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Critique de film
Le film

Les Cavaliers de l'enfer

(Posse From Hell)

Partenariat

L'histoire

Quatre hors-la-loi évadés de prison arrivent de nuit dans la tranquille petite bourgade de Paradise, Arizona. Ils sont commandés par l’impitoyable Crip (Vic Morrow) qui n’hésite pas à assassiner les habitants de sang-froid afin d’instaurer la terreur, espérant ainsi se faire obéir au doigt et à l’oeil. Après quatre assassinats dont celui du shérif, les dangereux bandits prennent la fuite non sans avoir dévalisé la banque et pris en otage Helen Caldwell (Zohra Lampert), une jeune femme qu’ils violent et laissent pour morte dans un coin désertique. Les notables de la ville font appel à un ex-associé de l’homme de loi décédé, le tireur d’élite Banner Cole (Audie Murphy), pour organiser une expédition punitive et récupérer la jeune femme ainsi que l’argent de la banque. Mais la cruauté inaccoutumée des hors-la-loi fait que peu sont prêts à prendre de tels risques. Banner ne trouvera que six citoyens pour le suivre dont Seymour Kern (John Saxon), un jeune employé de banque qui ne supporte pas la violence de l’Ouest, l’ex-soldat Jeremiah Brown (Robert Keith), la tête brûlée Jock Wiley (Paul Carr) ou l’honnête Indien Johnny Caddo (Rodolfo Acosta). Ils retrouvent rapidement Helen, traumatisée par le viol ; mais le chemin est encore long et semé d’embûches. Peu en sortiront indemnes...

Analyse et critique

Avec ce premier film signé Herbert Coleman, voici déjà quatre westerns au compteur pour Audie Murphy depuis le début de la décennie, dont Les Sept chemins du couchant (Seven Ways from Sundown) réalisé par Harry Keller. Comme pour ce dernier, c’est le scénariste Clair Huffaker qui adapte une fois encore son propre roman et le résultat s’avère à nouveau tout à fait honorable à défaut d’être mémorable. Après avoir signé le script des Rôdeurs de la plaine (Flaming Star) de Don Siegel, le romancier-scénariste travaillera encore par la suite pour de grands noms tels Michael Curtiz (Les Comancheros) ou Gordon Douglas (Rio Conchos). Quant à Herbert Coleman, il ne réitèrera qu’une seule autre fois l'expérience de se trouver derrière la caméra ; ce sera pour un film de guerre tourné la même année avec toujours Audie Murphy en tête d’affiche, Battle at Bloody Beach, tout aussi méconnu que le western précédent. Avant de mettre en scène ces deux uniques films, Coleman aura surtout été un assistant réalisateur de premier ordre aux côtés de John Farrow - Terre damnée (Copper Canyon) -, William Wyler - Vacances romaines (Roman Holiday) - et surtout Alfred Hitchcock sur la plupart de ses meilleurs film de la deuxième moitié des années 50 pour lesquels il fut dans le même temps producteur associé (Mais qui a tué Harry ?, Sueurs froides, L’Homme qui en savait trop…) Pour son premier essai en tant que réalisateur, sans rien transcender, il fournit néanmoins le travail d’un bon professionnel.

Le film narre la traque de quatre dangereux malfrats par un "posse" qui, au fur et à mesure de son avancée, va connaitre des départs, des morts, des hommes se révélant des héros, d'autres des couards... On avait vu cela des dizaines et des dizaines de fois auparavant (même déjà dans certains films avec Audie Murphy), mais la nouveauté du western de Herbert Coleman est qu’il est bien ancré dans son époque, ce début des sixties où l’on constate la montée d’un cran de la violence à l’écran et une manière plus crue et plus franche d’aborder des sujets tabous (ici le viol), y compris, la preuve en est, dans la production de série B. A ce propos, les dix premières minutes de Posse From Hell sont magistrales (le reste, en comparaison, ne pourra que décevoir, d’où probablement la réputation assez moyenne du film) ! Le film débute de nuit avec l’arrivée de quatre cavaliers sur une musique syncopée dont la mélodie est principalement rythmique et qui met immédiatement mal à l’aise, instaurant une tension assez forte et une atmosphère très lourde grâce notamment à des percussions inquiétantes. Les hommes, des brutes sanguinaires, pénètrent dans le saloon et sèment immédiatement la terreur, tuant de sang-froid sans s’enfuir pour autant mais restant au contraire en terrain conquis : « We own this town » dira d’emblée le chef de bande interprété par Vic Morrow - l’inoubliable adolescent chahuteur dans le superbe Graine de violence (Blackboard Jungle) de Richard Brooks. On peut affirmer sans grande crainte de se tromper, qu’à cette date Crip était alors peut-être le bad guy le plus sadique vu jusqu’à présent dans un western ; un salaud intégral que le comédien interprète avec conviction. La principale erreur du scénariste aura été de nous faire côtoyer les bandits uniquement durant ces dix premières minutes. Pensant probablement (à juste titre) que de les avoir présentés de la sorte nous aura fait comprendre à quel point leur poursuite allait s’avérer dangereuse, il a néanmoins oublié qu’il allait ainsi créer un effet d’attente chez le spectateur qui au final n’allait pas être récompensé. Car on ne croisera plus ensuite les hors-la-loi que quelques secondes en ombres chinoises ou derrière des fenêtres, rochers ou autres cachettes naturelles. Créer d’aussi ahurissants méchants pour ne plus nous les montrer par la suite peut très clairement faire naitre une cruelle déception ; la preuve !

En plus des surprenants éclairs de violence dues en grande partie à ces malfrats plus durs qu'à l'accoutumée (le meurtre du shérif ou des otages, toujours durant ce fabuleux prologue), l'époque permet également à la jeune femme de dire clairement et sans détours qu’elle a été violée par quatre hommes à tour de rôle, ce qui n’était évidemment encore pas courant au sein de la production hollywoodienne. Non seulement on le dit mais on discute crûment de la manière de pouvoir s’en sortir psychologiquement après un tel traumatisme ; la victime tentera d’ailleurs de se suicider avant bien plus tard de vouloir se donner bestialement à son sauveur, estimant qu’elle n’a désormais plus rien à attendre de beau de la vie ! L’actrice Zohra Lampert, à l’instar de Vic Morrow, est sortie de l’Actor's Studio et, ainsi que son partenaire, se révèle tout à fait convaincante malgré son faible temps de présence à l’écran. Une autre curiosité de ce western est son épilogue d’au moins dix minutes après la mort du dernier bandit (là où habituellement le film se serait terminé) ; sauf que pour le coup, c’est pour finir le film sur un ton moralisateur et sirupeux qui ne cadre pas très bien avec tout ce qui a précédé. Enfin, pour en terminer avec les "originalités" destinées à montrer un plus grand vérisme, il nous faut repenser à cette séquence au cours de laquelle Audie Murphy demande à John Saxon de se déculotter afin qu’il lui applique de la pommade sur les fesses "abîmées" par des ampoules dues à son manque d’habitude à chevaucher. John Saxon - le Johnny Portugal de The Unforgiven (Le Vent de la plaine) de John Huston - interprète avec talent le Tenderfoot (Pied-tendre) de l’expédition punitive, un homme qui ne cache pas détester l’Ouest américain et sa violence, ne rêvant que de revenir à New York pour participer aux cocktails organisés au sein de la maison-mère de la plus modeste agence bancaire située à Paradise où il a atterri malgré lui. Il s’agit du personnage le plus intéressant du film, un homme qui se révèlera le plus digne de confiance, sans la moindre forfanterie, assumant ses goûts et son mode de vie, ses limites en tant que cavalier, sans se soucier de ce que l'on pourrait en penser.

Parmi les autres membres du groupe de poursuivants : un Indien foncièrement honnête qui décide d’apporter son aide par pur altruisme, « Because it's the right thing to do » (Rodolfo Acosta dans un de ses rares rôles sympathiques), un vieux soldat va-t-en-guerre qui n’en a cure de faire échouer l’expédition si c'est pour prouver son courage et retrouver l’ivresse du combat (Robert Keith), ou encore un jeune fou de la gâchette qui perdra tous ses moyens au moment de devoir réellement se défendre (Paul Carr). L’homme qui a été choisi pour les diriger, c’est Audie Murphy une fois de plus très convaincant dans un rôle plutôt complexe, celui d’un ex-homme de loi qui semblerait avoir eu des problèmes à cause de son comportement un peu trop violent et qui serait entre-temps devenu - probablement blessé psychologiquement - un aventurier pas forcément recommandable mais surtout amer et désabusé. Quand le shérif mourant le sollicite pour rattraper les coupables, il lui demande bien de ne pas s'en occuper par vengeance mais pour ramener la paix dans sa ville, dont les citoyens ont souffert suite au passage des violents hors-la-loi : « Ne le fais pas pour moi, pas par vengeance, mais pour aider les gens de cette ville. » Le moribond espère ainsi que cette mission redonnera à son ami pistolero l’estime de lui-même, qu’il semble avoir perdu, ainsi qu'une meilleure impression sur la nature humaine. Et en effet, on le verra s’humaniser au fur et à mesure de son parcours, et même retrouver un certain optimisme quant à ses semblables (même si cela n'ira pas sans lourdeurs, naïvetés et mièvrerie dans le discours durant ce final peu gratifiant). Du côté des bad guys, outre un Vic Morrow mémorable, on note la présence de Lee Van Cleef qui déclarera très injustement dans une interview que ce fut le plus mauvais film de sa carrière. Enfin, parmi les citoyens de Paradise, on reconnait aussi l’excellent Ray Teal dans le rôle du banquier ou encore Royal Dano dans celui de l’oncle de Helen. Une bien belle brochette de comédiens habitués du genre et que l'on prend plaisir à rencontrer de nouveau.

Posse From Hell est un western de série B assez fauché (les décors des intérieurs sont minimalistes et toutes les séquences de nuit ont été tournées en studio), non dépourvu de stéréotypes et à la mise en scène ultra-classique mais autrement plutôt efficace (malgré une impression dominante de déjà-vu) et attachant notamment par le fait de nous rendre témoins de la naissance d'une amitié entre deux personnages aux caractères antagonistes (ceux joués par Audie Murphy et John Saxon) et de leur intéressante évolution au fur et à mesure de leur parcours. Hormis un final au ton moralisateur assez pénible, il s'agit d'un film à la tonalité plutôt sombre, agréable à suivre pour sa belle brochette de comédiens, ses superbes décors naturels de Lone Pine et des Alabama Hills, et sa très belle photographie. Un western de série B assez conventionnel mais loin d'être désagréable ; un de plus dans la filmographie de très belle tenue du comédien Audie Murphy.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 21 février 2015