Barry Sullivan. Les deux thématiques principales sont à nouveau la vengeance mais aussi, encore plus prégnante, l'amour filial, qui sera d'ailleurs décliné à partir de deux points de vue différents. Je vous laisse cependant découvrir les relations qui existent entre ces trois personnages, à travers une histoire que les auteurs ont eu l'intelligence de ne pas nous dévoiler via un flash-back mais - grâce à une remarquable direction d'acteurs et des dialogues superbement écrits - par la narration de tous ces évènements dramatiques par Lee J. Cobb au cours de longues et sobres séquences en simples champs/contrechamps. Un épisode donc très bavard et quasiment dénué d'action - si ce n'est durant les cinq dernières minutes - mais cependant jamais ennuyeux pour autant grâce au talent des comédiens et des scénaristes. Lee J. Cobb se révèle un conteur hors pair et cela fonctionne parfaitement surtout qu'il a en face de lui un partenaire également talentueux, le charismatique Barry Sullivan (inoubliable aux côtés de Barbara Stanwick dans 40 tueurs - Forty Guns de Samuel Fuller ou encore dans Les Sept chemins du couchant - Seven Ways from Sundown de Harry Keller où il donnait la réplique à Audie Murphy) à qui l'on a confié avec son visage dur un personnage déterminé mais au final extrêmement touchant. Quant à la maladresse et l'inexpérience de la jeune Roberta Shore, elles conviennent parfaitement à son rôle et contribuent à nous la rendre bien plus sympathique que dans le premier épisode. Concernant James Drury enfin - absolument pas terne contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là -, comme déjà dans The Executionners, son Virginien se trouve en quelque sorte relégué au second plan alors même que le personnage sait se faire remarquer par sa force de caractère, sa droiture et sa franchise, ses interventions aidant toujours à faire avancer l'action dramatique ou à démêler les situations.

Pour le reste, une histoire solide et qui aime à prendre son temps pour se dévoiler à nous, des situations et un environnement toujours aussi crédibles - on découvre dans cet épisode le dortoir des cow-boys du ranch Shiloh -, un Tom Reese inquiétant avec son gros nez au milieu de son visage grêlé, une belle délicatesse de ton lors des séquences tout en retenue réunissant Roberta Shore et Lee J. Cobb - qui nous livre un grand numéro dans des séquences qui sans lui auraient pu être ennuyeuses -, de l'émotion et une certaine tension qui trouvent leur paroxysme dans le magnifique dénouement, les dernières images et ce très beau travelling ascendant. Un épisode encore assez ambitieux pour une série télévisée familiale. Et s'il s'agissait tout simplement de ce que Burt Kennedy avait fait de mieux derrière une caméra durant cette décennie ? Maintenant, il passe le flambeau à Ted Post !

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  • 1.03 - Throw a Long Rope
  • Réalisation : Ted Post
  • Scénario : Harold Swanton
  • Guest Star : Jack Warden
  • Première diffusion 03/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 8/10

Le pitch : Le Virginien craint de revivre à Medicine Bow ce qui s’est déroulé récemment au Mexique et au Montana, soit une sanglante bataille entre éleveurs et fermiers. En effet, des vols de bétail ont eu lieu et les soupçons se portent sur un paysan (Jack Warden) sur le point d’être lynché par le Major Cass, l’un des gros propriétaires de la région qui décide d’ailleurs de partir en guerre contre tous ces nouveaux colons, voire de les exterminer s’il le faut. Si le Juge Garth reste indécis quant à ce qu’il convient de faire, le Virginien refuse cette solution radicale quitte à se désolidariser de ses amis et de son patron…

Mon avis : Grâce au scénariste Harold Swanton ainsi qu’au réalisateur Ted Post - qui avait déjà travaillé à plusieurs reprises sur Rawhide avec Charles Marquis Warren, le créateur de ces deux séries westerns cultes - et même si les deux épisodes précédents volaient déjà bien haut, avec Throw a Long Rope on monte encore d’un cran. Cet épisode "politique" fait partie de ces admirables fictions - du style La Porte du diable d'Anthony Mann - qui prennent immédiatement leur sujet principal à bras-le-corps sans quasiment en dévier et qui, au risque d’une certaine austérité, ne se laissent distraire par aucune digression, filent droit sans se retourner et en s’attachant uniquement à leur réflexion sur des thématiques assez graves, en l’occurrence celles étroitement imbriquées au sein de l’intrigue que sont la justice expéditive pour les voleurs de bétail ainsi que les conflits sanglants qui opposaient souvent à l’époque gros éleveurs et petits fermiers. Des thèmes maintes fois mis sur le tapis dans le domaine du western - Le Souffle de la violence de Rudolph Maté en étant l'un des exemples les plus connus - mais qui auront rarement été aussi approfondis que dans ce film de télévision de 72 minutes qui s’avère tout aussi adulte que passionnant et progressiste. Ce qui n’est pas la moindre de ses qualités puisque la série peutt également à nouveau se targuer de ne jamais sombrer dans le manichéisme, les fermiers comme les éleveurs ayant chacun leur part de responsabilités dans cette montée outrancière de la violence contre laquelle le Virginien va d’ailleurs s’élever au risque de se voir abandonné de tous.

"If there’s a wrong, you fight it. If you don’t, you become part of it. That ain’t so hard to understand, is it." : pour résumer, s’il se trouve une quelconque injustice, il faut agir, car ne rien faire reviendrait à la cautionner. Pour notre héros, ce ne sont pas de mots en l’air et, ne voulant pas recommencer l’erreur du premier épisode, il décide cette fois de prendre le taureau par les cornes, mettant ainsi non seulement son avenir en danger mais aussi sa vie en choisissant le camp de la justice plutôt que celui de sa loyauté à ses amis / patrons / collègues. Alors qu’il n’était relégué qu’en arrière-plan dans les deux précédents épisodes, James Drury obtient cette fois le rôle principal et autant dire que, allant à l’encontre de ceux qui le jugeaient terne, le comédien se révèle aussi charismatique que son personnage s’avère admirable de droiture, d’intelligence et d’éthique. Même s’il reste un doute quant à la culpabilité ou non des fermiers dans les vols de bétail, le Virginien considère que ce n’est pas par la violence que se réglera le conflit qui se fait jour et que même si le fait s'avérait exact, ce ne serait pas une raison pour les traiter ainsi. Les auteurs ne craignent pas non plus de voir les spectateurs s’offusquer de certains comportements des autres protagonistes principaux et notamment celui de Trampas - qui tient ici dans un premier temps un discours assez haïssable, disant en substance que peu importe les lynchages si c’est pour ne pas perdre d’argent - ou du juge Garth qui tergiverse et qui, après mûre réflexion, estime qu’il n’a pas d’autre choix que d’en passer par l’extermination des colons. Avant cela, nous l’aurons entendu raconter à son régisseur les difficultés qu’il a eues à s’installer, ayant eu à combattre les Indiens, à construire son ranch de ses propres mains, à s’échiner au travail... Sur quoi le Virginien lui rétorque que les Indiens ont bien dû tant bien que mal s’adapter à leur venue et qu’au lieu de partir en croisade c’est à son tour de s’adapter et de cohabiter avec de nouveaux habitants. Un discours vraiment novateur et qui force le respect et l’admiration.

Au vu de la violence inouïe des idées des éleveurs, le Virginien va aller combattre aux côtés des fermiers - pour certains assez belliqueux, notamment lorsqu’ils se servent de Tatum comme d’un martyr en le faisant savoir en plein office du dimanche, une séquence étonnante elle aussi - et donc prendre les armes contre son camp. Mais avant cela, et malgré les réticences de la famille, il aura décidé d’aller aider Tatum aux travaux de la terre - ce dernier s’étant cassé la jambe lorsque la corde destinée à le pendre a été sectionnée - et sera également parti enquêter sur les véritables coupables des vols, prétexte pour les auteurs à de nombreuses séquences en extérieur, à une rencontre avec un homme des bois assez pittoresque dans son accoutrement et à l’insertion d’un personnage de policier suédois dont on entendra beaucoup parler sans jamais le voir ; et pour cause ! Une cause faisant partie des quelques surprises que je ne me permettrais pas de vous dévoiler, le résultat des investigations sur les vols étant pour le moins culotté tout en restant totalement crédible. Autant dire que le scénario de Harold Swanton s’avère en tout point enthousiasmant, tout aussi bien dans sa construction qu’à travers ses passionnantes réflexions sur une thématique pourtant rebattue dans le genre, ainsi enfin que dans l’écriture des personnages d’une richesse assez incroyable pour une série de l’époque. Il faut dire que les comédiens méritent tous les éloges, que ce soit James Drury aussi "grand" que son personnage, mais aussi les guest stars que sont John Anderson dans le rôle du cattle baron qui "semble être en manque d’actions sanglantes depuis la fin des guerres indiennes" ou bien Jack Warden - l’un des 12 jurés de 12 hommes en colère de Sidney Lumet - dans celui du fermier martyr ainsi que Jacqueline Scott qui interprète son épouse.

Pour la première fois dans cet épisode, il est fait allusion au passé du Virginien dans le comté de Fairfax, sa voix off nous donnant dans le même temps quelques éléments historiques concernant des conflits similaires à celui qui se prépare à Medicine Bow. La vie quotidienne de ses habitants est décrite avec toujours autant d’authenticité : cette fois nous assistons aux travaux des champs par un Virginien qui fait tomber la veste du dimanche pour aller bêcher et sarcler la terre d’une famille pour laquelle il éprouve de la compassion pour ce qu’on leur a fait subir. Cette fiction signée Ted Post - qui, entre ses deux westerns pour le cinéma, The Legend of Tom Dooley et Pendez-les haut et court, n’aura travaillé que pour la télévision - enfonce donc le clou concernant la qualité des débuts de la série ; elle dame non seulement le pion à 95 % des westerns des années 60 mais se révèle également être probablement ce qui s'est fait de plus intelligent et approfondi sur la question des rivalités féroces entre éleveurs et fermiers pour la possession des terres et des points d’eau. Il va être difficile de faire mieux que cet épisode, qui prend également le risque d'oublier humour et fantaisie qui auraient contribué à atténuer son aspect grave et tendu. Un petit chef-d’œuvre !

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  • 1.04 - The Big Deal
  • Réalisation : Earl Bellamy
  • Scénario : Winston Miller d'après une histoire de Richard Jessup
  • Guest Star : Ricardo Montalban
  • Première diffusion 10/10/1962 aux USA – 26/02/1967 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Les hommes du ranch Shiloh viennent accueillir Enrique Cuellar (Ricardo Montalban) à sa descente du train. L’élégant Colombien est l’invité du juge Garth ; les deux hommes doivent renégocier la location d’un lopin de terre que Cuellar avait hérité de son père, un bout de terrain enclavé sur le domaine du rancher et dont le bail vient de se terminer. Les négociations ne vont pas se dérouler aussi bien que prévu : Garth a caché à son bailleur la véritable valeur de ce terrain qui lui est indispensable pour son bétail et lui propose de le racheter à un prix ridiculement bas...

Mon avis : J'avoue avoir éprouvé une petite appréhension avant de visionner le 4ème épisode de cette saison initiale ; ayant lu comme quoi il s’agissait du premier de la série au ton dit "léger" et s’apparentant de plus à une comédie, j’ai craint de tomber soit sur une pantalonnade un peu lourde soit sur un épisode un peu naïf voire mièvre, d’autant plus lorsque l’on sait que les deux personnages principaux se révèlent être un bel Hidalgo et la fille du juge qui s’en enamoure. J’aurais dû faire confiance au créateur chevronné qu'était Charles Marquis Warren ainsi qu'à toutes ses équipes artistiques et techniques, et ne pas m'effrayer pour si peu ! Quoi qu’il en soit, me voici rassuré pour le reste de ce parcours-découverte de la série : non seulement l'épisode propose l'interprétation la plus délicieuse d’une guest star depuis son début - malgré déjà l’immense talent des précédentes - mais s’avère également tout à fait harmonieux dans le mélange des genres, la légèreté de la première demi-heure allant bifurquer ensuite vers plus de gravité sans que cela ne détonne. Le ton reste constamment juste, à l’image de l’interprétation magistrale de Ricardo Montalban qui à ma connaissance n’aura jamais été aussi savoureux, son gentleman colombien raffiné et galant se révélant un personnage inoubliable. La direction d’acteurs étant d’un égal "haut niveau" depuis le début, il se pourrait bien que ce soit Charles Marquis Warren en personne qui ait d’emblée imposé sa marque et ses directives aux différents réalisateurs qui se sont succédé derrière la caméra.

L’arrivée de ce Colombien à Medicine Bow va dans un premier temps être l’occasion d’une suite de séquences plus cocasses les unes que les autres sans que jamais celles-ci ne s’avèrent pénibles de lourdeur grâce d’une part au talent des comédiens tous très bien dirigés, de l’autre à des dialogues souvent très spirituels alliés à la finesse d’écriture de Winston Miller, scénariste d’un bon nombre de très grands westerns dont La Poursuite infernale (My Darling Clementine) de John Ford ou Terreur à l’Ouest (The Bounty Hunter) d'André De Toth. Pour résumer un peu grossièrement, nous sommes ici plus proches d’un Billy Wilder que d’un Mel Brooks, un peu dans la même veine de westerns que Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall ou encore de l’exquis Frenchie de Louis King avec Shelley Winters. Il est tout aussi savoureux de voir Trampas se moquer des manières délicates du Sud-Américain - de sa savonnette, du nombre de ses bagages, de son vocabulaire précieux et de ses expressions châtiées, du fait de se laver tous les jours qui plus est en poussant haut et fort la chansonnette... - que d’être témoins des contrastes avec les siennes, bien plus frustres, par exemple lors d’un diner au restaurant absolument désopilant, une séance de poker où il devient l'arroseur arrosé. Durant cette première partie, nous ne pourrons pas non plus passer sous silence cette séquence inénarrable et au timing parfait de l’hôtel aux chambres bondées "comme tous les samedis soirs" - des détails qui, mine de rien, renforcent l’authenticité de la série par leur crédibilité et par le fait de ne les avoir pas vu souvent mis en avant au cinéma - au cours de laquelle le Virginien va apprendre - sans grande réussite - à Enrique à se faire une place dans des lits déjà occupés.

De belles occasions de rire et sourire sans oublier que cet "étranger" séducteur et beau parleur fait tourner les têtes de toutes les femmes et notamment de Molly et de Betsy, flirtant avec la première - rendant ainsi jaloux Trampas et le Virginien qui cherchent toujours à ce qu’elle réponde à leurs avances - faisant la cour en tout bien tout honneur à la seconde qui, par sa maladresse, sera à l’origine de l’envenimement du litige entre l’hôte et l’invité. En effet, ayant fait visiter le domaine à Enrique, elle se coupe en expliquant que le lopin de terre appartenant à son interlocuteur est primordial pour le ranch puisque les bêtes doivent obligatoirement le traverser pour se rendre et revenir de leurs pâturages sur les hauts plateaux. Il comprend ainsi qu’il peut en le vendant en tirer un profit raisonnable, sauf que le rancher lui en propose une somme dérisoire. Sentant être pris pour un pigeon, il demande par "vengeance" un prix faramineux. Les deux hommes, blessés dans leur orgueil, s’engagent dans un combat juridique ainsi que sur le terrain - mise en place de clôtures en barbelés d’un côté, rassemblement rapide du bétail de l’autre afin de pouvoir passer avant que celles-ci soient installées - qui s’annonce impitoyable. Encore une fois, point de manichéisme : nos héros se retrouvent d’ailleurs tous du "mauvais" côté, le juge étant décrit par la journaliste comme étant une tête de mule arrogante et assez dictatoriale pour avoir toujours réussi à dicter ses quatre volontés - ici dès la première seconde en imposant l’édification d’une horloge au centre de la place principale de la ville, un objet à cette époque insolite et qui sera l’occasion de quelques répliques et situations très amusantes - et ne pas apprécier qu’on lui tienne tête. Car comment ne pas prendre fait et cause pour ce Sud-Américain stylé, un personnage aussi affable que sympathique, cordial qu’intelligent et d’une franchise qui lui fait honneur même lorsqu’il sait que ses paroles le mettront à mal (ici auprès de Molly avec qui il avait commencé à former un couple) ?!

On se doute bien que malgré une séquence très tendue qui risquait de finir mal pour tout le monde, les auteurs en seraient venus à un happy-end dans la continuité du ton drôle et spirituel du début ; ce sera le cas puisqu'ils désamorcent avec intelligence l’absurdité et la bêtise de la situation. Même si la conclusion est un peu trop hâtive - durée imposée oblige -, elle n’en est pas moins tout à fait satisfaisante et nous fait revenir le sourire aux lèvres, tout comme à celles du Juge Garth à cause de qui, une fois encore, le drame a failli se produire. On notera également un très bon Ross Elliott en shérif, la première apparition du magnifique Appaloosa du Virginien et une mise en scène très agréable d'Earl Bellamy qui dans le courant de la décennie réalisera également quelques bons westerns pour le cinéma - Gunpoint avec Audie Murphy ou Incident at Phantom Hill avec Robert Fuller. Un épisode plutôt détendu au ton toujours très juste et jamais outrancier que ce soit dans la comédie ou le drame, dans lequel James Drury et Doug McClure ne servent que de faire-valoir au mémorable Ricardo Montalban. Assez réjouissant !

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  • 1.05 - The Brazen Bell
  • Réalisation : James Sheldon
  • Scénario : Roland Kibbee
  • Guest Stars : George C. Scott & Royal Dano
  • Première diffusion 17/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France mais sorti doublé en salles le 23/10/63 sous le titre Panique à l'Ouest
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Arthur Lilley (George C. Scott) arrive à Medicine Bow. Il vient de l'Est pour le poste vacant d'instituteur. Là où il enseignait avant, faute à sa lâcheté, un drame s'était produit qu'il souhaiterait oublier. Pas de chance, peu après avoir débuté dans sa nouvelle fonction, deux bagnards évadés font irruption chez lui avec pour l'idée de prendre les enfants de l'école en otages afin d'obtenir en échange toutes les vivres et munitions dont ils auront besoin pour rejoindre la frontière canadienne. L'un d'eux est un demeuré très dangereux tandis que son chef (Royal Dano) est un homme cultivé mais qui ira jusqu'au bout quitte à tuer...

Mon avis : L'épisode commence par l'évasion violente de deux bagnards alors qu'ils étaient en train d'effectuer des travaux forcés en extérieur au sein de paysages idylliques. L'un des deux, Molder, semble être un homme cultivé puisqu'il cite d'emblée Kipling, tandis que son compagnon d'échappée est un jeune fou sanguinaire qui le rejoint en lui forçant la main, lui disant que s'ils avaient besoin de tuer au cours de leur périple pour ne pas être repris, il s'en chargerait avec plaisir. Autant dire que l'on comprend d'emblée qu'il ne s'agira pas d'un épisode "léger" comme pouvait l'être le précédent, puisque l'on apprend également que Molder allait probablement être pendu le lendemain, suite à sa condamnation pour le meurtre de sa femme. Malgré tout, les 30 premières minutes - hormis les séquences où l'on suit la cavale des prisonniers - restent très amusantes et une fois encore, grâce ici surtout au personnage de Molly, nous sommes en présence d'un épisode sacrément progressiste, mettant en avant l'importance du civisme et de l'éducation malgré la réticence des parents qui préfèrent garder leurs enfants à la maison dans le but de les aider plutôt que de les envoyer à l'école. La journaliste déplore également que ses concitoyens - adultes cette fois - ne soient pas plus matures et "n'élargissent pas leurs centres d'intérêt au lieu de ne lire et de ne s'intéresser qu'aux seuls faits divers sanglants." Car, comme c'était déjà le cas dans les épisodes précédents, on est témoins du fait que dans cette gentille petite ville où le puritanisme est encore bien présent, la majorité des habitants regrettent le temps de la justice expéditive et aiment bien se saouler et se bagarrer le samedi soir et du fait que certains n'hésitent pas en s'en vantant à escroquer leurs concitoyens, notamment ici l'épicier.

Trampas est une fois de plus d'une muflerie et d'un égoïsme "drôlement réjouissants", refusant d'aider à porter le courrier "car personne ne lui écrit", et sera à nouveau l'arroseur arrosé suite à une mauvaise blague faite au juge - il avait fait croire au couple de nouveaux arrivants que la maison de son patron était un hôtel où ils seraient bien accueillis, nourris, logés. Pour en revenir aux idées modernistes des auteurs - ici Roland Kibbee qui écrira plus tard le très beau scénario de L'Homme de la Sierra (The Appaloosa) de Sidney J. Furie avec Marlon Brando -, le Virginien, qui s'est vu confier le poste de shérif en l'absence de ce dernier, préfèrera la prévention à la répression pour ce samedi soir chahuteur qui l'attend. Que des sujets étonnamment toujours autant d'actualité, comme également toutes ces notations et réflexions sur ce que doit être le journalisme, l'empathie que le reporter doit avoir - ou non - face à un dramatique fait divers relaté... Des répliques qui fusent, des séquences savoureuses de drôlerie, une intelligence du propos, un rythme enlevé... puis c'est l'irruption brutale de la violence après qu'on a déjà assisté à celle, effrayante, qui émane de certains élèves. A ce propos, la séquence au cours de laquelle l'un des adolescents turbulents - comme par hasard le rejeton du père qui regrettait le temps des lynchages - menace son professeur, n'est pas indigne - même si bien plus brève - des moments tendus dans Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks. C'est là que le couple venu de "l'Est civilisé des USA" se rendra compte du contraste entre leur lieu de départ et cet Ouest encore sauvage ; il vont y être directement et brutalement confrontés au cours d'un huis clos éreintant de tension et au cours duquel ils auront une nouvelle fois à s'interroger sur les notions de courage, d'instinct de survie et de lâcheté.

Durant toute cette dernière partie que je ne me permettrais pas de raconter pour éviter de dévoiler des importants éléments de l'intrigue, on sera une fois encore étonnés de la modernité du discours, notamment celui sur l'inhumanité des prisons dans lesquelles, en citant Oscar Wilde, "seules les qualités de l'homme s'y épuisent et s'y flétrissent", une phrase tirée de son recueil La Ballade de la geôle de Reading publié en 1898 à la fin de sa propre incarcération. C'est le remarquable George C. Scott - futur Patton - qui déclame une longue partie d'un des poèmes - qui sera aussi son arme - lors du climax de la séquence finale qui se termine par un gunfight d'une cinglante sécheresse et d'une redoutable efficacité, une violente prise d'assaut menée par le Virginien. Aux côtés de cet immense comédien, qui tient ici un contre-emploi dans le rôle d'un instituteur timoré et trouillard, pour tenir celui des évadés deux autres acteurs tout aussi convaincants et dont les visages sont bien plus connus que les noms, à savoir Royal Dano (l'un des amis d'Audie Murphy dans le fabuleux La Charge victorieuse - The Red Badge of Courage de John Huston) ainsi que l'inquiétant John Davis Chandler qui, avec ses yeux bleus et ses paupières tombantes, interprétait avec James Drury cette même année l'un des épouvantables frangins dans le chef-d’œuvre de Peckinpah, Coups de feu dans la Sierra - Ride the High Country. Ce segment permettra de lancer d'autres réflexions sur la violence, le danger du port d'armes ou la Self Preservation tout en nous contant une belle histoire de rédemption ; tout un programme !

Même si tout à fait subjectivement ces histoires de prises d'otages en huis clos ne m'ont jamais vraiment passionné, je dois avouer que l'écriture du scénario, sa construction, la qualité de l'interprétation et de la mise en scène ont fait que l'ennui n'a quasiment jamais pointé le bout de son nez. Ajoutez à cela une astucieuse utilisation des ellipses, une belle gestion du suspense, une mise en scène de qualité... et la rigueur de l'ensemble finit d'entériner la réussite de ce Brazen Bell, un épisode dans lequel James Drury et Doug McClure n'ont pas un grand temps de présence. Le réalisateur James Sheldon, qui aura fait sa carrière entière à la télévision, signera encore sept autres épisodes de la série ; on s'en réjouit par avance !

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  • 1.06 - Big Day, Great Day
  • Réalisation : Harmon Jones
  • Scénario : Charles Larson
  • Guest Star : Aldo Ray
  • Première diffusion 24/10/1962 aux USA - 10/07/1966 en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Le Juge Garth se rend à Casper pour récupérer un lit à baldaquin qu’il a fait venir d’Italie comme cadeau pour sa fille. Malheureusement un incendie a détruit l’entrepôt et le meuble a brulé. Il décide néanmoins de rester sur place en ce jour de fête nationale d’autant qu’il vient de retrouver un grand ami à lui, le catcheur Frank Krause (Aldo Ray), qui non seulement doit disputer aujourd’hui même un combat pour le titre mondial mais également convoler en juste noces avec une prostituée qu’il fréquente depuis maintenant quinze ans. Pendant ce temps-là, Steve tombe amoureux d’une autre fille du saloon...

Mon avis : Après l’anxiogène et moralement violent The Brazen Bell, la série bifurque avec ce nouvel épisode vers plus de légèreté avec en prime énormément de chaleur humaine. Et comme nous l’avait déjà prouvé The Big Deal avec Ricardo Montalban, depuis le début de cette première saison la réussite est tout autant de la partie lorsqu’il s’agit de drame ou de comédie, surtout que la frontière entre les deux n’est jamais totalement définie, ici aussi des facettes plus sombres venant s’inviter au sein d’un scénario festif et pétillant. Cet excellent sixième épisode est réalisé par Harmon Jones, cinéaste assez méconnu qui aura signé durant les années 50 quelques westerns pour le cinéma - tous avec le sympathique Dale Robertson - avec pour sommet en 1956 l’excellent A Day of Fury (24 heures de terreur) à l’intrigue bien menée et aux dialogues de premier ordre, véritable feu d'artifice de punchlines que débitait le génial et trop méconnu Jock Mahoney. Trois ans plus tôt, Harmon Jones avait déjà réalisé La Cité des tueurs (City of the Bad Men), un film assez anodin au niveau de la mise en scène mais loin d'être désagréable, grâce surtout à des situations originales et inédites comme une intrigue se déroulant alors qu'un match de boxe important va avoir lieu, opposant James Corbett (le fameux Gentleman Jim interprété par Errol Flynn dans le chef-d’œuvre de Raoul Walsh) et Bob Fitzsimmons. Une proposition de départ intrigante que reprend en partie ce rythmé et succulent épisode de The Virginian.

En effet, alors que le juge Garth se rend dans la ville de Casper en ce 4 juillet, jour de la fête de l’indépendance, un combat de catch doit justement se dérouler pour le titre de champion du monde. L’un des deux adversaires, Frank, n’est autre qu’un de ses meilleurs amis qu’il avait perdu de vue depuis une dizaine d’années après lui avoir mis le pied à l’étrier dans le milieu sportif et même après avoir commencé à l’entrainer - encore une révélation assez surprenante concernant le passé du juge. Ils se retrouvent à cette occasion avec autant de surprise que de plaisir. Frank, c’est l’attachant Aldo Ray (hilarant dans Pat and Mike de George Cukor aux côtés du couple Spencer Tracy / Katharine Hepburn, et inoubliable dans le méconnu et superbe Nightfall de Jacques Tourneur) qui forme ici avec Lee J. Cobb un duo absolument jubilatoire et dont l’alchimie fonctionne à merveille, aidant à la réussite de cet épisode sans thématique principale autre que l’amitié et ce qu’on peut-être capable de faire pour ne pas la briser même si c’est pour dévier de son éthique et fermer les yeux sur certains faits peu glorieux - en l’occurrence ici un "drame" à l’origine d’un petit suspense émotionnel que je me garderais bien de vous dévoiler. On constate des liens très profonds qui s’étaient tissés entre les deux hommes, tout autant que ceux qui existent entre les jeunes Steve et Trampas qui vont pourtant être mis eux aussi à rude épreuve au sein d’une sous-intrigue romantique au final assez amère qui se greffe à l’histoire principale. Les deux arcs dramatiques s’harmonisent parfaitement bien grâce à une écriture s’avérant une fois de plus d’une belle rigueur et d’une réjouissante vitalité, avec notamment de nombreuses situations cocasses et des répliques amusantes qui n’empêchent cependant pas l’émotion de poindre.

Steve tombant amoureux de Maxine, une jeune prostituée qui lui rappelle sa fiancée défunte, il est prêt à l’épouser sur un coup de tête sans chercher à savoir si leur couple pourrait fonctionner : "I love you so much, Maxine, I'd turn into a toad frog if you wanted me to." Maxine tombe sous le charme de cette demande en mariage, la première en provenance d’un homme sobre. Trampas ayant compris que cette union serait vouée à l’échec - la fille aime s’amuser, le garçon imagine une gentille épouse au foyer -, il va faire en sorte de leur ouvrir les yeux même s'il devra jouer au mufle pour y parvenir, quitte à risquer de briser l’amitié qu’il entretient avec Steve. Si la charmante Carolyn Kerney cabotine parfois un peu trop dans le rôle de la jeune fille émancipée, Rosemary Murphy tient la dragée haute à Lee J. Cobb et Aldo Ray dans le rôle de la truculente Pearl, la tenancière du saloon/bordel qui doit épouser en ce jour le catcheur après quinze années de "fidélité" sans qu’elle n’ait pour autant arrêté de pratiquer le plus vieux métier du monde ; une situation assez amorale qui n’en est que plus réjouissante et qui rend le couple encore plus humainement touchant ! La comédienne est formidable et tout aussi attachante que son partenaire masculin. Parmi les autres "invités", on notera Mickey Shaughnessy qui en fait des tonnes dans le rôle du rival sportif matamore d’Aldo Ray, Richard Shannon dans celui du shérif un peu jaloux de Frank pour avoir toujours eu lui aussi le béguin pour Pearl, ou encore Dennis Patrick dans celui du manageur véreux. Quant à James Drury, il n’apparait que le temps d’une minute au début de l’épisode. Sinon, à travers maints détails authentiques, on se rend compte - encore plus que précédemment - que l’époque à laquelle se déroule la série est la toute fin du 19ème siècle.

Enfin l'épisode n'est pas avare en notations assez cocasses ou rarement vus dans un western, comme les voitures de pompiers tirées par des chevaux, les maillots de bain - vous n’aurez jamais vu Steve et Trampas aussi drôlement vêtus -, les appareils téléphoniques, les feux d’artifice... il nous amène même sur une plage de sable au bord d’un lac sillonné de canoës surmontés de parasols ! Pour les amateurs d’action, l’épisode nous propose également une bagarre dantesque très bien réalisée et tout à fait crédible dans les coups portés. Authenticité, grande vivacité de rythme et d'exécution, grande ferveur de sentiment et belle efficacité dans l'écriture... autant dire que ce Big Day, Great Day s’avère tout aussi chaleureux que captivant, tout aussi divertissant que dépaysant, pour tout dire, tout simplement délicieux ! Ce que l’on en retiendra enfin est la profonde lucidité de Trampas quant à son profond égoïsme - n’oublions pas que dans le roman il s’agissait d’un bad guy - lors de cette phrase qu’il prononce : "For the first time in my life I try to do something for a friend, not want anything for myself.

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  • 1.07 - Riff-Raff
  • Réalisation : Bernard Girard
  • Scénario : John Boothe
  • Guest Star : Ray Danton
  • Première diffusion 07/11/1962 aux USA - 29/07/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 5/10

Le pitch : Molly revient d'un voyage au cours duquel elle a récolté des informations à propos de la guerre qui s’engage entre les USA et l’Espagne en cette année 1898. A force d’en entendre parler ainsi que du prestige de l’uniforme, pour impressionner la jolie journaliste, Trampas part au Texas pour s’engager. Le Virginien, qui a impérativement besoin de lui, envoie Steve le chercher. Mais à son tour, ce dernier décide de revêtir la tunique bleue. Il ne reste plus au régisseur du ranch Shiloh qu’à aller les ramener lui-même. Ils finiront tous sur le front à Cuba sous le commandement du Lieutenant Hamilton (Ray Danton)...

Mon avis : Lorsqu’on entame une série au long cours, et surtout lorsqu'on sait - comme pour quasiment toutes les séries d’avant les années 80 - que chaque épisode possèdera un arc dramatique assez indépendant de celui des autres, on est conscient qu’en toute logique certains épisodes seront médiocres et qu’aussi bonne soit-elle la série ne pourra pas constamment surfer sur les sommets ! On espère bien évidemment que la déception arrivera le plus tard possible pour avoir eu au préalable le temps de s’être familiarisé avec le ton et l’atmosphère d’ensemble, avec les situations et les personnages, ce qui évite ainsi d'avoir d'emblée une idée faussée de l'ensemble. Au vu de ce préambule, vous aurez bien évidemment compris que nous en sommes arrivés au premier faux pas de la série, un épisode humoristique qui succède heureusement à deux petites pépites qui prouvaient que dans le domaine de la "comédie" les auteurs étaient capables de ne pas sombrer dans la pantalonnade assez vulgaire - ce qui est le cas ici-, le spirituel The Big Deal avec Ricardo Montalban ainsi que le chaleureux Big Day, Great Day avec Aldo Ray. D’ailleurs, outre une écriture légère et savoureuse, la qualité de ces deux épisodes reposait aussi grandement sur les épaules de leurs guest stars, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour celui réalisé par Bernard Girard, Ray Danton nous octroyant une interprétation loin d’être marquante contrairement jusqu’ici à tous les précédents prestigieux invités de la série.

L’épisode démarrait pourtant assez bien et d’une manière très amusante grâce notamment à l’éternel vantard et tombeur de ces dames, à savoir bien évidemment Trampas. Il faut l’avoir vu fausser compagnie aux cow-boys - en leur laissant tout le travail - pour aller accueillir Molly de son retour de voyage, l'avoir vu fanfaronner puis se faire reprocher son manque de curiosité concernant la politique internationale avant de se faire piéger par la journaliste qui le pousse à aller s’engager par le seul fait de lui dire apprécier les hommes courageux en uniformes. On appréciera aussi la savoureuse colère du Virginien qui constate la fuite de Trampas puis le "non retour" de Steve qu’il avait envoyé le ramener. Un prologue donc assez drôle même si l’on se doute immédiatement que l’épisode ne sera pas du niveau des précédents, puisqu'il manque singulièrement de finesse. On se dit cependant qu’il sera intéressant au moins par le fait d’évoquer un fait historique véridique, la bataille de San Juan Hill. Un combat s’était déroulé à Cuba en juillet 1898 durant la guerre hispano-américaine, mené du côté américain par le 1er Régiment de Cavalerie commandé par le futur président Roosevelt, les Rough Riders. Il s'agissait d'un bataillon de volontaires levé pour contribuer à l’effort de guerre, qui aurait dû être une unité de cavalerie mais qui au final aura combattu à la manière de l’infanterie ; une situation d’où découlera une partie des gags de l’épisode, nos cowboys ne supportant pas d'être à pieds. Malheureusement, les 20 dernières minutes entérineront la médiocrité de l’épisode, tout autant au niveau du scénario que de la mise en scène. Non seulement la reconstitution de la bataille n’est absolument pas captivante mais elle est également laborieuse, cette succession de séquences "de guerre" très gentillettes nous donnant l’impression de se trainer lamentablement pour meubler le temps qu’il restait pour atteindre les 72 minutes réglementaires. Cette dernière partie guerrière aurait dû constituer le climax de l’épisode mais elle s’avère totalement inintéressante, dénuée de rythme et de tension.

Quant à la direction d’acteurs, depuis le début de cette saison 1 elle laisse pour la première fois à désirer, témoin les prestations des guest stars, celle totalement transparente de Ray Danton - dont le rôle le plus célèbre doit être celui en 1960 du gangster Legs Diamond dans La Chute d’un Caïd de Budd Boetticher - ou celle pas très fine de Karl Swenson dans le rôle un peu caricatural de Roosevelt. James Drury se révèle également peu à l’aise dans les séquences purement comiques, cabotinant parfois assez mal. Reste heureusement Doug McClure grâce à qui l’on suit néanmoins cet épisode avec amusement - notamment du fait que Trampas soit non seulement indiscipliné mais également dans l’incapacité d’obéir à quelconque ordre qui ne lui plait pas -, ainsi que la charmante et délicieuse Pippa Scott - dans le rôle de Molly- dont on regrette déjà qu’elle ait dû quitter la série au cours de cette saison, James Drury avouant qu’elle ne s’était jamais sentie à sa place dans la peau de son personnage et que l’alchimie ne fonctionnait pas vraiment entre eux deux. Quant au juge Garth interprété par l'excellent Lee J. Cobb, il ne bénéficie même pas ici d’une seule apparition. Concernant les thématiques abordées, outre la guerre et l’engagement, on parle beaucoup du manque de curiosité des gens de l’Ouest pour ce qui se passe dans le reste du monde, des qualités pour faire un bon soldat, du fait que les cow-boys n’avaient pas nécessairement à vouloir s’engager, participant déjà à l’effort de guerre par le fait de "nourrir les soldats"...

Malgré tous ses défauts - dont le fait d’avoir vraisemblablement été écrit à toute vitesse et sans la moindre rigueur ni cohérence dans les changements de ton - ainsi qu'un dernier quart minable, le fait de s’être attaché depuis le début de la série aux personnages nous permet néanmoins de prendre un certain plaisir à les voir évoluer même au sein d’un épisode aussi médiocre. On aura également eu l'occasion de savourer la beauté des paysages traversés pour arriver à San Antonio, de se réjouir de la petite satire de l’armée et de ses officiers ainsi que de quelques situations ou d'images assez cocasses comme cette loufoque partie de polo entre soldats et ranchers ayant bénéficié de cascadeurs chevronnés. Enfin on aura eu le temps de se délecter de cette réplique du Virginien à Molly qui résume assez bien le caractère infantile et immature de Trampas : "As a matter of fact, in those heads any idea at all is a complete disaster." Un petit ratage qui devrait vite être oublié !

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  • 1.08 - Impasse
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : Donn Mullally d'après une histoire de Bernard Girard
  • Guest Star : Eddie Albert
  • Première diffusion 14/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 8/10

Le pitchLe Virginien et ses hommes ramènent un troupeau d’une centaine de chevaux sauvages qu’ils viennent de capturer sur les hauts plateaux et qui sont destinés à être vendus à l’armée. Tout irait pour le mieux sauf qu’ils vont être gênés dans leur avancée par la famille Kroeger qui, installée sur place depuis 15 ans, estime que tout ce qui se trouve sur ces terres lui appartient. Le patriarche (Eddie Albert), qui a éduqué ses cinq enfants d’une manière dictatoriale, décide de mettre des bâtons dans les roues aux hommes du ranch Shiloh afin de récupérer les mustangs alors que la fille de la famille tombe amoureuse de Trampas...

Mon avis : Après le médiocre et lourdingue Riff-Raff, avec Impasse la série se hisse à nouveau vers les sommets... aussi bien au figuré qu’au propre puisque dans ce huitième épisode qui se déroule intégralement en extérieurs, les cow-boys du ranch Shiloh sont chargés de convoyer une centaine de chevaux sauvages qu’ils ont réunis sur les hauts plateaux du Wyoming et qu’ils doivent désormais redescendre jusqu’en plaine afin de pouvoir honorer une commande de l’armée. Démarrant sans préambule alors que les hommes du Virginien rassemblent les bêtes, l’épisode signé par Maurice Geraghty - réalisateur ayant quasi-exclusivement travaillé pour la télévision - va se révéler être le premier de la série visant le spectacle et l’aventure pure. En effet, l’intrigue va intégralement tourner autour du voyage qui doit ramener les cow-boys chez eux ainsi que sur les difficultés qu’ils vont rencontrer en chemin, dues principalement à la seule famille vivant dans la région et qui par ce fait estime avoir des droits sur tout ce qui s’y trouve. La famille est constituée d’un veuf tyrannique et de ses cinq rejetons, quatre garçons et une fille. Il les a élevés avec autoritarisme, considérant ses décisions comme irrévocables, ses enfants n’ayant jamais leur mot à dire. Ne connaissant rien de ce qui existe ailleurs, les quatre jeunes Kroeger sont néanmoins très soudés et prêts à soutenir leur père coûte que coûte. Ceci étant, le doute instauré dans leurs esprits quant à leur absence de libre arbitre et les certitudes ainsi ébranlées par les paroles du Virginien vont logiquement amener à la perte de ce patriarche conservateur et castrateur, qui aura surestimé les liens du sang et qui n’a plus sa place dans ce monde qui bouge, dans cette époque où le droit de propriété doit être acté.

Essayant au départ d’intimider les cowboys indésirables en créant différents obstacles sur leur route - chutes de pierres, incendies du corral, vols, menaces... - qui vont effectivement provoquer la défection de plusieurs hommes du ranch, constatant que le régisseur et principal rival reste cependant inébranlable et qu’il mènera sa mission jusqu’au bout, Kroeger va avoir dans l’idée de proposer au Virginien de l’aider à convoyer le troupeau à cause du mauvais temps hivernal qui s’annonce et afin que les bêtes ne meurent pas de froid... A condition cependant de se partager les chevaux à l’arrivée. Notre héros accepte tout en se doutant bien que le patriarche despotique a une idée derrière la tête, qu’il faut s’en méfier et rester sur ses gardes. C’est ainsi qu’il décidera de mettre en place des tours de garde nocturnes qui seront l’occasion pour les auteurs de nous faire découvrir Trampas sous un jour nouveau, sensible et extrêmement attachant. Alors que jusqu’à présent nous avions à faire à un égoïste vantard et coureur de jupons, on est agréablement surpris de le voir très attentif et extrêmement protecteur vis-à-vis de cette jeune fille inexpérimentée qui vient de tomber amoureuse de lui. Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à présent, il ne profite absolument pas de la situation, poussant au contraire Mildred à s’émanciper d’abord de la tutelle paternelle pour pouvoir ensuite prendre le temps de se laisser courtiser et d’apprécier les différentes étapes conduisant à l’amour sans rien précipiter. Au cours de cette superbe séquence nocturne, Trampas se révèle d’une douceur inhabituelle, touchant par son respect et sa compréhension de la jeune fille ; ceci est d’autant plus agréablement épatant que l’alchimie entre Doug McClure et Denise Alexander fonctionne parfaitement, voir également à ce propos les grandes moments de complicité qui les réunissent comme ceux où ils rient tous deux.

Hormis quelques gros plans au tout début - d’ailleurs assez mal intégrés -, ces scènes de nuit seront les seules de l'épisode à avoir été tournées en studio sans que ce ne soit aucunement rédhibitoire. En effet, les équipes techniques du studio Universal ont fait un excellent travail à ce niveau, d’une sobriété qui empêche tout aspect trop factice et carton-pâte, à l’instar de ce qui avait été fait à la MGM pour les séquences nocturnes de Fort Bravo de John Sturges, peut-être les plus belles de l’histoire du western. Esthétiquement Impasse est très bien fait et semble avoir bénéficié d’un budget conséquent, témoin les nombreux paysages traversés et une centaine de chevaux à disposition. On se souviendra longtemps de cet aplomb rocheux sur lequel monte la famille Kroeger pour épier les cow-boys jugés intrus, une concrétion géologique aussi belle et impressionnante en vue plongeante que de dessous. Par la belle utilisation de ce décor naturel ainsi que par les choix de placement des caméras, on se rend compte d’emblée que Maurice Geraghty est un réalisateur inspiré et il le restera jusqu’au bout, le seul reproche qu’on pourrait lui faire étant l’intégration peu convaincante des stock-shots de l’incendie à la toute fin de son épisode. Sinon, les diverses séquences mouvementées (bagarres, rassemblement des chevaux, chevauchées fusillades) sont toutes extrêmement bien filmées, dignes d’un western de cinéma de l’époque à côté desquels cet épisode n’a vraiment pas à rougir et qui aurait d’ailleurs très bien pu sortir en salles. Enfin, signalons à nouveau une formidable direction d’acteurs avec notamment un excellent Eddie Albert dans la peau du fermier tyrannique - qui prouve au passage pouvoir être aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie, le genre qui l’a rendu célèbre -, mais également un tout jeune Tom Skerritt (Alien), une attachante Denise Alexander et un Doug McClure qui nous étonne par le fait d’être très convaincant dans un total contre-emploi sans rapport avec ce que nous avions pu voir de lui jusqu'à présent.

Reste James Drury qui, après Throw a Long Rope, devrait finir de convaincre les plus récalcitrants : il possède ici une autorité, une présence et un charisme qui n’ont rien à envier aux grandes stars hollywoodiennes ayant œuvré dans le genre. En l’absence une deuxième fois consécutive de Lee J. Cobb, il prouve à nouveau que la série peut compter sur son talent et sa puissance de conviction. Au cours de cet épisode, non seulement il doit faire montre d’une puissante détermination, d’un pragmatisme très moderne ("You can't fight the whole world unless you want to live like an animal") mais doit également essayer de convaincre les fils de se détacher de leur père qui risque de les conduire à leur perte. L’intelligence du scénario adapté d'une histoire de Bernard Gérard - réalisateur du précédent épisode - font que malgré le sens éthique de la plupart de ses personnages principaux, le manichéisme n’a une fois encore pas sa place dans cet épisode d’aventure à l’intrigue linéaire et aux nombreux morceaux de bravoure, sans dramatisation outrancière et non dénué de psychologie. Avant que Samuel Fuller ne vienne prendre le flambeau le temps d'un épisode, Maurice Geraghty aura déjà frappé très fort et entériné la très grande qualité de la série !

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  • 1.09 - It Tolls for Thee
  • Réalisation : Samuel Fuller
  • Scénario : Samuel Fuller
  • Guest Star : Lee Marvin
  • Première diffusion 21/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Kalig (Lee Marvin), un hors-la-loi, a mis au point un plan afin de prendre en otage le Juge Garth ; il espère en tirer une forte rançon et pouvoir passer la frontière sans être inquiété. Il commence par tuer son chef de bande afin d’avoir les mains libres pour diriger le gang comme il le souhaite. Durant une soirée organisée en l’honneur de Molly, Garth empêche le Virginien de battre un des cowboys qu’il avait licencié pour ivrognerie. Malgré la bouderie qui s’ensuit entre les deux hommes, le Virginien prend en charge l’opération de sauvetage du juge que Kalig a finalement réussi à kidnapper...

Mon avis : Dans la carrière de Samuel Fuller, ce neuvième épisode de The Virginian a été tourné entre Les Maraudeurs attaquent et Shock Corridor. Autant dire que, le sachant "coincé" entre deux films aussi puissants, cet épisode d’une série qui avait aussi bien démarré était sacrément attendu. Mais on espérait peut-être un peu trop de la venue du virulent cinéaste au sein de la série surtout en sachant qu’il était l’auteur complet cette fiction, non seulement derrière la caméra mais également à l’écriture ! Non pas que It Tolls for Thee soit honteux, loin de là, mais en rapport aux attentes suscitées, la déception est de mise aussi bien sur la forme que sur le fond. Il s’agit d’un épisode mouvementé puisqu’il raconte le kidnapping du juge par une bande de dangereux hors-la-loi, elle-même poursuivie non seulement par les cowboys du ranch Shiloh venus délivrer leur patron mais également par un autre gang dirigé par un ancien membre du premier qui revient pour se venger après qu’il a été laissé pour mort (Kalig lui avait tiré dans le dos dès les premières minutes de l'histoire afin de prendre lui-même en main les opérations devant les amener à devenir riches). Un épisode a priori chargé en adrénaline et en testostérone, ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on connait la filmographie du cinéaste ainsi que celle de la guest star principale, à savoir Lee Marvin, ici dans le rôle d’un salaud intégral, un brigand diabolique, pervers et sadique qui n'a aucun problème de conscience quand il s’agit de faire du mal ou de tuer.

Sauf que le scénario de Samuel Fuller n’est pas vraiment un modèle de construction, de fluidité ni de rigueur ; le fait d’avoir inventé cette histoire de double gang ne sert pas à grand-chose si ce n’est à s’éparpiller, à déconstruire encore plus l’intrigue principale qui se scinde ainsi tout du long en trois : le gang Kalig, le gang adverse et les "sauveteurs". Du coup, ce fractionnement systématique casse un peu la tension qui se fait jour chaque fois que l’épisode se recentre sur le duo Lee Marvin / Lee J. Cobb, le ravisseur ne perdant aucune occasion de torturer aussi bien physiquement - café brulant sur les mains - que moralement son prisonnier dont il profite pour se venger (le juge l’a mis en prison plusieurs années auparavant). Un montage parallèle se contentant de passer de la bande des kidnappeurs au groupe de poursuivants mené par le Virginien aurait été largement suffisant et probablement plus satisfaisant. Concernant la mise en scène, elle n’est pas spécialement plus remarquable que celle des réalisateurs ayant œuvré au cours des meilleurs épisodes précédents, voire même beaucoup moins bien tenue que celles de Ted Post ou Maurice Geraghty par exemple ; ses idées de panoramiques filés pour se rendre d’un personnage à l’autre lors des séquences où les bandits scrutent aux jumelles les cowboys du ranch Shiloh sont non seulement répétitives mais inutiles. Et puis jamais encore depuis le début de la série avions-nous été aussi gênés par les scènes de studio ; autant de nuit celles-ci ne sont pas rédhibitoires et même plutôt bien faites, autant de jour les innombrables rochers en carton jurent beaucoup trop avec les plans en extérieurs réels.

Ces quelques défauts scénaristiques et "artistiques" font que nous ne sommes pas aussi captivés par cet épisode que par la plupart des précédents. Cela étant dit, il n’a - loin de là - rien de déshonorant. A commencer par toutes les séquences légères, une fois encore tout à fait savoureuses et peut-être encore plus satisfaisantes que celles qui réunissent Lee Marvin et Lee J. Cobb. Pour fêter le retour de Molly, le Juge Garth organise une soirée en son honneur et y invite tous ses hommes, une chose a priori inédite dans les ranchs de la région que ce rapprochement ouvrier / patron comme le fait remarquer Trampas. La préparation à cette soirée est prétexte à des séquences réjouissantes, notamment celle se déroulant dans le dortoir des coboys alors qu’ils se disputent tous l’eau de Cologne ou la baignoire qui trône au plein milieu de la pièce. Tout à leur joie de pouvoir assister à une telle fête, ils se chahutent au cours de séquences qui semblent être improvisées tellement leur complicité semble couler de source, tellement le régisseur parait proche de ses hommes. Molly revient donc de New York où elle a rencontré Joseph Pullitzer, le célèbre journaliste qui idolâtre Garth et son parcours, ayant avoué avoir toujours rêvé d’être un cowboy dans un environnement violent. Sur quoi le juge rétorque que la violence n'est heureusement plus de mise dans le Far West à cette époque et qu’il ferait toujours tout son possible pour l’éviter : "When a man kills, he kills part of himself. When a man dies, part of every man dies." D’où découlera la phrase du Virginien qui n’est autre que le titre de l’épisode et qui prouve que le régisseur est un homme cultivé puisqu’il la tire d’un poème de John Donne. S’ensuivront les meilleurs moments, les débats et les discussions à propos de la violence et de la justice qui se poursuivront d’ailleurs entre Kalig et Garth lors de leurs différentes haltes.

Durant cet épisode avant tout tourné vers l’action, nous aurons pu constater que le Virginien pouvait avoir des pulsions meurtrières et une susceptibilité capable de le rendre rancunier et le faire s’opposer à son patron, que le juge Garth - comme ceci avait déjà été abordé dans le deuxième épisode - n’a pas toujours été d’une droiture à toute épreuve, capable dans son passé d’avoir usé de la violence pour arriver à bâtir son "empire". Dommage que le suspense ne se soit pas révélé aussi tendu qu’il aurait dû l’être, faute à un éparpillement du scénario qui aurait été plus puissant s’il était resté plus simple et linéaire, et au fait que les décors en studio soient aussi voyants. Car autrement, voilà encore un très bon moment que la série nous octroie grâce aussi à une interprétation de premier ordre, Lee Marvin en tête. Enfin, It Tolls for Thee aura également lancé une intéressante réflexion sur la justification ou non de la violence ainsi que sur la transition entre la justice milicienne et celle désormais plus encadrée par les lois, celle représentée par le juge Garth.

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  • 1.10 - West
  • Réalisation : Douglas Heyes
  • Scénario : Douglas Heyes d'après une histoire de Irwin Blacker
  • Guest Star : Steve Cochran
  • Première diffusion 28/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Jamie Dobbs (Steve Cochran), cowboy du ranch Shiloh, n’a qu’un seul but dans la vie : rigoler et s’amuser. Ne se sentant plus à sa place dans un Wyoming qu’il trouve sinistre, il entraine Trampas dans une virée vers "l’Ouest tapageur" en compagnie de deux amis qu’il vient de retrouver. Ils espèrent faire rapidement fortune afin de profiter pleinement de la vie. Sur place, ils sont obligés de se rendre à l’évidence : l’Ouest a lui aussi évalué et s’est civilisé ! Leur immaturité peu adaptée à l’époque va s’avérer dramatique lorsqu’ils croisent le chemin d’une bande de dangereux malfaiteurs...

Mon avis : J’avoue avoir eu d’emblée une certaine appréhension devant le ton excessivement jovial et le jeu un peu outré de Steve Cochran dans le rôle d’un cowboy du ranch Shiloh qui ne prend rien au sérieux, ne pense qu’à rigoler et à dilapider sa paie pour s’amuser. On se dit alors que l’on va retomber dans les travers du seul ratage de ce début de saison, l’épisode Riff-Raff, lourde pantalonnade qui se terminait par vingt minutes de pur ennui lorsqu’il bifurquait vers le "film de guerre". L’arrivée de Claude Akins et de James Brown dont les interprétations ne sont guère plus sobres que celle de Steve Cochran - voire même encore plus cabotine concernant l’inoubliable Joe Burdette de Rio Bravo - laissait mal augurer de la plus pénible bouffonnerie. C’était sans compter sur les qualités d’écriture du scénariste Douglas Heyes - ici également derrière la caméra - qui était déjà parvenu à sauver du désastre certains westerns à la mise en scène médiocre comme par exemple Battle of Rogue River de William Castle. Et au final, même si le premier visionnage pouvait nous laisser perplexe, il s’agit d’un épisode intelligent, très satisfaisant et surtout grandement attachant, capable de nous octroyer une succession de deux finals pour l’instant les plus émouvants de la série et qui nous montrent un Trampas d’une sensibilité que l’on ne lui soupçonnait pas même si l'on venait d’en avoir un aperçu à travers le superbe huitième épisode, Impasse, réalisé par Maurice Geraghty.

Dans West (titre tout à fait approprié, contrairement au ridicule titre français qui pouvait effectivement nous faire craindre le pire), hormis le Virginien que l’on croise seulement le temps de deux séquences - mais deux scènes superbes au cours desquelles il continue à nous en imposer et à entériner son statut de régisseur charismatique, humain mais quand même un peu rabat-joie - Trampas est le seul personnage principal de la série à intervenir. Garth, Molly, Betty et Steve en sont totalement absents. Alléché par un Ouest que son camarade lui vante avec un enthousiasme débordant, Trampas décide de le suivre pour y faire rapidement fortune et ainsi profiter pleinement de la vie. A chaque étape de son avancée vers ces régions sauvages, il continuera néanmoins de se poser des questions, prêt à faire machine arrière, se rendant vite compte que ses compagnons de voyage sont aussi rêveurs qu’immatures, aussi hâbleurs et naïfs que dangereux à côtoyer. En arrivant sur place, ils devront se rendre à l’évidence et admettre que le Virginien avait raison : pas plus qu’au Wyoming on ne rigole plus autant dans l’Ouest que quinze ans en arrière ; la société a ici aussi évolué dans un sens qui ne leur convient pas vraiment. Le shérif ressemble plus à un "rond de cuir" qu’à un homme d’action, les limites des juridictions empêchent les hommes de loi d’aller appréhender les bandits qui vont se terrer en dehors... S’étant fait humilier et leurs vies ayant été mises en danger par de dangereux outlaws - dont le chef de gang n’est autre que l’inquiétant Leo Gordon avec ses yeux d'un bleu profond -, voyant que personne n’ira s’occuper de les mettre hors d’état de nuire, nos chahuteurs vont vouloir faire justice eux-mêmes, pensant qu’après s’en être débarrassés, ils seront reçus en ville en héros avec fanfare et trompettes.

Sauf que pour y parvenir, ils auront dû utiliser des méthodes peu orthodoxes : menacer des notables, voler argent, chevaux, armes et munitions ; certes, ils ne prenaient pas leurs actes au sérieux et avaient même dans l’idée de rendre tous ces "emprunts forcés" une fois leur mission terminée, mais à cette époque où la justice et les règles sont devenues plus strictes, ce n’est pas aussi simple ; leur insouciance et leur inconséquence vont faire qu’ils seront considérés comme des hors-la-loi et que toute cette histoire va se terminer en drame. On l’aura deviné, la thématique principale de l’épisode est la difficile adaptation de certains à la mutation de la société, à l’évolution des mœurs et des modes de vie... Ce qui peut conduire à l’obligation de les remettre en place pour ne pas que par leurs actes ne deviennent à leur tour des dangers pour la communauté, presque aussi grands que ceux qu’ils souhaitaient partir combattre. Les conséquences seront donc dramatiques pour certains - sans que je ne les dévoile - et la conclusion s'avèrera un peu triste puisqu'il sera acté qu’il sera désormais plus difficile de s’amuser qu’auparavant dans une société changeante où même les bandits doivent s’en prendre à de vulgaires voyageurs pour survivre. Avant d’en arriver à un climax grandement émouvant, nous aurons assisté à un épisode souvent savoureux, une suite de situations assez cocasses dues aux nombreux chahuts causés par nos "joyeux lurons" qui conduiront pour la plupart à des bagarres et à des détours par la case prison. Et si l’on aurait facilement pu tomber dans la lourdeur et la répétition, il n’en est rien puisque la mise en scène s’avère aussi acérée et pleine d’idées que l’écriture. Pour ne prendre qu'un seul exemple, la fusillade entre le groupe de nos quatre compagnons et la bande des brigands n’est filmée qu’en une succession de gros plans sur les armes ou sur des détails corporels sans aucun plan d’ensemble ni vision nette d’un homme qui s’affale. Beaucoup d’autres exemples pourront être relevés tout au long d’un épisode assez imaginatif sur la forme, voire même splendide comme le prouve la toute dernière séquence au cours de laquelle Trampas, ayant acquis plus de sagesse, retourne à Shiloh et où il retrouve le Virginien qui semblait l’attendre en haut d’une colline (un plan magnifiquement cadré).

A la question de savoir à combien de distance il était parti, Trampas répond au régisseur "About twenty years", finissant d’entériner le ton finalement bien plus nostalgique que rigolard d’un épisode qui nous aura vraiment surpris par ses digressions et ses revirements qui en font l’un des plus attachants depuis le début de la série, d’autant plus réussi qu’il aurait été aisé pour le scénariste de verser dans la gaudriole. La qualité de l’interprétation d’ensemble aide beaucoup Douglas Heyes, que ce soit Doug McClure qui acquiert de l’épaisseur dans son plus beau rôle jusqu’à présent ou encore Steve Cochran toujours sur la corde raide du ridicule sans jamais y tomber, et enfin, inoubliable, Allen Case dans le rôle d’un shérif moderne et new look aux petites lunettes cerclées qui parle d’actionnaires et qui cite Darwin en expliquant avec pragmatisme et justesse que ceux qui nient ou n’arrivent pas à s’adapter aux évolutions auront du mal à leur survivre ou à ne pas y laisser des plumes. On passe du rire aux larmes au cours de cette comédie dramatique westernienne très touchante sur les changements d’époque et le temps qui passe !

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  • 1.11 - The Devil's Children
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : John & Ward Hawkins
  • Guest Star : Charles Bickford
  • Première diffusion 05/12/1962 aux USA - 22/09/1973 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : /10

Le pitch :

Mon avis :

A suivre...

Lien vers le test du coffret DVD saison 1 vol.1

Lien vers le test du coffret DVD saison 1 vol.2

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