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Critique de film
Le film

Le Souffle de la violence

(The Violent Men)

Partenariat

L'histoire

Cela fait quasiment trois années que John Parrish (Glenn Ford), ex-soldat durant la Guerre de Sécession, est arrivé dans cette région de l’Ouest américain ; il lui fallait ce climat pour soigner quelques blessures et il en avait profité pour acheter un ranch afin d'y faire de l’élevage. Aujourd’hui que le voilà guéri, il va enfin pouvoir accomplir le rêve de sa fiancée : vendre sa propriété et la ramener dans l’Est où ils souhaitent se marier. Ce n’est pas le fait d’avoir vu le shérif se faire froidement abattre dans la rue par Wade Matlock (Richard Jaeckel), un tueur à la solde des Wilkinson, qui le fait changer d’avis. On le lui reproche d’ailleurs car, la région étant dominée par la famille Wilkinson, on comptait encore sur lui pour contrer la soif de possession du chef de famille. En effet, ils n’étaient plus que deux à n’avoir pas bradé leurs terres à Lew Wilkinson (Edward G. Robinson), le patriarche désormais invalide suite aux incessants combats menés contre les fermiers et les ranchers pour agrandir son domaine. C’est désormais son épouse Martha (Barbara Stanwyck) qui mène la barque, aidée par son beau-frère Cole (Brian Keith) qui est en fait devenu son amant. Les Wilkinson continuent à employer tous les moyens pour intimider les derniers irréductibles, dont Parrish qui refuse dans un premier temps la faible somme proposée. Néanmoins sur le point de conclure l’affaire, il se rétracte au dernier moment devant la violence employée par les hommes de main des Wilkinson qui viennent de torturer et de tuer l’un de ses employés. Sa réaction va étonner tout le monde, d’une violence dont on ne le soupçonnait pas.

Analyse et critique

L’année 1955 aux USA débute à la Columbia en matière de western avec le deuxième signé Rudolph Maté, cinq ans après son premier essai dans le genre, le plaisant Marqué au fer (Branded) dont le rôle principal était tenu par Alan Ladd. Comme ce dernier film, même si une fois encore les amateurs d’action n’ont pas été oubliés (incendies en cascades, fusillades, Stampede...), Le Souffle de la violence est avant tout un western psychologique et mélodramatique, cependant nettement moins naïf (cette naïveté participant néanmoins du charme de Branded) et aussi beaucoup plus violent que son prédécesseur comme l’indique son titre tout à fait justifié. Il s’agit une nouvelle fois d’un western distrayant mais, au vu du casting prestigieux et de la richesse des personnages décrits au sein d’un scénario pourtant bien conventionnel, on pouvait raisonnablement s’attendre à beaucoup mieux ; en effet, à cause principalement du réalisateur, le film n’arrive jamais vraiment à décoller, à trouver son souffle. Pour autant, il ne nous procure pas la moindre seconde d’ennui ; et c’est déjà beaucoup !  

Un grand propriétaire tyrannique aidé par un shérif véreux contre une poignée de modestes ranchers et les sanglants combats qui s’ensuivent : on a déjà rencontré ce type de situation à de multiples reprises. Dans le déroulement de son intrigue, le scénario n’a effectivement rien de très original mais c’est dans le portrait qui nous est tracé de tous les personnages, leur évolution, que résident les principaux intérêts du film de Rudolph Maté. Comme King Vidor pour Duel au soleil (Duel in the Sun) et Anthony Mann pour The Furies (qui demeurent toujours à ce jour les deux références en la matière), The Violent Men met en scène une famille de grands propriétaires terriens qui n’aurait pas dépareillé dans une tragédie de Shakespeare. On y trouve Lew (Edward G. Robinson), un patriarche despote, amoindri par le fait d’avoir quasiment perdu l’usage de ses jambes mais continuant à vouloir régner en maître sur la vallée, n’envisageant pas une seule seconde que ce soit son épouse Martha qui, sous ses allures de femme douce, aimante, loyale et attentionnée, mène désormais la barque ; Martha (Barbara Stanwyck), encore plus cupide que son mari, n’hésite pas non plus à le cocufier avec... Cole, son jeune beau-frère ; Cole (Brian Keith), que son frère avait appelé à l’aide suite à son accident, peu loquace, est en fait celui qui dirige en sous-main toutes les viles opérations destinées à intimider les éleveurs récalcitrant à vendre leurs terres, et qui, tout en ayant une liaison avec sa belle-sœur, en entretient une autre avec une jeune et fringante Mexicaine ; enfin, Judith (Dianne Foster), la fille du couple, témoin de l’adultère de sa mère, n’ayant de ce fait plus aucun respect pour elle mais n’osant pas en informer son père de peur de le blesser. Dégoûtée par l’ambiance délétère de la maison, elle encourage même les ennemis de la famille à ne pas se laisser faire par ses parents ; et en l’occurrence, elle essaie même de décourager Parrish de leur vendre ses terres.

De l’autre côté de la barrière, nous trouvons les modestes éleveurs dont le scénariste Harry Kleiner (dont le premier scénario était celui de Fallen Angel - Crime passionnel d'Otto Preminger) nous dépeint également des portraits assez éloignés de ce que l’on pouvait attendre, et à vrai dire guère plus reluisants ; plus que les ranchers qui ne représentent en fait qu’un groupe indistinct, c’est au personnage au départ moralement ambigu interprété par Glenn Ford auquel je faisais allusion ainsi qu’au couple qu’il forme avec sa fiancée. Cette dernière tout d’abord qui ne voit en son amoureux qu’une porte de sortie vers l’Est ; elle se serait accrochée à n’importe qui d’autre lui ayant offert cette possibilité de quitter cette région qu’elle exècre : "I want to get out of here - and nothing is going to stop me." Guère fréquentable la donzelle ! Quant au héros de l’histoire, la plus grande originalité lui est donc due. Pendant 45 minutes (soit pile la moitié du film), il se fiche de ce qui se passe dans la vallée du moment qu’on ne vienne pas lui chercher des noises : "What happens in this valley is no concern of mine !" Il a beau assister à des meurtres exécutés de sang-froid comme dans le préambule, il ne fait pas un geste pour se rebeller ; faisant mine du contraire, il est prêt à accepter n’importe quelle offre pour sa propriété. Malgré les reproches de ses hommes, il refuse de contrer le despote de la région... Un homme a priori égoïste et faible mais dont on se rend finalement compte qu’il s’agit avant tout d’une grande lucidité : "J’ai vu des tas d’hommes fiers mourir pendant la guerre ; seuls les très forts et les très riches peuvent se permettre d’avoir du tempérament. " Mais un homme tenant de tels discours, reculant devant l’adversité, fuyant les "histoires", peut-il être crédible en véritable héros de western ? Assez troublant en tout cas ! Que l’on se rassure, la morale sera sauve et le héros sera blanchi ; à mi-parcours, ayant assisté à un trop plein de violence, il décide de prendre les armes et, fort de son expérience militaire, de la dispenser à son tour jusqu’à faire capituler l’ennemi. Dommage alors que les scénaristes n’aient pas insisté sur une autre sombre facette du personnage : sa violence justement ! Dans tout les cas, il s'agit dun personnage non idéaliste qui tranche avec les héros habituels.

On constate de nombreuses pistes intéressantes au niveau de la description des personnages mais le scénario étant par ailleurs assez dense au niveau de l’intrigue, l’auteur oublie de les enrichir d’autant qu’il n’a eu à sa disposition que 90 trop courtes minutes pour mener le tout à son terme, là où il lui aurait sans doute fallu au minimum une demi-heure de plus. A ce propos, il n’y a qu’à voir le happy-end totalement bâclé, voire même ridicule. Et puis, Rudolph Maté n’est décidément pas un grand directeur d’acteurs : que ce soient Barbara Stanwyck, Edward G. Robinson ou Glenn Ford, s’ils sont loin d’être mauvais, on les a néanmoins souvent connus plus inspirés, faute peut-être à ce manque d’approfondissement de leurs personnages. Quant aux comédiens moins chevronnés, ils se révèlent fades, voire même pour certains assez mauvais, notamment les deux autres actrices principales, Dianne Foster et la totalement transparente May Wynn. C’est peut-être finalement Brian Keith qui tire le mieux son épingle du jeu, le fait de paraissant "sous-jouer" le rend encore plus menaçant.

Niveau mise en scène, ce n’est pas nécessairement ça non plus. Si Maté fut un grand chef opérateur, il fut aussi un assez piètre cinéaste dans l’ensemble ; en tout cas il fut bien plus convaincant dans le film noir (Mort à l’arrivée – DOA ; Midi, gare centrale - Union Station) que dans le western même si ces derniers n’ont jamais rien eu de honteux. D’ailleurs, le plus réussi dans Le Souffle de la violence, ce sont justement les scènes de violence d’une noirceur assez étonnante et auxquelles participe à chaque fois l’un des meilleurs secondes rôles des années 50, Richard Jaeckel : la mort du shérif, tué dans le dos et à bout portant en tout début de film ; la torture et le meurtre d’un des employés de Parrish par Wade et ses hommes ; et à mi-parcours, la mort de Wade tué à son tour à bout portant par Parrish. Toutes ces séquences sont d’une sécheresse et d’une cruauté directement issues du film noir. Les pures scènes d’action comme les batailles et les chevauchées sont en revanche bien moins mémorables, faute à un budget qui semblait limité, obligeant le metteur en scène à utiliser des stock-shots récents mais très mal intégrés au reste des séquences.

Cependant, dès que le metteur en scène arrive à s’affranchir de l’intrigue, dès qu’il se décide à prendre son temps (presque une minute) pour nous faire voir son héros se rendre de son ranch à celui des Wilkinsons en traversant les magnifiques paysages de Lone Pine et des Alabama Hills, il nous fait entrevoir le souffle qu’aurait pu avoir son film sur la durée. Il faut dire qu’il a été grandement aidé pour cette séquence par la très belle photographie en Cinemascope de W. Howard Greene &  Burnett Guffey, et surtout par Max Steiner qui croit dur comme fer à ce qu’il compose, s’évertuant à livrer un score dont l’intensité dramatique aurait pu faire prendre son envol au film s’il n’avait pas été le seul à autant y croire. En effet, faisant des infidélités à la Warner, son studio de prédilection (il venait déjà de le faire, pour la Columbia, avec sa musique composé pour Ouragan sur le Caine d’Edward Dmytryk), Max Steiner se surpasse à quelques reprises et notamment au cours de cette scène de déambulation. Dommage donc que le scénario soit si déséquilibré (après une mise en place intéressante et volubile, on passe à un condensé d’action non-stop bâclé et manquant singulièrement de souffle), la psychologie des personnages si peu développée et que la mise en scène soit si paresseuse (y compris dans son utilisation du Cinemascope) car il y avait assez d’éléments pour faire un grand et beau western. Rien de fulgurant mais rien de déshonorant non plus car qu’on ne s’y trompe pas : malgré tous ses défauts, le spectacle demeure bien plaisant !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 8 février 2013