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Critique de film
Le film

Vivre et laisser mourir

(Live and let die)

Partenariat

L'histoire

007 est appelé pour enquêter à propos de l'hécatombe meurtrière qui décime les agents secrets britanniques ces derniers jours. Enquêtant à New York, dans le quartier de Harlem, puis en Jamaïque et en Louisiane, il affronte un caïd de la drogue international, le redoutable Kananga et sa comparse, l'étrange blanche Solitaire...

Analyse et critique

A la recherche de la nouvelle star

Les Diamants sont éternels a été un très grand succès international, et le retour de Sean Connery a été acclamé par le public. Mais parti cette fois-ci pour de bon (1), tout au moins semble-t-il, Connery laisse un avenir peu engageant pour Bond. Après ce chant du cygne démesuré, quelle direction prendre pour la série ? De plus, quel acteur pourrait aussi bien populariser un autre visage pour Bond ? Albert R. Broccoli et Harry Saltzman sont devant un dilemme difficile à solutionner, d’autant que la presse semble penser que 007 n’en n’a plus pour très longtemps. S’il continue à jouer sur la même corde de la démesure, qui plus est sans se tourner vers l’actualité culturelle, son image est vouée à mourir très prochainement. Les années 1970 sont là, le monde a beaucoup évolué en peu de temps, la guerre du Vietnam secoue violement les USA, le mouvement hippie atteint un pic de popularité sans précédent... Il faut agir, pour le bien de la saga et pour offrir un avenir à James Bond, un vrai. Ami avec Sean Connery, Roger Moore fait rapidement partie des noms évoqués pour reprendre le flambeau. Star emblématique du petit écran, avec des séries telles que Ivanhoé, Le Saint et dernièrement le raz-de-marée créé par Amicalement vôtre (2), Roger Moore s’est déjà vu proposer le rôle dans le passé. Mais tenu par des engagements de tournages sur la série Le Saint, il ne put accepter l’offre. Désormais, il est libre et ne veut surtout pas rater cette formidable occasion. Cité en exemple par Connery qui annonçait auprès des journalistes qu’il était selon lui le James Bond idéal, Moore devient rapidement le centre des débats. En outre, très ami avec Broccoli et Saltzman (3), il n’a aucun mal à en discuter avec ces derniers. Grâce à sa réputation d’excellent professionnel facilement gérable, malléable, gentil en toute circonstance, présenté par tout le monde comme quelqu’un d’adorable, Roger Moore obtient sans difficulté l’aval des producteurs. Signant un contrat pour trois films (payé un million de dollars chacun), il devient 007 et entame alors un processus de préparation.

Première star à occuper les traits de James Bond, Moore représente l’assurance de convaincre plus facilement un public cherchant un visage connu. En effet, après la tentative soldée par un échec d’imposer George Lazenby dans le sillage de Sean Connery, la saga connait un autre problème : la trop grande diversité des visages. Le public assiste à l’époque à trois changements de vedette en trois films, puisque Au service secret de Sa Majesté, Les Diamant sont éternels et Vivre et laisser mourir sont menés par trois acteurs différents. C’est beaucoup, et il n’est pas certain que le public accepte encore longtemps cette valse des identités. Il est nécessaire de fixer le visage de Bond pour les quelques années à venir, afin d’imposer un nouvel interprète et stabiliser la sécurité commerciale de la saga. Il faut faire oublier Connery et aller de l’avant, non sans procéder à d’importants changements de forme. Roger Moore a dès lors une énorme pression sur les épaules et un travail intense qui l’attend. Il doit lui-même faire face à deux problèmes majeurs : imposer son image de l’agent secret en éclipsant Sean Connery, et faire oublier qu’il est d’abord Simon Templar (4) et Brett Sinclair. (5) Etroitement associé à ces personnages cultes du petit écran, Moore doit se débarrasser de ses tics de jeu et affirmer un autre style. Il travaille avec les costumiers, collabore avec le scénariste et les producteurs, se remet au sport afin de perdre quelque kilos superflus, se fait couper les cheveux et se familiarise avec les armes à feu (qu’il abhorre pourtant). Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’acteur se donne à fond, pointilleux et désireux de prouver qu’il peut faire l’affaire.

Afin d’encadrer Moore au maximum, la mise en scène est une nouvelle fois confiée au vétéran Guy Hamilton, responsable de deux triomphes au box-office, Goldfinger et Les Diamants sont éternels. Le scénario met au point une stratégie qui avait déjà fort bien réussit au film précédent, à savoir l’importante présence des USA au cours de l’intrigue. La toute jeune Jane Seymour (6) rejoint le tournage, bientôt suivie par Gloria Hendry (la première Bond girl noire qui ait une réelle importance dans la franchise) et Yaphet Kotto, solide acteur de composition. Doté d’un très important budget de 12 millions de dollars (7), le tournage de Vivre et laisser mourir débute le 13 octobre 1972 pour ensuite se terminer le 15 mars 1973. Roger Moore fait ses premiers pas dans le rôle pour le tournage de la scène en hors-bords, dans les bayous de Louisiane. Complexe, le tournage de la séquence est entaché par les problèmes de santé de l’acteur, victime de calculs rénaux. Soigné à l’hôpital, il retourne assurer plusieurs cascades, conduisant lui-même le bateau dans de nombreux plans. Il conduira également le bus anglais à double étage pendant presque toute la scène. Parmi les moments forts, il est à noter le tournage d’une partie du film chez un éleveur de crocodiles. (8) Celui-ci sera d’ailleurs mis à contribution lorsqu’il devra assurer la cascade montrant James Bond sauter de crocodile en crocodile pour rejoindre la terre ferme. Impressionnés, les producteurs donneront son nom au méchant de ce nouvel épisode : Ross Kananga. Roger Moore est par contre très angoissé, il a peur que le public ne l’apprécie pas dans ce nouveau rôle. Sean Connery est encore dans toutes les mémoires, et le doute s’intensifie à mesure que la sortie du film se rapproche. Vivre et laisser mourir a rarement été un titre aussi évocateur pour Bond qui, depuis plus de dix ans, ne cesse de vivre et de laisser mourir les différentes modes autour de lui. Et si c’était désormais à son tour de trépasser afin de laisser d’autres héros envahir les cinémas ? Le suspend dramatique est à son comble.

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Un peu de Roger, et beaucoup d’huMoore

Faisant entrer la saga de plein pieds dans les années 1970, Vivre et laisser mourir incarne une date importante, pour ne pas dire capitale, dans l’histoire de James Bond. S’il est le premier film tourné par Roger Moore, il est surtout le premier film à célébrer l’actualité culturelle de son temps et à succomber aux démons de la mode. Jusqu’ici, Bond ne faisait que dérouler sa propre identité, faisant majoritairement fi des modes se succédant au cinéma. Quoique très proche de son temps, notamment sociologiquement et historiquement, Bond n’a pour le moment jamais affronté directement ses nouveaux adversaires dans le domaine du cinéma d’aventure et d’action. Il les surpassait de toute évidence allégrement. Mais les temps changent et une saga, aussi puissante et hégémonique soit-elle, ne peut résister aux incessants changements de mentalité sans progressivement les épouser au fil du temps. Le début des années 1970 est dominé par le polar urbain américain, avec ses flics nantis de gros revolvers et de voitures vrombissantes dernier cri. Même si ceux-ci doivent beaucoup à Bond, ils ont présentement pris de l’importance, y compris dans le style et les codes dévolus auprès du public. L’humeur est au héros « badass », violent et nerveux. L’Inspecteur Harry et surtout French Connection ont régné sur le box-office américain en 1971, et depuis sortent toute une kyrielle de films policiers à bases de guns-fights et de courses poursuites rondement menées. La ville surpeuplée est devenue l’attraction principale et le bitume son terrain de jeu. Vivre et laisser mourir tente donc vaillamment de s’accorder avec cette mouvance, tout en conservant l’identité bondienne adéquate. Cette aventure sera un vrai film d’action brut de décoffrage, plus terre-à-terre que les précédents. Les beaux décors sont minimisés, et les lieux davantage extériorisés. L’intrigue se déroulera dans l’ensemble aux USA, et plus précisément à La Nouvelle-Orléans et en Louisiane. Reprenant ce qui avait fait une partie du succès des Diamants sont éternels sur le sol américain, ce nouveau millésime américanise donc davantage la formule. Que l’on se rassure, la patte qualitative britannique et l’univers bondien répondent indubitablement présent, en dépit d’une enveloppe plus sèche qu’auparavant. Ainsi voit-on James Bond traverser New York dans des voitures typiquement américaines, au sein d’environnements urbains très connotés seventies, avec ses rues encombrées, ses quartiers délabrés et un grain d’image de circonstance. La fabuleuse course poursuite en bateaux est par ailleurs très symptomatique de cet état de fait, véritable visite guidée des bayous de Louisiane. Soit un superbe décor naturel où s’affrontent les gangsters, les policiers racistes et James Bond dans un joyeux chaos percuté de plein fouet par les voitures et les hors-bords, non sans déclencher de furieux accidents et de sacrés déchirements de tôles froissées. Avec son savoureux shérif J. W. Pepper fort en gueule et surtout très drôle (un truculent Clifton James), cette longue séquence d’action charrie à peu près tous les motifs du film, de sa conception très moderne du film d’action à son enveloppe visuelle sage et, disons-le, moins belle que par le passé. Faisant ses adieux temporaires au Cinémascope adopté depuis Opération Tonnerre, James Bond retrouve le format 1.66 des premiers films, afin de créer un film plus proche de l’action pure, moins contemplatif et démonstratif, nettement plus abrupt. Voitures écrasées, cascades automobiles délirantes, hors-bords exécutants d’incroyables sauts dans les airs avant de retomber sur l’eau et de repartir à pleine vitesse, coups de feu tous azimuts, sans oublier bagarres et filatures : James Bond redevient un agent de terrain relativement crédible et plus attaché à un sentiment de réalisme.

Le héros est en ces lieux un agent secret aux allures de flic en pleine enquête. Confronté à un gangster de premier ordre, parrain de la drogue et malgré tout ultra-bondien, 007 suit les traces, relève les indices et partage ses informations avec un Felix Leiter un peu plus efficace que d’ordinaire. (9) Anglais, certes, mais pas vraiment en villégiature, Bond s’infiltre en milieu urbain et dénote clairement dans cet univers de crasse et de violence crue. Plus sage que les polars américains contemporains, Vivre et laisser mourir n’en reste pas moins un film élégant et sophistiqué, bien plus luxueux que les films qu’il cherche à imiter. Son apparence de grosse machine budgétée (alors que les polars se tournent souvent avec des budgets restreints) en trahit heureusement l’idée et replace sa tentative de démarcation au centre d’une formule bien connue : jolies femmes, gadgets, paysages variés, voyages récurrents et intrigue à échelle internationale. Bond s’est adapté, mais ne s’est pas vendu. Là est toute la différence. Le film marche aussi dans les traces de la blaxploitation (10) alors très en vogue, agrippant certains de ses acteurs au passage, tels que Gloria Hendry ou Yaphet Kotto. En s’aliénant un public américain conservateur, voire raciste, les producteurs tentent d’approcher un autre public, tout en portant courageusement l’étendard de leur progressisme habituel. Ainsi la population noire est-elle très présente dans le film, souvent au premier plan, du côté des bons comme celui des méchants. Bêtement raciste ont pu dire certaines critiques à côté de la plaque, plutôt culotté et moderniste selon certaines autres plus intéressantes. Ne voit-on pas pour la première fois James Bond avoir une relation charnelle avec une femme noire ? Si, et tant mieux, il était temps de mettre un bon coup de pied dans les convenances datées d’une société sur le point d’imploser culturellement parlant. Les choix effectués plairont aux uns, bien moins à d’autres, l’essentiel demeurant que le film fonctionne bien la plupart du temps. Segmenté en deux parties, c'est-à-dire au travers d’une première concentrée sur le développement de l’intrigue (précise, quoiqu’un peu lente) et une seconde tournée vers l’action pure (notamment plusieurs courses poursuites motorisées), Vivre et laisser mourir souffre d’un rythme à vitesse variable, mais s’avère très réussi dans les objectifs qu’il cherche à atteindre. Léger, il tente des pauses humoristiques assez sympathiques ne marchant la plupart du temps pas dans les traces grotesques de son prédécesseur. Il a souvent été admis qu’avec Roger Moore, la série était devenue le terrain du tout et n’importe quoi... Or, il est permis d’en douter si l’on considère que son entrée dans la saga passe par le biais d’un épisode en tout point bien plus tempéré que Les Diamants sont éternels. Les débordements à venir sont plus le fruit d’une direction artistique prise sciemment par les producteurs que celui d’un acteur qui, de temps à autres, pouvait s’avérer plus sérieux que l’on a bien voulu le dire. L’attitude Moore, en quelque-sorte, n’est pas uniquement la sienne, mais également un germe qui est né avec la période Connery et qui a pris son envol avec Moore vers la fin des années 1970 et une partie des années 1980.

Le James Bond de Roger Moore est par ailleurs très différent de celui de Sean Connery ou de George Lazenby. N’ayant ni la musculature de Connery, ni la sportivité de Lazenby, Moore se distingue par son flegme tout britannique et son goût d’esthète. Raffiné, il possède des gestes plus délicats, incarnant une certaine idée de la "british attitude". Pour les besoins d’une approche différente, Moore choisit également de changer les habitudes de son personnage. On le découvre chez lui, en Angleterre, au saut du lit et faisant un café à son supérieur M, pendant que l’une de ses conquêtes se cache dans une armoire. Aucune présentation en forme de montée en puissance mythifiant son statut, alors que ce fut le cas de Sean Connery et George Lazenby, mais juste un plan montrant le visage de l’acteur, assoupi et en compagnie de la sublime Madeline Smith. On y découvre un James Bond calme, détendu, représentant presque le "bon voisin d’à côté", immédiatement rendu plus accessible par un apparat d’une normalité absolue. A noter aussi la démonstration technologique avant-gardiste de la saga qui se fait de plus en plus appuyée, avec ce percolateur bruyant et ultra-moderne dans la cuisine de Bond (révolutionnaire pour l’époque, mais dont on s’amuse un peu aujourd’hui). En outre, Moore ne fume pas la cigarette, mais le cigare. Il ne boit pas non plus de Vodka-Martini, mais du bourbon. (11) Longiligne, à la silhouette agréable rappelant celle d’un mannequin un peu fat, Moore impose dès les premières minutes un style inimitable très porté sur l’humour et qui n’a pas fini de diviser les opinions. Souvent conspué par une partie des fans de James Bond, qui lui reprochent sa trop grande légèreté de ton et son approche désinvolte, Roger Moore est pourtant un James Bond exceptionnel, aussi intègre dans son approche du personnage que pouvaient l’être tous les autres acteurs ayant eu la chance d’endosser le costume de l’agent secret. Pour preuve de cette intégrité viendra une assimilation entière et très personnelle du héros par son approche d’acteur. Gentil et prenant les choses avec humour vis-à-vis de l’existence en général, excepté quand de vrais combats humanistes l’intéressent (12), et considérant avant tout James Bond comme un être improbable dont l’épaisseur psychologique ne doit pas dépasser celle de ses costumes, Moore en fait un personnage volubile, drôle, ironique même, et désamorçant les pires situations avec un sens de l’humour allant du consternant au génial, sans jamais se départir de ses bons mots. D’une certaine manière, il ne fait que prolonger le personnage incarné par Sean Connery dans Les Diamants sont éternels, en lui retirant toute une partie de ses pires travers (l’orgueil, la violence, la cruauté...) pour les remplacer par des aspects caractériels cocasses (le calme, la douceur de vivre, la provocation ironique...). On peut très bien ne pas aimer le style de Moore, entre autres traversé par cet inimitable regard amusé qu’il promène d’un bout à l’autre du cadre, mais on ne peut guère le lui reprocher. Car en fin de compte, il n’a fait que s’approprier totalement James Bond, pour le meilleur et très rarement pour le pire, bien que l’on ait voulu généraliser ce dernier point à l’ensemble de sa participation à la franchise.

Libre à chacun de préférer les interprétations plus profondes et tourmentées de Timothy Dalton et Daniel Craig, pour ne prendre que ces exemples précis, d’autant que l’auteur de ces lignes en partage largement la passion (surtout concernant Dalton), mais il serait temps de se détendre et d’apprécier la période Moore pour ce qu’elle est : un monument de fun et de plaisir qui a toujours porté en lui le soin permanent d’offrir au public un dépaysement sans risque et pour toute la famille. Où est le mal ? Nulle part, bien au contraire. On a de surcroît souvent dit de lui qu’il n’assurait pas ses cascades (13), qu’il était un interprète aux dimensions physiques poussives. Il est permis d’en douter, et cela jusque dans ses derniers James Bond, même si l’on dénotait une fatigue physique visible les derniers temps. L’acteur en parle régulièrement dans son autobiographie, il fallait une condition physique irréprochable pour tenir le rythme de ces films, et l'on peut défier bien des gens de faire ce qu’il faisait durant sa période bondienne, c'est-à-dire entre 46 et 58 ans. Dans Vivre et laisser mourir, Moore bouge plutôt bien et n’hésite pas à assurer une bonne part de ses propres cascades. A 46 ans, il n’en fait que 35 ou 40 et semble porté par le jeunisme. Il conduit hors-bords et bus avec dextérité, et la mise en scène ne se prive pas de le souligner. Bien plus intéressé par la mode que ses prédécesseurs, ses tenues vestimentaires sont plus diversifiées, allant du costume et manteau noir (14) d’une élégance distinguée (à San Francisco) au costume réversible (sur l’île de Kananga), en passant par une tenue aventurière intégralement noire dans la dernière partie du film. Son James Bond est porteur d’une certaine noblesse dans la démarche et le comportement, trahissant des origines familiales socialement hautes que n’affichaient pas Connery et Lazenby, plus frustres. Plus encore, il semble répugner à la violence. Le 007 de Moore n’aime visiblement pas beaucoup se servir de son permis de tuer, même si cela ne lui pose pas de problème moral. De fait, il s’en sert à peu près autant que Sean Connery. A l’image du film qui cherche à se réinventer dans une autre catégorie que les précédents, Moore ne cherche pas à concourir dans la catégorie de Connery ni de Lazenby. Les femmes ne se retournent pas sur son passage, et son charme irrésistible est davantage celui de la douceur et de l’humour. Son James Bond n’est pas objet de fantasme, il n’est qu’épicurisme de l’occasion. Il ne cherche pas à séduire, sauf si la possibilité se présente à lui. Il ne force pas les choses, il attend. Charmeur, il laisse souvent son ego de côté et agit régulièrement comme un gentleman, du moins autant que faire se peut. Sa relation à Miss Moneypenny est symptomatique de cette approche, car au jeu de séduction cocasse et joueur animant la relation entre Sean Connery et Loïs Maxwell va par exemple se substituer une franche camaraderie entre Moore et celle-ci. Difficile de penser que Moneypenny puisse être amoureuse de ce Bond-là, ce sont plutôt de bons amis un peu canailles. Leurs joutes sont moins animées et leurs rapports surmontés d’une distance morale appréciable.

Vivre et laisser mourir va s’employer à bousculer une partie des codes de la série, afin de réorganiser cette période Moore en construction. Dans ce nouveau film, on n’y verra jamais le bureau de M, ni celui de Moneypenny. Ces derniers viendront chez Bond, un appartement que l’on ne reverra d’ailleurs plus jamais par la suite. A noter que Bernard Lee et Loïs Maxwell sont une nouvelle fois très à l’aise dans leurs prestations bien rodées. Desmond Llewelyn, alias Q, brille par contre par son absence. Unique épisode où l’on ne verra pas le personnage de Q, en tout cas jusqu’à l’arrivée de la période Daniel Craig, Vivre et laisser mourir ne pratique pas la démonstration de gadgets à utiliser en cas de contraintes. Si ce n’est une montre magnétique très utile, Bond devra compter sur ses ressources personnelles pour triompher des épreuves semées sur son chemin. Le Walther PPK, déjà en grande partie évincé du film précédent, est ici nié à l’extrême. Apparaissant notamment à l’occasion pour être détruit par Tee-Hee, l’homme de main de Kananga, il sera remplacé dans les dernières minutes par un Smith & Wesson modèle 29 (un revolver .44 Magnum), soit l’arme utilisée par l’inspecteur Harry lui-même. On ne pouvait faire plus proche comme analogie entre les genres, le tout à dessein d’américaniser un peu plus Bond, de le soumettre aux ressources de son temps et de le confronter à ses adversaires les plus directs en terme de cinéma d’action. Malgré la stature rassurante et éduquée de ce nouvel interprète, la direction artistique tente de le rendre plus retors, plus dangereux. Cela fonctionne en partie, même si le scénario ne tient pas toutes ses promesses.

Conçu comme un film d’espionnage lorgnant sur le genre policier, non sans essayer d’y introduire un peu de mystère vaudou, Vivre et laisser mourir hésite constamment dans le ton à adopter. Tour à tour rythmé, sec, serein, doux, explosif ou tout en retenue, le récit peine à renouveler son approche de la franchise avec une véritable unité de style. C’est le principal défaut du film, de vouloir tout faire et d’utiliser plusieurs genres, en ne sachant pas réellement dynamiser les choix effectués. La principale qualité du film reste d’offrir un joli moment d’évasion faisant repartir la série sur des bases différentes et libérées des contraintes antérieures. Un approximatif recommencement de la saga, une sorte de Dr. No pour Roger Moore en somme, situé en Jamaïque le temps de quelques scènes, et où du reste il inspecte consciencieusement sa chambre d’hôtel et croise le fils de Quarrel. (15) Le scénario est à ce propos moins audacieux qu’autrefois, plus pondéré et moins grandiose. Terminé le gigantisme qui faisait la marque de la série depuis plusieurs films, il faudra maintenant se contenter d’un James Bond confronté à un parrain de la drogue utilisant une femme aux pouvoirs de voyance considérables. Lisant le destin dans les cartes, la charmante et candide Solitaire est un personnage dangereux et très utile à Kananga. Apprenant l’amour dans les bras de James Bond, elle en perdra ses pouvoirs. Inutile à plus d’un titre, elle reste néanmoins la convoitise privilégiée de deux personnages sexuellement puissants (Bond et Kananga) et se disputant violemment son désir de femme. Plus creusée, cette jolie jeune personne aurait pu être un symbole de magie et de pudeur, de jeunesse et de naïveté. Il y avait de quoi constituer un maillon capital de l’intrigue en poussant un peu plus ses fameux pouvoirs. Malheureusement, son destin s’avère trivial et dépourvu d’intérêt. Un peu comme ces étranges cérémonies vaudou emmenées par un baron Samedi intrigant mais superflu, dont l’utilisation à l’écran aurait notablement été meilleure s’il elle avait été plus assumée. Magie noire, peur, superstition... Rien de tout cela dans Vivre et laisser mourir. A l’image de ce commerce illégal de drogue que Bond doit stopper à tout prix, ou encore de ce Mr. Big qui n’est en fait que Kananga déguisé, l’intrigue de cette cuvée 73 joue sur les éléments sérials, enchainant les rebondissements et insistant sur l’effet "poudre aux yeux" de ces atours mystérieux. Intéressante, cette magie ne fait que servir de couverture à une immense affaire de narcotiques. Dommage, car appréhender Bond dans un univers tourmenté par la magie et l’obscurité aurait pu devenir un atout séduisant et très original.

Malgré sa forme remise en question et ses incessants changements de cap rendant sa construction intéressante, Vivre et laisser mourir ne fait que parsemer son intrigue des éléments qui font la joie des spectateurs depuis les premiers films. Par exemple, le méchant à l’ego surdéveloppé possède une intelligence fiable et un comportement sanguin, ici sous les traits d’un Kananga libéré des contraintes d’un SPECTRE à tout jamais soldé. (16) L’interprétation de Yaphet Kotto rehausse d’un bon cran son charisme, tout en lui donnant une enveloppe effrayante et cool à la fois. Kananga, c’est le mélange des genres, une sorte de compromis entre le Largo d’Opération Tonnerre, pour l’assouvissement de sa propre puissance sexuelle sur sa protégée, et le Blofled des Diamants sont éternels, dans l’art du déguisement et de l’interprétation de ce qu’il n’est pas. Enfin, il accueille bien entendu 007 dans son antre, lui expliquant ses plans et essayant de le livrer à ses requins domestiques. Flirtant avec le ridicule, sa mort boursouflée par éclatement du corps désintégrera le sérieux de certains spectateurs. Dommage, sa sortie aurait nécessité une autre approche. Si la séquence avec les crocodiles en milieu de film est assez belle, celle avec les requins est moins intéressante. La faute en incombe à des motifs répétés jusqu’à la lie. Le bien nommé Tee-Hee, n’est que l’éternel homme de main dont la tare physique (une main d’acier en forme de pince dangereuse) lui donne une dimension inquiétante quoiqu’un peu banale. On a parfois l’impression de voir s’échelonner les passages obligés avec la régularité d’un métronome, quand ce n’est pas tout simplement convenu et ajouté à un ensemble quelque peu décousu. Témoin cette bagarre entre Bond et Tee-Hee dans un wagon de train, séquence qui arrive alors que les enjeux du film sont terminés depuis plusieurs minutes. Plus agréable que nécessaire, la scène tente de prouver que Moore peut aussi être à l’aise dans la lutte physique, comme l’était Connery, en utilisant ici un décor similaire à celui de la mythique bagarre de Bons baisers de Russie. Superficiel, même si Roger Moore s’en sort avec les honneurs, prouvant une fois de plus qu’il peut physiquement assurer le personnage à tous les niveaux de l’action.

Visuellement plus terne si l’on le compare à ses modèles antérieurs, Vivre et laisser mourir est un James Bond terrien, une aventure à hauteur d’homme, avec son calme latent et ses quelques explosions bien placées. Un film si terrien qu’il refuse d’ailleurs la moindre prouesse aérienne, allant jusqu’à confiner un petit avion au sein d’une séquence de bravoure au sol dans un aérodrome, moment plaisant mais modeste. D’une nature sobre, le film pèche naturellement lorsqu’il fonctionne sur un minimalisme trop insistant. Ainsi le pré-générique est-il de loin le plus morne jamais réalisé depuis les débuts de la franchise. On n’y voit pas James Bond, l’action préférant se concentrer sur une série de meurtres qu’il va ensuite falloir élucider. Si ce n’est le passage du vrai-faux enterrement à la Nouvelle-Orléans, inattendu et amusant de par son jeu avec la mort (même si Bond n’en n’est pas l’objet cette fois-ci), cette introduction est d’une étonnante médiocrité. Fort heureusement, l’excellent générique de Maurice Binder, érotique et enflammé, vient sortir le spectateur de sa torpeur, notamment grâce à l’inoubliable chanson de Paul McCartney et les Wings, avec son riff démentiel et sa rythmique entrée dans la légende. Assurément l’une des chansons les plus connues parmi les films de James Bond, et sans doute l’une des meilleures. (17) En l’occurrence, le changement de direction musicale adopté par le film est une réussite sur toute la ligne. Pour la première fois depuis Dr. No, John Barry est remplacé par un autre musicien, afin de remettre la tonalité de James Bond au goût du jour. Ancien producteur des Beatles, George Martin compose ici une bande originale très marquée par son temps, aux sonorités groove, assurant à ce nouvel opus une ambiance très contemporaine à l’époque de sa sortie. A la fois proche de la musique noire funky et de la musique de polar américaine, cette performance musicale donne à Bond une stature datée mais efficace, laissant à entendre un thème bondien retravaillé de fond en comble. Bien moins intemporel que le travail de John Barry qui n’avait pourtant de cesse de réadapter ses compositions, celui de George Martin entame une approche radicalement différente, quoique très enthousiasmante. Sa vision donne en tout état de cause de la force et de la modernité à une mise en scène de Guy Hamilton relativement passe-partout. Solide, son cadre reste néanmoins remarquable, quoique l’on ne sache guère s’il a apprécié ce tournant graphique et thématique. Sa présentation de New York est excellente et son approche de l’action plus immersive que sur Les Diamants sont éternels. En habile technicien chevronné, Hamilton s’efface une fois de plus derrière la personnalité de l’univers bondien, mais en souligne les nouveaux effets avec un certain panache et avant tout une bonne dose d’adresse. La poursuite en hors-bords en est un exemple pertinent, à la fois longue, rigoureusement découpée et régulièrement anthologique, finissant sur un majestueux effet pyrotechnique. Une pyrotechnie démultipliée lorsque Bond, tel un Rambo avant l’heure (18), piège l’ensemble des plantations de pavots appartenant à Kananga, pour ensuite les changer en cendres.

Empruntant une direction culturelle qui sera désormais coutumière dans le processus de confection des James Bond, Vivre et laisser mourir décide de faire de son héros un homme de son temps, rivalisant avec ses adversaires cinématographiques sur leur propre terrain, mais toujours marqué par son identité "old fashion". Jouissant d’un bon équilibre, le film demeure une très belle réussite, même si imparfaite et marquant un retrait qualitatif manifeste si l’on se réfère aux films précédents. Ce redémarrage se fait donc en bonne et due forme, avec son lot de surprises et de risques, indiquant pour Moore le début d’une longue aventure qui rencontrera à l’avenir quelques films bien plus dantesques et passionnants. L’acteur fait en tout cas son entrée dans le costume de James Bond avec fraicheur et, n’en déplaise à ses détracteurs, de façon très convaincante.

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Promotion, sortie, réception : Bond en chiffres et en dollars

La sortie du film est prévue dans les moindres détails. Vivre et laisser mourir doit frapper très fort et prouver que le changement de ton et d’acteur s’avère un bon choix. Malheureusement, ce nouveau film affronte une presse catastrophique, rappelant le déluge de mauvais jugements ayant accompagné la sortie d’Au service secret de Sa Majesté. La prestation de Roger Moore n’est pas épargnée, de même que l’ensemble du film dont la sauce, pense-t-on, ne prend pas. Parallèlement, les affiches déboulent un peu partout dans le monde, très impressionnantes et misant sur la fraicheur et l’action de ce nouveau James Bond. On y voit Moore au centre, entouré de nombreux éléments efficacement disposés tels qu’un jeu de cartes présentant divers aspects du film et en contrebas quelques éléments autour de la fameuse poursuite en hors-bords. Roger Moore est James Bond, comme l’indique la direction graphique et thématique de l’affiche. Il ne s’agit pas de reproduire les erreurs commises, certes en partie volontairement, sur les affiches et l’ensemble de la promotion d’Au service secret de Sa Majesté. Au centre encore, figure l’agent secret derrière un énorme canon tirant une gerbe de flamme. Absolument aucun aspect du film ne renvoie à cette image, mais le symbole est très fort : ce Bond-là va y aller franchement, et vous allez voir du spectacle furieux ! De là à penser que ce pseudo symbole phallique renvoie à une promotion rentre-dedans aussi basique que téméraire, il n’y a qu’un pas que l’on pourrait possiblement franchir. D’autres projets d’affiches, plus discrets, s’articulent conceptuellement autour du jeu de cartes, inclinant et opposant les figures. L’idée s’accorde à la perfection avec le souci de jeu permanent entretenu par le personnage depuis toujours. Reste les bandes-annonces tonitruantes et centrées sur l’action très "polar" du film, renforçant son impact en provoquant un amusant jeu de mots autour du nouvel acteur : « More thrills, more girls, more action... Much more, Roger Moore ! » Les deux producteurs y croient, le suspense est à son comble quant au potentiel commercial de ce nouveau James Bond. D’autant que Roger Moore n’est définitivement pas très rassuré.

Même si tout a été prévu pour ne pas reproduire la relative contre-performance de l’opus avec George Lazenby aux USA, l’incertitude plane. Le public américain saura-t-il apprécier Roger Moore, ce même public qui avait suivi Sean Connery avec un enthousiasme démentiel, y compris durant son éphémère retour en 1971 ? Ce pays est le premier à accueillir le film sur ses écrans le 27 juin 1973, et les premiers résultats rassurent tout le monde, c’est un très gros succès immédiat. Vivre et laisser mourir reste plusieurs semaines dans le peloton de tête du box-office et finit par rapporter 35,3 millions de dollars au total. C’est moins que pour Les Diamants sont éternels, et l’on sent que Sean Connery manque un peu, mais cela reste une très belle performance, classant le film parmi les plus gros succès de l’année sur le territoire. Le reste du monde réserve aussi un accueil triomphal à cette cuvée 73, rehaussant expressément le succès du film. Ainsi l’Angleterre offre-t-elle un véritable piédestal au film dès le 5 juillet 1973, le public s’engouffrant dans les salles avec joie. L’Europe entière semble comblée par la présence de Roger Moore, cette star de la TV dont les séries ont visiblement laissé de solides souvenirs en chacun des spectateurs. La chanson de Paul McCartney plane sans cesse sur les ondes, bénéficiant d’une extraordinaire popularité (elle reste d’ailleurs l’un des standards du chanteur) et participant activement à la promotion d’ensemble. Le 19 décembre, l’Allemagne sent à nouveau déferler la Bondmania, avec pas moins de 6 000 000 d’entrées pour le film et une 4ème place au top de l’année. Ce sont donc 500 000 entrées de mieux que pour l’épisode précédent, mais une place plus bas dans le classement, la faute en incombant à une année assez forte en termes de succès cinématographiques. Le 21 décembre, c’est au tour de la France de donner son impulsion, pays qui avait réservé un bon accueil aux deux derniers films (avec un net avantage pour Les Diamants sont éternels) mais ne déclenchant pas non l’hystérie. Alors qu’Amicalement vôtre est encore diffusé à la TV française avec le succès culte qu’on lui connait, et que Le Saint reste dans toutes les mémoires, Vivre et laisser mourir possède d’ores et déjà un robuste vivier de spectateurs. Décollage immédiat et remplissage de salles assuré, le film repassant enfin la barre symbolique des 3 000 000 d’entrées (avec 3 053 913 entrées pour être précis). 6ème de l’année, c'est-à-dire avec six places de mieux que pour le dernier Sean Connery, ce James Bond semble convaincre les foules. Nous sommes loin des résultats sidérants de l’époque dorée incarnée par Goldfinger ou Opération Tonnerre, mais tout au moins dans une enthousiasmante dynamique de remontée. Il s’agit du plus gros succès de l’année pour l’Hexagone qui ne soit pas une comédie pure et dure, puisqu’il n’est battu que par Les Aventures de Rabbi Jacob de Gérard Oury (1er), Mon nom est personne de Tonino Valerii (2ème), Mais où est donc passée la 7ème compagnie ? de Robert Lamoureux (3ème), Le Grand bazar de Claude Zidi (4ème) et L’Emmerdeur d’Edouard Molinaro (5ème). Au niveau mondial, la victoire de Vivre et laisser mourir est sans appel, le film récoltant 161,8 millions de dollars (19), signant rien de moins que la meilleure performance commerciale de la saga depuis Opération Tonnerre (20), et surpassant donc très nettement l’imposant triomphe des Diamants sont éternels. Un miracle argueront certains. Et ils ont raison, car après plus de dix années d’existence James Bond reste non seulement une valeur sûre toujours auréolée de succès, mais aussi l’incarnation du top niveau au box-office. Roger Moore est heureux, le monde ne pouvait lui faire meilleure déclaration d’amour que cet accueil des plus chaleureux. Aucune raison pour les producteurs de regretter Sean Connery, il va donc falloir renouveler cela très prochainement.

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(1) Sean Connery est parti, refusant au passage l’offre mirobolante de la United Artists, à savoir un salaire de 5 millions de dollars.

(2) Amicalement vôtre a remporté un immense succès auprès des téléspectateurs, et cela dès sa première diffusion en 1971-72. La France, l’Angleterre, l’Australie... On ne compte plus les pays à avoir fait un triomphe au duo Roger Moore / Tony Curtis. Devenue rapidement culte, la série a néanmoins vu son avenir se rompre lorsque son succès s’est démenti aux USA. Mal diffusée à l’époque en Amérique du Nord, elle a connu l’échec et mit fin à une hypothétique saison 2. Le départ de Roger Moore pour d’autres horizons bondiens a balayé les derniers espoirs de continuer la série.

(3) Roger Moore fréquentait le même club qu’Albert R. Brocoli et Harry Saltzman. De plus, ils se fréquentaient en privé, dans leurs propriétés, le plus souvent en familles.

(4) Simon Templar est le héros de la série TV Le Saint.

(5) Brett Sinclair est l’un des deux héros (avec Danny Wilde) de la série Amicalement vôtre.

(6) Jane Seymour est la future héroïne de la série TV Docteur Quinn, femme médecin (6 saisons entre 1993 et 1998).

(7) La totalité des données financières présentes sur cette page est tirée des sources officielles de la MGM et de la United Artists.

(8) Le panneau indiquant « Treaspassers will be eaten » (Les intrus seront mangés) aperçu dans le film est en réalité l’un des véritables panneaux indicatifs entourant la propriété de l’éleveur.

(9) Felix Leiter est ici interprété par David Hedison. Il reprendra le rôle dans le film Permis de tuer en 1989.

(10) La blaxploitation est un mouvement cinématographique afro-américain né au début des années 1970, et disparu en fin de décennie. Destiné à promouvoir l’image du héros noir cool, détendu et au verbe inélégant, cette période affirme une appartenance à la rue et fait du personnage noir un contretype parfait au héros blanc traditionnel. Parmi les films emblématiques de cette époque, notons Shaft de Gordon Parks (1971), Coffy de Jack Hill (1973), Truck Turner de Jonathan Kaplan (1974)... On peut y apprécier des acteurs divers comme Yaphet Kotto, Pam Grier ou Isaac Hayes, figures emblématiques du genre.

(11) Le James Bond de Roger Moore reprendra cependant la cigarette et le Vodka-Martini dans L’Espion qui m’aimait en 1977.

(12) Roger Moore est bien plus tard devenu l’un des ambassadeurs principaux de l’UNICEF, rôle qu’il raconte avec passion et une belle grandeur d’âme dans son autobiographie. Il considère d’ailleurs qu’il s’agit de la plus belle chose qu’il eut pu faire dans sa carrière.

(13) Il s’agit d’un faux procès régulièrement intenté à Roger Moore, car chaque acteur a toujours fait le maximum de ce qu’il pouvait au niveau des séquences d’action. Cela dit, le niveau de la saga est tel qu’il fallait une armée de cascadeurs pour concrétiser les attentes autour de la confection des films. Et d’une certaine façon, il est illusoire de penser que Moore en faisait moins que Connery, Lazenby, Dalton, Brosnan ou Craig. Ces derniers, tout comme lui, doivent très souvent faire appel à une doublure pour assurer les péripéties les plus invraisemblables.

(14) Très fan de Vivre et laisser mourir, Daniel Craig n’hésite d’ailleurs pas à porter la même tenue dans les dernières minutes de Quantum of solace en 2008 et une partie de Skyfall en 2012.

(15) Quarrel était un personnage important du film Dr. No en 1962. Il aidait James Bond dans son enquête, avant de trouver la mort sur l’île de Crab Key. La présence de son fils dans Vivre et laisser mourir constitue un évident clin d’œil au film fondateur.

(16) Après Les Diamants sont éternels, le SPECTRE ne reviendra plus jamais dans la saga James Bond. Kananga représente le premier de ces nouveaux méchants indépendants (mais marqués par les codes habituels) que la saga enfantera désormais.

(17) La chanson Live and Let Die de Paul McCartney et les Wings sera nommée à l’Oscar de la meilleure chanson.

(18) Notons que la disposition d’explosifs autour d’un camp (avant de procéder à son attaque) est un motif que l’on retrouvera largement dans toute une frange du cinéma d’action américain des années 1980, de Portés disparus de Joseph Zito (1984) à Rambo III de Peter MacDonald (1988), en passant par Commando de Mark L. Lester (1985). De là à penser que le James Bond de Roger Moore en est l’un des premiers avatars, il n’y a pas grande distance.

(19) En dollars constants, c'est-à-dire en recalculant le box-office du film au cours du dollar de l’année 2012, le film aurait rapporté 826,01 millions de dollars, soit autant voire davantage qu’un blockbuster actuel. Calcul effectué par le Cost of living calculator de l’American Institute for Economic Research.

(20) Si l’on regarde chaque résultat obtenu par les James Bond au cinéma en prenant en compte l’inflation, le succès de Vivre et laisser mourir reste encore aujourd’hui l’un des plus importants succès de l’histoire de la saga.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

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Par Julien Léonard - le 14 décembre 2012