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Dossiers

Introduction à la série

Les Episodes de la saison 1

A signaler d'emblée que tous ces textes devraient être garantis sans importants spoilers.

  • 1.01 - The Executioners
  • Réalisation : David Friedkin
  • Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin
  • Guest Stars : Jon Larch, Collen Dewhurst & Hugh O'Brian
  • Première diffusion 19/09/1962 aux USA - 28/07/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Même si des doutes semblaient exister quant à sa culpabilité dans le meurtre d'une femme, un homme est pendu. Peu de temps après, un inquiétant et mystérieux étranger (Hugh O'Brian) arrive en ville et sème rapidement le trouble en questionnant les habitants sur ce "lynchage", et notamment l’institutrice (Colleen Dewhurst), une vieille fille semblant avoir été bouleversée par cette pendaison. Quoi qu’il en soit et même s'il agace beaucoup de monde, l'étranger arrive à se faire embaucher par le régisseur du ranch Shiloh, Le Virginien...

Mon avis : Un premier épisode qui frappe très fort et ce dès son ouverture : pas moins qu’une pendaison publique en pleine rue, un "spectacle" dont semblent se délecter la majorité des habitants de la petite ville de Medicine Bow qui sont venus y assister en famille. Une séquence qui ne démérite pas face à celles des meilleurs westerns progressistes sur le sujet comme The Ox-Bow Incident de William Wellman et qui préfigure celle d’ouverture très réaliste du True Grit de Henry Hathaway. Pour une série de cette époque, c’est tout aussi étonnant que courageux et en tout cas sacrément engageant ! D’ailleurs, on constate peu après que le Virginien n’a pas voulu assister à la pendaison, pas plus que son patron, le juge Garth. A la fin de cet épisode d’une grande noirceur, on s’apercevra aussi au travers d’une tirade mémorable de notre personnage principal qu’il est non seulement contre la peine capitale mais également contre toute idée de vengeance conduisant à la mort. Il avoue même avoir été lâche et qu’il accepte même de porter sa responsabilité - ainsi que celle de ses concitoyens - dans le drame qui s’est déroulé au début de l’histoire. Il fallait oser ! Mais l’intrigue ayant de fortes corrélations avec le film noir, le suspense principal étant basé sur la personnalité inquiétante d’un étranger venu semer le trouble dans les esprits, il va sans dire que je ne pourrai pas vous en dire grand-chose de plus sous peine de déflorer plusieurs singulières surprises. Sachez juste que l’épisode ressemble assez à ces westerns qui jouent de l’apparition en ville d’un inconnu faisant tomber les masques de tous ses habitants qui ont presque tous sur la conscience des actions - ou inactions - pas très flatteuses ; du style Une Balle signée X (No Name on the Bullet) de Jack Arnold avec Audie Murphy ou encore Un homme est passé (Bad Day at Black Rock) de John Sturges.

Film noir mais également mélodrame psychologique teinté de tragédie grecque - quasiment digne d’un Tennessee Williams - à travers les personnages fortement torturés tenus par les deux guest stars, à savoir les excellents Hugh O’Brian et Colleen Dewhurst, qui dament d’ailleurs ici le pion aux comédiens principaux même si certains auront probablement du mal avec leurs interprétations respectives, très extraverties. Des rôles peu faciles, des protagonistes fortement agaçants et peu aimables de prime abord, remarquablement interprétés par ce duo composé par Hugh O'Brian qui a toujours été un second rôle très convaincant - Victime du destin (The Lawless Breed) de Raoul Walsh ou surtout L’Heure de la vengeance (The Raiders) de Lesley Selander dans lequel il était sadique à souhait - et Colleen Dewhurst, une comédienne de théâtre surnommée Queen of Broadway et que l’on retrouvera plus tard dans Les Cowboys de Mark Rydell, Les Complices de la dernière chance de Richard Fleischer ou encore Un silencieux au bout du canon de John Sturges. Les séquences réunissant le mystérieux étranger et l’institutrice s’avèrent d’une ambigüité et d’une puissance assez considérables, abordant des thématiques aussi adultes que le harcèlement, la frustration sexuelle ou encore la place de la femme dans la société de l’époque - une maîtresse d’école se devant de par son statut d’être moralement irréprochable au point de ne pas oser assumer sa sexualité voire même ne serait-ce que se montrer avec un homme. L'actrice est étonnante alors que Hugh O’Brian n’a peut-être jamais été aussi bon, sans arrêt sur le fil du ridicule mais n’y tombant jamais grâce à un cabotinage remarquablement bien maitrisé : ses mimiques, sa manière de se déplacer et de parler resteront dans les annales de la série - la direction d'acteurs doit y être aussi pour beaucoup.

Le troisième invité de l'épisode est le toujours excellent John Larch dans le rôle d'un homme de loi pas très rassurant et dont on a aussi du mal à comprendre immédiatement les motivations, un personnage moins présent mais dont l’écriture se révèle presque aussi riche que celle des deux précédents. Quant à nos protagonistes principaux, "les hommes du ranch Shiloh", ils restent encore un peu en retrait même si James Drury a droit à quelques mémorables séquences avec entre autres un combat à poings nus très teigneux, très bien monté et chorégraphié, filmé dans un cadre idyllique avec jolie cascade en fond de plan. Série de distraction en prime trime oblige, Doug McClure et Gary Clarke apportent légèreté et humour sans que le ton se fasse jamais lourd, sans que le contraste soit trop pénalisant avec la noirceur de l'ensemble, tandis que Lee J. Cobb est toujours aussi charismatique sans avoir besoin de trop en faire. Quant à Roberta Shore qui incarne sa fille - qui fête ses 15 ans lors de ce premier épisode -, son rôle n’est encore pas bien défini hormis le fait d’apporter lui aussi un peu de fantaisie en essayant de gentiment flirter avec les hommes du ranch. Universal ne semble pas avoir trop lésiné sur les moyens, témoins de très beaux extérieurs sans utilisation de transparences, une figuration parfois assez importante, d'amples travellings lors des scènes de chevauchées pour rassembler les pur-sang, une efficace scène de dressage de chevaux ou encore une belle séquence de bal avec des danseurs chevronnés...

Une histoire solide, des thématiques fortes, des personnages complexes et des situations tout à fait crédibles, de l’humour qui côtoie la plus extrême gravité sans que cela ne détonne de trop, une mise en scène honorable et pour englober le tout une merveilleuse partition de Percy Faith qui renforce la puissance et la beauté des dernières 20 minutes dont le tournage en studio n’est absolument pas rédhibitoire, les techniciens Universal - comme c'était déjà le cas dans les années 50 pour leurs séries B - ayant accompli un travail remarquable. Une formidable réussite que l’ouverture ambitieuse de cette série, signée par David Friedkin, un réalisateur ayant accompli la quasi-intégralité de sa carrière à la télévision. On part ici vraiment de très haut ; il va être difficile de transformer cet essai. La réponse très bientôt ici même avec Burt Kennedy pour prendre le relais...

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  • 1.02 - Woman from White Wing
  • Réalisation : Burt Kennedy
  • Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin d'après une histoire de Burt Kennedy
  • Guest Star : Barry Sullivan
  • Première diffusion 26/09/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Alors qu’il se rend assez loin du ranch Shiloh pour s’occuper du bétail, le Virginien arrive à White Wing, une maison dans un coin isolé que le Juge Garth, 15 ans auparavant, avait commencé de construire en souvenir d’une femme qu’il avait aimée et qui est morte depuis. Il y trouve trois hommes inquiétants, dont Dawson (Barry Sullivan) qui lui demande de prévenir Garth qu’il vient régler des comptes et que bientôt tout ce que le juge possède n'aura plus aucune valeur à ses yeux. Le passé va remonter pour le propriétaire du plus grand domaine de Medicine Bow...

Mon avis : Alors que le précédent épisode commençait de manière très sombre, les premières scènes de Woman from White Wing - inédit en France - s’avèrent au contraire plutôt bucoliques : les paysages forestiers traversés par nos trois comparses alors qu’ils conduisent un troupeau et recherchent quelques bêtes sont d’une grande beauté, rehaussés par des couleurs qui nous rappellent à peu près le glorieux et incomparable Technicolor des décennies précédentes. Quelques instants de quiétude et de nonchalance assez légers et plutôt humoristiques - avec notamment Trampas en éternel vantard de ses prouesses avec les femmes - qui ont surtout pour but de témoigner de l’amitié et de la complicité qui lient Trampas, Steve et le Virginien. A ce propos, leur patron dira au Virginien lors d'une discussion intime en se remémorant des compagnons très chers de son passé : "Vous êtes des amis, presque des frères, comme les trois doigts d’une main." Puis on arrive à ce fameux White Wing du titre, une maison en bois non terminée où se trouvent réunis trois personnages inquiétants. Tout comme pour celui qu'interprète Hugh O’Brian dans The Executioners, on n’arrive pas immédiatement à saisir les motivations de ces trois hommes peu affables dont on comprend très vite qu'ils sont des hors-la-loi évadés ; d’où une partie du mystère qui court durant le premier tiers de l'épisode. On apprend juste que Dawson a des comptes à régler avec le juge Garth et qu’un dramatique secret semble les lier. Il va falloir patienter un peu pour savoir ce qu’il en est.

En attendant, pour détendre l'atmosphère, on assiste à une séquence extrêmement cocasse qui voit l'arrivée en train du premier sénateur du Wyoming dans la ville de Medicine Bow. Une scène au cours de laquelle Trampas se moque de Steve du fait que ce dernier s'extasie comme un enfant devant une parade, avant de provoquer avec le Virginien une sorte d'esclandre en libérant un peu tôt leurs nouvelles têtes de bétail qui vont faire un raffut pas possible, ce qui va provoquer une fâcherie entre le sénateur et celui qui l'accueillait, non moins que leur patron dont la carrière politique est ainsi ruinée. A cette occasion, on constate avec plaisir que nos héros peuvent parfois se révéler de véritables chenapans indisciplinés, capables de désobéir à leur boss qui cependant ne leur en tient pas trop rigueur, ce qui rend tout ce petit monde encore plus humain. Il faudra néanmoins se contenter de ces quelques moments de fantaisie dans un épisode encore une fois plutôt sombre et qui s'attarde avant tout sur le passé du propriétaire du ranch Shiloh, sur les circonstances assez dramatiques qui l'ont conduit dans la région et sur certains de ses actes qui ne se révèlent a postériori pas très glorieux. Savoir dès le deuxième épisode que l'on trouve des parts d'ombre chez l'un des protagonistes principaux de la série - et non des moindres - renforce d'une part l'humanité de ce dernier, de l'autre nous démontre que le manichéisme ne semble pas être de mise chez les auteurs - la dernière très belle séquence l'entérinera par l'intermédiaire de Dawson - même si évidemment tous nos héros du ranch Shiloh s'avèrent extrêmement attachants.

L'épisode - superbement écrit par Burt Kennedy en personne - va donc principalement tourner autour de Garth, de sa fille Betty et du personnage interprété par la guest star de l'épisode, Barry Sullivan. Les deux thématiques principales sont à nouveau la vengeance mais aussi, encore plus prégnante, l'amour filial, qui sera d'ailleurs décliné à partir de deux points de vue différents. Je vous laisse cependant découvrir les relations qui existent entre ces trois personnages, à travers une histoire que les auteurs ont eu l'intelligence de ne pas nous dévoiler via un flash-back mais - grâce à une remarquable direction d'acteurs et des dialogues superbement écrits - par la narration de tous ces évènements dramatiques par Lee J. Cobb au cours de longues et sobres séquences en simples champs/contrechamps. Un épisode donc très bavard et quasiment dénué d'action - si ce n'est durant les cinq dernières minutes - mais cependant jamais ennuyeux pour autant grâce au talent des comédiens et des scénaristes. Lee J. Cobb se révèle un conteur hors pair et cela fonctionne parfaitement surtout qu'il a en face de lui un partenaire également talentueux, le charismatique Barry Sullivan (inoubliable aux côtés de Barbara Stanwick dans 40 tueurs - Forty Guns de Samuel Fuller ou encore dans Les Sept chemins du couchant - Seven Ways from Sundown de Harry Keller où il donnait la réplique à Audie Murphy) à qui l'on a confié avec son visage dur un personnage déterminé mais au final extrêmement touchant. Quant à la maladresse et l'inexpérience de la jeune Roberta Shore, elles conviennent parfaitement à son rôle et contribuent à nous la rendre bien plus sympathique que dans le premier épisode. Concernant James Drury enfin - absolument pas terne contrairement à ce que j'ai pu lire ici et là -, comme déjà dans The Executionners, son Virginien se trouve en quelque sorte relégué au second plan alors même que le personnage sait se faire remarquer par sa force de caractère, sa droiture et sa franchise, ses interventions aidant toujours à faire avancer l'action dramatique ou à démêler les situations.

Pour le reste, une histoire solide et qui aime à prendre son temps pour se dévoiler à nous, des situations et un environnement toujours aussi crédibles - on découvre dans cet épisode le dortoir des cow-boys du ranch Shiloh -, un Tom Reese inquiétant avec son gros nez au milieu de son visage grêlé, une belle délicatesse de ton lors des séquences tout en retenue réunissant Roberta Shore et Lee J. Cobb - qui nous livre un grand numéro dans des séquences qui sans lui auraient pu être ennuyeuses -, de l'émotion et une certaine tension qui trouvent leur paroxysme dans le magnifique dénouement, les dernières images et ce très beau travelling ascendant. Un épisode encore assez ambitieux pour une série télévisée familiale. Et s'il s'agissait tout simplement de ce que Burt Kennedy avait fait de mieux derrière une caméra durant cette décennie ? Maintenant, il passe le flambeau à Ted Post !

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  • 1.03 - Throw a Long Rope
  • Réalisation : Ted Post
  • Scénario : Harold Swanton
  • Guest Star : Jack Warden
  • Première diffusion 03/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 8/10

Le pitch : Le Virginien craint de revivre à Medicine Bow ce qui s’est déroulé récemment au Mexique et au Montana, soit une sanglante bataille entre éleveurs et fermiers. En effet, des vols de bétail ont eu lieu et les soupçons se portent sur un paysan (Jack Warden) sur le point d’être lynché par le Major Cass, l’un des gros propriétaires de la région qui décide d’ailleurs de partir en guerre contre tous ces nouveaux colons, voire de les exterminer s’il le faut. Si le Juge Garth reste indécis quant à ce qu’il convient de faire, le Virginien refuse cette solution radicale quitte à se désolidariser de ses amis et de son patron…

Mon avis : Grâce au scénariste Harold Swanton ainsi qu’au réalisateur Ted Post - qui avait déjà travaillé à plusieurs reprises sur Rawhide avec Charles Marquis Warren, le créateur de ces deux séries westerns cultes - et même si les deux épisodes précédents volaient déjà bien haut, avec Throw a Long Rope on monte encore d’un cran. Cet épisode "politique" fait partie de ces admirables fictions - du style La Porte du diable d'Anthony Mann - qui prennent immédiatement leur sujet principal à bras-le-corps sans quasiment en dévier et qui, au risque d’une certaine austérité, ne se laissent distraire par aucune digression, filent droit sans se retourner et en s’attachant uniquement à leur réflexion sur des thématiques assez graves, en l’occurrence celles étroitement imbriquées au sein de l’intrigue que sont la justice expéditive pour les voleurs de bétail ainsi que les conflits sanglants qui opposaient souvent à l’époque gros éleveurs et petits fermiers. Des thèmes maintes fois mis sur le tapis dans le domaine du western - Le Souffle de la violence de Rudolph Maté en étant l'un des exemples les plus connus - mais qui auront rarement été aussi approfondis que dans ce film de télévision de 72 minutes qui s’avère tout aussi adulte que passionnant et progressiste. Ce qui n’est pas la moindre de ses qualités puisque la série peutt également à nouveau se targuer de ne jamais sombrer dans le manichéisme, les fermiers comme les éleveurs ayant chacun leur part de responsabilités dans cette montée outrancière de la violence contre laquelle le Virginien va d’ailleurs s’élever au risque de se voir abandonné de tous.

"If there’s a wrong, you fight it. If you don’t, you become part of it. That ain’t so hard to understand, is it." : pour résumer, s’il se trouve une quelconque injustice, il faut agir, car ne rien faire reviendrait à la cautionner. Pour notre héros, ce ne sont pas de mots en l’air et, ne voulant pas recommencer l’erreur du premier épisode, il décide cette fois de prendre le taureau par les cornes, mettant ainsi non seulement son avenir en danger mais aussi sa vie en choisissant le camp de la justice plutôt que celui de sa loyauté à ses amis / patrons / collègues. Alors qu’il n’était relégué qu’en arrière-plan dans les deux précédents épisodes, James Drury obtient cette fois le rôle principal et autant dire que, allant à l’encontre de ceux qui le jugeaient terne, le comédien se révèle aussi charismatique que son personnage s’avère admirable de droiture, d’intelligence et d’éthique. Même s’il reste un doute quant à la culpabilité ou non des fermiers dans les vols de bétail, le Virginien considère que ce n’est pas par la violence que se réglera le conflit qui se fait jour et que même si le fait s'avérait exact, ce ne serait pas une raison pour les traiter ainsi. Les auteurs ne craignent pas non plus de voir les spectateurs s’offusquer de certains comportements des autres protagonistes principaux et notamment celui de Trampas - qui tient ici dans un premier temps un discours assez haïssable, disant en substance que peu importe les lynchages si c’est pour ne pas perdre d’argent - ou du juge Garth qui tergiverse et qui, après mûre réflexion, estime qu’il n’a pas d’autre choix que d’en passer par l’extermination des colons. Avant cela, nous l’aurons entendu raconter à son régisseur les difficultés qu’il a eues à s’installer, ayant eu à combattre les Indiens, à construire son ranch de ses propres mains, à s’échiner au travail... Sur quoi le Virginien lui rétorque que les Indiens ont bien dû tant bien que mal s’adapter à leur venue et qu’au lieu de partir en croisade c’est à son tour de s’adapter et de cohabiter avec de nouveaux habitants. Un discours vraiment novateur et qui force le respect et l’admiration.

Au vu de la violence inouïe des idées des éleveurs, le Virginien va aller combattre aux côtés des fermiers - pour certains assez belliqueux, notamment lorsqu’ils se servent de Tatum comme d’un martyr en le faisant savoir en plein office du dimanche, une séquence étonnante elle aussi - et donc prendre les armes contre son camp. Mais avant cela, et malgré les réticences de la famille, il aura décidé d’aller aider Tatum aux travaux de la terre - ce dernier s’étant cassé la jambe lorsque la corde destinée à le pendre a été sectionnée - et sera également parti enquêter sur les véritables coupables des vols, prétexte pour les auteurs à de nombreuses séquences en extérieur, à une rencontre avec un homme des bois assez pittoresque dans son accoutrement et à l’insertion d’un personnage de policier suédois dont on entendra beaucoup parler sans jamais le voir ; et pour cause ! Une cause faisant partie des quelques surprises que je ne me permettrais pas de vous dévoiler, le résultat des investigations sur les vols étant pour le moins culotté tout en restant totalement crédible. Autant dire que le scénario de Harold Swanton s’avère en tout point enthousiasmant, tout aussi bien dans sa construction qu’à travers ses passionnantes réflexions sur une thématique pourtant rebattue dans le genre, ainsi enfin que dans l’écriture des personnages d’une richesse assez incroyable pour une série de l’époque. Il faut dire que les comédiens méritent tous les éloges, que ce soit James Drury aussi "grand" que son personnage, mais aussi les guest stars que sont John Anderson dans le rôle du cattle baron qui "semble être en manque d’actions sanglantes depuis la fin des guerres indiennes" ou bien Jack Warden - l’un des 12 jurés de 12 hommes en colère de Sidney Lumet - dans celui du fermier martyr ainsi que Jacqueline Scott qui interprète son épouse.

Pour la première fois dans cet épisode, il est fait allusion au passé du Virginien dans le comté de Fairfax, sa voix off nous donnant dans le même temps quelques éléments historiques concernant des conflits similaires à celui qui se prépare à Medicine Bow. La vie quotidienne de ses habitants est décrite avec toujours autant d’authenticité : cette fois nous assistons aux travaux des champs par un Virginien qui fait tomber la veste du dimanche pour aller bêcher et sarcler la terre d’une famille pour laquelle il éprouve de la compassion pour ce qu’on leur a fait subir. Cette fiction signée Ted Post - qui, entre ses deux westerns pour le cinéma, The Legend of Tom Dooley et Pendez-les haut et court, n’aura travaillé que pour la télévision - enfonce donc le clou concernant la qualité des débuts de la série ; elle dame non seulement le pion à 95 % des westerns des années 60 mais se révèle également être probablement ce qui s'est fait de plus intelligent et approfondi sur la question des rivalités féroces entre éleveurs et fermiers pour la possession des terres et des points d’eau. Il va être difficile de faire mieux que cet épisode, qui prend également le risque d'oublier humour et fantaisie qui auraient contribué à atténuer son aspect grave et tendu. Un petit chef-d’œuvre !

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  • 1.04 - The Big Deal
  • Réalisation : Earl Bellamy
  • Scénario : Winston Miller d'après une histoire de Richard Jessup
  • Guest Star : Ricardo Montalban
  • Première diffusion 10/10/1962 aux USA – 26/02/1967 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Les hommes du ranch Shiloh viennent accueillir Enrique Cuellar (Ricardo Montalban) à sa descente du train. L’élégant Colombien est l’invité du juge Garth ; les deux hommes doivent renégocier la location d’un lopin de terre que Cuellar avait hérité de son père, un bout de terrain enclavé sur le domaine du rancher et dont le bail vient de se terminer. Les négociations ne vont pas se dérouler aussi bien que prévu : Garth a caché à son bailleur la véritable valeur de ce terrain qui lui est indispensable pour son bétail et lui propose de le racheter à un prix ridiculement bas...

Mon avis : J'avoue avoir éprouvé une petite appréhension avant de visionner le 4ème épisode de cette saison initiale ; ayant lu comme quoi il s’agissait du premier de la série au ton dit "léger" et s’apparentant de plus à une comédie, j’ai craint de tomber soit sur une pantalonnade un peu lourde soit sur un épisode un peu naïf voire mièvre, d’autant plus lorsque l’on sait que les deux personnages principaux se révèlent être un bel Hidalgo et la fille du juge qui s’en enamoure. J’aurais dû faire confiance au créateur chevronné qu'était Charles Marquis Warren ainsi qu'à toutes ses équipes artistiques et techniques, et ne pas m'effrayer pour si peu ! Quoi qu’il en soit, me voici rassuré pour le reste de ce parcours-découverte de la série : non seulement l'épisode propose l'interprétation la plus délicieuse d’une guest star depuis son début - malgré déjà l’immense talent des précédentes - mais s’avère également tout à fait harmonieux dans le mélange des genres, la légèreté de la première demi-heure allant bifurquer ensuite vers plus de gravité sans que cela ne détonne. Le ton reste constamment juste, à l’image de l’interprétation magistrale de Ricardo Montalban qui à ma connaissance n’aura jamais été aussi savoureux, son gentleman colombien raffiné et galant se révélant un personnage inoubliable. La direction d’acteurs étant d’un égal "haut niveau" depuis le début, il se pourrait bien que ce soit Charles Marquis Warren en personne qui ait d’emblée imposé sa marque et ses directives aux différents réalisateurs qui se sont succédé derrière la caméra.

L’arrivée de ce Colombien à Medicine Bow va dans un premier temps être l’occasion d’une suite de séquences plus cocasses les unes que les autres sans que jamais celles-ci ne s’avèrent pénibles de lourdeur grâce d’une part au talent des comédiens tous très bien dirigés, de l’autre à des dialogues souvent très spirituels alliés à la finesse d’écriture de Winston Miller, scénariste d’un bon nombre de très grands westerns dont La Poursuite infernale (My Darling Clementine) de John Ford ou Terreur à l’Ouest (The Bounty Hunter) d'André De Toth. Pour résumer un peu grossièrement, nous sommes ici plus proches d’un Billy Wilder que d’un Mel Brooks, un peu dans la même veine de westerns que Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall ou encore de l’exquis Frenchie de Louis King avec Shelley Winters. Il est tout aussi savoureux de voir Trampas se moquer des manières délicates du Sud-Américain - de sa savonnette, du nombre de ses bagages, de son vocabulaire précieux et de ses expressions châtiées, du fait de se laver tous les jours qui plus est en poussant haut et fort la chansonnette... - que d’être témoins des contrastes avec les siennes, bien plus frustres, par exemple lors d’un diner au restaurant absolument désopilant, une séance de poker où il devient l'arroseur arrosé. Durant cette première partie, nous ne pourrons pas non plus passer sous silence cette séquence inénarrable et au timing parfait de l’hôtel aux chambres bondées "comme tous les samedis soirs" - des détails qui, mine de rien, renforcent l’authenticité de la série par leur crédibilité et par le fait de ne les avoir pas vu souvent mis en avant au cinéma - au cours de laquelle le Virginien va apprendre - sans grande réussite - à Enrique à se faire une place dans des lits déjà occupés.

De belles occasions de rire et sourire sans oublier que cet "étranger" séducteur et beau parleur fait tourner les têtes de toutes les femmes et notamment de Molly et de Betsy, flirtant avec la première - rendant ainsi jaloux Trampas et le Virginien qui cherchent toujours à ce qu’elle réponde à leurs avances - faisant la cour en tout bien tout honneur à la seconde qui, par sa maladresse, sera à l’origine de l’envenimement du litige entre l’hôte et l’invité. En effet, ayant fait visiter le domaine à Enrique, elle se coupe en expliquant que le lopin de terre appartenant à son interlocuteur est primordial pour le ranch puisque les bêtes doivent obligatoirement le traverser pour se rendre et revenir de leurs pâturages sur les hauts plateaux. Il comprend ainsi qu’il peut en le vendant en tirer un profit raisonnable, sauf que le rancher lui en propose une somme dérisoire. Sentant être pris pour un pigeon, il demande par "vengeance" un prix faramineux. Les deux hommes, blessés dans leur orgueil, s’engagent dans un combat juridique ainsi que sur le terrain - mise en place de clôtures en barbelés d’un côté, rassemblement rapide du bétail de l’autre afin de pouvoir passer avant que celles-ci soient installées - qui s’annonce impitoyable. Encore une fois, point de manichéisme : nos héros se retrouvent d’ailleurs tous du "mauvais" côté, le juge étant décrit par la journaliste comme étant une tête de mule arrogante et assez dictatoriale pour avoir toujours réussi à dicter ses quatre volontés - ici dès la première seconde en imposant l’édification d’une horloge au centre de la place principale de la ville, un objet à cette époque insolite et qui sera l’occasion de quelques répliques et situations très amusantes - et ne pas apprécier qu’on lui tienne tête. Car comment ne pas prendre fait et cause pour ce Sud-Américain stylé, un personnage aussi affable que sympathique, cordial qu’intelligent et d’une franchise qui lui fait honneur même lorsqu’il sait que ses paroles le mettront à mal (ici auprès de Molly avec qui il avait commencé à former un couple) ?!

On se doute bien que malgré une séquence très tendue qui risquait de finir mal pour tout le monde, les auteurs en seraient venus à un happy-end dans la continuité du ton drôle et spirituel du début ; ce sera le cas puisqu'ils désamorcent avec intelligence l’absurdité et la bêtise de la situation. Même si la conclusion est un peu trop hâtive - durée imposée oblige -, elle n’en est pas moins tout à fait satisfaisante et nous fait revenir le sourire aux lèvres, tout comme à celles du Juge Garth à cause de qui, une fois encore, le drame a failli se produire. On notera également un très bon Ross Elliott en shérif, la première apparition du magnifique Appaloosa du Virginien et une mise en scène très agréable d'Earl Bellamy qui dans le courant de la décennie réalisera également quelques bons westerns pour le cinéma - Gunpoint avec Audie Murphy ou Incident at Phantom Hill avec Robert Fuller. Un épisode plutôt détendu au ton toujours très juste et jamais outrancier que ce soit dans la comédie ou le drame, dans lequel James Drury et Doug McClure ne servent que de faire-valoir au mémorable Ricardo Montalban. Assez réjouissant !

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  • 1.05 - The Brazen Bell
  • Réalisation : James Sheldon
  • Scénario : Roland Kibbee
  • Guest Stars : George C. Scott & Royal Dano
  • Première diffusion 17/10/1962 aux USA - Jamais diffusé en France mais sorti doublé en salles le 23/10/63 sous le titre Panique à l'Ouest
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Arthur Lilley (George C. Scott) arrive à Medicine Bow. Il vient de l'Est pour le poste vacant d'instituteur. Là où il enseignait avant, faute à sa lâcheté, un drame s'était produit qu'il souhaiterait oublier. Pas de chance, peu après avoir débuté dans sa nouvelle fonction, deux bagnards évadés font irruption chez lui avec pour l'idée de prendre les enfants de l'école en otages afin d'obtenir en échange toutes les vivres et munitions dont ils auront besoin pour rejoindre la frontière canadienne. L'un d'eux est un demeuré très dangereux tandis que son chef (Royal Dano) est un homme cultivé mais qui ira jusqu'au bout quitte à tuer...

Mon avis : L'épisode commence par l'évasion violente de deux bagnards alors qu'ils étaient en train d'effectuer des travaux forcés en extérieur au sein de paysages idylliques. L'un des deux, Molder, semble être un homme cultivé puisqu'il cite d'emblée Kipling, tandis que son compagnon d'échappée est un jeune fou sanguinaire qui le rejoint en lui forçant la main, lui disant que s'ils avaient besoin de tuer au cours de leur périple pour ne pas être repris, il s'en chargerait avec plaisir. Autant dire que l'on comprend d'emblée qu'il ne s'agira pas d'un épisode "léger" comme pouvait l'être le précédent, puisque l'on apprend également que Molder allait probablement être pendu le lendemain, suite à sa condamnation pour le meurtre de sa femme. Malgré tout, les 30 premières minutes - hormis les séquences où l'on suit la cavale des prisonniers - restent très amusantes et une fois encore, grâce ici surtout au personnage de Molly, nous sommes en présence d'un épisode sacrément progressiste, mettant en avant l'importance du civisme et de l'éducation malgré la réticence des parents qui préfèrent garder leurs enfants à la maison dans le but de les aider plutôt que de les envoyer à l'école. La journaliste déplore également que ses concitoyens - adultes cette fois - ne soient pas plus matures et "n'élargissent pas leurs centres d'intérêt au lieu de ne lire et de ne s'intéresser qu'aux seuls faits divers sanglants." Car, comme c'était déjà le cas dans les épisodes précédents, on est témoins du fait que dans cette gentille petite ville où le puritanisme est encore bien présent, la majorité des habitants regrettent le temps de la justice expéditive et aiment bien se saouler et se bagarrer le samedi soir et du fait que certains n'hésitent pas en s'en vantant à escroquer leurs concitoyens, notamment ici l'épicier.

Trampas est une fois de plus d'une muflerie et d'un égoïsme "drôlement réjouissants", refusant d'aider à porter le courrier "car personne ne lui écrit", et sera à nouveau l'arroseur arrosé suite à une mauvaise blague faite au juge - il avait fait croire au couple de nouveaux arrivants que la maison de son patron était un hôtel où ils seraient bien accueillis, nourris, logés. Pour en revenir aux idées modernistes des auteurs - ici Roland Kibbee qui écrira plus tard le très beau scénario de L'Homme de la Sierra (The Appaloosa) de Sidney J. Furie avec Marlon Brando -, le Virginien, qui s'est vu confier le poste de shérif en l'absence de ce dernier, préfèrera la prévention à la répression pour ce samedi soir chahuteur qui l'attend. Que des sujets étonnamment toujours autant d'actualité, comme également toutes ces notations et réflexions sur ce que doit être le journalisme, l'empathie que le reporter doit avoir - ou non - face à un dramatique fait divers relaté... Des répliques qui fusent, des séquences savoureuses de drôlerie, une intelligence du propos, un rythme enlevé... puis c'est l'irruption brutale de la violence après qu'on a déjà assisté à celle, effrayante, qui émane de certains élèves. A ce propos, la séquence au cours de laquelle l'un des adolescents turbulents - comme par hasard le rejeton du père qui regrettait le temps des lynchages - menace son professeur, n'est pas indigne - même si bien plus brève - des moments tendus dans Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks. C'est là que le couple venu de "l'Est civilisé des USA" se rendra compte du contraste entre leur lieu de départ et cet Ouest encore sauvage ; il vont y être directement et brutalement confrontés au cours d'un huis clos éreintant de tension et au cours duquel ils auront une nouvelle fois à s'interroger sur les notions de courage, d'instinct de survie et de lâcheté.

Durant toute cette dernière partie que je ne me permettrais pas de raconter pour éviter de dévoiler des importants éléments de l'intrigue, on sera une fois encore étonnés de la modernité du discours, notamment celui sur l'inhumanité des prisons dans lesquelles, en citant Oscar Wilde, "seules les qualités de l'homme s'y épuisent et s'y flétrissent", une phrase tirée de son recueil La Ballade de la geôle de Reading publié en 1898 à la fin de sa propre incarcération. C'est le remarquable George C. Scott - futur Patton - qui déclame une longue partie d'un des poèmes - qui sera aussi son arme - lors du climax de la séquence finale qui se termine par un gunfight d'une cinglante sécheresse et d'une redoutable efficacité, une violente prise d'assaut menée par le Virginien. Aux côtés de cet immense comédien, qui tient ici un contre-emploi dans le rôle d'un instituteur timoré et trouillard, pour tenir celui des évadés deux autres acteurs tout aussi convaincants et dont les visages sont bien plus connus que les noms, à savoir Royal Dano (l'un des amis d'Audie Murphy dans le fabuleux La Charge victorieuse - The Red Badge of Courage de John Huston) ainsi que l'inquiétant John Davis Chandler qui, avec ses yeux bleus et ses paupières tombantes, interprétait avec James Drury cette même année l'un des épouvantables frangins dans le chef-d’œuvre de Peckinpah, Coups de feu dans la Sierra - Ride the High Country. Ce segment permettra de lancer d'autres réflexions sur la violence, le danger du port d'armes ou la Self Preservation tout en nous contant une belle histoire de rédemption ; tout un programme !

Même si tout à fait subjectivement ces histoires de prises d'otages en huis clos ne m'ont jamais vraiment passionné, je dois avouer que l'écriture du scénario, sa construction, la qualité de l'interprétation et de la mise en scène ont fait que l'ennui n'a quasiment jamais pointé le bout de son nez. Ajoutez à cela une astucieuse utilisation des ellipses, une belle gestion du suspense, une mise en scène de qualité... et la rigueur de l'ensemble finit d'entériner la réussite de ce Brazen Bell, un épisode dans lequel James Drury et Doug McClure n'ont pas un grand temps de présence. Le réalisateur James Sheldon, qui aura fait sa carrière entière à la télévision, signera encore sept autres épisodes de la série ; on s'en réjouit par avance !

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  • 1.06 - Big Day, Great Day
  • Réalisation : Harmon Jones
  • Scénario : Charles Larson
  • Guest Star : Aldo Ray
  • Première diffusion 24/10/1962 aux USA - 10/07/1966 en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Le Juge Garth se rend à Casper pour récupérer un lit à baldaquin qu’il a fait venir d’Italie comme cadeau pour sa fille. Malheureusement un incendie a détruit l’entrepôt et le meuble a brulé. Il décide néanmoins de rester sur place en ce jour de fête nationale d’autant qu’il vient de retrouver un grand ami à lui, le catcheur Frank Krause (Aldo Ray), qui non seulement doit disputer aujourd’hui même un combat pour le titre mondial mais également convoler en juste noces avec une prostituée qu’il fréquente depuis maintenant quinze ans. Pendant ce temps-là, Steve tombe amoureux d’une autre fille du saloon...

Mon avis : Après l’anxiogène et moralement violent The Brazen Bell, la série bifurque avec ce nouvel épisode vers plus de légèreté avec en prime énormément de chaleur humaine. Et comme nous l’avait déjà prouvé The Big Deal avec Ricardo Montalban, depuis le début de cette première saison la réussite est tout autant de la partie lorsqu’il s’agit de drame ou de comédie, surtout que la frontière entre les deux n’est jamais totalement définie, ici aussi des facettes plus sombres venant s’inviter au sein d’un scénario festif et pétillant. Cet excellent sixième épisode est réalisé par Harmon Jones, cinéaste assez méconnu qui aura signé durant les années 50 quelques westerns pour le cinéma - tous avec le sympathique Dale Robertson - avec pour sommet en 1956 l’excellent A Day of Fury (24 heures de terreur) à l’intrigue bien menée et aux dialogues de premier ordre, véritable feu d'artifice de punchlines que débitait le génial et trop méconnu Jock Mahoney. Trois ans plus tôt, Harmon Jones avait déjà réalisé La Cité des tueurs (City of the Bad Men), un film assez anodin au niveau de la mise en scène mais loin d'être désagréable, grâce surtout à des situations originales et inédites comme une intrigue se déroulant alors qu'un match de boxe important va avoir lieu, opposant James Corbett (le fameux Gentleman Jim interprété par Errol Flynn dans le chef-d’œuvre de Raoul Walsh) et Bob Fitzsimmons. Une proposition de départ intrigante que reprend en partie ce rythmé et succulent épisode de The Virginian.

En effet, alors que le juge Garth se rend dans la ville de Casper en ce 4 juillet, jour de la fête de l’indépendance, un combat de catch doit justement se dérouler pour le titre de champion du monde. L’un des deux adversaires, Frank, n’est autre qu’un de ses meilleurs amis qu’il avait perdu de vue depuis une dizaine d’années après lui avoir mis le pied à l’étrier dans le milieu sportif et même après avoir commencé à l’entrainer - encore une révélation assez surprenante concernant le passé du juge. Ils se retrouvent à cette occasion avec autant de surprise que de plaisir. Frank, c’est l’attachant Aldo Ray (hilarant dans Pat and Mike de George Cukor aux côtés du couple Spencer Tracy / Katharine Hepburn, et inoubliable dans le méconnu et superbe Nightfall de Jacques Tourneur) qui forme ici avec Lee J. Cobb un duo absolument jubilatoire et dont l’alchimie fonctionne à merveille, aidant à la réussite de cet épisode sans thématique principale autre que l’amitié et ce qu’on peut-être capable de faire pour ne pas la briser même si c’est pour dévier de son éthique et fermer les yeux sur certains faits peu glorieux - en l’occurrence ici un "drame" à l’origine d’un petit suspense émotionnel que je me garderais bien de vous dévoiler. On constate des liens très profonds qui s’étaient tissés entre les deux hommes, tout autant que ceux qui existent entre les jeunes Steve et Trampas qui vont pourtant être mis eux aussi à rude épreuve au sein d’une sous-intrigue romantique au final assez amère qui se greffe à l’histoire principale. Les deux arcs dramatiques s’harmonisent parfaitement bien grâce à une écriture s’avérant une fois de plus d’une belle rigueur et d’une réjouissante vitalité, avec notamment de nombreuses situations cocasses et des répliques amusantes qui n’empêchent cependant pas l’émotion de poindre.

Steve tombant amoureux de Maxine, une jeune prostituée qui lui rappelle sa fiancée défunte, il est prêt à l’épouser sur un coup de tête sans chercher à savoir si leur couple pourrait fonctionner : "I love you so much, Maxine, I'd turn into a toad frog if you wanted me to." Maxine tombe sous le charme de cette demande en mariage, la première en provenance d’un homme sobre. Trampas ayant compris que cette union serait vouée à l’échec - la fille aime s’amuser, le garçon imagine une gentille épouse au foyer -, il va faire en sorte de leur ouvrir les yeux même s'il devra jouer au mufle pour y parvenir, quitte à risquer de briser l’amitié qu’il entretient avec Steve. Si la charmante Carolyn Kerney cabotine parfois un peu trop dans le rôle de la jeune fille émancipée, Rosemary Murphy tient la dragée haute à Lee J. Cobb et Aldo Ray dans le rôle de la truculente Pearl, la tenancière du saloon/bordel qui doit épouser en ce jour le catcheur après quinze années de "fidélité" sans qu’elle n’ait pour autant arrêté de pratiquer le plus vieux métier du monde ; une situation assez amorale qui n’en est que plus réjouissante et qui rend le couple encore plus humainement touchant ! La comédienne est formidable et tout aussi attachante que son partenaire masculin. Parmi les autres "invités", on notera Mickey Shaughnessy qui en fait des tonnes dans le rôle du rival sportif matamore d’Aldo Ray, Richard Shannon dans celui du shérif un peu jaloux de Frank pour avoir toujours eu lui aussi le béguin pour Pearl, ou encore Dennis Patrick dans celui du manageur véreux. Quant à James Drury, il n’apparait que le temps d’une minute au début de l’épisode. Sinon, à travers maints détails authentiques, on se rend compte - encore plus que précédemment - que l’époque à laquelle se déroule la série est la toute fin du 19ème siècle.

Enfin l'épisode n'est pas avare en notations assez cocasses ou rarement vus dans un western, comme les voitures de pompiers tirées par des chevaux, les maillots de bain - vous n’aurez jamais vu Steve et Trampas aussi drôlement vêtus -, les appareils téléphoniques, les feux d’artifice... il nous amène même sur une plage de sable au bord d’un lac sillonné de canoës surmontés de parasols ! Pour les amateurs d’action, l’épisode nous propose également une bagarre dantesque très bien réalisée et tout à fait crédible dans les coups portés. Authenticité, grande vivacité de rythme et d'exécution, grande ferveur de sentiment et belle efficacité dans l'écriture... autant dire que ce Big Day, Great Day s’avère tout aussi chaleureux que captivant, tout aussi divertissant que dépaysant, pour tout dire, tout simplement délicieux ! Ce que l’on en retiendra enfin est la profonde lucidité de Trampas quant à son profond égoïsme - n’oublions pas que dans le roman il s’agissait d’un bad guy - lors de cette phrase qu’il prononce : "For the first time in my life I try to do something for a friend, not want anything for myself.

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  • 1.07 - Riff-Raff
  • Réalisation : Bernard Girard
  • Scénario : John Boothe
  • Guest Star : Ray Danton
  • Première diffusion 07/11/1962 aux USA - 29/07/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 5/10

Le pitch : Molly revient d'un voyage au cours duquel elle a récolté des informations à propos de la guerre qui s’engage entre les USA et l’Espagne en cette année 1898. A force d’en entendre parler ainsi que du prestige de l’uniforme, pour impressionner la jolie journaliste, Trampas part au Texas pour s’engager. Le Virginien, qui a impérativement besoin de lui, envoie Steve le chercher. Mais à son tour, ce dernier décide de revêtir la tunique bleue. Il ne reste plus au régisseur du ranch Shiloh qu’à aller les ramener lui-même. Ils finiront tous sur le front à Cuba sous le commandement du Lieutenant Hamilton (Ray Danton)...

Mon avis : Lorsqu’on entame une série au long cours, et surtout lorsqu'on sait - comme pour quasiment toutes les séries d’avant les années 80 - que chaque épisode possèdera un arc dramatique assez indépendant de celui des autres, on est conscient qu’en toute logique certains épisodes seront médiocres et qu’aussi bonne soit-elle la série ne pourra pas constamment surfer sur les sommets ! On espère bien évidemment que la déception arrivera le plus tard possible pour avoir eu au préalable le temps de s’être familiarisé avec le ton et l’atmosphère d’ensemble, avec les situations et les personnages, ce qui évite ainsi d'avoir d'emblée une idée faussée de l'ensemble. Au vu de ce préambule, vous aurez bien évidemment compris que nous en sommes arrivés au premier faux pas de la série, un épisode humoristique qui succède heureusement à deux petites pépites qui prouvaient que dans le domaine de la "comédie" les auteurs étaient capables de ne pas sombrer dans la pantalonnade assez vulgaire - ce qui est le cas ici-, le spirituel The Big Deal avec Ricardo Montalban ainsi que le chaleureux Big Day, Great Day avec Aldo Ray. D’ailleurs, outre une écriture légère et savoureuse, la qualité de ces deux épisodes reposait aussi grandement sur les épaules de leurs guest stars, ce qui n’est malheureusement pas le cas pour celui réalisé par Bernard Girard, Ray Danton nous octroyant une interprétation loin d’être marquante contrairement jusqu’ici à tous les précédents prestigieux invités de la série.

L’épisode démarrait pourtant assez bien et d’une manière très amusante grâce notamment à l’éternel vantard et tombeur de ces dames, à savoir bien évidemment Trampas. Il faut l’avoir vu fausser compagnie aux cow-boys - en leur laissant tout le travail - pour aller accueillir Molly de son retour de voyage, l'avoir vu fanfaronner puis se faire reprocher son manque de curiosité concernant la politique internationale avant de se faire piéger par la journaliste qui le pousse à aller s’engager par le seul fait de lui dire apprécier les hommes courageux en uniformes. On appréciera aussi la savoureuse colère du Virginien qui constate la fuite de Trampas puis le "non retour" de Steve qu’il avait envoyé le ramener. Un prologue donc assez drôle même si l’on se doute immédiatement que l’épisode ne sera pas du niveau des précédents, puisqu'il manque singulièrement de finesse. On se dit cependant qu’il sera intéressant au moins par le fait d’évoquer un fait historique véridique, la bataille de San Juan Hill. Un combat s’était déroulé à Cuba en juillet 1898 durant la guerre hispano-américaine, mené du côté américain par le 1er Régiment de Cavalerie commandé par le futur président Roosevelt, les Rough Riders. Il s'agissait d'un bataillon de volontaires levé pour contribuer à l’effort de guerre, qui aurait dû être une unité de cavalerie mais qui au final aura combattu à la manière de l’infanterie ; une situation d’où découlera une partie des gags de l’épisode, nos cowboys ne supportant pas d'être à pieds. Malheureusement, les 20 dernières minutes entérineront la médiocrité de l’épisode, tout autant au niveau du scénario que de la mise en scène. Non seulement la reconstitution de la bataille n’est absolument pas captivante mais elle est également laborieuse, cette succession de séquences "de guerre" très gentillettes nous donnant l’impression de se trainer lamentablement pour meubler le temps qu’il restait pour atteindre les 72 minutes réglementaires. Cette dernière partie guerrière aurait dû constituer le climax de l’épisode mais elle s’avère totalement inintéressante, dénuée de rythme et de tension.

Quant à la direction d’acteurs, depuis le début de cette saison 1 elle laisse pour la première fois à désirer, témoin les prestations des guest stars, celle totalement transparente de Ray Danton - dont le rôle le plus célèbre doit être celui en 1960 du gangster Legs Diamond dans La Chute d’un Caïd de Budd Boetticher - ou celle pas très fine de Karl Swenson dans le rôle un peu caricatural de Roosevelt. James Drury se révèle également peu à l’aise dans les séquences purement comiques, cabotinant parfois assez mal. Reste heureusement Doug McClure grâce à qui l’on suit néanmoins cet épisode avec amusement - notamment du fait que Trampas soit non seulement indiscipliné mais également dans l’incapacité d’obéir à quelconque ordre qui ne lui plait pas -, ainsi que la charmante et délicieuse Pippa Scott - dans le rôle de Molly- dont on regrette déjà qu’elle ait dû quitter la série au cours de cette saison, James Drury avouant qu’elle ne s’était jamais sentie à sa place dans la peau de son personnage et que l’alchimie ne fonctionnait pas vraiment entre eux deux. Quant au juge Garth interprété par l'excellent Lee J. Cobb, il ne bénéficie même pas ici d’une seule apparition. Concernant les thématiques abordées, outre la guerre et l’engagement, on parle beaucoup du manque de curiosité des gens de l’Ouest pour ce qui se passe dans le reste du monde, des qualités pour faire un bon soldat, du fait que les cow-boys n’avaient pas nécessairement à vouloir s’engager, participant déjà à l’effort de guerre par le fait de "nourrir les soldats"...

Malgré tous ses défauts - dont le fait d’avoir vraisemblablement été écrit à toute vitesse et sans la moindre rigueur ni cohérence dans les changements de ton - ainsi qu'un dernier quart minable, le fait de s’être attaché depuis le début de la série aux personnages nous permet néanmoins de prendre un certain plaisir à les voir évoluer même au sein d’un épisode aussi médiocre. On aura également eu l'occasion de savourer la beauté des paysages traversés pour arriver à San Antonio, de se réjouir de la petite satire de l’armée et de ses officiers ainsi que de quelques situations ou d'images assez cocasses comme cette loufoque partie de polo entre soldats et ranchers ayant bénéficié de cascadeurs chevronnés. Enfin on aura eu le temps de se délecter de cette réplique du Virginien à Molly qui résume assez bien le caractère infantile et immature de Trampas : "As a matter of fact, in those heads any idea at all is a complete disaster." Un petit ratage qui devrait vite être oublié !

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  • 1.08 - Impasse
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : Donn Mullally d'après une histoire de Bernard Girard
  • Guest Star : Eddie Albert
  • Première diffusion 14/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 8/10

Le pitchLe Virginien et ses hommes ramènent un troupeau d’une centaine de chevaux sauvages qu’ils viennent de capturer sur les hauts plateaux et qui sont destinés à être vendus à l’armée. Tout irait pour le mieux sauf qu’ils vont être gênés dans leur avancée par la famille Kroeger qui, installée sur place depuis 15 ans, estime que tout ce qui se trouve sur ces terres lui appartient. Le patriarche (Eddie Albert), qui a éduqué ses cinq enfants d’une manière dictatoriale, décide de mettre des bâtons dans les roues aux hommes du ranch Shiloh afin de récupérer les mustangs alors que la fille de la famille tombe amoureuse de Trampas...

Mon avis : Après le médiocre et lourdingue Riff-Raff, avec Impasse la série se hisse à nouveau vers les sommets... aussi bien au figuré qu’au propre puisque dans ce huitième épisode qui se déroule intégralement en extérieurs, les cow-boys du ranch Shiloh sont chargés de convoyer une centaine de chevaux sauvages qu’ils ont réunis sur les hauts plateaux du Wyoming et qu’ils doivent désormais redescendre jusqu’en plaine afin de pouvoir honorer une commande de l’armée. Démarrant sans préambule alors que les hommes du Virginien rassemblent les bêtes, l’épisode signé par Maurice Geraghty - réalisateur ayant quasi-exclusivement travaillé pour la télévision - va se révéler être le premier de la série visant le spectacle et l’aventure pure. En effet, l’intrigue va intégralement tourner autour du voyage qui doit ramener les cow-boys chez eux ainsi que sur les difficultés qu’ils vont rencontrer en chemin, dues principalement à la seule famille vivant dans la région et qui par ce fait estime avoir des droits sur tout ce qui s’y trouve. La famille est constituée d’un veuf tyrannique et de ses cinq rejetons, quatre garçons et une fille. Il les a élevés avec autoritarisme, considérant ses décisions comme irrévocables, ses enfants n’ayant jamais leur mot à dire. Ne connaissant rien de ce qui existe ailleurs, les quatre jeunes Kroeger sont néanmoins très soudés et prêts à soutenir leur père coûte que coûte. Ceci étant, le doute instauré dans leurs esprits quant à leur absence de libre arbitre et les certitudes ainsi ébranlées par les paroles du Virginien vont logiquement amener à la perte de ce patriarche conservateur et castrateur, qui aura surestimé les liens du sang et qui n’a plus sa place dans ce monde qui bouge, dans cette époque où le droit de propriété doit être acté.

Essayant au départ d’intimider les cowboys indésirables en créant différents obstacles sur leur route - chutes de pierres, incendies du corral, vols, menaces... - qui vont effectivement provoquer la défection de plusieurs hommes du ranch, constatant que le régisseur et principal rival reste cependant inébranlable et qu’il mènera sa mission jusqu’au bout, Kroeger va avoir dans l’idée de proposer au Virginien de l’aider à convoyer le troupeau à cause du mauvais temps hivernal qui s’annonce et afin que les bêtes ne meurent pas de froid... A condition cependant de se partager les chevaux à l’arrivée. Notre héros accepte tout en se doutant bien que le patriarche despotique a une idée derrière la tête, qu’il faut s’en méfier et rester sur ses gardes. C’est ainsi qu’il décidera de mettre en place des tours de garde nocturnes qui seront l’occasion pour les auteurs de nous faire découvrir Trampas sous un jour nouveau, sensible et extrêmement attachant. Alors que jusqu’à présent nous avions à faire à un égoïste vantard et coureur de jupons, on est agréablement surpris de le voir très attentif et extrêmement protecteur vis-à-vis de cette jeune fille inexpérimentée qui vient de tomber amoureuse de lui. Contrairement à ce qu’il aurait fait jusqu’à présent, il ne profite absolument pas de la situation, poussant au contraire Mildred à s’émanciper d’abord de la tutelle paternelle pour pouvoir ensuite prendre le temps de se laisser courtiser et d’apprécier les différentes étapes conduisant à l’amour sans rien précipiter. Au cours de cette superbe séquence nocturne, Trampas se révèle d’une douceur inhabituelle, touchant par son respect et sa compréhension de la jeune fille ; ceci est d’autant plus agréablement épatant que l’alchimie entre Doug McClure et Denise Alexander fonctionne parfaitement, voir également à ce propos les grandes moments de complicité qui les réunissent comme ceux où ils rient tous deux.

Hormis quelques gros plans au tout début - d’ailleurs assez mal intégrés -, ces scènes de nuit seront les seules de l'épisode à avoir été tournées en studio sans que ce ne soit aucunement rédhibitoire. En effet, les équipes techniques du studio Universal ont fait un excellent travail à ce niveau, d’une sobriété qui empêche tout aspect trop factice et carton-pâte, à l’instar de ce qui avait été fait à la MGM pour les séquences nocturnes de Fort Bravo de John Sturges, peut-être les plus belles de l’histoire du western. Esthétiquement Impasse est très bien fait et semble avoir bénéficié d’un budget conséquent, témoin les nombreux paysages traversés et une centaine de chevaux à disposition. On se souviendra longtemps de cet aplomb rocheux sur lequel monte la famille Kroeger pour épier les cow-boys jugés intrus, une concrétion géologique aussi belle et impressionnante en vue plongeante que de dessous. Par la belle utilisation de ce décor naturel ainsi que par les choix de placement des caméras, on se rend compte d’emblée que Maurice Geraghty est un réalisateur inspiré et il le restera jusqu’au bout, le seul reproche qu’on pourrait lui faire étant l’intégration peu convaincante des stock-shots de l’incendie à la toute fin de son épisode. Sinon, les diverses séquences mouvementées (bagarres, rassemblement des chevaux, chevauchées fusillades) sont toutes extrêmement bien filmées, dignes d’un western de cinéma de l’époque à côté desquels cet épisode n’a vraiment pas à rougir et qui aurait d’ailleurs très bien pu sortir en salles. Enfin, signalons à nouveau une formidable direction d’acteurs avec notamment un excellent Eddie Albert dans la peau du fermier tyrannique - qui prouve au passage pouvoir être aussi à l’aise dans le drame que dans la comédie, le genre qui l’a rendu célèbre -, mais également un tout jeune Tom Skerritt (Alien), une attachante Denise Alexander et un Doug McClure qui nous étonne par le fait d’être très convaincant dans un total contre-emploi sans rapport avec ce que nous avions pu voir de lui jusqu'à présent.

Reste James Drury qui, après Throw a Long Rope, devrait finir de convaincre les plus récalcitrants : il possède ici une autorité, une présence et un charisme qui n’ont rien à envier aux grandes stars hollywoodiennes ayant œuvré dans le genre. En l’absence une deuxième fois consécutive de Lee J. Cobb, il prouve à nouveau que la série peut compter sur son talent et sa puissance de conviction. Au cours de cet épisode, non seulement il doit faire montre d’une puissante détermination, d’un pragmatisme très moderne ("You can't fight the whole world unless you want to live like an animal") mais doit également essayer de convaincre les fils de se détacher de leur père qui risque de les conduire à leur perte. L’intelligence du scénario adapté d'une histoire de Bernard Gérard - réalisateur du précédent épisode - font que malgré le sens éthique de la plupart de ses personnages principaux, le manichéisme n’a une fois encore pas sa place dans cet épisode d’aventure à l’intrigue linéaire et aux nombreux morceaux de bravoure, sans dramatisation outrancière et non dénué de psychologie. Avant que Samuel Fuller ne vienne prendre le flambeau le temps d'un épisode, Maurice Geraghty aura déjà frappé très fort et entériné la très grande qualité de la série !

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  • 1.09 - It Tolls for Thee
  • Réalisation : Samuel Fuller
  • Scénario : Samuel Fuller
  • Guest Star : Lee Marvin
  • Première diffusion 21/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Kalig (Lee Marvin), un hors-la-loi, a mis au point un plan afin de prendre en otage le Juge Garth ; il espère en tirer une forte rançon et pouvoir passer la frontière sans être inquiété. Il commence par tuer son chef de bande afin d’avoir les mains libres pour diriger le gang comme il le souhaite. Durant une soirée organisée en l’honneur de Molly, Garth empêche le Virginien de battre un des cowboys qu’il avait licencié pour ivrognerie. Malgré la bouderie qui s’ensuit entre les deux hommes, le Virginien prend en charge l’opération de sauvetage du juge que Kalig a finalement réussi à kidnapper...

Mon avis : Dans la carrière de Samuel Fuller, ce neuvième épisode de The Virginian a été tourné entre Les Maraudeurs attaquent et Shock Corridor. Autant dire que, le sachant "coincé" entre deux films aussi puissants, cet épisode d’une série qui avait aussi bien démarré était sacrément attendu. Mais on espérait peut-être un peu trop de la venue du virulent cinéaste au sein de la série surtout en sachant qu’il était l’auteur complet cette fiction, non seulement derrière la caméra mais également à l’écriture ! Non pas que It Tolls for Thee soit honteux, loin de là, mais en rapport aux attentes suscitées, la déception est de mise aussi bien sur la forme que sur le fond. Il s’agit d’un épisode mouvementé puisqu’il raconte le kidnapping du juge par une bande de dangereux hors-la-loi, elle-même poursuivie non seulement par les cowboys du ranch Shiloh venus délivrer leur patron mais également par un autre gang dirigé par un ancien membre du premier qui revient pour se venger après qu’il a été laissé pour mort (Kalig lui avait tiré dans le dos dès les premières minutes de l'histoire afin de prendre lui-même en main les opérations devant les amener à devenir riches). Un épisode a priori chargé en adrénaline et en testostérone, ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on connait la filmographie du cinéaste ainsi que celle de la guest star principale, à savoir Lee Marvin, ici dans le rôle d’un salaud intégral, un brigand diabolique, pervers et sadique qui n'a aucun problème de conscience quand il s’agit de faire du mal ou de tuer.

Sauf que le scénario de Samuel Fuller n’est pas vraiment un modèle de construction, de fluidité ni de rigueur ; le fait d’avoir inventé cette histoire de double gang ne sert pas à grand-chose si ce n’est à s’éparpiller, à déconstruire encore plus l’intrigue principale qui se scinde ainsi tout du long en trois : le gang Kalig, le gang adverse et les "sauveteurs". Du coup, ce fractionnement systématique casse un peu la tension qui se fait jour chaque fois que l’épisode se recentre sur le duo Lee Marvin / Lee J. Cobb, le ravisseur ne perdant aucune occasion de torturer aussi bien physiquement - café brulant sur les mains - que moralement son prisonnier dont il profite pour se venger (le juge l’a mis en prison plusieurs années auparavant). Un montage parallèle se contentant de passer de la bande des kidnappeurs au groupe de poursuivants mené par le Virginien aurait été largement suffisant et probablement plus satisfaisant. Concernant la mise en scène, elle n’est pas spécialement plus remarquable que celle des réalisateurs ayant œuvré au cours des meilleurs épisodes précédents, voire même beaucoup moins bien tenue que celles de Ted Post ou Maurice Geraghty par exemple ; ses idées de panoramiques filés pour se rendre d’un personnage à l’autre lors des séquences où les bandits scrutent aux jumelles les cowboys du ranch Shiloh sont non seulement répétitives mais inutiles. Et puis jamais encore depuis le début de la série avions-nous été aussi gênés par les scènes de studio ; autant de nuit celles-ci ne sont pas rédhibitoires et même plutôt bien faites, autant de jour les innombrables rochers en carton jurent beaucoup trop avec les plans en extérieurs réels.

Ces quelques défauts scénaristiques et "artistiques" font que nous ne sommes pas aussi captivés par cet épisode que par la plupart des précédents. Cela étant dit, il n’a - loin de là - rien de déshonorant. A commencer par toutes les séquences légères, une fois encore tout à fait savoureuses et peut-être encore plus satisfaisantes que celles qui réunissent Lee Marvin et Lee J. Cobb. Pour fêter le retour de Molly, le Juge Garth organise une soirée en son honneur et y invite tous ses hommes, une chose a priori inédite dans les ranchs de la région que ce rapprochement ouvrier / patron comme le fait remarquer Trampas. La préparation à cette soirée est prétexte à des séquences réjouissantes, notamment celle se déroulant dans le dortoir des coboys alors qu’ils se disputent tous l’eau de Cologne ou la baignoire qui trône au plein milieu de la pièce. Tout à leur joie de pouvoir assister à une telle fête, ils se chahutent au cours de séquences qui semblent être improvisées tellement leur complicité semble couler de source, tellement le régisseur parait proche de ses hommes. Molly revient donc de New York où elle a rencontré Joseph Pullitzer, le célèbre journaliste qui idolâtre Garth et son parcours, ayant avoué avoir toujours rêvé d’être un cowboy dans un environnement violent. Sur quoi le juge rétorque que la violence n'est heureusement plus de mise dans le Far West à cette époque et qu’il ferait toujours tout son possible pour l’éviter : "When a man kills, he kills part of himself. When a man dies, part of every man dies." D’où découlera la phrase du Virginien qui n’est autre que le titre de l’épisode et qui prouve que le régisseur est un homme cultivé puisqu’il la tire d’un poème de John Donne. S’ensuivront les meilleurs moments, les débats et les discussions à propos de la violence et de la justice qui se poursuivront d’ailleurs entre Kalig et Garth lors de leurs différentes haltes.

Durant cet épisode avant tout tourné vers l’action, nous aurons pu constater que le Virginien pouvait avoir des pulsions meurtrières et une susceptibilité capable de le rendre rancunier et le faire s’opposer à son patron, que le juge Garth - comme ceci avait déjà été abordé dans le deuxième épisode - n’a pas toujours été d’une droiture à toute épreuve, capable dans son passé d’avoir usé de la violence pour arriver à bâtir son "empire". Dommage que le suspense ne se soit pas révélé aussi tendu qu’il aurait dû l’être, faute à un éparpillement du scénario qui aurait été plus puissant s’il était resté plus simple et linéaire, et au fait que les décors en studio soient aussi voyants. Car autrement, voilà encore un très bon moment que la série nous octroie grâce aussi à une interprétation de premier ordre, Lee Marvin en tête. Enfin, It Tolls for Thee aura également lancé une intéressante réflexion sur la justification ou non de la violence ainsi que sur la transition entre la justice milicienne et celle désormais plus encadrée par les lois, celle représentée par le juge Garth.

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  • 1.10 - West
  • Réalisation : Douglas Heyes
  • Scénario : Douglas Heyes d'après une histoire de Irwin Blacker
  • Guest Star : Steve Cochran, Claude Akins & Leo Gordon
  • Première diffusion 28/11/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Jamie Dobbs (Steve Cochran), cowboy du ranch Shiloh, n’a qu’un seul but dans la vie : rigoler et s’amuser. Ne se sentant plus à sa place dans un Wyoming qu’il trouve sinistre, il entraine Trampas dans une virée vers "l’Ouest tapageur" en compagnie de deux amis qu’il vient de retrouver. Ils espèrent faire rapidement fortune afin de profiter pleinement de la vie. Sur place, ils sont obligés de se rendre à l’évidence : l’Ouest a lui aussi évalué et s’est civilisé ! Leur immaturité peu adaptée à l’époque va s’avérer dramatique lorsqu’ils croisent le chemin d’une bande de dangereux malfaiteurs...

Mon avis : J’avoue avoir eu d’emblée une certaine appréhension devant le ton excessivement jovial et le jeu un peu outré de Steve Cochran dans le rôle d’un cowboy du ranch Shiloh qui ne prend rien au sérieux, ne pense qu’à rigoler et à dilapider sa paie pour s’amuser. On se dit alors que l’on va retomber dans les travers du seul ratage de ce début de saison, l’épisode Riff-Raff, lourde pantalonnade qui se terminait par vingt minutes de pur ennui lorsqu’il bifurquait vers le "film de guerre". L’arrivée de Claude Akins et de James Brown dont les interprétations ne sont guère plus sobres que celle de Steve Cochran - voire même encore plus cabotine concernant l’inoubliable Joe Burdette de Rio Bravo - laissait mal augurer de la plus pénible bouffonnerie. C’était sans compter sur les qualités d’écriture du scénariste Douglas Heyes - ici également derrière la caméra - qui était déjà parvenu à sauver du désastre certains westerns à la mise en scène médiocre comme par exemple Battle of Rogue River de William Castle. Et au final, même si le premier visionnage pouvait nous laisser perplexe, il s’agit d’un épisode intelligent, très satisfaisant et surtout grandement attachant, capable de nous octroyer une succession de deux finals pour l’instant les plus émouvants de la série et qui nous montrent un Trampas d’une sensibilité que l’on ne lui soupçonnait pas même si l'on venait d’en avoir un aperçu à travers le superbe huitième épisode, Impasse, réalisé par Maurice Geraghty.

Dans West (titre tout à fait approprié, contrairement au ridicule titre français qui pouvait effectivement nous faire craindre le pire), hormis le Virginien que l’on croise seulement le temps de deux séquences - mais deux scènes superbes au cours desquelles il continue à nous en imposer et à entériner son statut de régisseur charismatique, humain mais quand même un peu rabat-joie - Trampas est le seul personnage principal de la série à intervenir. Garth, Molly, Betty et Steve en sont totalement absents. Alléché par un Ouest que son camarade lui vante avec un enthousiasme débordant, Trampas décide de le suivre pour y faire rapidement fortune et ainsi profiter pleinement de la vie. A chaque étape de son avancée vers ces régions sauvages, il continuera néanmoins de se poser des questions, prêt à faire machine arrière, se rendant vite compte que ses compagnons de voyage sont aussi rêveurs qu’immatures, aussi hâbleurs et naïfs que dangereux à côtoyer. En arrivant sur place, ils devront se rendre à l’évidence et admettre que le Virginien avait raison : pas plus qu’au Wyoming on ne rigole plus autant dans l’Ouest que quinze ans en arrière ; la société a ici aussi évolué dans un sens qui ne leur convient pas vraiment. Le shérif ressemble plus à un "rond de cuir" qu’à un homme d’action, les limites des juridictions empêchent les hommes de loi d’aller appréhender les bandits qui vont se terrer en dehors... S’étant fait humilier et leurs vies ayant été mises en danger par de dangereux outlaws - dont le chef de gang n’est autre que l’inquiétant Leo Gordon avec ses yeux d'un bleu profond -, voyant que personne n’ira s’occuper de les mettre hors d’état de nuire, nos chahuteurs vont vouloir faire justice eux-mêmes, pensant qu’après s’en être débarrassés, ils seront reçus en ville en héros avec fanfare et trompettes.

Sauf que pour y parvenir, ils auront dû utiliser des méthodes peu orthodoxes : menacer des notables, voler argent, chevaux, armes et munitions ; certes, ils ne prenaient pas leurs actes au sérieux et avaient même dans l’idée de rendre tous ces "emprunts forcés" une fois leur mission terminée, mais à cette époque où la justice et les règles sont devenues plus strictes, ce n’est pas aussi simple ; leur insouciance et leur inconséquence vont faire qu’ils seront considérés comme des hors-la-loi et que toute cette histoire va se terminer en drame. On l’aura deviné, la thématique principale de l’épisode est la difficile adaptation de certains à la mutation de la société, à l’évolution des mœurs et des modes de vie... Ce qui peut conduire à l’obligation de les remettre en place pour ne pas que par leurs actes ne deviennent à leur tour des dangers pour la communauté, presque aussi grands que ceux qu’ils souhaitaient partir combattre. Les conséquences seront donc dramatiques pour certains - sans que je ne les dévoile - et la conclusion s'avèrera un peu triste puisqu'il sera acté qu’il sera désormais plus difficile de s’amuser qu’auparavant dans une société changeante où même les bandits doivent s’en prendre à de vulgaires voyageurs pour survivre. Avant d’en arriver à un climax grandement émouvant, nous aurons assisté à un épisode souvent savoureux, une suite de situations assez cocasses dues aux nombreux chahuts causés par nos "joyeux lurons" qui conduiront pour la plupart à des bagarres et à des détours par la case prison. Et si l’on aurait facilement pu tomber dans la lourdeur et la répétition, il n’en est rien puisque la mise en scène s’avère aussi acérée et pleine d’idées que l’écriture. Pour ne prendre qu'un seul exemple, la fusillade entre le groupe de nos quatre compagnons et la bande des brigands n’est filmée qu’en une succession de gros plans sur les armes ou sur des détails corporels sans aucun plan d’ensemble ni vision nette d’un homme qui s’affale. Beaucoup d’autres exemples pourront être relevés tout au long d’un épisode assez imaginatif sur la forme, voire même splendide comme le prouve la toute dernière séquence au cours de laquelle Trampas, ayant acquis plus de sagesse, retourne à Shiloh et où il retrouve le Virginien qui semblait l’attendre en haut d’une colline (un plan magnifiquement cadré).

A la question de savoir à combien de distance il était parti, Trampas répond au régisseur "About twenty years", finissant d’entériner le ton finalement bien plus nostalgique que rigolard d’un épisode qui nous aura vraiment surpris par ses digressions et ses revirements qui en font l’un des plus attachants depuis le début de la série, d’autant plus réussi qu’il aurait été aisé pour le scénariste de verser dans la gaudriole. La qualité de l’interprétation d’ensemble aide beaucoup Douglas Heyes, que ce soit Doug McClure qui acquiert de l’épaisseur dans son plus beau rôle jusqu’à présent ou encore Steve Cochran toujours sur la corde raide du ridicule sans jamais y tomber, et enfin, inoubliable, Allen Case dans le rôle d’un shérif moderne et new look aux petites lunettes cerclées qui parle d’actionnaires et qui cite Darwin en expliquant avec pragmatisme et justesse que ceux qui nient ou n’arrivent pas à s’adapter aux évolutions auront du mal à leur survivre ou à ne pas y laisser des plumes. On passe du rire aux larmes au cours de cette comédie dramatique westernienne très touchante sur les changements d’époque et le temps qui passe !

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  • 1.11 - The Devil's Children
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : John & Ward Hawkins
  • Guest Star : Charles Bickford
  • Première diffusion 05/12/1962 aux USA - 22/09/1973 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Tabby, la fille d’un père tyrannique (Charles Bickford), abat sans raison apparente un taureau du cheptel du juge Garth. Le Virginien la rattrape et la sermonne vertement. Pour se venger, elle met le feu à l’écurie du ranch Shiloh et s’enfuit. Malheureusement elle reçoit une balle perdue et on la retrouve morte le lendemain, vidée de son sang. Son père et son frère ne vont avoir de cesse que de la venger même s’ils savent parfaitement que sa mort fut accidentelle. Quant au petit ami de Tabby, il est accusé de l’incendie au grand dam de sa mère dont le mari fut déjà lynché par ses concitoyens...

Mon avis : Metteur en scène hollywoodien très prolifique, William Witney fit surtout les beaux jours du serial, ayant notamment mis en scène en 1939 l’un des plus réputés auprès des aficionados, Zorro's Fighting Legion, mais également des aventures des célèbres Dick Tracy, Fu Manchu ou encore du docteur Satan. Il réalisa aussi bon nombre de série B ou Z avant de terminer sa carrière toute aussi féconde à la fois au cinéma - notamment en collaboration avec Audie Murphy, avec au programme aussi bien du bon (Apache Rifles) que du mauvais (Arizona Raiders) - et surtout à la télévision avec de nombreux épisodes de Bonanza, Chaparral, Tarzan ainsi donc que du Virginien. The Devil’s Children fait partie de ces épisodes solennels - peut-être un peu trop - sans aucun humour ni aucune fantaisie. Il s’agit au contraire d’une tragédie familiale assez sombre et surtout fortement mélodramatique qui se déroule sous nos yeux, certains comédiens ne pouvant s’empêcher de cabotiner à commencer par l’insupportable Carl Reindel qui ne sait rien faire d’autre que de rouler des yeux. Il est vrai que son personnage d’adolescent perturbé n’est pas très nuancé, mais l’interprétation ne l’est guère plus. Joan Freeman qui joue sa sœur - le personnage qui ouvre l’épisode et par qui tous les malheurs vont arriver - n’est guère plus sobre alors que Katherine Squire, qui endosse le rôle de la mère de ces deux "enfants du diable", joue un personnage tellement larmoyant et bêtement puritain qu’il agace plus qu’il ne nous touche.

Ce sont donc les principaux défauts de cet épisode que son atmosphère bien trop appuyée du côté mélodrame ainsi que l’interprétation moyennement canalisée qui en découle pour les comédiens tenant les rôles de protagonistes perturbés. Les deux enfants on été élevés par un père tyrannique qui n'a jamais hésité à user de la ceinture en guise de fouet ainsi que par une mère soumise à son époux ; cette vieille femme pense que tout est de la faute de leur couple si leur progéniture est devenu aussi diabolique - Tabby avait déjà dès l'enfance tué son premier poney, Bruce est prêt à assassiner tout ceux qui toucheront à sa famille -, et que Dieu les a punis de les avoir eus sur le tard. On s’étonnera que vers la fin de l’épisode, alors que le père part à la poursuite de son fils qui est cette fois allé trop loin dans la violence, le Virginien aille dans le sens de leurs superstitions religieuses lorsqu’il dit au père que sa chute de cheval est un signe de Dieu pour lui signifier qu’il ne devrait pas continuer sa traque. A moins - et c’est mon humble avis - que les scénaristes n’aient pas été assez clairs et que le régisseur du ranch Shiloh ait agi ainsi dans le but de ne plus avoir le père "dans les pattes" et que tout ne se termine pas par un nouveau bain de sang. Car on notera à nouveau que l’une des thématiques principales de cet épisode - et qui par sa récurrence devait grandement tenir à cœur au producteur Charles Marquis Warren - est la mise en avant des mutations du Far West de la fin du 19ème siècle qui font que la loi du plus fort tende à disparaitre alors que la justice expéditive est progressivement remplacée par une justice plus réfléchie, le lynchage et la vengeance étant une fois encore violemment fustigés par les auteurs. Témoin aussi cette excellente séquence de délibération du jury qui nous montre qu’une majorité était à l’époque encore très dure concernant les punitions mais que celle-ci doit désormais ployer sous les décisions plus raisonnées de personnes plus modérées ; et c’est tout à l’honneur de cette série que d'afficher cette prise de position progressiste !

Les défauts d’une écriture un peu rêche et d'une direction d’acteurs moyennement maitrisée ayant été posés, il faut dire que l’épisode se suit néanmoins sans aucun ennui, s'avérant dans l’ensemble même plutôt très réussi d’autant que le reste du casting se révèle tout à fait convaincant, du jeune Burt Brinckerhoff dans le rôle de l’amoureux de Tabby, jeune homme attachant et intelligent, à Russell Thorson et sa "gueule" burinée qui remplace le temps d’un épisode Ross Elliott dans la peau du shérif de Medicine Bow, sans oublier Charles Bickford, habitué de ces rôles de patriarches dictatoriaux aigris et avides de vengeance, et qui à partir de la saison 5 remplacera Lee J. Cobb à la tête du ranch Shiloh dans un personnage qui évidemment n’à rien à voir avec celui qu’il tient ici. Quant à James Drury, il impose une nouvelle fois sa présence et sa grande détermination, faisant oublier l’absence de Lee J. Cobb et les participations plus que brèves de Trampas et Steve. Grâce à beaucoup de séquences mouvementées, William Witney tient l’occasion de prouver que dans ce domaine il est toujours resté un réalisateur chevronné. Les nombreuses chevauchées, poursuites, bagarres, fusillades et scènes d’action sont non seulement très bien rythmées mais également parfaitement montées, à commencer par cette très efficace séquence d’incendie à partir de laquelle les morts vont commencer à s’accumuler. La superbe traque finale permettra même au réalisateur de se replonger dans ses mirifiques années "serialesques" avec cette idée d'une cachette sise sous un amas rocheux, un bloc de pierres que le Virginien fait s'écrouler devant l'entrée de la planque en glissant dessus.

Le happy-end se révèle assez peu en phase avec tout ce qui a précédé ; mais peu importe car il fait cependant le plus grand bien, faisant retomber la tension et nous donnant envie de repartir suivre la vie quotidienne des habitants du ranch Shiloh. The Devil's Children aura été un épisode un peu trop chargé mais qui ne s'en sera pas moins révélé captivant, bien mené et comportant son lot de surprises à commencer par quelques scènes d’une violente brutalité - pour de la télévision de l’époque - comme le coup de crosse de fusil asséné au père par son fils, ou encore la fascination de la jeune adolescente manipulatrice pour les "meurtres" d’animaux. De très belles utilisations des nombreux extérieurs finissent de faire de cet épisode mineur une fiction loin d’être désagréable à regarder.

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  • 1.12 - 50 Days to Moose Jaw
  • Réalisation : Maxwell Shane
  • Scénario : Maxwell Shane & Donald S. Sanford
  • Guest Star : James Gregory & Brandon De Wilde
  • Première diffusion 12/12/1962 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitch : Afin d’éviter que le juge Garth ne fasse faillite, le Virginien doit conduire pour les vendre un troupeau de 2 000 têtes de bétail au Canada en un laps de temps très limité ; un périple d’autant plus difficile que les cowboys du ranch Shiloh ne sont guère aguerris pour convoyer des bovins sur d’aussi longues distances. En route ils seront rejoints pas Slim (James Gregory), ex-patron du Virginien aujourd’hui recherché pour meurtre, ainsi que par le jeune James (Brandon De Wilde) qui a fui le domicile familial, y trouvant les conditions de vie trop difficiles...

Mon avis : Dans ce 11ème épisode, les cowboys du ranch Shiloh sont obligés de convoyer sur une longue distance un troupeau de quelques 2 000 bovins afin d’éviter que le juge Garth soit ruiné. On apprend rapidement qu’ils n’en ont pas l’habitude et que parcourir quelques 650 kilomètres en 50 jours est un périple extrêmement difficile voire quasiment impossible. Quoi qu’il en soit, ils n’ont pas le choix s’ils veulent conserver leur travail et les voilà partis pour un voyage éreintant, devant supporter quotidiennement chaleur, nuages de poussières, dangereuses traversées de rivières et embûches diverses... Maxwell Shane, ici auteur presque complet de l’épisode (réalisateur, producteur et scénariste), ne manque pas d’ambitions en partant sur les traces de Howard Hawks et de son superbe Red River. Alors bien évidemment que les moyens ne sont pas à la hauteur d’une telle épopée, que du coup les stock-shots ne sont pas toujours du meilleur effet - notamment dans la séquence un peu ratée de ce point de vue du stampede final sous l’orage - ou encore que les décors connus sont recyclés sans grands changements, la gare de Moose Jaw étant celle de Medicine Bow, seul le panneau indiquant le nom de la ville ayant été changé. Mais rappelons-nous que les séries A - de la Warner par exemple - n’étaient déjà pas avares de telles pratiques avec pourtant des budgets autrement plus confortables et de grandes vedettes à l'affiche. Une fois cela admis, il faut se rendre à l’évidence : à nouveau la série de Charles Marquis Warren n’a pas à rougir en comparaison des meilleurs films du genre à cette époque et ce 50 Days to Moose Jaw s’avère excellent.

Non content de délier en prenant son temps et avec une certaine ampleur une histoire de convoi, Maxwell Shane vient en ajouter deux autres qui se mêlent avec harmonie, permettant de mettre en scène les deux guest stars de l’épisode, les impeccables James Gregory et Brandon De Wilde, l’un plus âgé allant prendre sous son aile le plus jeune, non moins que le petit garçon qui voyait en Shane son héros dans le très beau film du même nom de George Stevens. Le premier, Slim, a tué accidentellement un homme jaloux avant de s’enfuir de peur d’être lynché ; depuis ce jour, le frère du mort - qui lui a évité la pendaison, un thème récurrent et éminemment honorable de la série - n’a de cesse que de le poursuivre afin de l’arrêter pour qu’il soit jugé. Le second, James, a fui lui aussi mais uniquement le domaine familial composé de son beau-père et d’un vieil homme. Trouvant ses conditions de vie trop difficiles, le jeune garçon de 16 ans a décidé de rejoindre le convoi qu’il a vu passer un jour devant chez lui alors qu’il était en train de retourner la terre. Devant ce rêve d’une vie aventureuse qui se concrétise devant ses yeux, il casse par inattention le soc de sa charrue, ce qui lui vaut une gifle retentissante de la part de son beau-père qui se trouve totalement démuni alors que les semences doivent être imminentes pour ne pas mourir de faim la saison suivante : le scénariste évoque avec une grande justesse la rudesse, la difficulté et la pauvreté de la vie quotidienne des paysans, l’insalubrité et l’étroitesse de leur masure... Une nuit, James fera son baluchon - emmenant le seul souvenir de sa mère morte alors qu’il n’avait que 9 ans, un violon - et se fera embaucher par un Virginien au départ fortement réticent mais qui se rendra à l’avis de Slim pour qui il avait autrefois travaillé et qui lui a en quelque sorte appris son métier. On apprendra aussi durant le périple que la plupart des cowboys ont quitté eux aussi leurs foyers très tôt.

Le difficile convoyage du bétail emmené par un Virginien sur les nerfs, la poursuite de Slim par des hommes de loi, la jalousie de Trampas qui voit se faire subtiliser son travail par ce nouvel arrivant que le régisseur estime plus aguerri pour conduire le troupeau, la fuite du jeune homme de son misérable cabanon, recherché lui aussi par son beau-père qui a besoin de son aide, l’amitié qui se noue entre Slim et James, les conversations le soir autour du feu de camp... Tout cela se mélange à la perfection dans un épisode où le réalisateur n’hésite pas à tenter des trucs de mise en scène purement cinématographiques comme d’amples et longs travellings dont celui qui ouvre l’épisode, ou encore celui qui opère avec la grue un lent et beau mouvement ascendant d’appareil qui se termine en surplombant les cowboys alors qu’ils écoutent avec émoi Brando De Wilde jouer du violon. Ces tentatives ne sont pas toujours heureuses - les plans où l’on voit James s’avancer vers la caméra à trois reprises alors qu’il tente de récupérer son instrument - mais elles auront eu le mérite de nous démontrer qu’une série TV pouvait prendre quelques risques d'un point de vue formel et que les différents cinéastes pouvaient imposer quelques idées originales. Des risques que l’on retrouve dans le scénario et qui prouvent par leur volonté de réalisme que nous n’étions pas dans une série familiale ; témoin cette splendide séquence du veau qui vient de naitre mais que l’on est obligé de tuer afin qu’il ne ralentisse pas le troupeau ; témoin les réactions pas toujours aimables de Trampas qui continuent à nous le rendre que plus humain ; idem pour le Virginien qui n’aura encore jamais été aussi rude et bourru depuis le début de la série.

Un scénario superbement écrit et interprété pour un épisode qui arrive à rester fluide malgré le fait de conjuguer trois intrigues en une. Tour à tour réaliste - quasi documentaire -, dramatique et émouvant - la lettre du beau-père de James... -, cette belle histoire d’apprentissage n’en oublie pas pour autant l’humour et la légèreté à travers les relations qui se tissent entre les cowboys : blagues autour de la nourriture infecte, vantardises de Trampas concernant une certaine Lulubelle qui semblerait l’attendre comme le Messie à Moose Jaw, chanson qu’il entonne pour agacer son patron, bagarre homérique engagée afin de détourner l’attention des poursuivants de Slim... Du rire, des larmes, de l’émotion, des actes héroïques, de la solidarité, de l’aventure, des grands espaces, de l’action et de belles valeurs humaines mises en avant... Que demander de plus ? Juste un petit regret malgré le très bon travail effectué par Maxwell Shane : qu'un réalisateur plus aguerri tel Ted Post ne s'y soit pas attelé, il aurait pu faire de cette superbe histoire un véritable chef-d’œuvre.

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  • 1.13 - The Accomplice
  • Réalisation : Maurice Geraghty
  • Scénario : Howard Browne, William P. McGivern & Winston Miller
  • Guest Star : Bette Davis
  • Première diffusion 19/12/1962 aux USA - 26/08/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Alors que Trampas fête son anniversaire, le shérif vient perturber la fête, accompagné par deux hommes de loi de Rocky Point. Ils arrêtent Trampas pour un hold-up qui a eu lieu l’année précédente dans leur petite ville et qui a coûté la vie au directeur de la banque cambriolée. Malgré le fait que le cowboy du ranch Shiloh clame son innocence, il a été dénoncé par un complice et reconnu par deux témoins travaillant dans l’établissement bancaire dont la très respectée Celia Miller (Bette Davis). Le Virginien va accompagner Trampas dans le Wyoming, assister à son procès et tenter de son côté de découvrir la vérité...

Mon avis : 178 votants sur IMDB pour une note globale de 9.3/10, ce qui en fait en quelque sorte l’épisode de la série qui se révèle être le préféré des internautes ! Autant dire qu'au vu de cette cote, j’en attendais monts et merveilles mais que la déception fut au rendez-vous-même si ce 13ème épisode n’a évidemment rien de déshonorant. A mon humble avis, cette réputation élogieuse est due principalement au fait que la guest star en soit Bette Davis, une actrice énormément appréciée - à juste titre d’ailleurs -, les fans de cette grande dame ayant dû voter en masse. Et effectivement, elle se révèle ici absolument parfaite dans le rôle d’une vieille femme arrogante, cynique et calculatrice qui serait prête à faire lyncher un innocent pour récupérer un petit pactole pour prix de son silence, puisque son intelligence affutée lui a fait comprendre le fin mot de l’histoire et mettre en place un chantage diabolique. C’est d’ailleurs cette même année 1962 que Bette Davis tenait l’inoubliable rôle de Baby Jane dans le film éponyme de Robert Aldrich. Elle prouvait ainsi en peu de temps d’intervalle être tout aussi capable de cabotiner à outrance  -avec délectation pour le spectateur puisque dans le film-monstre du "gros Bob" c’était le but recherché - et au contraire de jouer tout en nuances comme c’est le cas dans ce deuxième épisode du Virginien signé Maurice Geraghty, déjà réalisateur de Impasse avec Eddie Albert, l’épisode le plus mémorable de la série jusqu’à présent, un épisode qui se déroulait intégralement en extérieurs à l’inverse de The Accomplice.

En effet, l’intrigue policière et procédurale de ce dernier prend place principalement dans la salle de tribunal, à l’intérieur de la prison ou encore dans les chambres d’hôtels où ont atterri le Virginien venu soutenir et défendre son ami ainsi qu’un mystérieux journaliste qui révélera assez vite sa véritable identité. Je ne pourrai guère vous dire grand-chose de plus sur cette histoire sous forme d’enquête pour ne pas ni déflorer les quelques mystères ni éventer le suspense. Avant d’en arriver à cette partie policière, l’épisode démarrait sur une de ses délectables séquences qui permettent de nous replonger immédiatement et avec douceur dans l’univers du ranch Shiloh, les cowboys s’étant réunis autour d’une table pour fêter l’anniversaire de Trampas, la charmante fille du juge Garth lui ayant préparé un gâteau. Blagues, complicité puis émotion lors du discours improvisé d’un Trampas touchant de maladresse. A peine le temps de savourer un beau moment de jovialité et voilà que déboulent en plein milieu de la fête trois hommes de loi, le shérif de Medicine Bow - désormais constamment interprété par l’excellent Ross Elliott - ainsi que deux adjoints d’une petite ville du Wyoming où eut lieu quelques mois plus tôt un hold-up qui s’était soldé par la mort d’un habitant de la ville de Rocky Point. Trampas n'ayant commencé à travailler au ranch Shiloh qu’un mois après ce fait divers tragique, et ayant été dénoncé par un soi-disant complice, il ne peut faire autrement que se laisser arrêter malgré son innocence clamée haut et fort.

Trampas est donc conduit dans cette ville du Wyoming afin d’y être confronté à deux témoins - qui disent le reconnaitre - puis d’y être jugé. Même si dans notre for intérieur l’on se doute bien que Trampas n’y est pour rien quant à ce sanglant cambriolage, durant une demi-heure on se prend quand même à s’interroger, ayant pu constater que la série n’avait précédemment pas été avare en surprises pas toujours très glorieuses sur le passé de ses principaux protagonistes. Dommage que les auteurs aient décidé de nous dévoiler ce qui s’était réellement passé ce triste jour dès la fin du premier tiers, auquel cas contraire l’épisode aurait probablement été beaucoup plus captivant. Le seul suspense qu’il nous reste dès lors est de se demander comment Trampas va pouvoir se sortir de cette mauvaise passe, d’autant que par vengeance un des voleurs appréhendés l’a fait passer pour son complice et que le principal témoin du hold-up disant l’avoir reconnu est l’une des personnes les mieux considérées et les plus influentes de cette communauté, une vieille employée de la banque à qui tout le monde fait confiance. Le principal intérêt de The Accomplice résidera bien évidemment non seulement dans ce suspense mais surtout dans la description de cette dame "honorable" d’un cynisme assez sidérant mais qui retrouvera sur le tard un regain de conscience. Un épisode qui tient donc avant tout sur les épaules d’une excellente Bette Davis, parfaitement bien entourée par James Drury et Doug McClure ainsi que par un Lin McCarthy dont le rôle assez vicieux est à l’opposé de celui qu’il tenait avec talent dans le superbe Face of a Fugitive (Le Salaire de la haine) de Paul Wendkos, un shérif intègre jusqu’au bout des ongles.

Une intrigue sans grande surprises ni originalité mais cependant bien écrite - notamment par William P. McGivern, auteur de romans policiers dont parmi les plus célèbres quelques-uns adaptés au cinéma tels Le Coup de l’escalier, Règlement de comptes, Colère noire - et efficacement menée, au cours de laquelle on se régalera surtout des confrontations entre James Drury et Bette Davis ou encore entre cette dernière et Lin McCarthy. On retiendra également une séquence nocturne d’une violence sèche qui aurait pu permettre à Trampas d’être plus vite libéré si les participants au procès en avaient été également témoins. Malgré une enquête finalement assez banale, les scénaristes sont assez malins pour maintenir le suspense par ce genre de séquences "manipulatrices" auxquelles nous aurions voulu ne pas assister seuls derrière notre écran mais faire partager aux membres du jury. Un épisode policier sans grande thématique - hormis celle de la fragilité du témoignage -, manquant un peu d’émotion, assez banalement réalisé mais sinon encore une fois de grande qualité. A signaler qu’à partir de cet épisode - et à l’exception encore du suivant -, le créateur Charles Marquis Warren cède la place en tant que producteur exécutif au non moins talentueux Roy Huggins, très bon scénariste et surtout réalisateur d’un unique film, petit chef-d’œuvre de la série B westernienne, le superbe Relais de l'or maudit (Hangman's Knot) avec Randolph Scott. L’éclatement de joie de Trampas et du Virginien à la fin de l’épisode fait plaisir à voir, faisant rejaillir la complicité qui existait entre les deux comédiens.

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  • 1.14 - The Man from the Sea
  • Réalisation : Herschel Daugherty
  • Scénario : Morton S. Fine & David Friedkin
  • Guest Star : Carol Lynley, Shirley Knight & Tom Tryon
  • Première diffusion 26/12/1962 aux USA - 02/08/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : A la mort de leur père, les jumelles Susan (Shirley Knight) et Judith (Carol Linley) se rendent chez le juge Garth qui, grand ami du défunt, a accepté d’être leur tuteur. Par le même train est arrivé Kevin Doyle (Tom Tryon), un marin ayant enfin décidé de jeter l’ancre après avoir sillonné le monde avec dans l’idée d’acheter et de s’occuper d’une ferme ainsi que de prendre femme. Tout ce petit monde se retrouve à Medicine Bow le jour où la petite ville fête avec faste ses 25 ans. La personnalité trouble et instable de Judith va quelque peu gâcher les réjouissances... voire même conduire au drame...

Mon avis : On retrouve à l'écriture de ce 14ème épisode le duo de scénaristes ayant déjà œuvré sur les deux excellents premiers de la série ; leurs principales préoccupations familiales et psychanalytiques sont toujours présentes dans The Man from the Sea, un épisode assez original par le fait de passer sans cesse d’un ton très jovial à une certaine noirceur due exclusivement au personnage psychologiquement instable joué par Carol Linley, la comédienne inoubliable du western romantique de Robert Aldrich, El Perdido (The Last Sunset), dans lequel elle interprétait la fille de Dorothy Malone de qui Kirk Douglas tombait amoureux. Ses troubles mentaux dans l’épisode du Virginien, on ne commence à s’en rendre compte qu’après 20 minutes alors qu’elle trouve un pistolet chez le juge Garth et appuie sur la gâchette sans néanmoins blesser personne. Contrairement à sa sœur douce et équilibrée qui décide de s’intégrer à la communauté en ouvrant un atelier de poterie dans la petite ville qui l’accueille, la romanesque Judith n’a toujours qu’une seule idée en tête : partir découvrir le monde et s’ouvrir au plus grand nombre d’expériences possibles. Seulement, pour une raison que nous n’apprendrons qu’en fin d’épisode de la bouche même de Susan, Judith estime qu’elle ne fait qu’un avec sa sœur jumelle et que pour trouver sa liberté elle doit la tuer sans quoi elle se sentira toujours "prisonnière". Une sorte de folie assez bien jouée par la jeune actrice - qui en fait néanmoins parfois un peu trop dans les regards sombres - et qui parvient à rendre son personnage souvent très inquiétant.

Malgré un début délicieux et léger, on pressent ensuite assez vite que l’obsession morbide de Julie et le malaise qu’elle engendre chez les autres protagonistes - tout autant que chez le spectateur - pourraient virer d’un instant à l’autre vers la tragédie. Et l’épisode de Herschel Daugherty saute sans arrêt du suspense découlant de cette aliénation à un ton bon enfant, ce curieux mélange des genres - que certains pourraient trouver incongru - en faisant la principale originalité, d’autant plus qu’il ne se passe autrement quasiment rien de dramatique, le scénario se basant par ailleurs surtout sur la recherche d’une femme par le nouvel arrivant ainsi que sur la fête qui bat son plein dans les rues de Medicine Bow. Comme Ricardo Montalban dans The Big Deal ou Aldo Ray dans Big Day, Great Day - auxquels d’ailleurs ce nouvel épisode ressemble le plus - Tom Tryon (Le Cardinal de Preminger aux côtés de Romy Schneider, également très bon dans quelques westerns des années 60) nous gratifie d’une interprétation savoureuse, rendant grandement attachant son personnage de marin très extraverti qui a voyagé sur toutes les parties du globe et a acquis une culture et une expérience qui attisent grandement la curiosité de ceux qui l’approchent. A commencer par la belle Molly dont ce sera malheureusement la dernière apparition dans la série, ses partenaires n’ayant eu qu’assez peu d’atomes crochus avec la comédienne. Il faut donc profiter, pour son ultime apparition, du sourire radieux de Pippa Scott dont on apprendra seulement dans la saison 2 la fin tragique de son personnage. Molly a beau trouver captivantes les conversations de Kevin, elle lui dit sans ambages ne pas être une fille pour lui, éternelle célibataire déjà courtisée par Steve, Trampas et le Virginien sans jamais avoir cédé à leurs avances, seul Ricardo Montalban - dans le 4ème épisode - avait réussi à la séduire et à la faire tomber dans ses bras.

Le marin se tournera ensuite vers Julie de qui il tombe sincèrement amoureux mais qui va néanmoins finir par l’effrayer après qu’elle lui a demandé de tuer sa sœur. Totalement déstabilisé par cette inacceptable demande, désemparé à s'en saouler à mort, ayant l’alcool mauvais il va commencer à saccager la ville avant d’être arrêté. On retrouve ici une scène assez similaire à l'une de The Executionners, le pilote de la série déjà scénarisé par ce même duo Friedkin / Fine. Avant ce pétage de plomb, The Man from the Sea - d'où le titre de l'épisode - aura été dans sa relation avec Trampas à l’origine de très nombreuses séquences légères et humoristiques. Dès la première seconde, empêché de pousser la chansonnette par Trampas que ça empêchait de dormir, le marin le menace avec un couteau ; même si l’on se rend compte qu’il s’agit de plaisanterie, le soupe-au-lait qu’est Trampas le prend très au sérieux et ne digère pas ce geste. Une situation d’où découlera leur amusant conflit tout au long de l’épisode, le cowboy du ranch Shiloh cherchant par tous les moyens à titiller Kevin afin d’engager un combat à poings nus. Nous les verrons ainsi se battre sur un ring, dans le saloon avant de se défier à la course à pieds lors d'une scène qui vaut son pesant de cocasserie sans jamais que cela ne tourne à la vulgaire pantalonnade. Parmi les autres scènes assez drôles, on se souviendra de celle qui voit Trampas et Steve qui, voulant impressionner les jumelles, se vantent de leur expérience avec les chevaux, en font la démonstration avant de se rendre compte que les jeunes femmes chevauchent aussi bien qu’eux. On se réjouira également du retour de Lee J. Cobb qui se voit attribuer de nombreuses séquences où il fait en quelque sorte office de psychologue, tentant d’insuffler sa sagesse auprès des deux jumelles, outre Carol Linley en écorchée vive, la seconde étant superbement interprétée par l’exquise Shirley Knight (Doux oiseaux de jeunesse de Richard Brooks).

Même si le montage n’est pas toujours harmonieux et la construction pas spécialement d’une grande fluidité, même si la mise en scène est dénuée de personnalité et si quelques effets s'avèrent assez ratés (les reflets dans l’eau), l’ensemble se révèle néanmoins très satisfaisant grâce surtout aux guest stars effectuant tous trois un travail remarquable - Tom Tryon se révélant également un agréable chanteur - à Lee J. Cobb qui tient une place ici plus considérable que les habituels protagonistes principaux, ainsi qu'à Doug McClure qui nous aura bien fait rire. Un épisode tendance soap assez inégal, dénué de toute action et de séquences mouvementées, mais qui par son originalité arrive presque à se hisser au niveau des meilleurs de cette première saison même s'il est fort probable qu'il déplaira à de nombreux aficionados du western pur et dur.

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  • 1.15 - Duel at Shiloh
  • Réalisation : Jerry Hopper
  • Scénario : Don Ingalls, Borden Chase & D. D. Beauchamp d’après une histoire de Dee Lingford : "Man Without a Star"
  • Guest Star : Brian Keith
  • Première diffusion 02/01/1963 aux USA - 18/07/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Steve se rend au cimetière se recueillir sur une tombe. Flash-back : il se remémore son arrivée à Medicine Bow avec Johnny Wade (Brian Keith), un aventurier, tous deux passagers clandestins dans un train à bord duquel ils ont assisté au meurtre d’un "garde-frein". Alors qu'ils ont été innocentés de cet assassinat et après avoir été embauchés par un voisin du juge Garth, Johnny a pris Steve sous son aile en lui apprenant toutes les ficelles du métier de cowboy. Seulement leur patronne n’a pas la même conception que les autres ranchers de la vallée quant à l’élevage du bétail ; un conflit violent entre éleveurs devient inéluctable...

Mon avis : Un cowboy indompté ayant roulé sa bosse du Nord au Sud, fuyant une région à chaque fois qu’y ont été installés des barbelés ; la naissance d’une amitié entre cet aventurier et un jeune homme inexpérimenté qu’il va prendre sous son aile et dont il va faire l’apprentissage en lui dévoilant toutes les ficelles du métier de cowboy ; un régisseur qui s’oppose à sa nouvelle patronne venue de l’Est avant de la quitter, en complet désaccord avec ses idées de richesse et d’agrandissement de son cheptel qui risquent non seulement de saccager toutes les prairies alentours mais également de faire naître des heurts et des conflits violents avec les éleveurs voisins ; une lutte sanglante autour de barrières de fil de fer barbelé érigées en plein milieu de la vallée... Vous aurez sans doute reconnu l’histoire du superbe western de King Vidor, L’Homme qui n’a pas d’étoiles (Man Without a Star) ; et il s’agit effectivement d’une nouvelle version du roman de Dee Linford, basée principalement sur l’adaptation qu’en avait écrite le prestigieux duo de scénaristes composé par Borden Chase et D.D. Beauchamp et qui en reprend d’innombrables séquences, s’en distinguant néanmoins un peu dans son dernier tiers, dans son final - très émouvant - et par l’absence du personnage de la prostituée jouée par Claire Trevor.

Signé par Jerry Hopper - réalisateur très efficace dans le domaine du western avec par exemple le trépidant Triomphe de Buffalo Bill (Pony Express) ou le très plaisant Fleuve de la dernière chance (Smoke Signal) - ce 15ème épisode s'avère ainsi très fidèle au scénario du célèbre western de King Vidor et reprend même pour ses séquences d’actions finales - le stampede lancé contre les barbelés - des stock-shots du film original. Le scénariste de télévision Don Ingalls se sert donc de la trame du roman de Linford et du scénario du film de Vidor pour narrer l’arrivée au ranch Shiloh de l’un des protagonistes principaux de la série, à savoir le troisième larron du trio d'amis faisant partie de la troupe de cowboys du domaine du Juge Garth aux côtés de Trampas et du Virginien, le jeune Steve. Trampas se fera embaucher un peu plus tard, étant du coup absent de Duel at Shiloh, le terme duel fausse d’ailleurs un peu la donne, "conflit" aurait été beaucoup plus approprié. Steve est au début de l’épisode un jeune homme naïf et expérimenté venant de fuir Kansas City et le cocon familial pour tenter l’aventure au Far West et s’y occuper de bétail ("I also wanted to work cattle. My folks wouldn't let me go West"), un personnage qu’interprétait William Campbell dans la version cinéma avec un cabotinage éhonté ; autant dire que Gary Clarke s’avère bien meilleur et beaucoup plus crédible. Avant de rejoindre le Juge Garth et ses hommes, son parcours n’aura pas été de tout repos dans la petite ville de Medicine Bow, violemment frappé par un "garde-frein", ayant failli être écrasé par le train, accusé de meurtre, battu et molesté à de nombreuses reprises et enfin violemment égratigné en tombant sur une barrière de barbelés.

Steve a dû également rejoindre le camp adverse de celui de son nouvel ami après que ce dernier s'est fait embobiner par la nouvelle propriétaire du ranch, lui offrant non moins que ses charmes en échange de la place de régisseur laissée vacante par le précédent en totale opposition à ses nouvelles idées. En effet, cette femme de tête arrogante, avide et dénuée de scrupules ne pense qu’à une seule chose : engranger un maximum d’argent en trois ans par la vente de ses bêtes avant de partir faire fortune ailleurs tout en ne se cachant pas savoir qu’elle laisserait ainsi la vallée ravagée et les pâturages épuisés : "Maybe ranching is some sort of religion to you Judge Garth ; to me it's just business !" Cette femme - dont le rôle était tenu par Jeanne Crain dans la version sur grand écran - ne cache pas ses ambitions ; elle dira même à son nouveau régisseur/amant qu’elle veut un homme qui lui ressemble, à savoir tellement déterminé à atteindre son but qu'il est prêt à tout pour y arriver. Autant dire que le personnage joué par Geraldine Brooks n’est absolument pas aimable sans que cela n’en fasse néanmoins un monstre puisque sa redoutable franchise joue parfois en sa faveur de même que sa remise en cause finale devant les dégâts qu’elle aura occasionnés. A savoir que sa séquence de séduction de Brian Keith est vraiment assez osée et que la musique qui l’accompagne n’est autre que le très beau thème d’amour du premier épisode. Quant à Brian Keith justement, son jeu pourra paraitre de prime abord un peu déstabilisant, interprétant son rôle à l’inverse de Kirk Douglas, faisant presque de l’underplaying à la Brando ; on s’en apercevra surtout durant les premières séquences dans le train ou lors de cette étonnante scène d’apprentissage du tir au pistolet, d’une longueur inaccoutumée, à la fois très réaliste et non dénuée d’humour. Les dialogues se révèlent d’ailleurs tout du long de très haute tenue.

Ceux qui avaient été un peu lésés niveau action avec le précédent épisode devront cette fois être comblés ; non seulement les séquences mouvementées sont très nombreuses mais également sacrément efficaces et d’une âpreté dont on ne s’attendait pas au sein d’une série télévisée de l’époque. Les combats à poings nus sont teigneux, la violence est d’une grande sécheresse - le Virginien n’intègre l’épisode qu’au bout d’une heure pour une scène au cours de laquelle il tue deux hommes sans s’émouvoir - et la mise en scène jouant beaucoup sur les contrastes entre gros plans et plans d’ensemble s’avère assez dynamique. Enfin, les amateurs de westerns seront ravis de retrouver dans des seconds rôles de relative importance Ben Johnson et celui qui deviendra le célèbre docteur de la première série Star Trek, DeForest Kelley. Pas l’un des sommets de la série mais cependant un très bon épisode faisant se confronter trois sujets : l’apprentissage d’un jeune cowboy inexpérimenté, une réflexion sur l’individualisme ("Un homme malin s’installe, prend ce qu’il veut et déguerpit" disait Dempsey dans Man Without a Star, phrase reprise par Brian Keith) ainsi que le portrait de la fin d’une époque suite aux violents conflits entre éleveurs, ceux qui voulaient garder les open range sachant qu’ils leurs rapporteraient contre ceux qui pensaient plus à préserver leur terres. Evidemment, Duel at Shiloh n'est pas aussi fulgurant au niveau des cadrages et de la mise en scène que le film dont il est en quelque sorte le remake ; néanmoins il ne démérite pas !

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  • 1.16 - The Exiles
  • Réalisation : Bernard Girard
  • Scénario : Howard Browne & William P. McGivern d’après une histoire de Roy Huggins
  • Guest Star : Ed Nelson & Tammy Grimes
  • Première diffusion 09/01/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitchLe Juge Garth est condamné pour meurtre ; en effet, on ne retrouve aucune arme sur l’homme qu’il avoue avoir tué en état de légitime défense. Le Virginien décide de mener l’enquête ; son seul indice : des traces d’un cheval boiteux à proximité du mort. Cette piste va le conduire dans une petite bourgade du Montana où il arrive en compagnie d’une jeune femme rencontrée à bord du train, Angie (Tammy Grimes). Cette dernière espère y trouver un emploi de chanteuse mais certains la menacent d’emblée, lui intimant de quitter la ville au plus vite. Une double énigme à résoudre pour le Virginien...

Mon avis : Il semble qu'au sein de cette série westernienne le duo de scénaristes Howard Browne et William P. McGivern ait été principalement affecté aux épisodes consacrés aux mystères policiers, puisqu’ils étaient déjà aux manettes du fameux épisode avec Bette Davis, The Accomplice. Il faut dire que William P. McGivern était également un auteur assez réputé de romans noirs dont les plus célèbres sont devenus pour la plupart des classiques du genre au cinéma comme par exemple, pour ne citer que le plus connu, Règlement de comptes (The Big Heat) de Fritz Lang. The Exiles contient en gros quasiment les mêmes éléments principaux que The Accomplice aussi bien concernant la construction - avec interpénétration de deux enquêtes parallèles - qu'au niveau des situations dramatiques mises en place. Ici et là, l’un des membres du ranch Shiloh a été accusé de meurtre - Trampas dans le précédent, le juge Garth ici -, toutes les apparences sont en leur défaveur et laissent à penser qu’ils sont effectivement des criminels ; le Virginien va devoir se charger lui-même de l’enquête pour empêcher ses amis de finir en prison, voire même au bout d’une corde ; l’intrigue se déplace dans une ville éloignée de Shiloh et se déroulera en grande partie en intérieur, ici principalement à l'hôtel et au saloon ; un personnage est prêt à faire lyncher un innocent avec qui il n’a pourtant rien à voir - et qu’il ne connait même pas personnellement - dans le seul but de récupérer un pactole qui pourrait être soutiré par chantage au riche propriétaire de Shiloh. Pour ce qui est de la construction, comme nous l'avons dit ci-avant, deux mystères a priori différents sont à résoudre et finissent par s’imbriquer tant bien que mal.

Car là où le bât blesse le plus dans cet épisode - comme c’était déjà le cas dans The Accomplice -, c'est justement dans ces deux intrigues policières parallèles qui ont du mal à interagir et à s’unir avec fluidité. La première concerne la recherche de preuves destinées à disculper le juge dans l’affaire de meurtre dans laquelle il est impliqué ; la seconde - qui tient d’ailleurs une plus grande place au sein du scénario - nous fait nous questionner sur les menaces (réelles ou non) qui sont faites à la jeune chanteuse par un adjoint du shérif qui semble expressément l’effrayer afin qu’elle quitte les lieux au plus vite. Les auteurs ont la bonne idée de ne rien nous montrer : ne pourrait-elle pas avoir tout inventé par paranoïa, folie ou toutes autres raisons plus vicieuses ? Mais, comme pour l’épisode avec Bette Davis, je ne pourrai néanmoins guère vous dire grand-chose de plus sur cette histoire sous forme de deux enquêtes pour ne pas ni déflorer les surprises de l'intrigue ni éventer le petit suspense mis en place. Pourtant, pas vraiment de spoiler à craindre quant à la culpabilité du juge du fait qu'on n'a pas retrouvé d’arme pouvant appartenir à son agresseur sur les lieux du crime. En effet, l’épisode commence par la levée de ce mystère : un homme à pieds aux côtés de son cheval boiteux arrive à l’endroit où s’est déroulée la tuerie - dont on ne fait qu’entendre les coups de feu - et, ayant vérifié que le tireur n’était plus sur place, s’empare non seulement de l’argent du cadavre mais également de son fusil qui - on le comprend très vite - n’est autre que le témoignage évident de l’innocence du juge.

L’intrigue tirée d’une histoire de Roy Huggins - qui, rappelons-le, est devenu entre-temps le producteur exécutif de la série en lieu et place de Charles Marquis Warren - s’avère sans grandes surprises ni originalité mais, malgré ses quelques trous, flous et complications inutiles, plutôt bien écrite et efficacement menée. Au cours de ce 16ème épisode, on se régalera surtout des confrontations entre James Drury et Ed Nelson - et notamment celle se déroulant dans la chambre d'hôtel du Virginien - ainsi que de la romance qui voit le jour entre le Virginien et la saloon gal, première fois au sein de la série que l’on voit notre protagoniste principal avoir une idylle qui s'avère d'ailleurs toute aussi douce que touchante. Il faut dire que, comme avec Bette Davis précédemment, The Exiles repose avant tout sur les épaules d’une Tammy Grimes savoureuse qui arrive à rendre son personnage grandement attachant. Le style de rôle "chaleureux-vulgaire" qui aurait parfaitement convenu à Shirley McLaine par exemple, celui d’une femme de petite vertu au grand cœur, un peu naïve, expansive et d’un naturel confondant malgré un physique pas spécialement gratifiant - d'ailleurs pour le coup on ne remerciera pas le coiffeur des équipes Universal - et une voix à la fois rauque et éraillée (à la Joanna Newson) qui pourrait écorcher les oreilles mais qui fait au contraire partie de son charme, également lorsqu’elle se met à chanter, ce qu'elle fait à plusieurs reprises au cours de l'épisode. Agaçante de prime abord, Angie devrait finir par séduire la plupart d’entre nous comme elle a réussi à le faire avec le Virginien qui, sans en être passionnément amoureux, semble la porter en très grande estime, appréciant avant tout sa franchise et sa gentillesse. Il s’en servira d’ailleurs ensuite comme "appât" - avec son complet assentiment - pour l’aider à résoudre son enquête.

The Exiles est un épisode policier non dénué d'humour et une fois encore sans thématique marquante, assez banalement mis en scène - décidément Bernard Girard est bien meilleur scénariste (le superbe Impasse) que réalisateur- mais sinon encore une fois de très bonne qualité grâce surtout à l’interprétation de James Drury, Tammy Grimes ou encore Ken Lynch dans le rôle du shérif de North Bend, à l’écriture des relations entre Angie et le Virginien, à d’excellents dialogues ainsi qu’à une stupéfiante utilisation des ellipses. Pour l’anecdote, Elizabeth Montgomery doit beaucoup à la comédienne Tammy Grimes qui, heureusement pour elle, a refusé le rôle de Samantha pour Ma sorcière bien-aimée. Jusqu'à présent, même si les "épisodes" purement westerns s'avèrent plus convaincants que les épisodes "policiers", ces derniers sont loin d'être honteux.

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  • 1.17 - The Judgment
  • Réalisation : Earl Bellamy
  • Scénario : Lawrence Roman
  • Guest Star : Clu Gulager & Patricia Barry
  • Première diffusion 16/01/1963 aux USA - 29/08/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 8/10

Le pitch : Juge à la retraite depuis dix ans, Henry Garth se voit proposer par les notables de Medicine Bow de reprendre du service ; il demande une soirée de réflexion avant de donner sa réponse. Sa fille Betsy, qui ne comprend pas pourquoi il n’est pas plus enthousiaste, lui demande ce qui le retient. Il lui raconte alors la dernière tragique affaire dont il s’était occupé et qui lui avait fait décider à l’époque de se retirer de la magistrature : les membres de la famille Carewe - dont l’inquiétant Jake (Clu Gulager) - étaient venus le menacer afin qu’il revienne sur son jugement quant à la condamnation à mort d’un des leurs...

Mon avis :Après l’excellent The Big Deal - avec Ricardo Montalban en inoubliable guest star de ce 4ème épisode -, le mésestimé Earl Bellamy - au cinéma il signera également durant les années 60 quelques très bons westerns dont les titres ont précédemment déjà été signalés - nous octroie à nouveau un magnifique épisode, d’une grande dignité et d’une belle hauteur de vue concernant la réflexion menée sur les thématiques du courage et de la justice. Celui-ci n'a rien à envier - bien au contraire - au classique de Fred Zinnemann avec lequel il possède beaucoup de points communs, Le Train sifflera trois fois (High Noon). Après Duel at Shiloh, voici un nouveau flash-back qui perdure sur quasiment toute la durée de l’intrigue. C’était l’arrivée de Steve à Shiloh qui était narrée dans le 15ème épisode, c’est ici le retour en arrière d’une dizaine d’années qui nous fait comprendre pourquoi Henry Garth a abandonné sa fonction de magistrat à travers le récit du dernier cas qu’il eut à juger alors qu’il habitait encore en ville avec sa fille Besty, âgée à l’époque de seulement 5 ans. Il s’agit d’un de ces remarquables épisodes - comme l’étaient Throw a Long Rope et Impasse - extrêmement graves, réfléchis et respectables, qui filent droit sans quasiment se détourner de leurs sujets principaux.

Nous assistons donc d’une part et principalement à la dernière affaire que Garth eut à statuer et qui lui aura fait mettre un terme à sa carrière juridique, de l’autre à la romance qui le liait alors à une jeune femme qu'il se préparait à épouser et dont il a appris juste avant de s'engager qu'elle était volage, puisqu'elle est tombée dans le même temps dans les bras du shérif de la ville. Lors d’une longue séquence - censurée de la version française, passant sur le DVD en VOST malgré le choix de la VF -, la jeune femme explique à un juge Garth - effondré par le fait d’avoir eu vent de son infidélité - sa difficile situation, prise entre un amour passionné pour le viril shérif et un amour plus affectueux et serein pour lui. Il s'agit d'une très belle scène au cours de laquelle les auteurs ne viennent jamais juger leur principal protagoniste féminin, se montrant très compréhensifs même, à l’instar de la victime de ce triangle amoureux qui ne s'énerve aucunement et entend parfaitement les arguments de la jeune femme. Patricia Barry interprète à la perfection ce rôle pas spécialement évident par le fait de se trouver en porte à faux vis-à-vis du spectateur qui lui en veut d’avoir été infidèle à un juge pour qui ils ont énormément d’estime tout en respectant sa franchise et ses explications tout à fait lucides. [Petit spoiler] Elle aura néanmoins perdu sur tous les tableaux puisque non seulement Garth aura compris qu’elle ne l’aimait pas vraiment, préférant faire cesser leurs relations alors même qu’elle ne voulait plus poursuivre sa liaison avec le shérif, après avoir découvert sa lâcheté à l’occasion de l’affaire criminelle qui secoue la petite ville de Medicine Bow. [Fin du petit spoiler]

Le comédien David McLean s’avère très crédible dans la peau de cet homme de loi également assez richement écrit, doté lui aussi d’une étonnante sincérité même si ses excuses et justifications ne s’avèrent pas très "politiquement correctes". En effet, il avoue avoir postulé pour la place de shérif en pensant avoir trouvé une planque au vu de la quiétude de la petite ville dont il aurait à s’occuper. Lorsqu’il commence à comprendre qu’il risque sa vie à vouloir contrer les violents frères du prisonnier - et après s’être fait salement secoué lors d’une séquence d’une grande brutalité -, il préfère rendre son insigne et fuir la ville. Ce qui - même si ce n’est guère héroïque - est tout à fait compréhensible. Pourquoi un si grand danger - qui se révèle d’ailleurs être le principal argument dramatique de l’histoire de cet épisode - ? Parce que toute une famille de voyous ayant déjà autrefois effarouché la ville, arrivent à nouveau à Medicine Bow pour faire libérer l’un des leurs jugé pour meurtre et condamné à la potence. Sous le commandement du vicieux Jake - frère du repris de justice - accompagné du dégénéré et non moins inquiétant Lennie, ils vont d’abord tenter - sous les conseils de l’avocat de la défense, l'excellent John Kerr - d’obtenir légalement l’annulation de la sentence en tablant sur une décision du jury prise alors que ses membres étaient sous l’emprise de préjugés à l'encontre du coupable. En effet, avant de migrer au Montana, la famille Carewe avait déjà commis d’innombrables méfaits qu’aucun des habitants de la ville n’avaient oubliés. Constatant que le juge est inflexible et qu'il a trouvé une parade à cette requête a priori légitime, ils décident de terroriser les citoyens en leur faisant comprendre que si leur magistrat ne fait pas machine arrière, ils risquent tous d’en pâtir.

Petit à petit, tout le monde tourne le dos au juge qui finit par rester seul et contre tous - aidé seulement par le vieil adjoint du shérif - mais qui explique que le calme de la ville, voire même du pays, ne pourra au contraire s’installer qu'à condition de ne pas se laisser faire et de ne pas céder aux diverses tentatives d'intimidation des 'terroristes', quitte à prendre des risques par le fait de leur tenir tête coûte que coûte (terriblement d'actualité) : “But gentleman, only if our laws are respected can our families and our town be safe. If we don’t enforce the laws they’ll be no town, only a jungle where animals like the Careues run wild.' Le final de cette affaire sera donc tragique, ce qui fera démissionner Garth de sa place de juge. Mais sans plus vous en dévoiler davantage, je vous laisse découvrir l’avancement inéluctable et dramatique de cette intrigue superbement écrite sur l’intégrité, la fidélité à ses principes, le courage ainsi que sur la justice à laquelle on ne doit rien sacrifier, pas même la sécurité. Un épisode majeur à la mise en scène rigoureuse, au scénario carré, aux dialogues superbes, à la tension prégnante et à l’interprétation de haut niveau avec notamment un grandiose Lee J. Cobb mais aussi et surtout un Clu Gulager qui n’a rien à envier à Dan Duryea dans ce style de personnage abject et haïssable à souhait. A signaler qu’à partir de la troisième saison, le comédien tiendra un rôle récurrent dans la série, celui du shérif de Medicine Bow, Emmett Ryker. Pour finir, il faut savoir que cet épisode est un remake du film Day of the Badman de Harry Keller avec Fred MacMurray.

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  • 1.18 - Say Goodbye to All that
  • Réalisation : William Witney
  • Scénario : Al C. Ward
  • Guest Star : Fabian & Charles McGraw
  • Première diffusion 23/01/1963 aux USA - 01/08/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitchUn grizzly arrive à pénétrer dans l’écurie du ranch Shiloh et à briser la nuque du cheval de Trampas. Ce dernier souhaite immédiatement partir à la poursuite de l’animal mais le Virginien le retient, estimant que le rassemblement des troupeaux a un caractère plus urgent. Des tensions vont naître parmi les cowboys à cause du tyrannique Beldon (Charles McGraw) qui espère faire de son rejeton (Fabian) "un homme, un vrai". Le poussant à se battre pour affirmer sa virilité, il va provoquer un drame qui va le rendre lui-même tétraplégique. Beldon espère que son fils le vengera en tuant Trampas à l'origine de sa paralysie...

Mon avis : Say Goodbye at all That marque la deuxième incursion au sein de la série du célèbre réalisateur de serial William Witney après avoir déjà signé le 11ème épisode, The Devil’s Children. Important point commun entre les deux fictions : des personnages de patriarches autoritaires et tyranniques, principalement à cause desquels drames et tragédies vont se mettre en branle, faute surtout à des éducations trop rigides de leur part. Après Charles Bickford et ses "enfants du diable", c’est au tour de Charles McGraw - immense comédien de film noir et de western, inoubliable par exemple en médecin désintéressé aux côtés de Robert Mitchum dans L’Aventurier du Rio Grande (The Wonderful Country) de Robert Parrish - de tenir ce rôle d’homme haïssable, impitoyable, vindicatif et bagarreur qui souhaite que son fils acquiert le même caractère fort et le même tempérament frondeur que lui, le poussant à se battre pour de futiles raisons juste dans le but de prouver sa virilité. Concernant ces relations père-fils, on pense également au superbe mélodrame de Vincente Minnelli, Celui par qui le scandale arrive (Home from the Hill), dans lequel à nouveau Robert Mitchum incarnait un personnage qui souhaitait donner à son fils - à son goût trop fluet et toujours fourré dans les jupes de sa mère-  une éducation basée sur des valeurs phallocentriques.

Et comme dans le très curieux Track of the Cat de William Wellman avec... Robert Mitchum, l'obsession de la bête - quasi surnaturelle comme le croit farouchement le vieil homme élevé par les Indiens, interprété un peu trop caricaturalement par un Royal Dano que l’on a connu plus fin - joue un peu le rôle de catalyseur des haines et des rancœurs qui existent dans le cœur de la famille Beldon ainsi que d’un Trampas qui prend néanmoins de la maturité, bien plus réfléchi et moins belliqueux qu’auparavant. Effectivement, alors qu’il y a encore peu de temps Trampas n’aurait pas hésité à se jeter tête baissée dans la mêlée, à donner du poing à la moindre vexation, ici nous sommes étonnés de ne pas le voir réagir quand il reçoit des coups violents de la part d’un Charles McGraw aviné qui décide de le punir d’avoir simplement dansé avec sa future bru. Trampas se laisse frapper espérant que cette attitude passive fera stopper son adversaire ; mais tout au contraire, vexé par ce manque de réactivité, il le provoque en duel, pistolet à la main. Faisant en sorte de ne pas le tuer, Trampas le rend néanmoins tétraplégique par accident. Il n’aura ensuite de cesse d’interroger sa conscience quant à son geste malheureux, encore plus déprimé lorsqu’il se rendra compte que le père a réussi à convaincre son rejeton de suivre ses traces et de le venger. Ayant tenté le tout pour le tout par l’intermédiaire de multiples amorces de discussions avec le jeune homme qui s’avère bien trop borné, Trampas n’a alors plus grand espoir que cette rivalité se termine bien, ce qui le mine tout l’épisode durant et qui nous rend son personnage encore plus attachant : "I'm going to have to kill him, and for what !"

Au vu du caractère du jeune Beldon durant les 20 premières minutes de l’épisode - un jeune homme charmant, doux et affable - ainsi que par le fait d’avoir été témoin de son désir d’émancipation accentué par les conseils de sa charmante fiancée allant dans ce sens - auquel cas contraire elle refuserait de rester avec lui -, il faut bien dire que l’on a un peu de mal à trouver crédible ce revirement subit. Cela même si l’on comprend que cette "virilisation" se soit déclenchée suite à un sentiment de culpabilité - si, comme le lui avait demandé son père, il était intervenu en entamant une modeste bagarre lors de sa soirée d'anniversaire, aucun drame ne se serait produit-  mais également faute à la tristesse que lui cause la paralysie à vie de son père, espérant par cette nouvelle attitude que ce dernier sera ainsi au moins fier de lui. L’interprétation pas honteuse mais pas non plus spécialement marquante de Fabian - qui a parfois un peu trop tendance à utiliser l'ouverture exagérée de ses orbites - ainsi qu’un scénario qui semble se chercher, manquant à la fois de bases solides et de rigueur, font que l’on a un peu de mal à y croire. L’ensemble reste cependant distrayant, efficace, assez bien rythmé, rempli de séquences mouvementées, de rebondissements et de rudes bagarres - la brutalité des combats à poings nus étant l’une des caractéristiques de The Virginian et qui fait en partie qu’il est difficile d’en faire une série "familiale". Néanmoins Say Goodbye at all That reste assez décevant comparativement à la plupart des épisodes qui ont l'précédé, faute principalement à un script un peu léger, des situations parfois répétitives et pénibles - tout ce qui tourne autour de Royal Dano - ainsi enfin qu'à des équipes techniques un peu moins inspirées que d’habitude. James Drury et Doug McClure s'avèrent en revanche toujours excellents, désormais parfaitement rodés.

L’épisode de William Witney part donc dans plusieurs directions à la fois, sans nécessairement de liant : la chasse à l’ours "serialesque" - un peu gâchée par des toiles peintes et des décors ratés ainsi que par un plan heureusement furtif d’un comédien déguisé en grizzly - ; une partie documentaire très réussie concernant le rassemblement des troupeaux avant l’hiver, avec de nombreuses notifications intéressantes comme la nécessité de faire courir les bêtes afin qu’elles ne meurent pas de froid sans néanmoins en faire trop pour qu’elles ne perdent pas trop de "viande" ; enfin les tensions qui se font jour entre les deux membres de la famille Beldon et Trampas qui aboutissent à quelques drames et conflits violents. Le happy-end final, angélique et rempli de bons sentiments, est assez peu raccord au ton d’ensemble mais ne déplaira pas à tous ceux - dont moi - qui ont gardé leur cœur de midinette.

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  • 1.19 - The Man Who Wouldn't Die
  • Réalisation : David Friedkin
  • Scénario : Harry Kleiner d’après une histoire de Roy Huggins
  • Guest Star : Vera Miles
  • Première diffusion 30/01/1963 aux USA - 23/08/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Le Juge Garth se trouve à San Francisco pour rencontrer un homme d’affaires véreux qui semble l'avoir escroqué. Ils en viennent aux mains et cette bagarre se termine par la mort accidentelle du businessman. Garth se rend à la police pour s’accuser mais, en retournant sur les lieux du drame, plus de cadavre ni de traces d’altercation. Innocenté puis relâché, Garth raconte à un ami les quelques mois qui ont précédé et qui ont conduit à ce fait divers tragique. Au centre de son histoire : une charmante jeune veuve (Vera Miles) qui va devenir la préceptrice de Betsy et dont il va tomber amoureux...

Mon avis : David Friedkin, le réalisateur et scénariste du premier opus de la série, revient pour signer ce 19ème épisode, mélange de mystère policier et de romance. Avant cela, David "fleur bleue" Friedkin s’occupa également d’écrire le scénario de deux autres épisodes, le principal point commun à ces quatre titres étant l’intégration d’une histoire d’amour d’importance au sein de chacune de leurs intrigues. Ici elle a lieu entre deux veufs dont bien évidemment le propriétaire du ranch Shiloh qui tombe amoureux de la gouvernante qu’il a embauchée pour éduquer sa fille Betsy. Malheureusement, pour éviter tous spoilers, je ne pourrai pas vous en dire grand-chose de plus puisque vous aurez sans doute deviné que cette très jolie "bluette" n’est pas totalement déconnectée du mystère que cherche à percer Garth après que l’homme qu’il a tué lors de la première séquence se soit volatilisé, laissant penser aux forces de l’ordre que le juge a rêvé ce tragique évènement, prenant peut-être son "cauchemar" pour la réalité. Mais, malgré ce pitch alléchant et énigmatique, l'épisode s'avère assez mineur faute exclusivement à la faiblesse de son scénario. Cela étant dit, reposant presque intégralement sur les épaules des deux talentueux comédiens principaux - Lee J Cobb et Vera Miles -, The Man Who Couldn't Die n'est pas désagréable pour autant, l’élégance et la beauté de l’actrice aidant encore plus à rendre le "couple" attachant même si son partenaire en fait peut-être cette fois un peu trop dans l’accablement, son interprétation étant peut-être un peu moins nuancée qu’habituellement.

Il faut dire que Garth se retrouve dans une situation aussi curieuse qu’inextricable, étant persuadé avoir tué un homme - et une fois de plus les auteurs ont décidé d'emblée de nous faire savoir qu’il ne s’agit aucunement d’une lubie de sa part, cassant ainsi une bonne partie du suspense - alors que l’on ne retrouve sur les lieux du crime ni le cadavre ni des preuves d’une quelconque rixe, et que le seul témoin - James Doohan, le futur Scotty de Star Trek - semble non seulement ne pas connaitre le juge mais affirme avoir encore vu son patron dans les minutes qui ont précédé son témoignage. Voici Garth innocenté alors qu’il aurait bien aimé résoudre cette énigme pour sa bonne santé mentale et pour apaiser sa conscience. D’autre part, il sort d’une histoire d'amour qui n’a pas tourné comme il l’aurait souhaité, qui le laisse dans une sorte de déprime qui ne fait qu’accentuer le fait que les hommes de loi sont certains que le tragique accident n’a en fait jamais existé ailleurs que dans le cerveau un peu chamboulé du supposé coupable. De cet homme mort et disparu, on en fait rapidement la connaissance au travers du flash-back et l’on comprend d’emblée qu’il s’agit d’un escroc, gérant d’une société qui était censé entreprendre la création d’une voix ferrée avec les fonds récoltés chez plusieurs riches propriétaires, dont le juge qui estimait nécessaire qu’un nouvel axe Nord/Sud soit mis en place "sur rails" pour faciliter ses ventes de bétails. On se rend compte à nouveau que Garth est dans certains domaines un homme moderne, croyant dur comme fer au progrès et ne supportant pas que certains l’entravent. On est également à nouveau témoin de sa puissante exigence, voire de son intransigeance, estimant - en l’occurrence à juste titre - qu’une promesse contractuelle doit être tenue coûte que coûte.

Il faut quand même prévenir les amateurs de mystères qu’ils pourraient être assez déçus non seulement par la résolution de celui qui nous concerne ici - même si elle s’avère très crédible - que par son importance au sein de l’intrigue, le scénario étant bien plus longuement consacré à la partie romance/apprentissage puisque le personnage incarné par la délicieuse Vera Miles - L’Homme qui tua Liberty Valance, Psychose - est à la fois la préceptrice de Molly et la femme dont va s’amouracher le juge. Cette situation sera l’occasion d’aborder l’une des thématiques principales de l’épisode : l’éducation. Garth estime que sa fille a besoin de recevoir une culture quasi victorienne (piano, danse, couture, littérature...) afin de pouvoir s’intégrer dans la bonne société alors que la principale intéressée ne comprend pas que pour travailler au sein d’un ranch elle a besoin de savoir tout ça, se moquant du qu’en-dira-t-on quant à son bagage culturel - "What does it matter what people say or how they say it or what they think about you... What does matter is the way they feel about each other" -, trouvant "cocassement" Homère finalement encore plus ennuyeux que Shakespeare, "ce qui n’est pas peu dire" ! On découvre ici une Betsy qui tient tête à son père au point de recevoir une gifle ; Roberta Shore ne s’était auparavant jamais vu accordée autant d'importance et de temps de présence, prouvant à cette occasion qu’elle était une comédienne tout à fait sympathique. Cet apprentissage reçu à contrecœur donnera lieu à de savoureuses séquences, comme celle voyant le Virginien se moquer des "talents" de pianiste de la jeune fille ou encore celle encore plus amusante de la leçon de danse avec un Trampas inénarrable de maladresse surtout lorsqu'il s'essaie à faire la révérence.

Romance et mystère... autant dire que les amateurs de westerns purs et durs ne seront pas à la fête : hormis la bagarre qui déclenche le drame au tout début, aucune scène d’action ni de séquence au grand air durant cet épisode qui souffre d’un script guère captivant, semblant avoir été un peu artificiellement étiré pour arriver à une conclusion certes crédible mais un peu décevante. Harry Kleiner a beau avoir signé les scénarios de quelques classiques du film noir (Fallen Angel d'Otto Preminger, The Street With No Name de William Keighley ou encore House of Bambou de Samuel Fuller), celui de The Man Who Couldn’t Die s'avère certes sympathique mais il ne s’aventure pas très loin, pas plus concernant la partie policière que la partie romantique. En revanche, l'épisode nous octroie des décors intérieurs assez cossus, de très beaux éclairages, une description attachante des relations entre le juge et sa fille ainsi qu’une Vera Miles dont on est heureux d’apprendre qu’elle reprendra du service dans la série à deux autres reprises. On notera enfin la présence en guest star de second plan de David White qui allait être plus connu dans les mêmes années 60 en tant que patron de Darrin, le mari de Samantha, Ma sorcière bien aimée.

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  • 1.20 - If You Have Tears
  • Réalisation : Richard L. Bare
  • Scénario : Frank Chase & Frank Fenton d’après une histoire de Roy Huggins & Howard Browne
  • Guest Star : Robert Vaughn, Dana Wynter & Nancy Sinatra
  • Première diffusion 13/02/1963 aux USA - 08/09/1983 en France
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitchTrampas et le Virginien voient arriver à Medicine Bow Kyle Lawson, un ancien compagnon de guerre. Il vient leur demander aide et conseils après avoir fui sa petite ville du Montana de peur d’être accusé du meurtre du mari de sa maîtresse, la jolie Leona (Dana Wynter). Persuadés de l’innocence de Kyle, les deux cowboys du ranch Shiloh se rendent sur les lieux du crime pour essayer de résoudre le mystère. Durant son enquête, le Virginien va tomber amoureux de Leona alors que les autorités locales n’apprécient pas la présence de ces deux étrangers qui semblent se mêler de ce qui ne les regardent pas...

Mon avis : Ce 20ème épisode de la série a été réalisé par un cinéaste assez obscur, Richard L. Bare, dont je ne connaissais jusqu’à présent qu’un western de série B produit par la Warner en 1950, le divertissant mais guère mémorable Return of the Frontiersman avec Gordon MacRae. N'accomplissant ici pas non plus vraiment de miracle, le réalisateur a eu en revanche la chance d'être très bien secondé : l'épisode a été scénarisé par Frank Chase en collaboration avec Frank Fenton, ce dernier ayant laissé son nom aux génériques de westerns prestigieux tels Rivière sans retour d’Otto Preminger, Le Jardin du diable de Henry Hathaway ou Fort Bravo de John Sturges. Et effectivement ,cet excellent épisode repose avant tout sur son superbe script, sorte de mélange très harmonieux entre enquête policière, interlude sentimental, histoire d’amitié et mélodrame familial, aucune de ses quatre orientations ne prenant le pas sur l’autre. Le casting et la direction d’acteurs s’avérant parfaits, le résultat se révèle pas loin d'être remarquable, d’un très grand sérieux sans quasiment jamais céder à la moindre fantaisie si ce n’est lors d’une séquence assez amusante chez un barbier d’origine italienne.

If You Have Tears - titre tiré d’un poème que récite le personnage joué par Robert Vaughn - débute par une séquence craquante, celle de la "demande en mariage" de Kyle par une toute petite fille, manière très mignonne de faire comprendre d’emblée que ce protagoniste est un homme charmant et qui plait aux femmes. Puis se déroule la scène du piège qui lui est tendu pour le faire accuser d’un meurtre dont nous sommes témoins d'emblée qu’il ne l’a pas commis : décidément, les auteurs de la série aiment bien que les spectateurs aient un coup d’avance sur les personnages même si le suspense s'en trouve du coup amoindri. Kyle n’a plus d'autre choix que de fuir puisque tout a été monté dans le but de faire de lui le parfait coupable. Le voilà qui file dans le Wyoming demander de l’aide et des conseils à Trampas et au Virginien aux côtés de qui il avait participé à la guerre hispano-américaine à Cuba (voir l’épisode Riff-Raff). Durant ce conflit, Kyle avait sauvé la vie du Virginien ; et cet évènement dramatique du passé de notre protagoniste principal est narré plus tard dans l'épisode par un James Drury qui se révèle de plus en plus convaincant, n’ayant à cette époque vraiment pas grand-chose à envier aux plus grandes stars du cinéma dans le domaine du western. Il aura d’ailleurs l’occasion de le prouver à maintes reprises durant ces 72 minutes puisqu’il est quasiment de toutes les séquences : charismatique lorsqu’il s’agit d’imposer sa détermination, touchant à travers l'intrigue sentimentale et notamment lorsqu’il se rend compte que l’amour qu’il éprouve pour la belle Dana Wynter n’est pas totalement partagé ou encore plus lorsqu'il perd toute sa confiance, d'une formidable dignité lorsqu’il met tout en œuvre pour sauver la tête d’un ami à qui il doit la vie et dont il est certain de l'innocence.

Pour venir en aide à Kyle, le Virginien décide de se rendre sur les lieux du crime pour mener sa propre enquête vu que le verdict est déjà tombé, le jury ayant acté la culpabilité et la condamnation à mort de l'accusé. Nous ne dévoilerons rien de ce mystère policier si ce n’est que les trois membres de la belle-famille de la victime avaient tous des raisons de commettre l'assassinat, puisqu’ils vivaient tous sous le toit de cet homme féroce et malveillant qui ne perdait pas une occasion de malmener sa femme. Le Virginien va tomber amoureux de celle-ci malgré le fait que Kyle - qui était son amant - lui avait dit de s'en méfier, pensant qu’elle était à l’origine des manigances menant au piège dans lequel il était tombé. La très belle Dana Wynter - L’Invasion des profanateurs de sépultures de Don Siegel - interprète la veuve ; même si son registre de femme accablée constamment les yeux dans le vague reste assez limité, le rôle voulant cela, elle se révèle excellente et tout à fait crédible. Les séquences qu’elle partage avec James Drury sont d’un romantisme et d’un lyrisme assez inhabituels au sein d’une série westernienne ; il faut dire aussi que les dialogues sont particulièrement recherchés et formidablement bien écrits. Le toujours très bon Robert Vaughn en bénéficiera aussi dans le rôle du frère poète et alcoolique, tout comme Phyllis Avery dans celui de la sœur ténébreuse et tirée à quatre épingles - par sa manière de se déplacer ou d’épier aux fenêtres, on pense parfois à l’inquiétante Miss Danvers, la gouvernante de Rebecca interprété par Judith Anderson dans le film d’Alfred Hitchcock -, ou encore Britt Lomond dans celui du "faux coupable", sorte de sosie de Bernard Giraudeau et qui était l'interprète du Capitaine Monastario dans la série Zorro produite par Walt Disney.

Si l’on voulait faire une comparaison avec une franchise cinématographique, cet épisode pourrait être à The Virginian ce qu’était Au service secret de Sa Majesté aux James Bond : une enquête "policière" au romantisme inhabituel - aidé en cela par une très belle partition de Morton Stevens qui allait devenir célèbre avec le thème principal de la série Hawaii Five-0 - dans un genre habituellement dévolu principalement au mouvement et à l’action, ce dont If You Have Tears est totalement dépourvu, un même final étonnement amer et une Dana Wynters qui n’est parfois pas sans rappeler la gracile silhouette de Diana Rigg. En bonus, nous n’oublierons pas la participation à l’épisode de Nancy Sinatra qui nous concède même deux superbes chansons. Enfin, un épisode doux et lyrique qui nous en apprend par la même occasion un peu plus sur la jeunesse du Virginien et notamment sur un père qu'il semblait tenir en haute estime malgré son manque de culture : "I knew a man, who could barely write his own name. But he could talk to the birds. He could tell where a mountain cat had walked across a bed of pine needles. He could tell his age by the trees, and the weather by his bones, after he got old that is. And I always considered him to be a poet." Une belle réussite !

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  • 1.21- The Small Parade
  • Réalisation : Paul Nickell
  • Scénario : John Hawkins & Ward Hawkins d’après une histoire de Bernard Girard
  • Guest Star : David Wayne & Barbara Barrie
  • Première diffusion 20/02/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitchSur le point de retourner à Shiloh après avoir livré du bétail en Californie, Steve, Trampas et le Virginien viennent en aide à Martin Reese (David Wayne) dont les idées sur le végétarisme rebutent les habitants. Lorsque le lendemain on retrouve un cadavre, les soupçons se portent immédiatement sur ce "bizarre" étranger accompagné d’un chimpanzé et qui a quitté la ville dans la nuit. Sur le chemin du retour, nos trois cowboys s’arrêtent à une ferme où ils trouvent Ellen, une jeune femme ayant recueilli un groupe de sept enfants abandonnés ; elle est en charge de les escorter jusqu’à un orphelinat...

Mon avis : The Virginian avait déjà parfois bifurqué vers le polar ou le film à procès, vers la comédie voire vers le mélodrame ou la romance, mais jamais encore dans le registre très original proposé par cet épisode, assez difficile à décrire d’ailleurs. Ce pourrait être une sorte de mélange - totalement improbable sur le papier - entre les westerns progressistes du style L’Etrange incident de William Wellman et La Petite maison dans la prairie, une série familiale d’ailleurs souvent scénarisée par le duo qui opère ici. Et c’est une nouvelle fois à Bernard Girard que l’on doit cette très jolie histoire après celle qui avait déjà été à l’origine d’un des meilleurs épisodes de cette première saison, Impasse avec en guest star un étonnant Eddie Albert. Mais que l’on se rassure, malgré le fait d’avoir cité une série réputée pour sa mièvrerie, il s’agirait ici plutôt d’une très grande délicatesse de ton, de celle que l’on pouvait trouver par exemple dans le tendre et splendide Stars in My Crown de Jacques Tourneur. Mais repartons du début ! Nos trois cowboys du ranch Shiloh sont harassés : ils viennent de convoyer un troupeau jusqu’à Coytote Wells en Californie et n’ont qu’une envie : rester quelques jours en ville pour se reposer et s’amuser. Cela donne naissance à une très amusante séquence d’introduction qui voit Steve saliver devant la description du programme annoncé par Trampas quant aux "festivités" qui les attendent. Sauf que ce rabat-joie de Virginien vient immédiatement casser leur rêve en leur annonçant qu’un télégramme du juge Garth leur intime l’ordre de rentrer au Wyoming sans tarder.

Avant de repartir, ils croisent une foule réunie autour de Martin, un homme "étrange" accompagné d’un chimpanzé. Tenant une sorte de conférence en plein air sur le végétarisme et sur la nécessité de se passer de viande pour rester en meilleure santé, il est moqué et chahuté par tous les habitants, ce qui ne surprend pas le Virginien qui comprend que Martin s’est jeté dans la gueule du loup en prônant l’interdiction de la viande dans une région qui en vit. Quoi qu’il en soit, il prend sa défense au nom de la liberté d’idées et d’expression, thématique qui semble être revenue à plusieurs reprises au sein de la carrière télévisuelle de l’obscur réalisateur Paul Nickell. S’ensuit une scène très cocasse au restaurant où - après l’introduction du végétarisme au sein du western - les auteurs semblent avoir également inventé l’irruption dans le genre du déjeuner "en terrasse". C’est drôle et léger sans néanmoins sombrer dans la farce, d’autant qu’en arrière-fond la gravité est toujours prégnante puisque l’on constate d’emblée la méfiance des citoyens envers toute forme de nouveauté dans le comportement, les paroles ou les idées. Et cela se confirme le lendemain au moment où l’on découvre le cadavre d’un trappeur qui avait été très virulent à son encontre, lui ayant lancé un seau d’eau sur la tête durant son discours et menacé même de tuer son animal de compagnie. Martin ayant quitté la ville, il est désormais évident pour tout le monde qu’il représente le parfait coupable. Et l’on organise une expédition punitive pour le rattraper avec dans l'idée très probable de le lyncher sans aucune autre forme de procès.

Trampas, Steve et le Virginien n’ayant plus rien à faire en ville et devant rentrer rapidement, les voilà repartis en direction de Shiloh, traversant moult beaux paysages sans que jamais cette fois les équipes techniques d'Universal n’aient eu l’idée de tourner en studio ; il s’agit d'ailleurs d’un épisode assez dépaysant du fait de se dérouler quasiment tout du long en extérieurs réels. Voulant faire une halte, le trio se retrouve entouré d’une jeune femme, Ellen, qui a en charge sept enfants abandonnés qu’elle doit conduire jusqu’à un orphelinat faute de pouvoir subvenir à leurs besoins. La veille, ce petit groupe avait eu la visite de Martin et de son singe qui leur avait fait forte impression ; et à partir de là, les deux trames dramatiques - et totalement inédites dans le genre - peuvent se rejoindre et s’imbriquer. Le crime commis juste avant leur départ de Coyote Wells inquiète quand même un peu nos héros ; sachant le "végétarien" dans les environs et la jeune femme étant invitée à se rendre en ville y prodiguer des lectures à ses habitants, nos cowboys décident de rester garder les enfants afin de les protéger d’un éventuel danger. Puis, plutôt que de les voir atterrir à l’orphelinat, effrayés qu’ils ont été après la lecture par Ellen d’un chapitre du Oliver Twist de Dickens, nos trois nouvelles "nurses’" - ou three godfathers - ont dans l’idée de trouver aux enfants des familles d’accueil. Ce sera l’occasion de séquences toutes très bien écrites, soit assez tristes - Trampas qui refuse de laisser les enfants à un meunier qui semble ne vouloir que les exploiter - soit au contraire très cocasses - Steve qui se voit draguer par une vieille fille qui accepte de s’occuper des enfants à condition qu’il fasse partie du "lot". Les relations qui s'établissent entre les enfants et les trois cowboys en ces occasions s'avèrent absolument délicieuses.

On pourra se rendre compte à la lecture de cette longue description qu’il s’agit d’un épisode qui ne ressemble à aucun autre. Inhabituel, il tient non seulement sur un scénario riche, original rigoureusement écrit et superbement bien dialogué ("It takes more than a badge to make a deputy. It takes good sense") mais aussi sur une interprétation formidable non seulement du trio James Drury, Gary Clarke et surtout un Doug McClure très à l’aise avec les enfants - la plus jeune de 4 ans n’est autre que sa propre fille - mais également de David Wayne et d’une Barbara Barrie dont on n’est pas étonnés d’apprendre que malgré son peu de notoriété elle obtint en 1964 la Palme d’or de la meilleure actrice pour un film méconnu, One Potato, Two Potato de Larry Pierce. Tout comme George C. Scott lorsqu’il récitait Oscar Wilde à la fin de l’épisode The Brazen Bell, elle est ici absolument formidable lorsqu’elle fait la lecture d’Oliver Twist. Jamais ridicule, constamment prenant et attachant, léger sans pour autant laisser de côté la gravité - rappelons que les thématiques principales sont la méfiance de l’étranger, l’intolérance, le danger découlant d’idées impopulaires ainsi que les enfants abandonnés -, voici un épisode plein de bons sentiments et dont les différentes trames narratives se résolvent un peu trop facilement mais qui autrement mérite tous les éloges et se hisse aisément parmi les meilleurs films de cette première saison. Un "prêcheur" du végétarisme, un chimpanzé en jean, des cowboys transformés en nurse... sur le papier totalement improbable mais à l’écran étonnement réussi et grandement touchant.

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  • 1.22- Vengeance is the Spur
  • Réalisation : Robert Ellis Miller
  • Scénario : Harry Kleiner d’après une histoire de Roy Huggins
  • Guest Star : Nina Foch & Michael Rennie
  • Première diffusion 27/02/1963 aux USA - 06/09/1983 en France
  • DVD : VF & VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Frances Graham (Nina Foch), une mystérieuse et riche femme d’âge mur, arrive à Medicine Bow où elle compte s’installer un certain temps. Tous les jours elle va chevaucher aux alentours du ranch Shiloh pour espionner ce qui s’y passe. Son idée est en fait de s’introduire auprès du Virginien. Elle a en effet a une requête à lui demander : elle souhaite qu’il la conduise auprès de Mike O’ Rourke (Michael Rennie), l’ex-régisseur de Shiloh devenu hors-la-loi et qui se terre dans son domaine caché dans les montagnes. Ici elle espère retrouver son mari qui aurait a priori rejoint la bande...

Mon avis : "Harry Kleiner a beau avoir signé les scénarios de quelques classiques du film noir (Fallen Angel d'Otto Preminger, The Street With No Name de William Keighley ou encore House of Bambou de Samuel Fuller), celui de The Man Who Couldn’t Die s'avère certes sympathique mais il ne s’aventure pas très loin, pas plus concernant la partie policière que la partie romantique" écrivais-je voici quelques jours à propos du 19ème épisode de cette saison initiale. On peut reprendre cette phrase mot pour mot concernant l’écriture par ce même auteur de ce 22ème épisode qui possède les mêmes qualités et défauts. La charmante comédienne Nina Foch (Un Américain à Paris, Scaramouche, Spartacus...) - comme Vera Miles dans le précédent - s’avère parfaite et tient même l’épisode sur ses frêles épaules ; il n’y en a d’ailleurs que pour elle durant le premier quart d’heure qui par sa légèreté ne laissait pas vraiment présager que nous allions nous retrouver face à un épisode relativement dramatique. On la voit tout d’abord arriver à Medicine Bow par le train et trainer derrière elle une multitude de bagages qui font d’emblée comprendre qu’elle va s’installer en ville pour un bon bout de temps... et pour on ne sait quelle raison. Étonnement des habitants et notamment de deux vieilles dames qui semblent épier avec jubilation les faits et gestes de tous leurs concitoyens ; parmi elles, la comédienne Katryn Card, inoubliable en admirable épouse du shérif dans l’excellent Good Day for a Hanging de Nathan Juran. Frances s’amusera de ses deux commères et fera exprès de les choquer notamment lorsqu’elle se fera monter jusqu’à sa chambre d’hôtel dans les bras du Virginien.

Elle avait en effet quelques temps auparavant fait en sorte de se mettre sur son chemin en faisant croire à une blessure pour pouvoir le rencontrer, le séduire et gagner sa confiance. Suite à ce subterfuge, elle avait été invitée quelques temps au ranch Shiloh jusqu’à ce jour où le régisseur la ramène à son hôtel devant les yeux éberlués de nos deux pipelettes. Un petit suspense avait donc été mis en place car rien ne nous disait pourquoi cette étrangère belle et cultivée était venue s’enterrer dans un patelin aussi perdu, pourquoi elle allait chevaucher tous les matins aux alentour du ranch Shiloh, ni évidemment pourquoi elle avait feint cet accident qui l’avait conduit à accoster et à se lier d’amitié avec Betty - décidément l’adolescente semble avoir besoin d’une compagnie féminine, ce qui s’avère tout à fait compréhensible au sein de ce domaine où ne se croisent quasiment que des hommes - et avec le Virginien. Une fois tous les deux dans les appartements de la mystérieuse jeune femme, elle avoue tout... ou presque puisque quelques mensonges viennent se mêler à la vérité. Elle lui raconte qu’elle a besoin de lui pour le conduire jusqu’au repaire d’un hors-la-loi qui n’est autre que l’homme à qui il a succédé à la place de régisseur du ranch du juge Garth et avec qui il serait toujours resté en bonnes relations, leur amitié ne s'étant pas éteinte. Elle est persuadée que le Virginien est le seul à connaitre la cachette du malfaiteur dans la bande duquel se serait réfugié l’époux qu’elle souhaite retrouver après qu'il a dû fuir les autorités.

Ni une ni deux, les voici tous deux partis dans les montagnes. Le réalisateur Robert Ellis Miller - dont le seul film au cinéma à peu près connu en nos contrées est The Heart Is a Lonely Hunter, l’adaptation du célèbre roman de Carson McCullers avec Alan Arkin et Sondra Locke - s’avère tout à fait chevronné pour mettre en valeur les décors naturels à sa disposition, ses contre-plongées sur les rochers où sont stationnés les vigies du gang se révélant d’une belle efficacité. Notre duo parvient donc jusqu’au repaire du bandit ; à partir de ce moment le nœud dramatique de l’intrigue se dévoile enfin à nous et l’on va alors comprendre les réelles motivations qui ont amené cette femme ravissante jusqu’à cet endroit a priori dangereux. Nous ne pourrons malheureusement pas en dire plus sauf que, on l'aura compris au vu du titre, qu’il s’agit d’une histoire de vengeance. Outre la description de l'amitié qui lie les deux régisseurs de Shiloh - bien trop rapidement évoquée -, une romance va également se mettre en place - qui trouvera son apogée au tout dernier et superbe plan - qui apportera à l'épisode son principal intérêt, l'aspect dramatique de l'intrigue devenant au contraire trop figé et répétitif et du coup assez peu captivant. Il nous sera néanmoins donné d’assister à une magnifique séquence au cours de laquelle Michael Rennie - le héros du Jour où la terre s’arrêta de Robert Wise - annonce à ses hommes qu’il préfère mettre un arrêt à cette vie de hors-la-loi et se rendre à la police pour pouvoir ensuite recommencer une vie plus apaisée. Il faut dire qu’il est passé du mauvais côté de la loi suite à son évasion après un long emprisonnement qui n’avait pas lieu d’être puisqu’il était innocent des faits qui lui étaient reprochés malgré les témoignages en sa faveur et la défense du juge Garth... Un outlaw malgré lui en quelque sorte !

Pas mal de bonnes pistes mais au final un scénario assez moyen au sein duquel surnagent un très beau personnage de bandit au grand cœur - fier de ne jamais avoir tué personne - ainsi que celui de Frances avec qui ils formeront un couple très touchant : deux personnes ayant vécu une tragédie qui les aura amenés là où ils sont mais aussi à se rencontrer. La conclusion inattendue et émouvante nous amène à nous dire que seul l’amour peut mettre fin à une infernale spirale de violence et à faire renoncer aux implacables désirs de vengeance. A signaler enfin que les personnages principaux de la série sont tous absents sauf le Virginien - qui n'a ici cependant pas autant d'importance que les protagonistes interprétés par les deux guest stars -, que le thème musical devient vite très entêtant et que l'on assiste à de belles séquences en extérieurs. Pas désagréable mais cependant mineur et un peu décevant, surtout venant après le très curieux The Small Parade.

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  • 1.23- The Money Cage
  • Réalisation : Alan Crosland Jr.
  • Scénario : Jameson Brower d'après une histoire de Donn Mullaly
  • Guest Star : Steve Forrest
  • Première diffusion 06/03/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Dans le train qui la ramène, Lydia, la fille du banquier de Medicine Bow, est prise à partie par un commerçant un peu trop entreprenant. Mais l’élégant Will Martin (Steve Forrest) vient à sa rescousse. Il s’avère que les deux hommes sont complices et que leur petit manège est destiné à ce que Lydia ait entière confiance en Will afin qu’elle puisse le faire plus aisément entrer en contact avec les notables de la ville. Ce sont les prémices de la mise en place d’une escroquerie à grande échelle ayant pour base la découverte de pétrole aux alentours. Mais une crise financière va mettre à mal leur arnaque...

Mon avis : James Drury est aux abonnés absents de ce 23ème épisode qui repose principalement sur les épaules du duo composé de la guest star Steve Forrest et de Bethel Leslie, une comédienne ayant principalement tourné pour la télévision mais qui au cinéma aura néanmoins été l’épouse de Sean Connery dans le chef-d’œuvre de Martin Ritt, Traître sur commande (The Molly Maguires). Et il faut bien se rendre à l’évidence : non seulement les deux acteurs nous offrent des interprétations remarquables mais le couple qu’ils forment est totalement convaincant, grandement touchant tout du long jusqu’à cette dernière image profondément romantique - de nombreux auteurs de la série se sont dernièrement révélés être de grands sentimentaux. Sur un plan scénaristique, The Money Cage est un épisode basé sur deux escroqueries consécutives du fait que la première ait capoté faute à une panique banquière qui s'est propagée comme une trainée de poudre dans tout le pays. Autant dire qu’il fallait que l’écriture soit rigoureuse afin que cette fiction romantico-financière sans la moindre séquence d’action puisse captiver jusqu’au bout et ne jamais ennuyer. Et c’est effectivement le cas ! Je préviens avant d’aller plus loin qu’il est assez difficile d'écrire sur cet épisode sans en dévoiler quelques surprises ou retournements de situations. A bon entendeur !

Comme souvent, The Money Cage débute assez légèrement avec la découverte d'un sympathique trio d’escrocs dirigé par un homme raffiné, galant et d’une grande élégance, celui interprété par un excellent Steve Forrest - dans la vie le frère de Dana Andrews -, un de ces très bons seconds rôles hollywoodiens. Son nom ne vous dira certainement rien mais vous l'avez probablement déjà croisé à de nombreuses reprises : il s’agissait - pour rester dans le domaine du western - du frère aîné d'Elvis Presley dans Les Rodeurs de la plaine (Flaming Star) de Don Siegel ainsi que l'inoubliable tueur à gages dans le trop mésestimé La Diablesse en collants roses (Heller in Pink Tights) de George Cukor. Très classieux, doté d’un physique fortement avantageux et d’une profonde intelligence, son personnage subira une forte évolution au fur et à mesure de l’avancée de l’intrigue, au point que sa complice et maitresse - jouée par la charmante Joanna Moore - comprendra que leur relation est sur le point de se terminer et qu’elle doit désormais faire place à sa rivale qui sera bien mieux assortie à l’homme qu’il est devenu entre temps, "ayant enfin acquis une conscience et plus du tout méprisant à l'encontre de la nature humaine" comme c'était le cas avant cette dernière arnaque. Difficile d’en dire plus - et c’est déjà beaucoup - de peur de trop en déflorer. Ce qu’il faut juste savoir est que la première escroquerie consistait pour Will - et après s’être fait passer pour un géologue -, à faire croire aux citoyens de Medicine Bow que leur terres recélaient probablement de gros gisements de pétrole afin de les inciter à spéculer sur cette opportunité et à investir leur argent dans l’exploration du sous-sol ; des dollars qui auraient bien évidemment atterri directement dans la poche des magouilleurs avant que ces derniers ne se volatilisent.

Virage inattendu à mi-parcours puisque nos gentils arnaqueurs se rendent compte que l’hameçon reste désespérément vide, une situation encore plus mise à mal par l'apparition d'une crise financière et d'un vent de panique qui se répand à propos de banques qui feraient faillite à l’Est des USA. Et voilà que l’histoire prend un nouveau tournant intéressant, presque documentaire, montrant ce qui découle de cet affolement qui - a priori - n’a pas de raison d’avoir lieu puisqu’en l’occurrence la banque de Medicine Bow est saine, tout comme sa gestion et son directeur. Quoi qu’il en soit et au risque probable de faire faire faillite à l’établissement bancaire, les habitants décident tous ensemble de retirer leur argent au plus vite ; et ce malgré les tentatives du juge Garth de rassurer ses concitoyens, d’autant qu’il serait le premier à être pénalisé par cette banqueroute qui fait grandement penser au futur Krach de Wall Street. Sur quoi Will a une nouvelle idée qui donne son titre à l’épisode - une idée pas plus philanthropique que la première mais qui lui donne l'occasion de rebondir - : remplir une cage grillagée de billets de banque afin de soulager les clients qui pourraient ainsi voir concrètement leurs liquidités et pouvant même les palper : "They don't want logic or a lecture on how sound your bank is. They want to see their money... Fight fire with fire. The panic is psychological, so you use psychology to lick it." Nous n’en dirons guère plus sauf que par cette analyse on appréhende aisément la profonde perspicacité de notre aigrefin et que le dénouement de cette affaire financière sera l’occasion d’une très belle séquence "à la Capra". Quant à la romance qui réunit notre élégant filou à la fille du banquier, elle n’est pas avare de très jolies scènes superbement dialoguées et accompagnées du même très beau et entêtant thème musical que dans le précédent épisode.

Puis nous nous dirigons vers une troisième partie qui nous fait voyager jusqu'à Denver, avec elle aussi son lot de surprises et un final magnifiquement écrit et réalisé se terminant sur un superbe travelling arrière ascendant. Il faut dire que le scénariste Jameson Brower et le réalisateur Alan Crosland Jr. rivalisent de sensibilité, cf. cette longue séquence à la banque de Denver, quasi muette. A signaler aussi un excellent Dayton Lummis dans le rôle du banquier, des relations "jouissivement" très ambiguës voire amorales parmi notre trio de séduisants fraudeurs - puisqu’il semble y avoir eu un ménage à trois - et que l’on est à nouveau témoin de la complicité touchante entre Trampas et Steve qui n’ont néanmoins qu’un rôle très accessoire dans cet épisode pas forcément surprenant mais cependant fort habilement mené et en fin de compte plutôt très réussi, entre intrigue policière, suspense socio-économique et histoire d’amour. Dommage que le happy-end mette un terme à une conclusion qui aurait pu être aussi amère que bouleversante. La morale est néanmoins très belle, et nous en ressortons le sourire aux lèvres avec une envie de partir à la recherche des autres fictions dans lesquelles aurait joué la trop méconnue mais adorable Bethel Leslie.

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  • 1.24- The Golden Door
  • Réalisation : John Brahm
  • Scénario : Maxwell Shane d’après une histoire de Roy Huggins
  • Guest Star : Karl Boehm & Robert Duvall
  • Première diffusion 13/03/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6/10

Le pitch : Alors qu’ils allaient lui rendre visite, Trampas et Betty trouvent un de leurs voisins assassiné. Les soupçons se portent immédiatement sur Karl Rilke (Karl Boehm) et sa jeune épouse, un couple itinérant d’émigrants lituaniens ; en effet ils semblaient non seulement être les seuls à se trouver à proximité de la maison de la victime lorsque le drame s’est produit mais on trouve également dans leur carriole un fusil lui appartenant. Le juge Garth va être contraint de retourner au prétoire puisqu’il décide de défendre cet homme dont il est à peu près certain de l'innocence malgré les dires du fils du défunt (Robert Duvall)...

Mon avis : Avec derrière la caméra le réalisateur John Brahm (The Lodger, Jack l’éventreur, Hangover Square, The Locket) ainsi que Maxwell Shane à l’écriture (le scénariste de 50 Days to Moose Jaw, l’un des plus beaux épisodes de la saison 1) d'après une histoire du très bon Roy Huggins, on pouvait s’attendre à un grand moment d’autant plus lorsque l'on sait que The Golden Door est très apprécié des amateurs de la série et qu’il repose avant tout sur les épaules de l’excellent Lee J. Cobb, Garth reprenant ici le chemin du tribunal pour se faire l'avocat de la défense d'un immigrant letton accusé de meurtre alors même que son épouse est sur le point de lui donner un enfant. Non pas que l'épisode soit mauvais - loin de là - mais un curieux constat semble presque devenir une réalité - tout du moins concernant cette saison initiale -, à savoir que ce sont les réalisateurs les plus célèbres - surtout pour avoir principalement tourné pour le 7ème art - qui se révèlent les moins à l’aise lorsqu'il doivent se plier aux règles et exigences de la petite lucarne. C’est ainsi que Samuel Fuller, William Witney et maintenant John Brahm nous auront livré parmi les épisodes les plus faibles de la série ; pas spécialement au niveau de la mise en scène qui s’avère à peu près égale d’un épisode à l’autre mais plutôt dans la direction d’acteurs, moins sobre que chez les réalisateurs cantonnés au petit écran.

Ici, outre un manque de finesse dans l’écriture, c’est surtout l’interprétation peu nuancée de Karlheinz Böhm qui empêche cette fiction de nous tenir plus puissamment en haleine. Rappelons que le comédien est surtout connu pour avoir tenu le rôle de l’Empereur François-Joseph d’Autriche dans la célébrissime série des Sissi avec Romy Schneider. Dans cet épisode du Virginien, non pas qu’il soit imbuvable mais nous aurions aimé lui voir un registre un peu plus étendu ou varié. Ici, quasiment tout du long, il est un homme taciturne, presque constamment grimaçant ou faisant la moue. Alors certes, il est clair que son protagoniste se retrouve en fâcheuse posture, mais le jeu un peu grossier de Böhm nous empêche néanmoins d’éprouver de l’empathie à son encontre. Ce qui au départ pouvait passer pour du culot - un pauvre innocent peu aimable - devient assez vite répétitif et pénible. Il en va de même pour Ilse Taurins, aussi jolie femme que comédienne peu aguerrie. Le reste du casting est plutôt très bon avec notamment un tout jeune et inquiétant Robert Duvall mais surtout un magistral Lee J. Cobb qui nous livre ici une formidable prestation au point de voler la vedette à son entourage. Garth a été "désigné volontaire" pour reprendre du service au prétoire mais cette fois-ci plus du tout dans le fauteuil du juge mais en tant qu'avocat de la défense (c'est d'ailleurs le seul spoiler qui vous sera dévoilé au cours de ce texte). Sa véhémence, son talent d’orateur, son intelligence et son bon sens feront que nos yeux seront principalement tournés vers son personnage qui avec sa voix puissante défend avec force conviction son client dont il est déterminé à sauver la tête.

Il faut dire qu’il trouve face à lui un redoutable adversaire en la personne du procureur que joue le jeune Paul Carr, avec qui il aura l’occasion de se lancer dans de dantesques joutes oratoires. Cet acteur peu connu - et qui ressemble étonnement à Gary Clarke, le comédien qui tient le rôle de Steve - était déja très bon en jeune fou de la gâchette qui perdra tous ses moyens au moment de devoir réellement se défendre dans Posse from Hell (Les Cavaliers de l’enfer) de Herbert Coleman, un des bons westerns de série B avec Audie Murphy. L’intrigue se déroulant durant une bonne moitié de sa durée dans le tribunal, il ne faut pas s’attendre à beaucoup d’action mais plutôt à plusieurs pistes de réflexions autour du fonctionnement d'une démocratie, des particularités de la justice américaine, de l’American Dream, de la difficulté pour les migrants à se faire accepter et intégrer au sein de la société - tiens donc - ou encore plus globalement autour de ce que l'on appelle communément le "Law and Order". C’est ainsi que l’on apprend - ou que l’on nous remémore - qu’à l’orée du 20ème aux USA - et même encore maintenant pour certaines de ces "règles" - un accusé ne pouvait pas être jugé deux fois de suite pour le même crime, que n’importe quel citoyen pouvait prendre les armes pour arrêter un quidam s’il le soupçonnait de félonie, que le travail d’un avocat était avant tout d’établir un reasonable doubt et d’en convaincre le jury, que les habitants de l’Ouest américain étaient encore - ou déjà - très méfiants vis-à-vis des étrangers...

Si l’aspect Trial Fiction s’avère dans l’ensemble un poil décevant - l’épisode se situant plusieurs crans en dessous du magnifique The Judgment -, il nous aura cependant permis d’assister à un grand numéro de Lee J. Cobb et à deux ou trois séquences délicieuses nous remémorant la complicité qui existait entre les hommes du ranch Shiloh, y compris entre patrons et employés, ici entre Garth et Trampas lors du procès ainsi qu'entre Garth et le Virginien lors d’une touchante scène nocturne au cours de laquelle le juge en pleine déprime, ne sachant pas comment mener sa plaidoirie du lendemain, demande à son régisseur - une occasion d'appréhender la qualité des dialogues - : "Have you ever felt completely empty ? Unless some little seed drops from out of heaven tonight, I haven't the slightest idea what I'm going to do in that courtroom tomorrow." C’est enfin un épisode intéressant qui nous questionne sur la responsabilité de chacun dans le bon fonctionnement de la démocratie américaine : "That's one of the obligations in a democracy. To make it work everyone must take responsibility." Mineur mais pas inintéressant avec pour conclure un final assez touchant et plutôt progressiste !

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  • 1.25- A Distant Fury
  • Réalisation : John English
  • Scénario : Howard Browne d’après une histoire de Roy Huggins
  • Guest Star : Ida Lupino & Howard Duff
  • Première diffusion 20/03/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VF & VOSTF
  • Note : 5.5/10

Le pitch : Ed Frazier (Howard Duff) vient d'être libéré de prison pour bonne conduite après avoir purgé une peine de trois ans ; il avait volé une somme de 30 000 dollars qui n'ont d'ailleurs jamais été retrouvés. Steve, qui avait témoigné contre lui lors de son procès, se sent en danger, pensant qu'Ed est revenu à Medicine Bow dans le but de se venger ; il semblerait pourtant d'après ses dires que ce ne soit pas le cas. Le soir, Ed rejoint en cachette la femme qu'il aime (Ida Lupino) dont la fille est courtisée par Steve. Un drame va avoir lieu qui va mettre le cow-boy du ranch Shiloh dans une situation embarrassante...

Mon avis : Roy Huggins étant devenu le producteur exécutif de la série après le départ de Charles Marquis Warren, il profite en ce dernier tiers de saison pour caser nombre de ses histoires, des intrigues pour la plupart plus proches du film policier que du western ; il les signe sous le pseudonyme de John Francis O'Mara. Rappelons que sa seule et unique réalisation pour le cinéma fut Le Relais de l’or maudit qui nous faisait regretter qu'il n’ait pas persévéré dans ce métier. Il fut néanmoins remarqué dans le fameux 50 ans de cinéma américain de Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, ces derniers écrivant à la rubrique scénariste : "Roy Huggins mérite d’être cité pour la nostalgie qu’il a gardée pour le film noir. Du thriller il a conservé l’ambiance trouble, les péripéties nombreuses, les points de départs étranges ou originaux, l’ambiguïté morale." Profitons-en pour lui rendre un rapide hommage à notre tour : professeur à l’Université de Californie en 1939 puis ingénieur dans l’industrie pendant la guerre, Roy Huggins se tourna ensuite vers la littérature et écrivit trois romans policiers, des nouvelles puis des scénarios tirés d’abord de ses propres ouvrages. Il devient ensuite l’un des scénaristes les plus féconds de la Columbia, citons Gun Fury (Bataille sans merci) de Raoul Walsh, Three Hours to Kill dAlfred Werker mais surtout l’un des plus beaux films noirs romantiques des années 50, Pushover (Du plomb pour l’inspecteur 1954) de Richard Quine. En 1952, il met donc en scène pour une société indépendante un scénario dont il est entièrement l’auteur, l'excellent Hangman’s Knot, l'un des meilleurs westerns avec Randolph Scott. Il souhaite désormais avoir le contrôle total de ses films à une époque où cette pratique est vue de travers par les gros pontes des studios ; à force de persévérance, il réussit à obtenir ce qu'il voulait, pas en tant que cinéaste mais en devenant scénariste et producteur de séries télévisées fort célèbres. Depuis 1961, il ne se consacre plus qu’à la petite lucarne et nous avons de nombreux aperçus de son travail grâce au Virginien.

Howard Browne, qui a déjà adapté plusieurs de ses histoires dont la superbe If You Have Tears avec Robert Vaughn, Dana Wynter et Nancy Sinatra, revient pour écrire cet épisode qui s'avère malheureusement assez moyen car au final assez peu captivant. Sa première partie est pourtant intéressante, abordant la paranoïa qui atteint Steve alors qu'il croit dur comme fer qu'un homme qui a été en prison faute en partie à son témoignage revient en ville pour se venger de lui. Ce qui peut se comprendre d'autant plus qu'il se sent suivi et qu'ils se retrouvent souvent sur les mêmes lieux ; mais comme lui rétorque l'ex-prisonnier, la ville n'étant pas très grande, il est logique qu'ils se croisent régulièrement. Comme par hasard, Steve courtise la fille d'une veuve qui semble avoir eu une romance avec Ed, son "harceleur". Bref, une situation assez tendue qui se termine à mi-parcours par un drame - un meurtre - dont le spectateur est témoin, coupant alors court à tout suspense concernant l'enquête qui va s'ensuivre. Mais comme nous avons pu le constater à de nombreuses reprises, cette forme d'écriture est régulièrement employée dans la série, les auteurs souhaitant se concentrer avant tout sur la psychologie des personnages en donnant de l'avance aux spectateurs qui connaissent d'emblée la clé de l'affaire et qui ne se focalisent alors plus que sur le questionnement de savoir comment les protagonistes vont pouvoir se tirer de cette difficile situation. Le mystère étant éventé assez vite, nous assistons alors à une investigation menée par Steve qui, même s'il a été relaxé par la justice, est toujours cru coupable par la population d'un crime dont il va s'évertuer à prouver qu'il en est innocent.

Faute à une absence de tension et d'une quelconque thématique passionnante, à deux romances auxquelles on a un peu de mal à croire par défaillance d'alchimie à l'écran au sein des couples formés, à un certain manque de rigueur dans l'écriture du scénario - dont une machination dont je ne peux pas vous dire grand-chose au risque de vous dévoiler des éléments très important de l'intrigue - ainsi qu'à une interprétation assez moyenne de la jeune Joey Heatherton, cet épisode n'est guère captivant même si les guest stars - mari et femme à la ville - s'en sortent plutôt bien. Il s'agit du méconnu Howard Duff - très bon en Sam Bass dans La Fille des prairies de George Sherman aux côtés de Yvonne de Carlo - ainsi que d'Ida Lupino que l'on ne présente plus et qui fut surtout célèbre pour avoir été l'une des premières femmes réalisatrices à Hollywood durant les années 50. Elle interprète ici une femme d'âge mûr qui veut par tous les moyens donner à sa fille la chance d'avoir un avenir radieux ainsi que la richesse qu'elle regrette de n'avoir jamais réussi à obtenir pour elle-même. Dans le rôle du shérif de Medicine Bow, Ross Elliott acquiert encore un peu plus de prestance, son temps de présence étant ici assez conséquent ; son personnage fait montre d'une grande assurance et surtout d'une autorité et d'une force de caractère qu'on ne lui connaissait pas. A plusieurs reprises nous sommes témoins qu'il sait se faire respecter, y compris par Steve qui sort la tête basse de ses confrontations avec l'homme de loi. Ce dernier sait le remettre à sa place sans se démonter, mais Steve ne lui en tiendra pas rigueur puisque l'épisode se terminera sur leur réconciliation autour d'un verre.

Il n'y a as grand-chose à dire de la mise en scène du réalisateur britannique John English qui fut le principal collaborateur de William Witney à la Republic alors qu'ils tournaient tous deux les célèbres serials que furent Zorro's Fighting Legion et Dreams of Fu Manchu, et qui en solo réalisa d'innombrables westerns de série avec Roy Rogers ou Gene Autry. Sa médiocre utilisation des décors en studio gâche la séquence de suspense mettant en scène Ida Lupino et qui semblait devoir être le climax de l'épisode. Parmi les petites surprises, on notera que nos héros n'ont pas spécialement le beau rôle, que ce soit un Steve très soupe au lait ou bien Trampas qui se fait reprendre par le Virginien faute à ses blagues parfois un peu douteuses en certaines circonstances. On signalera également la présence une deuxième fois consécutive de Paul Carr dans le rôle du procureur, à nouveau confronté au juge Garth. A Distant Fury n'est pas mauvais ni désagréable à suivre mais ne se montre guère passionnant surtout après que l'excellent Howard Duff a dû quitter l'épisode.

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  • 1.26- Echo of Antoher day
  • Réalisation : William Graham
  • Scénario : Frank Fenton
  • Guest Star : Bradford Dillman & John Dehner
  • Première diffusion 27/03/1963 aux USA - 02/09/1983 en France
  • DVD : VF & VOSTF
  • Note : 7.5/10

Le pitchSam (Bradford Dillman) revient à Medicine Bow après avoir purgé une peine de cinq ans de prison pour le vol de 50 000 dollars dont il a toujours refusé de dévoiler la cachette. Il revoit son vieil ami Trampas qui à l'époque avait failli faire parti du coup. Lui devant la vie, Trampas le fait embaucher par le Virginien. Si Sam reste sur les lieux, c'est parce qu'il sait pertinemment que son complice (John Dehner) finira par le retrouver pour récupérer le butin. Sam l'attend donc pour mettre un terme définitif à cette histoire et pouvoir enfin recommencer une nouvelle et honnête vie. Ce ne sera cependant pas sans dangers...

Mon avis : Ce magnifique épisode que constitue Echo of Another Day a été signé par un prolifique réalisateur de télévision qui pour le cinéma aura réalisé en 1967 une comédie westernienne produite par Blake Edwards, injustement mésestimée à mon humble avis, le très amusant L'Or des pistoleros (Waterhole #3) avec en tête d'affiche un inénarrable James Coburn. Ce 26ème épisode a été écrit par l'excellent Frank Fenton, déjà auteur du mémorable If You are Tears issu de cette même première saison, mais surtout célèbre comme nous l'écrivions précédemment pour avoir laissé son nom aux génériques de westerns prestigieux aux castings de rêve tels Vaquero de John Farrow (Robert Taylor / Ava Gardner / Anthony Quinn), Rivière sans retour d’Otto Preminger (Robert Mitchum / Marilyn Monroe / Rory Calhoun), Le Jardin du diable de Henry Hathaway (Gary Cooper / Susan Hayward / Richard Widmark) ou encore le sublime Fort Bravo de John Sturges (William Holden / Eleanor Parker / John Forsythe). Après plusieurs incursions dans les histoires policières, la série revient ici au western pur et dur à travers cet épisode rigoureux, tendu et presque dénué de fantaisie - hormis les habituelles séquences de "drague" de Trampas - qui a pour principale qualité une direction d'acteurs irréprochable, Doug McClure comme James Drury s'avérant être à leurs sommets, pourtant supplantés par le duo de guest stars, Bradford Dillman et John Dehner.

Bradford Dillman - prix d'interprétation mérité à Cannes pour son rôle d'étudiant meurtrier dans le très bon Le Génie du mal (Compulsion) de Richard Fleischer, excellent également dans la peau d'un lieutenant va-t-en-guerre et orgueilleux dans The Plainsman (Les Fusils du Far West) de David Lowell Rich - interprète ici un homme qui autrefois travaillait dans le même ranch que Trampas mais qui, ayant accepté d'entrer dans un gang de voleurs de train, écopa de cinq ans de prison suite à un braquage. A sa sortie, il décide d'entamer une vie honnête. Mais pour ce faire, il lui faut se racheter, ce qui ne va pas s’avérer si simple puisqu'il sait pertinemment que Bleeck, le complice qui a échappé à l'arrestation, va chercher à le retrouver puisque lui seul connait l'emplacement du butin. Plutôt que d'éternellement le fuir, il décide donc de l'attendre sur place et de le conduire jusqu'à la cachette où il est certain que Bleeck le provoquera en duel afin de ne pas partager l'argent. Alors seulement il sera obligé de le tuer pour pouvoir restituer les dollars au gouvernement et repartir pour une nouvelle vie en allant retrouver une épouse qui l'attend au Texas. En attendant, il doit trouver du travail sur place. Trampas, qui lui doit la vie, va le présenter à son régisseur qui accepte de l'embaucher. A ce propos, on constate une fois encore le progressisme des auteurs qui abordent le sujet de la réinsertion des voyous dans la société, le Virginien acceptant de faire confiance à l'homme qu'il est devenu, ne voulant pas se soucier de son passé.

Une splendide séquence réunira les deux hommes alors qu'ils nettoient un poulain nouveau-né en pleine nuit. Là, le Virginien lui explique qu'il lui faut faire attention de ne pas replonger et que si jamais il est tenté de le faire, qu'il fasse bien en sorte de ne pas entrainer Trampas avec lui sur la mauvaise pente auquel cas il serait obligé d'agir sévèrement, son amitié pour son principal cow-boy passant par-dessus tout. Les magnifiques dialogues donnent ceci : "We all think we've changed, we think we've become something better and different. We think we've grown up. Then something happens like a prairie catches fire or a herd bolts and stampedes or a star falls. And we find out we're back again to something we thought we'd forgotten..." Puis, alors que malgré ses conseils Trampas a quand même décidé de venir en aide à l'ex-voleur qui allait se retrouver dans une situation trop délicate sans lui - belle leçon de camaraderie ici aussi -, le Virginien prononce une phrase au shérif qui confirme cette indéfectible et puissante affection pour son homme de main : "Whether he's right or wrong, I'm going to be here for him." Mais, pour ne pas que Trampas courre un risque, le Virginien serait capable de tout y compris de sacrifier la vie d'autres personnes ; ce qui renforce son caractère très déterminé voire même très dur. Voilà qui est culotté de la part des scénaristes de rendre leur héros aussi acariâtre, endurci et renfrogné, capable même de remettre en cause l'autorité du shérif en se montrant encore plus directif que lui. C'est à vrai dire assez fascinant pour les fans de cette série, qui se révèle à nouveau bien plus adulte que familiale comme on a un peu trop hâtivement eu tendance à la qualifier.

Quant à John Dehner, il nous gratifie ici dans le rôle de Bleeck de la performance de bad guy jusqu'à présent la plus inoubliable de la série même s'il y en eut précédemment d'autres de mémorables, et notamment Clu Gulager dans The Judgement. Son personnage est d'autant plus puissant et inquiétant que son extrême méchanceté, son incroyable sarcasme et son implacable rouerie découlent d'une enfance malheureuse qu'il raconte sans complexes. La cerise sur le gâteau pour cet épisode à la mise en scène rigoureuse et efficace lorsqu'il s'agit d'emballer des séquences d'action, à l'interprétation de haut niveau et au scénario linéaire, resserré et tendu au cours duquel même le flash-back du début est remarquablement bien intégré. Echo of Another Day manque peut-être d'un peu d'humour, de fantaisie, ainsi que d'une présence féminine mais il n'en est pas moins assez admirable et d'une humanité qui fait plaisir à voir, autant au travers la description de plusieurs touchantes amitiés que des thématiques de la possible réinsertion des délinquants ainsi que de la confiance en la seconde chance. A signaler dans la peau du détective une autre guest star en la personne d'Edward Asner. Quant à la conclusion, elle ne déçoit pas, dévoilant une belle dignité de la part du personnage interprété par Bradford Dillman. Du tout bon !

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  • 1.27- Strangers at Sundown
  • Réalisation : David Friedkin
  • Scénario : Morton S. Fine, Roy Huggins & David Friedkin
  • Guest Star : Harry Morgan, Jocelyn Brando, Arthur Hunnicutt, Skip Homeier
  • Première diffusion 03/04/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitchDe retour d'un voyage dans le Montana, le Juge Garth et sa fille Betsy rentrent à Medicine Bow en diligence. Celle-ci est attaquée par Pauk et sa bande, le conducteur tué. Les huit voyageurs ont le temps de se terrer à l'intérieur du relais de Sundown dirigé par le vieux Tom (Arthur Hunnicutt). Les bandits lancent un ultimatum aux réfugiés : leur livrer un certain George qui semble les avoir trahis et dont ils veulent la peau, auquel cas contraire ils n’hésiteront pas à faire un massacre pour le récupérer. Qui parmi les voyageurs se cache sous une fausse identité ? Doit-on livrer un homme à la mort pour sauver sa propre vie ?

Mon avisA propos de The Man Who Wouldn't Die avec Vera Miles en guest star, j'écrivais que le réalisateur et scénariste du premier opus de la série revenait pour signer ce 19ème épisode, mélange de mystère policier et de romance, et qu'avant cela, David Friedkin s’occupa également d’écrire le scénario de deux autres épisodes, le principal point commun à ces quatre titres étant l’intégration d’une histoire d’amour d’importance au sein de chacune de leurs intrigues. Ici, on ne peut pas vraiment dire que la romance entre Skip Homeier et Evans Evans - Mme John Frankenheimer à la ville - soit absolument primordiale au sein de l'histoire, mais elle a néanmoins son rôle à jouer, n'est pas dénuée d'intérêt et s'avère à nouveau assez touchante puisque le couple est constitué par une ancienne prostituée et un jeune homme qui connait son passé mais ne veut pas s'en soucier. Autre élément "fleur bleue" de cet épisode, un début qui voit la jeune Betsy s'émerveiller de la vie, s'extasier sur tout ce qui l'entoure en se rapprochant du ranch Shiloh... Cependant, contrairement à ce que nous aurions pu penser au vu de cette description, aucune mièvrerie ne s'en dégage mais plutôt une jolie sensibilité, d'autant que l'actrice Roberta Shore tout comme son personnage ont entre temps acquis une belle maturité. La première séquence qui vient casser ce tendre lyrisme est la tuerie d'une jeune biche par un des passagers de la diligence qui les ramène au Wyoming. Le spectateur est aussi choqué que la jeune fille et voit d'un assez mauvais œil ce vieil homme.

C'est l'une des qualités premières de cet épisode que de faire évoluer le regard que nous portons sur chacun des protagonistes, tous bien plus complexes et riches que ce qu'ils nous paraissaient être de prime abord. Cet homme marqué physiquement par la fatigue, on commence donc par le mépriser pour avoir abattu gratuitement un si doux animal. Mais nous nous mettrons à le comprendre une fois qu'il aura expliqué son geste plus loin dans le courant de l'intrigue : avec son épouse - excellente Jocelyn Brando -, il a travaillé durement pendant 25 ans pour essayer de faire pousser des cultures systématiquement détruites par ces biches et chevreuils. On repense alors au magnifique The Yearling (Jody et le faon) de Clarence Brown, le personnage joué par Malcolm Atterbury pouvant être celui de Gregory Peck avec quelques années de plus. S'ils sont du voyage, c'est qu'ils ont pu bénéficier d'un héritage qui va leur permettre de pouvoir enfin vivre dignement dans une région plus clémente. Rappelons qu'ils font partie d'un groupe de huit "touristes" qui se retrouveront subitement prisonniers dans un relais, cernés par une bande de brigands tenant à récupérer l'un des leurs qui se trouve incognito parmi les voyageurs. Le blocus et le siège d'un relais de diligence est un des petits classiques récurrents du western. Parmi les plus connus citons surtout L'Attaque de la malle-poste (Rawhide) de Henry Hathaway, mais la situation de cet épisode ressemble bien plus à celle du superbe Hangman's Knot (Le Relais de l'or maudit), seul long métrage réalisé par Roy Huggins ; Roy Huggins qui, rappelons-le, est en cette année 1963 le producteur exécutif de la série et l'un des scénaristes de Strangers at Sundown.

Il s'agit en sorte d'une variation sur ce grand film de série B avec cependant un changement d'importance : ce que cherchent à récupérer les bandits n'est donc pas un quelconque trésor mais l'un des leurs qui les a récemment trahis en livrant la bande à la police avec trois morts à la clé . Et cet homme se trouve "caché" parmi les passagers réfugiés au sein d'un relais de diligence qui servait autrefois de prison, une situation assez cocasse puisque le dirigeant du poste n'est autre que le dernier homme qui était prisonnier en ces lieux, autrement dit le personnage interprété par Arthur Hunnicutt, un homme pragmatique et surtout un lâche qui s'assume. Avant d'arriver en cet endroit confiné, se déroule une poursuite entre la diligence - dont le conducteur est rapidement tué - et la dizaine de bandits. Cette scène bien rythmée est un peu gâchée par de nombreux plans en studio et bien trop d'invraisemblances : les passagers tirent devant alors que les poursuivants se trouvent derrière eux, la diligence rejoint le relais cinq minutes avant l'arrivée des bandits alors que ceux-ci les talonnaient. Mais peu importe, le huis clos peut alors débuter et l'épisode trouver tout son intérêt, sa richesse et son ampleur à travers la description de ce petit groupe et le dilemme moral qui se pose à lui, à savoir s'ils doivent livrer ou non aux malfrats l'homme que ces derniers souhaitent récupérer pour le tuer, s'ils ont le droit de l'envoyer à une mort certaine sans se poser de problèmes de conscience. Le premier mystère aura consisté à deviner qui du groupe de voyageurs était cet homme recherché, ce qui n'est pas forcément évident ; mais le dénouement de cet intrigant suspense aura lieu avant même la fin du premier tiers. La suite sera principalement basée sur le choix de ces deux alternatives, la moitié voulant sauver leur vie en se débarrassant de la brebis galeuse, les autres estimant que ce serait un meurtre ; et parmi ces derniers, on compte bien évidemment le juge Garth qui va essayer de convaincre les autres et notamment sa fille. Je ne vous dirai rien de ce qui sera finalement décidé et sur ce qu'il s'ensuivra, mais les discussions et les questions morales que celles-ci provoquent se révèlent assez passionnantes, les idées progressistes finissant une fois encore par l'emporter.

Parmi les passagers, outre Garth et sa fille ainsi que le couple de vieux pionniers, on trouve un homme qui n'a plus que six mois à vivre (Richard Anderson, futur "patron" de L'Homme qui valait trois milliards et de Super Jaimie), un vendeur ambulant de machines à coudre (Harry Morgan qui demeurera assez ambigu jusqu'au bout, entre noblesse d'âme et pervers débauché) et enfin le couple composé de la prostituée et du jeune homme interprété par l'un des plus grands de la série B westernienne, Skip Homeier. Mais celui qui marque le plus les esprits est très certainement Paul Richards dans le rôle du chef des bandits ; il fallait le faire pour savoir se rendre attachant alors même que son personnage est prêt à massacrer tout le monde pour arriver à ses fins. e comédien avait déjà été remarqué dans le genre dans La Furieuse chevauchée (Tall Man Riding) de Lesley Selander avec Randolph Scott, où il incarnait un tueur à gages inquiétant et efféminé. D'excellents comédiens, un scénario fort bien écrit avec la mise en avant de thématiques comme le courage, la lâcheté, la loyauté, la justice, la rédemption, des cascadeurs chevronnés dans de bonnes scènes d'action - dont la longue fusillade finale -, une utilisation ingénieuse des décors naturels dont ces concrétions rocheuses faisant face et surplombant le relais de diligence en pierre, quelques captivants dilemmes moraux chers aux auteurs David Friedkin et Morton S. Fine... Très plaisant à défaut de faire partie des meilleurs épisodes.

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  • 1.28- The Mountain of the Sun
  • Réalisation : Bernard McEveety
  • Scénario : Harry Kleiner d'après une histoire de Lou Morheim
  • Guest Star : Dolores Hart, Jeanette Nolan, Joe De Santis
  • Première diffusion 17/04/1963 aux USA - Jamais diffusé en France
  • DVD : VOSTF
  • Note : 6.5/10

Le pitch : Au cours d’un voyage d’affaires en train jusqu’à la frontière mexicaine, le Virginien fait la connaissance de trois missionnaires dont la jolie Kathy (Dolores Hart). Elles doivent rejoindre le lieu nommé "The Mountain of the Sun" et cherchent un guide pour les conduire dans cet endroit extrêmement dangereux où se terrent les farouches Indiens Yaquis. Malgré les conseils du Virginien de rebrousser chemin, elles n’en font qu’à leur tête et embauchent un sale type qui venait juste d’avoir affaire au régisseur de Shiloh. Au lieu de rentrer, le Virginien va se sentir obligé de les rattraper pour les conduire lui-même...

Mon avis : Troisième épisode écrit par Harry Kleiner - grand scénariste du film noir (Fallen Angel d'Otto Preminger, The Street With No Name de William Keighley ou encore Maison de bambou de Samuel Fuller et Bullitt de Peter Yates), auteur également de réussites du western comme Le Souffle de la violence de Rudolph Maté - et troisième semi-déception : même s’il s’avère éminemment plaisant, l’épisode ne s’aventure jamais vraiment très loin que ce soit concernant la romance entre le Virginien et la jeune missionnaire ou la partie aventureuse pourtant assez originale dans son postulat de départ. Mais cette fois, la faute ne peut être totalement imputée à l'auteur, la relative faiblesse de l’ensemble pesant aussi et surtout sur les épaules du réalisateur Bernard McEveety. Celui-ci fera néanmoins beaucoup moins bien dans le cinéma avec par exemple le minable Marqué au fer rouge (Ride Beyond Vengeance) avec Chuck Connors, sa deuxième contribution au septième art, un western tout à fait pitoyable qui fut assez mal reçu à l’époque notamment pour son extrême brutalité. Chose assez cocasse, un autre McEveety se trouvait exactement dans la même situation à la même époque, signant des épisodes des mêmes séries et réalisant lui aussi un western pour son deuxième long métrage ; rien de moins que son frère, Vincent. Sauf que Firecreek (Cinq hors-la-loi) aura été un western d’un tout autre calibre - l'un des meilleurs des années 60 - et que ce cinéaste n’a malheureusement pas signé d’épisodes de la série qui nous concerne ici.

Mais revenons-en à ce curieux The Mountain of the Sun, sorte de lointaine variation sur Convoi de femmes (Westward the Women) de William Wellman puisque l’épisode narre le périple de trois missionnaires conduites par le Virginien dans des régions désertiques et dangereuses du sud ouest des États-Unis, croisant au cours de leur téméraire expédition bandits abjects et Indiens faméliques. Trois femmes fortes qui se sont destinées à Dieu et dont la mission est de rejoindre un endroit où se trouvent les impitoyables Indiens Yaquis qu’elles espèrent aider par leur présence et leurs soins médicaux. Il s’agit d’une tribu très agressive par le fait d’avoir toujours été spoliée par les Mexicains depuis l’arrivée des conquistadors espagnols sur leurs terres, perpétuellement attaquée depuis par l’armée mexicaine, les deux ennemis rivalisant de cruauté et de massacres. Les missionnaires espèrent faire cesser ce bain de sang en faisant entendre raison aux deux camps adverses. Obstinées mais extrêmement imprudentes, elles n’écouteront absolument personne lorsqu’on leur dira qu’elles se dirigent tout droit dans la gueule du loup avec leur mort à la clé, une mort pas nécessairement paisible puisque les religieux précédents ayant tenté de raisonner les Yaquis ont été tués après qu’on leur a coupé la langue et le talon d’Achille. On apprendra plus tard qu’il s’agissait des maris de ces trois femmes, ces dernières voulant alors absolument poursuivre la mission qui a fait perdre la vie à leurs bien-aimés. Belles preuves d’amour et belle ténacité de la part de ces missionnaires qui - heureusement pour nous - ne mettent pas sans cesse Dieu en avant mais surtout l’injustice due aux mauvais traitements infligés aux Indiens.

Rien ne les arrêtera ! Pas plus l’erreur d’avoir choisi un guide qui les a volées et abandonnées à la première occasion que les conseils répétés de tous ceux qu’elles croisent, y compris ceux de leur nouvel accompagnateur qui n’est autre que le contremaitre de Shiloh, James Drury pouvant ainsi retrouver le devant de la scène après s’être fait un peu discret dans les épisodes qui ont précédé. The Mountain of the Sun s’aventure ainsi hors des sentiers battus, jusque vers les dangereuses villes frontières qui fourmillent de hors-la-loi puis vers les hasardeuses terres indiennes. Malheureusement les décors sont assez mal utilisés, la succession de plans en studio et plans en extérieurs n’étant absolument pas harmonieuse : on passe d’un plan à l’autre, d’un lieu boisé à un endroit désertique, de la nuit profonde au jour glorieux. Ces invraisemblances n’aident pas à nous immerger dans cet épisode pourtant assez mouvementé et qui aurait gagné à avoir bénéficié d’un budget plus conséquent et si - une fois n’est pas coutume - l’accompagnement musical n’avait pas été aussi envahissant voire assourdissant : des défauts qui avaient été assez rares jusqu’ici ou tout du moins pas aussi rédhibitoires. Heureusement l’ensemble reste plus qu’honorable grâce à d’excellents comédiens, à un message pro-Indien d’une belle dignité et à une histoire d’amour assez touchante - d’autant que vouée à l’échec - entre James Drury et la charmante Dolores Hart, que l’on nommera plus tard la "femme qui préféré Dieu à Elvis" puisque après avoir tourné à deux reprises avec le King - dont dans King Creole de Michael Curtiz -, elle se fera nonne juste après le tournage de cet épisode du Virginien.

Parmi les autres guest ztars, on trouve une actrice fordienne en la personne de Jeanette Nolan (L'Homme qui tua Liberty Valance) ainsi que Rodolfo Acosta, grand habitué des rôles d’Indiens. Avant d’entreprendre ce périple au sein du territoire Yaqui, le Virginien se sera confronté à un homme qu’il a réussi à dénicher dans cette ville frontière et qui avait autrefois dépouillé le juge Garth ainsi que Trampas ; les séquences qui vont les rassembler possèdent une grande vigueur et s’avèrent assez violentes. On trouve aussi des scènes très réussies au fort mexicain, avec des notations historiques très intéressantes sur les Yaquis et leur interminable conflit avec les Blancs. Dommage que d’autres séquences le soient moins comme la partie un peu mièvre avec l’accueil d’une famille mexicaine dont la fille a perdu la raison, ou encore la rencontre dans la grotte avec les bandits mexicains, pénalisée elle aussi par des décors factices et une description bien trop clichée des Mexicains. Mais ne boudons pas notre plaisir, l’épisode est assez riche en réflexions - la religion, le courage, le sacrifice, le pacifisme, la condition indienne... - et le couple James Drury / Dolores Hart est assez attachant pour que l’ensemble se regarde avec grand plaisir, d’autant que notre personnage principal nous dévoile d’autres facettes et nuances de son caractère, sacrifiant son travail pour protéger trois femmes imprudentes.

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  • 1.29- Run Away Home
  • Réalisation : Richard L. Bare
  • Scénario : Jameson Brewer & Howard Browne d'après une histoire de Gene Roddenberry
  • Guest Star : Karl Swenson & Jeannine Riley
  • Première diffusion 24/04/1963 aux USA - Diffusé en France sans date connue
  • DVD : VF et VOSTF
  • Note : 7/10

Le pitch : Le Virginien vient de vendre pour 40.000 $ de bétail. La banque étant en faillite, il n’y a plus de liquidités ; heureusement, le fondé de pouvoir de Garth avait prévu cette banqueroute et avait retiré la somme. Ce qui ne plait pas à Karl (Karl Swenson) qui estime qu’en tant que petit fermier dépouillé de ses économies, il a plus le droit que le juge de récupérer son argent. Il ne va alors avoir de cesse de poursuivre le Virginien pour "prélever" le montant dont il a besoin. Le voyage de retour ne sera pas de tout repos pour le régisseur, d’autant qu’il rencontre à bord du train une femme fantasque (Jeannine Riley)...

Mon avis : Arrivé quasiment en fin d’une première saison qui m’aura apporté mon comptant de plaisirs et de bonheur, une réflexion me vient pourtant : paradoxalement, afin de pouvoir encore mieux apprécier chaque épisode, il faudrait arriver à les visionner en oubliant que l'on se trouve devant une série et plutôt comme s’il s’agissait de fictions indépendantes les unes des autres. En effet, au fur et à mesure où l’on avance et à cause des budgets assez limités comparativement à ceux alloués par les mêmes studios à leurs productions cinématographiques, on se rend de plus en plus compte que quels que soient les lieux où se déroulent les différentes intrigues - car nos héros quittent parfois Shiloh, Medicine Bow et même le Wyoming comme c’est le cas dans ce délicieux Run Away Home dans lequel on se déplace beaucoup -, on remarque que les gares, les rues, les bâtiments, les chemins de campagne ou les paysages sont les mêmes. Ce qui fait que pour le spectateur assidu, l’ensemble perd parfois un peu en rigueur et en crédibilité puisqu'il reconnait les mêmes endroits, qu’ils se situent au Texas ou en Californie, et notamment ce tronçon de route descendant en virage à mi-chemin du ranch et de la ville. Cela étant dit, si l’on parvient à regarder chaque épisode comme s’il ne faisait pas partie d’un ensemble, ce ne devrait plus poser aucun problème.

Cette réflexion étant close, cet avant-dernier épisode de la première saison est à nouveau une bonne surprise, l’un des plus légers depuis le début de la série, cependant un tout petit peu moins satisfaisant que, dans le même ton, The Big Deal avec Ricardo Montalban ou encore Big Day, Great Day avec Aldo Ray. Faute avant tout au réalisateur Richard L. Bare qui n’accomplit pas vraiment de miracles mais qui en revanche a eu la chance d'être très bien secondé comme c’était déjà le cas dans le précédent épisode qu’il signa, le superbe If You Have Tears avec Dana Wynters. Comme dans ce dernier, James Drury entame ici une romance avec une charmante jeune femme. Mais alors que If You Have Tears s’avérait très dramatique, il n’en va pas de même de ce Run Away Home qui flirte parfois avec la screwball comedy grâce surtout aux relations qui unissent notre héros à une jolie fille très fantasque mais surtout affabulatrice, malicieuse et menteuse congénitale, qui ferait presque croire au Père Noël même aux moins crédules de ses rencontres. Ici, alors qu’elle est née dans une famille de fermiers, elle s’invente un père Lord britannique et fait croire au vieux couple qui les accueille qu’elle est l’épouse du Virginien. Des galéjades qui aboutissent à maints quiproquos, à des sous-entendus assez croustillants et à des situations tout aussi cocasses que touchantes, dont notamment cette séquence presque digne des meilleures comédies américaines où nos deux "tourtereaux" sont forcés de passer la nuit dans une grange. Juste dommage pour cette scène que Richard L, Bare se sente obligé d'utiliser de très gros plans sur les visages qui ne mettent pas spécialement en valeur nos comédiens, faute également aux maquilleurs et aux éclairagistes moyennement inspirés.

Car sinon, il faut dire que le couple formé par James Drury et Jeannine Riley fonctionne à la perfection et que l’histoire écrite par le créateur de Star Trek - Gene Roddenberry - est non seulement délicieuse mais également remplie de réjouissants retournements de situations et d'un petit côté enquête pas désagréable ; outre les multiples quiproquos amenés par les mensonges d’Amelia, le Virginien doit également résoudre le mystère des billets volés. Je ne pourrai malheureusement pas vous en dire plus de peur de déflorer d’importants éléments d’une intrigue riche en surprises. Sachez seulement que l'épisode débute par un premier quart d'heure très solennel, rigoureux et ne déviant pas de son sujet puis, s'éloignant un peu du canevas initial, prend des sentiers de traverses humoristiques - mais jamais lourdingues - à partir du moment où le Virginien tombe sur Amelia dans le wagon d'un train de marchandises. "Tombe" au propre comme au sens figuré d'ailleurs puisqu'il atterrit sur ses genoux en prenant clandestinement le train en marche. On fait alors la connaissance de cette jeune fille romantique qui rêve d'aventures et de terres lointaines, mais que le Virginien fera constamment descendre de son petit nuage en lui cassant tous ses rêves par son pragmatisme rabat-joie. Le personnage acquiert d'ailleurs ici encore plus d'humanité par un défaut supplémentaire que nous lui découvrons : la suspicion presque paranoïaque lorsqu'il accuse son couple d’hôtes âgés de lui avoir dérobé l'argent qu'il avait dans ses sacoches, jusqu'à leur faire mettre leur maison sens dessus dessous afin de le retrouver, les obligeant même à ouvrir une malle qui se trouve contenir non pas le résultat d'un quelconque larcin mais les souvenirs de leur petite fille décédée. Une séquence très émouvante et qui voit le Virginien s'excuser platement d'avoir été aussi méfiant. Car en revanche, son honnêteté ne peut une fois encore être prise en défaut, puisqu'il avait même auparavant laissé de l'argent dans la maison vide où il était allé se servir en nourriture.

L'épisode aurait facilement pu atteindre des sommets si le réalisateur avait été plus à la hauteur. On s'en rend compte par exemple lors de la bagarre finale entre Steve, le Virginien, Amelia et leurs poursuivants : la séquence se révèle totalement illisible faute à un montage calamiteux et à un metteur en scène ne sachant ni diriger ni placer ses cascadeurs. En ce qui concerne les rares thématiques, on aborde le fait que lors des paniques financières - comme c'était le cas dans The Money Cage - ce sont les plus faibles qui en pâtissent le plus, les riches comme le juge Garth ayant la chance d'être secondés par des chargés d'affaires prévoyants. Du coup, on peut aisément comprendre les revendications du fermier qui avec sa famille poursuit le Virginien pour lui subtiliser une partie de son argent. Il s'agit donc d'un épisode léger, sans grande violence ni véritable bad guy, le meilleur scénario de Howard Browne jusqu'à présent avec de savoureux dialogues à la clé, parfaitement bien interprété par Karl Swenson, James Drury et surtout Jeannine Riley qui trouve quasiment toujours le ton juste entre cabotinage et charme. Éminemment sympathique !

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  • 1.30- The Final Hour
  • Réalisation : Robert Douglas
  • Scénario : Harry Kleiner d'après une histoire de Bernard Girard & Ward Hawkins
  • Guest Star : Ulla Jacobson
  • Première diffusion 01/05/1963 aux USA - Jamais diffusé en France à la télévision
  • DVD : VOSTF
  • Note : 5.5/10

Le pitch : Pour aller dans le sens du progrès, le Juge Garth a décidé qu’il allouerait une partie de ses terres à des travailleurs polonais souhaitant ouvrir une mine de charbon à ciel ouvert. Ce qui n’est pas du goût des autres ranchers de Medicine Bow, qui non seulement verraient ainsi leurs pâturages se réduire mais n’admettent pas non plus que des étrangers viennent se mêler à leur communauté. Trampas est missionné par le juge pour veiller à la bonne installation de ses "hôtes" ; il va tomber amoureux de l’une d’entre eux, Polcia (Ulla Jacobson), qui était pourtant promise à l’un de ses compatriotes...

Mon avis : Et voilà que la première saison de la série Le Virginien vient se conclure après 30 histoires bien développées ! Certains ont regretté que le principal intéressé ne fasse qu’une brève apparition au sein de ce dernier épisode sauf que l’on sait désormais depuis le début que l’une des particularités de la série est que le Virginien, Trampas ou le Juge Garth sont des personnages qui possèdent une importance égale et que chacun à leur tour montent sur le devant de la scène. Cela est principalement dû à la longueur de chaque épisode, qui a fait que la production avait d’emblée pris la décision que pour optimiser l’organisation qui permettrait qu’un rendez-vous quasi hebdomadaire puisse avoir lieu sur le petit écran, deux épisodes devraient être tournés simultanément. James Drury ayant été le protagoniste principal du savoureux Run Away Home, il a logiquement ici laissé sa place à ses "collègues", Trampas étant le héros de cette ultime intrigue de la saison 1. Un épisode qui, contrairement au précédent, ne fait aucunement ni dans la fantaisie ni dans la légèreté mais qui s’avère au contraire très sombre voire même tragique. On sait que dans ce domaine la série a précédemment accouché de magnifiques épisodes - et ce dès son entrée en matière - mais ce n’est malheureusement pas le cas de The Final Hour qui se révèle être l’un des plus faibles, le script ne parvenant pas à être à la hauteur de ses très louables intentions.

Faute en incombe principalement, et pour une quatrième fois consécutive, au scénariste Harry Kleiner qui, malgré ses immenses talents mis au service du film noir (Crime passionnel, L'impasse tragique, La Dernière rafale, Bullitt...), se révèle comme l’un des auteurs réguliers les moins satisfaisants de la série par le fait de n'être jamais arrivé à dépasser de bons postulats de départs. Certes, les développements apportés ne sont jamais déplaisants mais Kleiner ne parvient pas forcément à nous les rendre très captivants, restant bien trop souvent à la surface des choses. Donc encore une semi-déception que ce The Final Hour, même s’il s’avère cependant agréable à suivre et que les producteurs semblent lui avoir trouvé assez de potentiel pour décider de le sortir en salles en 1965 sans même en modifier le titre. L’épisode aborde des thématiques étonnamment toujours très actuelles, à savoir le communautarisme et la xénophobie ("Polacks are different from us"), le juge Garth se retrouvant seul et contre tous à lutter contre cette peur inconsidérée de ses concitoyens. [Possible spoiler] Il va néanmoins être suivi par le jury qui a eu à délibérer sur le cas d’un Polonais ayant tué un habitant de Medicine Bow, tout le monde s’attendant à un verdict de peine de mort alors que les jurés statueront sur l’innocence et l’accident. [Fin du spoiler] Tout ceci s’intègre parfaitement au progressisme de l’ensemble de la série, avec également le fait que Garth prône la tolérance et le progrès en pensant aux générations futures ("Nothing stands still. If it doesn't grow, it dies") et essaie de convaincre ses voisins d’aller de l’avant et de ne pas stagner dans leurs acquis et habitudes... mais on sait que les bonnes intentions ne font pas forcément les bonnes fictions.

Non pas que The Final Hour soit mauvais, loin de là, mais aux défauts de l’écriture auxquels s'ajoutent des comédiens peu convaincants, l’ensemble s'avère assez décevant malgré de superbes séquences et notamment les dix premières minutes qui nous montrent les hésitations et les décisions de Garth quant à l’accueil de mineurs polonais sur ses terres. Les réunions qui vont avoir lieu et les discussions qu’elles vont engendrer sont assez passionnantes et laissaient à penser que l’épisode serait du niveau du superbe Throw a Long Rope signé Ted Post, le troisième épisode de cette saison. Sauf qu’à partir de l’arrivée de cette communauté à Medicine Bow, la rigueur va se relâcher un peu, les clichés vont poindre le bout de leur nez et l’intrigue va avant tout tourner autour des ravages opérés chez les "mâles" par la belle Polcia interprétée par une plus que charmante Ulla Jacobson. Fiancée malgré elle à un homme de sa communauté d’une jalousie maladive, elle va en même temps attirer les regards du fils d’un des ranchers qui était opposé à leur venue et tomber amoureuse de Trampas qui est chargé de les protéger le temps de leur installation, d’empêcher que des conflits surgissent entre mineurs et éleveurs. Seulement, que ce soit surtout Dean Fredericks (le fiancé), mais aussi Don Galloway (le jeune homme qui tourne d’un peu trop près autour de la donzelle) et Ulla Jacobson (l’une des premières actrices "bergmaniennes"), leur jeu d'acteur n'est pas spécialement nuancé et l'on se désintéresse donc assez vite de ce quadrilatère amoureux, seul Doug McClure se révélant une fois de plus excellent. Difficile de ne pas être ému par la séquence finale où celui-ci se fait consoler par le juge qui a déjà autrefois vécu ce genre de situation de perte d'un être cher, celle évoquée précédemment dans le deuxième épisode de la série, Woman From White Wing.

Quant à la mise en scène de Robert Douglas, elle n’est pas spécialement mémorable, le réalisateur ne sachant pas vraiment filmer ses séquences de combats à mains nues, bien moins efficaces que celles que l’on pouvait voir en début de saison, les cascadeurs et les monteurs semblant bien moins inspirés. Pour l’anecdote, Robert Douglas était un élégant comédien moustachu qui a tourné dans quasiment tous les films d’aventures prestigieux de la MGM dans les années 50 (La Flèche et le flambeau, Ivanhoé, Le Prisonnier de Zenda, Kim...), mémorable également dans Le Rebelle de King Vidor ou encore dans La Brigade héroïque de Raoul Walsh. Disons qu’au vu de ce seul épisode, il semblait avoir été plus à son aise devant que derrière la caméra ! D’autant plus dommage que les thèmes abordés - dont l’immigration - sont des denrées assez rares dans le western, que la montée de la tension jusqu’au drame inévitable est plutôt bien gérée et enfin que cette histoire d’amour tragique sur fond d’incompréhension et d’intolérance aurait pu donner lieu à un sommet de la série avec un casting mieux choisi. En l’état, ce n’est cependant pas déshonorant du tout et c’est avec une grande confiance que nous allons pouvoir nous lancer tête baissée dans la deuxième saison.

A suivre... AVEC LA SAISON 2

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