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Critique de film
Le film

Les Fusils du Far West

(The Plainsman)

Partenariat

L'histoire

La guerre de Sécession vient de prendre fin. Wild Bill Hickok (Don Murray) savoure sa liberté retrouvée et est heureux de pouvoir enfin rentrer chez lui après quatre années passées dans les rangs de l’Union. Sur le chemin du retour, il est pris à partie par une bande de Cheyennes commandée par Crazy Knife (Henri Silva) ; il aurait été tué si n’était pas intervenu le chef Black Kettle (Simon Oakland) avec qui il entretenait des relations cordiales avant le conflit civil. En effet, beaucoup de choses ont changé sur ce territoire des plaines et les Cheyennes, à qui un homme d’affaires sans scrupules vend des surplus de fusils à répétition, sont désormais prêts à en découdre avec l’armée. Ayant réussi à sauver sa vie, Hickcok est néanmoins forcé de rentrer à pied... quand une diligence fait irruption, conduite par son ex-maîtresse Calamity Jane (Abby Dalton). Arrivé à bon port, Hickcok va prévenir l’armée de la situation concernant les Indiens sur le pied de guerre tout en leur informant qu’il quitte les rangs de la cavalerie pour entamer une vie plus calme. Il retrouve aussi son grand ami Bill Cody (Guy Stockwell) - plus connu sous le nom de Buffalo Bill - qui a décidé lui aussi de cesser ses activités pour convoler en justes noces. Mais les tensions qui règnent dans la région vont les forcer tous les deux à reprendre du service, ne serait-ce que pour une dernière mission d’aide à l’armée consistant surtout à ce que le conflit avec les Indiens ne s’envenime pas davantage. Pas facile, d'autant que le lieutenant Stiles (Bradford Dillman), le commandant du fort, est un va-t-en guerre orgueilleux...

Analyse et critique

Au départ destiné à la télévision, le western de David Lowell Rich est finalement sorti dans les salles de cinéma en cette année 1966. Il aurait été dommage qu’il n’eut pas été diffusé sur grand écran au vu du budget a priori assez conséquent pour une fiction TV dont le film semble avoir bénéficié. En effet, les figurants sont assez nombreux, les cascadeurs chevronnés, les paysages naturels majestueux et les scènes d’action ne manquent ni de dynamisme ni d’efficacité. David Lowell Rich fut un réalisateur très prolifique qui paraissait avoir du métier mais dont peu de films ont marqué les esprits, la majeure partie de sa production ayant d’ailleurs été consacrée à la petite lucarne. Je dois avouer ne pas connaitre grand-chose à son œuvre mais, au vu de ce western sympathique et bon enfant mettant en scène les tribulations aventureuses et romantiques de trois héros de l’Ouest réunis au sein d’une intrigue assez mouvementée, je ne serais pas mécontent d’en découvrir davantage. Patrick Brion dans les suppléments du DVD nous aiguille à ce propos en nous donnant quelques pistes pour partir à la découverte d’autres de ses films.

Avant d’entamer le visionnage de ce western, il faut d’emblée faire abstraction du fait qu’il soit le remake de l’un des plus beaux films de Cecil B. DeMille dont il reprend d’ailleurs le même titre original de The Plainsman - le titre français du film de 1936 est le trompeur Une aventure de Buffalo Bill, car déjà le personnage principal de ce dernier était plutôt comme ici Wild Bill Hickock joué alors par Gary Cooper. S’il semble évident à tous les niveaux que le western de Lowell Rich n’arrive pas à la cheville de son prédécesseur, il ne faudrait pas pour autant le négliger car il s’agit d’un divertissement familial tout à fait honorable, bien écrit, correctement réalisé et très bien interprété. Centré sur trois personnages mythiques de l’histoire du Far West, Wild Bill Hickok, Buffalo Bill et Calamity Jane, le scénario de Michael Blankfort - La Flèche brisée (Broken Arrow) de Delmer Daves, La Loi de la prairie (Tribute to a Bad Man) de Robert Wise - est assez proche de celui du film de DeMille et place ses trois héros au sein d’une intrigue - historiquement véridique dans les grandes largeurs et semble-t-il plus proche de la réalité que dans le film original - de ventes illégales d’armes aux Cheyennes, ce qui va être le principal détonateur de la reprise des guerres indiennes dans l’Ouest des USA peu de temps après la fin de la guerre de Sécession.

Alors qu'on a en tête une production télévisuelle, on est d’emblée surpris par l’ampleur des plans d’ensemble sur de rocailleux paysages, d’autant que la musique vite entêtante qui accompagne les mouvements de caméra sur ces impressionnants canyons et plateaux ne manque pas de panache puisqu’elle est signée John Williams, le futur collaborateur entre autres de Steven Spielberg. Un homme seul en costume de Nordiste, heureux de rencontrer un point d’eau, s’assoit au bord de la rivière, enlève ses chaussettes - qu’il enterre immédiatement dans le sable tellement elles sentent mauvais - et qui sourit radieusement à cette liberté retrouvée, au plaisir de pouvoir glisser ses pieds dans l’eau fraiche, au bonheur de ne pas avoir à se soucier d’un ennemi éventuel qui surgirait de derrière son dos. C’est tout cela que nous fait ressentir l’excellent Don Murray dès la première séquence quasi muette et qui donne d’emblée au film un ton éminemment sympathique. S’ensuivent l’arrivée d’un groupe de Cheyennes, le danger qui passe très près, Hickok sauvé de justesse par un chef indien qui par le passé entretenait de très bonnes relations avec lui. Suspense, danger, action, grand air, discours nuancé du chef indien, celui plus violent du jeune guerrier... nous sommes en terrain connu mais l’ensemble est plutôt bien équilibré et ce malgré un ton souvent assez léger non dénué par ailleurs d'un noble sérieux. Relâché, notre héros erre désormais à pied jusqu'au moment où il tombe sur une diligence conduite par une Calamity Jane picaresque à souhait façon Doris Day en un peu plus retenue : quelques transparences - quasiment les seules du film - pour les retrouvailles à l’avant de la diligence de ces deux ex-amants et pas mal d’humour bon enfant (les baisers essuyés). Le ton est donné : The Plainsman ne sera pas une comédie mais plutôt un western avec beaucoup d'humour.

Puis notre "convoi" arrive en ville. Ici l’on rencontre pour la première fois Buffalo Bill qui, pas plus que son ami Hickok, ne souhaite continuer une vie aussi aventureuse, n’envisageant désormais que calme et volupté. La situation fait qu’ils vont devoir reprendre les armes, l’un pour aller négocier la paix avec les Indiens et délivrer sa fiancée kidnappée par ces derniers, l’autre pour conduire un convoi en milieu hostile, les Cheyennes ayant repris le chemin de la guerre. Après quelques séquences en ville fort amusantes (avec notamment le personnage assez drôle du journaliste, la séquence du bain public, la rencontre cocasse entre la frustre Calamity Jane et la future épouse plus guindée de Buffalo Bill...), le film reprend le chemin des grands espaces avec un peu plus de solennité sans néanmoins se départir d’un humour toujours aussi jovial et jamais lourd. Bref, tout le monde en aura eu pour son comptant, autant les amateurs d’action que de comédie, le scénariste passant de l’un à l’autre sans trop de couacs voire même assez harmonieusement. Il faut en remercier avant tout les comédiens qui jouent le jeu avec entrain. Si Guy Stockwell est un peu en retrait (malgré sa grande scène où il apprend durant les combats qu'il va être père), saluons les performances d'Abby Dalton, qui trouve un ton assez juste entre pittoresque et émotion, et surtout de Don Murray sur qui nous n’aurions pas parié grand-chose au début de sa carrière mais qui ici - comme déjà dans le magnifique Duel dans la boue (These Thousands Hills) de Richard Fleischer ou encore dans Les Hors-la-loi (One Foot in Hell) de James B. Clark où il réussissait à voler la vedette à Alan Ladd - s’avère tout à fait excellent. Sans oublier la savoureuse apparition en toute fin de film de Leslie Nielsen, qui revêtu la défroque du Général Custer !

Les Fusils du Far West est un western classique et bon enfant qui aurait pu avoir été réalisé durant les décennies précédentes, très éloigné de la violence des westerns italiens de l’époque. Il manque certes de profondeur, de rythme et d’un réalisateur chevronné à la barre, mais les auteurs n’ayant pas eu d’autres ambitions que de divertir, nous n’allons pas faire la fine bouche puisque le but est largement atteint. En effet, ce western mineur bénéficie d’un certain savoir-faire, ne se prend pas toujours au sérieux et n’est pas dépourvu de charme, loin s’en faut. Un western frais et léger tout à fait décent et qui a également pour lui non seulement sa méfiance envers la hiérarchie et l’engagement militaire mais surtout un héros qui attire la sympathie par son ambition qui n’est autre que de... jouir de la vie et de "se la couler douce", peu soucieux de préserver sa légende. Bien agréable à défaut d'être inoubliable !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 17 septembre 2016