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Édito

My name is Bond... James Bond.

James Bond, ou le héros de fiction le plus célèbre de l’histoire du cinéma mondial. Si aujourd’hui, pour ses cinquante ans d’existence sur grand écran, sa popularité ne fait aucun doute, et si son aura (culture populaire, box-office, merchandising...) s’étend toujours plus loin, c’est grâce à une longévité hors norme qui a traversé les frontières et le temps pour devenir le mythe moderne le plus durable du 7ème Art. Rassemblant des millions de fans à travers le monde, quoique doucement méprisé par de nombreux historiens du cinéma jugeant l’œuvre peu intéressante et sans éclat artistique particulier, James Bond fascine encore et toujours. Se succèdent les acteurs dans la peau du personnage et les années, mais perdure sa magie sans cesse renouvelée. Car, au-delà d’une franchise au succès planétaire qui ne compte aucune rivale en son genre, James Bond s’avère bien plus qu’une simple image galvaudée, symbole de placements de produits et d’agressivité marketing.

James Bond, c’est tout d’abord une âme. Celle de deux producteurs, Albert R. Broccoli et Harry Saltzman, qui n’ont eu de cesse d’insuffler leur goût pour le spectacle de qualité au travers des 23 épisodes officiels que compte aujourd’hui cette fabuleuse saga. Goût qui a perduré quand Broccoli s’est retrouvé seul aux commandes de la série (1), et qui perdure encore aujourd’hui avec ses héritiers, Barbara Broccoli et Michael G. Wilson. Mais c’est aussi l’âme d’Ian Fleming, dont l’œuvre sert encore actuellement de souche dramatique et psychologique aux différents scénarios, et cela même si le James Bond cinématographique s’est presque dès le départ émancipé de l’influence de son créateur. C’est enfin l’âme des équipes qui se sont succédé sur les tournages, donnant vie à cet univers de magie et d’évasion. On a souvent dit des films de James Bond qu’ils n’étaient que des produits sans âme, des films sans signature réalisés par des techniciens anonymes. Faux, archi-faux. Rarement les fameux « cœurs humains » cités par Victor Hugo n’auront autant « battu dans la coulisse », afin d’emmener les spectateurs du monde entier tout en haut des cimes du divertissement. Rarement une saga aura autant créé sa propre identité, ses propres codes, sa propre saveur... En outre, jamais aucun autre héros n’aura autant attiré les foules sur une période aussi longue : un demi-siècle de cinéma. Soit une éternité dans le circuit de la vitesse et de la consommation immédiate qu’est devenu notre monde au fil des ans, depuis les années 1950 et le commencement de ce que l’on pourrait appeler l’hyper-technologisation de nos sociétés. Au milieu de ce marasme où les gouvernements n’existent plus tels qu’on les concevait il y a quelques années, mais aussi des nombreuses incertitudes qui planent sur notre avenir et de la perte des repères fondamentaux dont nos grands-parents et parfois nos parents bénéficiaient pourtant, James Bond reste cependant le même : s’adaptant, évoluant, progressant, mais ne changeant pas. Une balise à laquelle il est si agréable, si extraordinaire de s’agripper.

Témoin de 50 ans d’Histoire, acteur sociologique autant que suiveur, toujours à fond dans son temps mais avec ce côté « old fashion » qui en fait toute la saveur si immédiatement reconnaissable, James Bond est également un remarquable témoignage de l’évolution culturelle, politique, géographique, sociale et morale de nos sociétés occidentales. Il n’est pas un seul film de la saga qui ne présente mille intérêts en regard de ces aspects-là, en dehors même de qualités artistiques et divertissantes toujours renouvelées. Car au risque d’aller à l’inverse des avis généralement donnés, j’affirme pour ma part qu’il ne subsiste aucun mauvais film au sein de cette série. Il y en a bien entendu qui sont moins bons que d’autres, parfois même très décevants sur certains points. Mais il n’en existe pas un seul qui n’ait pas essayé d’apporter quelque-chose de nouveau à l’ensemble de la saga, de frais et de dynamique, recherchant sans cesse le dépaysement mais aussi la qualité, et sans aucun doute le dévouement à un public qu’il faut encore et toujours reconquérir malgré la fidélité dont celui-ci le gratifie assurément. On oublie bien trop souvent que cette franchise n’est pas née au sein de puissants studios, qu’elle était produite par deux hommes tout d’abord, en indépendance donc, bien que distribuée en salles par des majors. Et d’une certaine manière, James Bond peut être considérée comme la franchise cinématographique la plus lucrative de l’histoire du cinéma indépendant. Les producteurs ont toujours su composer un solide équilibre entre des velléités commerciales et l’envie de bien faire leur travail. Réalisation, scénario, cascades, effets spéciaux, musique... Il n’existe pas un seul aspect artistique au sein de ces films qui n’ait été l’objet de la plus particulière application. Jamais un seul film n’a manqué de leur attention et, oserais-je dire, de leur affection, et jamais un seul n’a dû affronter le manque d’argent au moment de sa production. Harry Saltzman l’avait déclaré : « Le cinéma n’est pas une entreprise de charité. On ne fait des films que si l’on est convaincu que cela peut rapporter quelque-chose. » Certes, et tels des artisans toujours appliqués, ils n’ont cessé d’aller chercher le public tout en choisissant d’accompagner leur personnage et son univers avec savoir-faire et sincérité. Jamais la saga ne s’est reposée sur ses victoires, et bien qu’elle ait connu des heures plus sombres que d’autres (d’un point de vue artistique et commercial, les deux n’étant pas forcément liés, loin de là), elle n’a jamais connu l’échec public.

James Bond est donc aussi une aventure humaine, qui a lié des centaines de gens autour d’un projet qui les a totalement dépassés avec le temps. Qui aurait pu prévoir en 1962, au moment de la sortie du premier film, que cela durerait encore aujourd’hui ? Sean Connery lui-même l’a déclaré, personne ne pouvait imaginer un tel succès planétaire. Les 50 ans de James Bond, 50 bougies à souffler, sont désormais l’occasion de revenir dessus et de s’y intéresser de très près, film par film, jusqu’au dernier en date, le très attendu Skyfall, 23ème opus de la saga officielle. L’occasion également de revenir sur les nombreux topoï déployés par la série, l’identité très forte de chacun des films, les influences données et reçues, et de rétablir la vérité sur certaines erreurs communément admises (comme le box-office par exemple, chiffres détaillés et sources sérieuses à l’appui (2) pour chaque opus)... afin de pouvoir affirmer sans détour que lorsqu’il s’agit de divertissement populaire, d’hier à aujourd’hui, maintenant et pour toujours, Nobody does it better.

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Filmographie complète :

JAMES BOND CONTRE DR. NO

BONS BAISERS DE RUSSIE

GOLDFINGER

OPERATION TONNERRE

ON NE VIT QUE DEUX FOIS

AU SERVICE SECRET DE SA MAJESTE

LES DIAMANTS SONT ETERNELS

VIVRE ET LAISSER MOURIR

L’HOMME AU PISTOLET D'OR

L’ESPION QUI M'AIMAIT

MOONRAKER

RIEN QUE POUR VOS YEUX

OCTOPUSSY

JAMAIS PLUS JAMAIS (NON OFFICIEL)

DANGEREUSEMENT VÔTRE

TUER N'EST PAS JOUER

PERMIS DE TUER

GOLDENEYE

DEMAIN NE MEURT JAMAIS

LE MONDE NE SUFFIT PAS

MEURS UN AUTRE JOUR

CASINO ROYALE

QUANTUM OF SOLACE

SKYFALL

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Bibliographie conseillée :

James Bond livre officiel - 25ème anniversaire / Sally Hibbin (Ramsay, 1987)

James Bond 007 - Licence de tuer / Jean Marc Paland, Jean Marc Pinson (Edilig, 1987)

James Bond - De Goldfinger à Goldeneye / Jay McInerney, Nick Foules, Neil Norman... [et al.] (Flammarion, 1996)

Les James Bond girls / Philippe Durant (Dreamland, 1999)

James Bond - Le guide officiel de 007 / Lee Pfeiffer (Flammarion, 2002)

Goldmaker - Comment James Bond est devenu le plus gros succès de l’histoire du cinéma / Guillaume Evin (Fayard, 2002)

James Bond - L’Art d’une légende : du storyboard au grand écran / Laurent Bouzereau (Flammarion, 2006)

James Bond - La saga est éternelle / Guillaume Evin (Timée-Editions, 2006)

James Bond - L’encyclopédie / John Cork (Gründ, 2008)

James Bond (2)007 - Anatomie d’un mythe populaire / sous la dir. de Françoise Hache-Bissette, Fabien Boully, Vincent Chenille (Belin, 2007)

James Bond - L’homme qui sauva l’Angleterre / Simon Winder (Demopolis, 2008)

James Bond - Figure mythique / Françoise Hache-Bissette, Fabien Boully, Vincent Chenille (Autrement, 2008)

Petite encyclopédie James Bond / Marc Lemonier (City, 2012)

Le dico secret de James Bond / Guillaume Evin (Hugo et Compagnie, 2012)

Les James Bond girls / Frédéric Brun, Yann-Brice Dherbier (Chêne E/P/A, 2012)

Les interprètes de James Bond - Agent secret de Sa Majesté (Editions Didier Carpentier, 2012)

James Bond girls / (Editions du Lac, 2012)

James Bond par Roger Moore / Roger Moore (Gründ, 2012)

James Bond - 50 years of movie posters / DK (Dorling Kindersley, 2012)

The James Bond archives / Paul Duncan (Taschen, 2012)

The making of On her Majesty’s secret service / Charles Helfenstein (Spies LLC, 2009)

The making of The living daylights / Charles Helfenstein (Spies LLC, 2012)

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(1) Albert R. Broccoli se retrouva seul à produire les James Bond au cinéma à partir du film L’Espion qui m’aimait en 1977.

(2) Les chiffres (budgets, box-office US, box-office mondial, nombre d’entrées en France…) sont la plupart du temps en grande partie erronés dans les ouvrages s’intéressant à James Bond. Même le livre de Guillaume Evin, Goldmaker (voir la bibliographie ci-dessous), annonce des chiffres régulièrement faux ou en-deçà de la réalité. Les films les plus touchés par ces erreurs sont surtout Au service secret de Sa Majesté, Vivre et laisser mourir, Moonraker, Rien que pour vos yeux, Dangereusement vôtre... Les livres recopiant en règle générale souvent ces données les uns sur les autres, on se retrouve aujourd’hui avec une bibliographie et des sites Internet pour la plupart annonceurs de chiffres régulièrement fantaisistes.

Par Julien Léonard - le 26 octobre 2012

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