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Critique de film
Le film

L'Homme au pistolet d'or

(The man with the golden gun)

Partenariat

L'histoire

En Thaïlande, James Bond recherche le tueur à gages le plus efficace et le plus cruel qui soit, l'impitoyable Francisco Scaramanga, l'homme au pistolet d'or. Mais cette traque va concentrer davantage d’enjeux que prévus et confronter les deux hommes dans une lutte à mort...

Analyse et critique


La brute, le tueur et le karaté

Vivre et laisser mourir a dépassé les espérances des producteurs en obtenant un succès public démesuré, plus important encore que pour le dernier opus avec Sean Connery. Roger Moore est donc désormais le nouveau James Bond, adoubé par une immense popularité. La production de L’Homme au pistolet d’or est rapidement lancée, afin de profiter de l’engouement pour cette nouvelle orientation dans la saga. Plus sobre, moins faste, mais tout aussi luxueuse et respectant davantage la forme du thriller, la saga James Bond est devenue un peu plus simple à préparer. La sortie est donc programmée pour décembre 1974, soit une année seulement après la sortie de Vivre et laisser mourir. Ce passage à la vitesse supérieure sera-t-il payant ? En outre, les relations entre Albert R. Broccoli et Harry Saltzman se détériorent depuis peu. Saltzman commence à se lasser de la franchise, mais surtout, il est de plus en plus acculé par les dettes. Producteur de plusieurs films non bondiens durant ces dernières années (1), et investisseur dans de nombreux domaines (dont une marque de saucisses), l’homme n’a pu gérer les nombreux dépassements financiers qu’il a rencontrés et rembourser les prêts demandés. La situation est critique pour lui et pour sa famille. Miné par la santé déclinante de sa femme pour qui il nourrit un amour immodéré, il est de plus en plus en position de devoir revendre ses parts de la société Eon Productions. Plus sage, et peu obnubilé par le sentiment de réussite à tous les niveaux que doit porter son partenaire, Broccoli n’est pas dans la même situation : prudent, presque uniquement concentré sur les James Bond (2), il a su garder son enthousiasme face à la franchise et ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Ami avec les deux hommes, Roger Moore se retrouve donc coincé entre les deux susceptibilités et doit entamer un tournage sous des auspices contrariées.

Avec son budget arrêté à 13 millions de dollars (3), le tournage de L’Homme au pistolet d’or débute le 18 avril 1974 et se termine le 23 août de la même année. Christopher Lee doit jouer le méchant en titre, Francisco Scaramanga, le fameux homme au pistolet d’or. Il s’entend particulièrement bien avec Roger Moore qui, selon ses habitudes, le régale de ses facéties. Blagueur, farceur, éternel boute-en-train sur chacun de ses tournages, Roger Moore est très en forme. Et si la situation des deux producteurs inquiète un peu l’équipe, leur travail n’en demeure pas moins exécuté dans la bonne humeur. Maud Adams et Britt Ekland viennent "glamouriser" un peu le tournage, victimes des plaisanteries de Moore et d’Hervé Villechaize, acteur de petite taille aussi entreprenant que détendu. Les conditions sur l’île de Scaramanga sont spartiates, bien loin du luxe fleurissant à l’écran : les acteurs doivent se contenter du minimum syndical et d’une nourriture fort simple. Ce qui fera dire à Roger Moore qu’il pouvait sans problème prendre sa douche, faire ses besoins et se laver les dents en même temps au vu des conditions d’hygiène à disposition de l’équipe. De son côté, le spécialiste des cascades automobiles W. J. Milligan Jr. prépare un saut de voiture en spirale, d’un bout à l’autre d’une rive. Plusieurs mois de préparation, incluant de la mécanique et des calculs physiques, sont nécessaires pour la réaliser et la mettre en boîte. La scène sera réussie et emballée en une seule prise, bien qu’elle fut filmée sous tous les angles possibles grâce à six caméras. Un tournage luxueux, de Hong Kong à la Thaïlande, et qui se clôt comme à son habitude dans les studios de Pinewood, malgré quelques tensions, alors que Broccoli et Saltzman s’apprêtent à se séparer. Le film sera quant à lui promis à son habituel succès, du moins le pense-t-on.

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Duel au soleil

Si L'Homme au pistolet d'or a fait date dans la saga, c'est avant toute chose pour le relatif essoufflement de la formule bondienne que le film donne à ressentir. Reprenant une partie de ce qui avait fait le succès de Vivre et laisser mourir, cette nouvelle aventure tente le minimalisme à outrance, ce qui dessert malheureusement souvent son ensemble, surtout du point de vue rythmique. En effet, la cuvée 74 concentre ses efforts sur le scénario, maximalisant les effets autour du face à face intime entre James Bond et le méchant, Francisco Scaramanga. Une bonne idée en soi, mais qui ne privilégie pas les habituels motifs concourant à la réussite d'un épisode de la série. Car encore aujourd'hui, L'Homme au pistolet d'or demeure sans conteste le plus calme et le plus mou des James Bond, bien que n'étant absolument pas son plus faible représentant. Car fort heureusement, le film sait distiller son lot de séquences originales, visuellement impressionnantes et procéder à de purs moments de mystère. Mystérieux est par ailleurs bien le mot qui convient à cette neuvième mission de 007 au cinéma, de par son allure favorisant de beaux paysages exotiques inattendus et une poignée de séquences installant un climax d'attente et de tension. Traversé par de pesants défauts, L'Homme au pistolet d'or est en quelque sorte le deuxième et dernier volet d'un diptyque informel ascétique entamé avec Vivre et laisser mourir, et dans lequel Roger Moore ne s'approprie pas encore totalement le personnage comme ce sera bien davantage le cas dès l'épisode suivant, le mythique L'Espion qui m'aimait. Tout comme l'opus précédent, celui-ci reprend une gestion de l'action plutôt sèche, une pyrotechnie modérée mais efficace, et une structure narrative très proche du thriller. Vivre et laisser mourir laissait un peu de côté les décors démesurés (y compris concernant l'antre du méchant, plus sage qu'à l'accoutumée) et insistait sur l'action, le rythme d'une seconde partie de film endiablée et la concordance avec la blaxploitation (4), ainsi qu'avec le courant policier américain sévissant sur les écrans de cinéma en cette première moitié des années 1970. A l'inverse, L'Homme au pistolet d'or laisse de côté l'enchainement kilométrique de l'action pour resserrer son ambiance autour de beaux décors luxueux et d'un très bon scénario mettant 007 dans une position étonnante et singulière, tout en axant une partie du film sur les arts martiaux. (5) Aussi inégaux l'un que l'autre, et aussi versatiles dans leur propension à aborder plusieurs influences au sein d'un même récit, ils restent - il faut néanmoins l'avouer - de très solides divertissements bondiens qui, surtout pour L'Homme au pistolet d'or, vieillissent assez bien avec le temps.

Menacé de mort par un tueur professionnel ne travaillant que pour son propre compte, James Bond doit tout faire pour retrouver sa trace et remonter jusqu'à son repaire secret, situé dans la baie de Phang Nga, dans la mer d'Andaman (au sud de la Thaïlande). L'affrontement est relativement intimiste et laisse percevoir un fort potentiel dramatique. Le scénario de Tom Mankiewicz est cependant jugé peu fiable et surtout pas assez bondien. Richard Maibaum ajoutera donc une teneur d'espionnage très prégnante, quoique futile dans un récit qui s'en serait fort bien passé. Il inscrit de fait une nouvelle fois James Bond dans l'actualité, le mettant à la poursuite de l'agitateur Sol-X, sorte de MacGuffin rappelant ceux utilisés par Alfred Hitchcock dans certains de ses films (6), et convoquant la crise pétrolière de 1973. (7) En effet, la crise de l'énergie pousse certains pays développés à mettre au point de nouvelles technologies, pensant bien évidemment au potentiel solaire. James Bond est donc plus que jamais un héros de la pertinence au sein des évènements mondiaux, en dépit du caractère très personnel que va prendre sa confrontation avec Scaramanga. Incarné par l'illustre Christopher Lee (8), Scaramanga est l'envers de Bond, une version diabolique et sadique du personnage. Partageant avec lui le goût du jeu et du hasard, de la confrontation et de l'adrénaline, il n'en reste pas moins un homme pervers et sexuellement détraqué, si l'on en croit la relation charnelle qu'il entretient avec Andrea Anders (la séduisante Maud Adams). Son pistolet en or, gadget d'un enfant qui est naturellement attiré par tout ce qui brille, est le prolongement phallique de ses obsessions dominatrices malsaines. Ce qui n'est absolument pas le cas pour Bond, dont le pistolet discret qu'il possède n'a jamais rien voulu traduire dans cette optique-là. Bond n'a guère besoin de cela pour affirmer sa puissance et son plaisir épicurien vis-à-vis de toute chose, il est homme de goût et charmeur, mentalement solide et moralement stable. Scaramanga est à l'inverse un être ignoble, quoique calme et détendu la plupart du temps. Sûr de lui, il manque en tout état de cause d'éducation et d'instruction. D'un abord délicat et intelligent, il n'est en vérité que l'enveloppe vieillissante d'un petit garçon qui n'a guère grandi. L'évolution de sa maturité a cessé d'être dès lors qu'il a tué un homme qui avait violemment assassiné l'éléphant de cirque avec lequel il était ami. Son histoire à ce propos est d'ailleurs particulièrement éloquente, et surtout fondatrice de tout son être. Son fameux troisième téton sur le torse, symbole de virilité exagérée, dévoile ici son anormalité psychologique, ainsi que le caractère dominateur incontrôlé qui l’enflamme. Isolé sur son île avec la certitude d'être le meilleur tireur du monde, il n'est entouré que d'une femme assujettie à son bon plaisir et d'un nain qui lui tient lieu de bras droit. Le petit garçon qu'il est ne peut se lier qu'avec cet homme dont le corps n'a pas grandi. Tare mentale ou tare physique, telle est la punition pour ceux qui ont souhaité conserver la candeur de leurs débuts dans ce monde impitoyable.

Scaramanga tue comme un homme, dans un monde d'hommes, mais ne vit que parmi les jeux enfantins avec ses réflexes d'enfant. Il se mesure à quiconque voudra le tuer (visiblement des tueurs payés indirectement par lui-même pour l'éliminer), dans sa base secrète, au sein d'un jeu labyrinthique géant dont la seule double fonction est de l'entraîner autant que l'amuser. Ainsi les gangsters et autres cowboys d'opérette se côtoient-ils parmi les squelettes de foire et les salles obscures recelant de chausse-trappes et d'illusions d'optiques. Passages sombres entourés de halos lumineux trompeurs, miroirs disposés de telle façon que la répétition d'une silhouette se projette à l'infini... Le terrain de jeu de Scaramanga n'est que déstructuration du réel, destruction de la logique, tout en imposant de nouvelles règles, les siennes, grotesques et illusoires. Le seul gagnant de ce jeu ne peut en fin de compte être que lui-même, habitué à parcourir ces sinueux espaces tronqués, détenteur de chaque secret en définissant la structure. Le film s'ouvre sur un pré-générique entièrement dévolu à cet espace que l'on retrouvera dans les dernières minutes du récit. Un criminel, visiblement tireur émérite, y est sacrifié sur l'autel de la vanité. On nous y présente le décor de fond en comble et la future cible, le participant ultime de cette maison mortuaire : James Bond, par le biais d'une statue de cire bientôt estropiée par Scaramanga. La grande bataille d'égo tant promise par le film y aura donc bien lieu, entre Bond et lui. Il semble donc que Scaramanga ait un profond respect pour 007, il le juge d'ailleurs le seul digne de lui tenir tête. Il eut pourtant pu l'éliminer facilement, d'une fenêtre à Hong-Kong (comme on peut l'observer dans le film), mais préfère lui offrir sa totale présence et un tête-à-tête mortel plus séduisant à son goût. Ce méchant bondien n'est pas mu par la réussite d'un projet de mort à échelle planétaire, c'est un joueur, purement et simplement. Un joueur discipliné, avec son règlement et ses principes, aussi étonnant fussent-ils. Il aime tuer par esprit sportif et n'a aucun cas de conscience. La vie et la mort sont deux choses immuables, mêlées l'une l'autre au sein d'une fête dérisoire, où s'agitent les pantins et les faux coups de feu. Faux coups de feu, vrais coups de feu, calmez-vous et détendez-vous, tout ceci n'est qu'un jeu, tout ceci n'est que la mort. Du reste, l'énergie solaire qu'il possède dans son antre ne semble pas attiser son intérêt pour la science. Comme il l'indique lui-même, il ne sait pas comment son immense installation fonctionne, ni comment tout ceci concentre ensuite de l'énergie. Il s'en contrefiche, comme de tout ce qui n'est pas un jeu pour lui. Et inversement, semble ressortir sa personnalité d'enfant dès l'instant où il manipule les effets de cette science, en inclinant le canon laser qu'il prend tant de plaisir à utiliser pour détruire le petit avion avec lequel Bond est venu jusqu'à lui. Un gamin qui ne prend du plaisir que lorsqu'il joue à des jeux de petit garçon, et où les armes factices en plastique ont fait place à de vraies balles, mais aussi à une technologie de pointe. Elément remarqué que l’on retrouve avec le cocasse décollage de sa voiture-avion, un véhicule hautement improbable mais s’inscrivant parfaitement dans son goût pour la bagatelle infantile.

Face à lui, et sans doute pour l'une des rares fois sous l'ère Roger Moore, James Bond est assez énervé. Froid, méthodique, le 007 de Moore s'est endurci depuis son aventure précédente. Son humour léger et ses attitudes d'aristocrate éduqué sont bien présents, mais sa façon d'aborder cette mission d'un caractère personnel tranche avec ses habitudes. Bond est ici redevenu un peu plus sévère, n'hésitant pas à tordre le bras d'une femme pour lui extorquer des informations. Roger Moore n'a visiblement pas apprécié ce qu'on lui a demandé de faire sur ce film concernant le personnage de Bond, à savoir le rendre plus brutal, plus proche de certaines attitudes que Sean Connery n'aurait pas reniées. Cela fonctionne, mais l'identité apportée par Moore s'en trouve en partie amenuisée. Jouisseur sans finitude et plaisantin du macabre à l'occasion, Bond est ici en face de son contraire, d'où la posture plus rigide qu'il arbore. Certes il s'est déjà joué de la mort, s'en est moqué, a plusieurs fois mis en scène sa propre disparition, mais inversement il ne connait que trop bien cet aspect-là de la vie pour ne pas s'en méfier. Après tout, en dépit de toutes ses farces potaches, la mort ne l'a-t-il pas durement éprouvé en lui retirant ce qu'il avait de plus cher, sa femme tendrement aimée ? Tuer est un métier, et il est parfois plus facile de le faire que de ne pas le faire. De fait, Bond n'a jamais tué pour le plaisir, contrairement à Scaramanga. Là est toute leur irréconciliable différence. Le James Bond de Roger Moore est tout particulièrement un tueur de l'occasion, il n’élimine que par contrainte, plus encore que Sean Connery et George Lazenby. Le voir menacer Scaramanga dans la dernière partie du film, en lui déclarant qu'il se fera violence pour l'assassiner froidement (laissant clairement entendre qu'il y prendra plaisir), prend une saveur inattendue dans la bouche d'un acteur que l'on a toujours connu plus doux et bien moins violent. Car parallèlement, son Bond reste ce séducteur impénitent, capable de faire l'amour à une femme en laissant sa précédente conquête dans une armoire durant toute la nuit. Il s'agit sans aucun doute de l'un des comportements les plus socialement régressifs de la saga entière concernant la question de la femme. Objet pur n'ayant pour fonction que de promener son physique parfait, la Bond girl aura rarement autant brillé par la totale absence de son utilité dans le récit. Si le personnage de Maud Adams s'avère tout au moins tragique et douloureux (et totalement abandonné par la chance), celui incarné par Britt Ekland s’avère scandaleux. Good Night n'est qu'une superbe blonde sans saveur, un point creux du scénario, inepte et destiné au bon plaisir des yeux du spectateur mâle. Pire, elle entrave la mission de Bond, en manipulant une console sans y porter attention, avec son postérieur. Il semble que, sorti de son maillot de bain, il  ne reste absolument rien de ce personnage voué à l'inexistence totale. Dommage, Britt Ekland étant une très belle femme, probablement parmi les plus belles de la période Moore.

L'Homme au pistolet d'or propose donc un affrontement au sommet, entre un Christopher Lee impérial et un Roger Moore plus tendu que d'ordinaire. Ce faux duel au soleil, puisqu'en majeure partie situé dans la pénombre, oppose deux conceptions du métier de tueur, deux méthodes radicalement différentes. Car sous ses dehors d'enfant ébahi par les gadgets et les belles voitures, James Bond est un homme, un vrai, avec toute la gravité que cela demande parfois. Pour gagner, il lui faut contourner l'univers de Scaramanga, contourner le jeu, gagner les coulisses et surpasser son adversaire par la surprise. Ces échafaudages sans fin que Bond pratique afin de sortir des apparences représentent finalement un lien brut et élémentaire avec la réalité. Des tiges métalliques froides desquelles Bond perd son Walther PPK l'espace de quelques minutes, celui-ci tombant là où jamais un enfant n'irait : le noir absolu. Il faut remarquer à quel point le film devient elliptique par la suite, montrant James Bond tuer Scaramanga en occupant une place à laquelle nous ne l'avions pas vu se glisser, celle du mannequin en cire précédemment amoché par son ennemi. En pénétrant dans les ténèbres présents au niveau des échafaudages, Bond a pénétré dans les ténèbres du scénario, là où personne, pas même le scénariste ou le public, ne peuvent le suivre. D'où la présence d'une ellipse bien commode mais nécessaire à l'apparence de dieu tout puissant du héros. En incarnant cette ancienne figure de cire, Bond donne vie aux illusions et rend adulte un jeu au départ enfantin. Il tue donc Scaramanga en détournant les codes de son terrain de jeu, en l'entrainant fatalement dans le monde des adultes, tricheurs et truqueurs, et par conséquent dans la mort. La suite sera bien plus fonctionnelle, avec la récupération du Sol-X et la fuite de l'île explosant de toute part. Une dernière courte scène viendra toutefois percuter le film de sa maladresse, confrontant Bond à Nick-Nack, le serviteur nain de Scaramanga. Jusqu'ici très attaché à son maître, ce petit serviteur aussi bien maître d'hôtel que cuisinier, ou encore associé dans le crime, décide de venger la perte de celui qui représentait tout son univers. Inutile de revenir en détails sur la bagarre en question, tant elle apparait aussi grossière que ridicule. Cela étant, voir Roger Moore tenter d'attraper ce petit homme en écartant tous les projectiles qu'il lui envoie possède une certaine force comique.

Le problème de L'Homme au pistolet d'or provient surtout de sa rythmique faible, pour ne pas dire anémique. Les scènes d'action sont fort peu nombreuses, et pour la première fois dans l'histoire de la saga Bond ralentit la cadence de ses péripéties. Celles-ci sont en outre souvent trop sages, peut-être même un peu paresseuses. La course en bateaux est bien trop pondérée et fait bien pâle figure comparée à la longue scène en hors-bords de Vivre et laisser mourir. La lutte avec les sumos est d'un mauvais goût confondant, et les démonstrations de karaté trop douces. Moore a beau faire tout ce qu'il peut, il n'est pas très à l'aise avec cet art martial, et donc bien trop lent. Voulant singer Bruce Lee, le film patine et ne réussit qu'à affadir ses morceaux de bravoure. Cependant, une superbe bagarre dans une loge de cabaret en début de film vient rehausser le niveau, solidement filmée par un Guy Hamilton répétant la formule qu'il avait déjà utilisée dans Les Diamants sont éternels. (9) Disposant cette fois-ci de plus d'espace que dans l'ascenseur du film susnommé, il prolonge son approche stylée, soutenue par un montage discret et maximalisée par une caméra mobile au plus près de ses acteurs. Il fluidifie les coups et donne à la séquence un aspect original, très différent des bagarres découpées par l'exceptionnel montage de Peter Hunt durant l'époque Sean Connery ou celui de John Glen durant Au service secret de Sa Majesté avec George Lazenby. Reste aussi une très bonne poursuite en automobiles (10), comportant quelques belles cascades dans les rues de Bangkok et soulignée par une réalisation un peu plus immersive qu'habituellement chez Hamilton. Efficace, elle reste assurément la plus belle séquence d'action du film, et de loin. En outre, elle est clôturée par une cascade rentrée depuis dans la légende, un tonneau aérien sur 360° d'une rive à l'autre de la rivière présentée dans le film. Cette belle scène filmée en un seul plan est malheureusement entachée par une maladroite trouvaille musicale de John Barry (un comble quand on connait son talent sans limite), soulignant la retournée du véhicule et lui donnant un aspect comique mal venu. Malgré tout, la beauté de la cascade est telle qu'elle perdure encore de nos jours comme un modèle de prouesse jamais revu depuis. Quoi qu'il en soit, tout ceci forme un ensemble peu conséquent pour deux bonnes heures de film.

Intéressante, l'intrigue est néanmoins modeste. Il faut tout le charisme de ses têtes d'affiches masculines pour parvenir à faire durer les enjeux. Roger Moore semble constamment hésiter entre fermeté et légèreté, signe d'une direction d'acteurs elle-même embarrassée. Guy Hamilton n'a visiblement pas réellement saisi la teneur profonde de son nouvel interprète, et si cela passait sans problème dans le film précédent (plus lumineux), ce n'est pas le cas pour ce nouvel épisode. Moore semble légèrement engoncé dans un costume qu'il ne peut pas encore porter comme il le souhaite. Sa performance reste très convaincante et agréable, mais on sent qu'il pourrait (devrait) se lâcher davantage. La liberté de ses choix n'est heureusement désormais plus très loin. Christopher Lee s'en sort bien lui aussi, malgré une apparence de Dracula technologisé parfois trop visible. Il semble en tout cas y prendre beaucoup de plaisir, notamment quand il monte petit bout par petit bout son fameux pistolet d'or, arme unique dont le projectile ne rate jamais sa cible. Quant aux acteurs secondaires, ils remplissent convenablement leur office, même si le cœur n'y est pas tout le temps. Soon-Tek Oh n'est qu'un policier asiatique sans grande envergure. Quant à Clifton James, il est de retour dans le rôle du bedonnant et bêtement raciste shérif J. W. Pepper. Très amusant dans Vivre et laisser mourir, sa visite à Bangkok, en villégiature avec sa femme, passe moins bien l'épreuve du temps dans ce film. Son retour n'était pas nécessaire, de même que son association à Bond dans la meilleure scène d'action du film (la fameuse poursuite automobile) qui en gâche à vrai dire un peu le concept. La galerie bondienne habituelle répond présent, avec le retour de Q (11) et son laboratoire fou (ici assez discret en fin de compte), ainsi que de Miss Moneypenny et son solide sens de la répartie. Enfin, M semble plus énervé dans cet épisode, sous tension dirons-nous, et un peu expéditif dans son rapport à Q.

Le réalisateur Guy Hamilton nous gratifie d'un bel ouvrage pour la quatrième et dernière fois concernant un James Bond. Plus élégante que sur Vivre et laisser mourir, sa caméra offre une charte visuelle plus soignée, aidée en ces lieux par une photographie aux tons appuyés : les couleurs chaudes et les nuits bien noires sont pour beaucoup dans la réussite plastique du film. Le Hong-Kong nocturne de L’Homme au pistolet d’or tranche énormément avec le Tokyo gavé de néons et incessamment bruyant d'On ne vit que deux fois, ou encore avec le Las Vegas aux poétiques crépitements lumineux des Diamants sont éternels. Sinistre, Hong-Kong est ici la ville des vices cachés et du mystère meurtrier, comme en témoigne également cette superbe scène dans laquelle 007 est embarqué à bord d'un bateau afin de rejoindre son QG. Soutenu par l'énigmatique et oppressante partition de John Barry, cette balade noctambule aux abords de Hong-Kong, avec ses lumières dans le lointain et sa noirceur d'encre, est un précieux mélange de suspense dramatique, de surprise et d'apesanteur. Force est d'ailleurs de constater que les instants où le personnage voyage sont de purs moments de délice. Il suffit pour s'en convaincre d'apprécier l'arrivée de Bond à Hong-Kong, avec la formidable carcasse échouée du RMS Queen Elizabeth près de la zone portuaire. (12) Un grand moment presque égalé par l'arrivée de Bond en hydravion dans l'île de Scaramanga, dont la surprenante géographie prenant place au sein de la baie de Phang Nga (une pépite naturelle) est l'un des atouts majeurs de L'Homme au pistolet d'or. Et là encore, Barry exécute un travail brillant donnant du souffle aux quelques images majestueuses qui se succèdent. Les décors conçus à Pinewood afin de faire corps avec l'histoire se marient d'ailleurs idéalement bien avec les décors naturels présents dans le film. Nous retiendrons tout spécialement le QG temporaire de M, censé se situer dans l'épave du RMS Queen Elizabeth, avec ses couloirs inclinés et ses pièces déstabilisées, tandis que de nouveaux sols fraichement construits permettent aux personnages de tenir debout sans mal. Un beau décor bigarré, presque expressionniste, auquel répond l'antre de Scaramanga, mélange de luxe (les pièces à vivre) et de bizarrerie fantasque (le terrain de jeu destiné aux duels à mort).

Cité depuis quelques lignes déjà, John Barry revient après une absence ponctuelle sur Vivre et laisser mourir. Ce qui s'en ressent immédiatement sur l'ambiance musicale du film, bien moins groove et datée que celle précédemment conçue par George Martin. Barry ne signe pas un chef-d'œuvre de la musique de film, loin s'en faut, et c'est bien la première fois que cela lui arrive depuis qu'il participe étroitement à la saga. (13) Néanmoins, il est nécessaire d'exprimer à quel point son talent est encore présent sur de nombreuses scènes. S'il gâche en partie la fameuse cascade automobile aérienne du film, il se rattrape sur beaucoup d'autres moments, dont ceux pointés un peu plus haut. C'est bien entendu toujours un plaisir d'entendre ses nouvelles compositions, ainsi que la manière dont il réinvente sans cesse le thème bondien. (14) Visiblement lassé et peu inspiré par cette aventure, il parvient tout de même à lui donner de la consistance et de jolis moments. Un peu comme la chanson de Lulu, très sympathique et savamment rythmée, mais en deçà de la qualité des chansons habituellement composées pour la saga. Il suffit de comparer cette plage d'un peu moins de trois minutes avec la fameuse chanson de Paul McCartney et les Wings sur Vivre et laisser mourir pour en prendre conscience. Maurice Binder est par contre toujours en grande forme, même si lui aussi compose des "tableaux" un peu plus minimalistes.

Victime d'une enveloppe plus élégante que tonitruante, et où l'équilibre est donc en partie rompu, L'Homme au pistolet d'or est autant aux antipodes de Vivre et laisser mourir qu'il est son reflet dans les ambitions artistiques plus mesurées de ses auteurs. Solide et régulièrement passionnant, il n'en demeure pas moins inférieur au niveau auquel la saga nous avait habitués à ce jour. Proche de l'actualité culturelle et géopolitique d'alors, sa forme de thriller raffiné a cependant quelque-peu banalisé la formule bondienne. Si 007 veut rester au sommet, il va lui falloir revoir ses positions et trouver le moyen de redevenir cette icône du divertissement retentissant et totalement invraisemblable qu'il était il y a encore trois ans. Cette parenthèse stylistique illustrant les débuts prometteurs de Roger Moore a fait son temps : place à la démesure.

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Promotion, sortie, réception : Bond en chiffres et en dollars

La promotion de L’Homme au pistolet d’or gravite autour des procédés utilisés durant la sortie de Vivre et laisser mourir. Il s’agit de vendre une nouvelle fois ce James Bond plus modéré, moins tapageur, mais détendu et souvent amusant. Les affiches font la part belle aux couleurs chaudes. Sur l’une d’entre elles, on y voit 007 en compagnie des deux magnifiques créatures féminines du film, l’ensemble brille d’un éclat ensoleillé. En haut, on y présente quelques méchants symboliques du passé de l’agent secret, tels que Goldfinger ou Blofeld, tout en prévenant que le nouveau risque d’être à la hauteur du mythe. On sait très bien que Bond en sortira victorieux, mais là est le génie de la saga, de parvenir à vendre continuellement son héros aux prises avec un nouveau danger mortel. L’affiche principale est plus impressionnante, calquée sur le principe de celle de Vivre et laisser mourir, avec par ailleurs la même silhouette déjà utilisée pour Roger Moore. Karaté, explosions, belles filles et cascades automobiles au programme ! Les bandes-annonces présentent dépaysement, superbes paysages, femmes en tenues légères et quelques morceaux d’action constituant le meilleur du film. Toutefois, on n’y montre qu’une partie du saut automobile sur 360°, préférant que le public se rende dans les salles pour la découvrir pleinement. Un choix logique afin de préserver un peu de son mystère. Les critiques ne sont pas tendres, et malgré la promotion sur les plateaux TV et dans un maximum de publicités, on sent bien que le phénomène a perdu de son ampleur. Toutefois, Broccoli et Saltzman comptent sur l’aura de Vivre et laisser mourir pour accompagner ce nouvel opus qui sort à peine un an après le précédent. Un délai court et censé relancer la machine comme au temps de Goldfinger et d’Opération Tonnerre. Malheureusement, les deux producteurs vont rapidement déchanter. La sortie au Japon le 14 décembre 1974 semble promettre ce nouveau Bond à un grand succès, bientôt rejointe par la sortie britannique le 19 décembre. L’érosion est sensible, mais le film engrange les entrées. A l’inverse, la sortie américaine (également le 19 décembre) provoque une vraie déception. Un peu mou, le démarrage du film ne fait pas d’étincelles, une tendance rapidement confirmée sur les semaines suivantes. Avec un résultat final de 20,9 millions de dollars sur le territoire américain, le film déçoit énormément, accusant une très nette perte d’entrées vis-à-vis des épisodes précédents. Avec près de 23 millions de dollars de moins que Les Diamants sont éternels et près de 15 millions de dollars de moins que Vivre et laisser mourir, le film échoue à rassembler la foule des grands jours. Un joli résultat, certes, mais en deçà même du score obtenu par Au service secret de Sa Majesté, à l’époque jugé décevant (malgré la présence confortable de ce dernier dans le top 10 de l’année). Un coup d’arrêt sévère même si le film reste bénéficiaire rien que grâce au box-office américain.

Le 19 décembre toujours, l’Allemagne accueille L’Homme au pistolet d’or et confirme heureusement la passion de ce pays pour l’agent secret 007. Avec une 4ème place dans le top annuel, le film effectue une très belle carrière, réunissant 4 500 000 entrées au total. Enorme, même si le film perd 1 500 000 entrées comparé à Vivre et laisser mourir. Partout, la tendance se vérifie, le film récoltant beaucoup d’argent mais bien moins que précédemment. La sortie française est fixée au 20 décembre 1974. Le départ est excellent, et la différence avec Vivre et laisser mourir assez minime, quoique l’écart se creuse un peu plus en fin de parcours, L’Homme au pistolet d’or stoppant sa course à 2 873 898 entrées, soit à peine 180 000 entrées de différence. Une hémorragie maitrisée dans l’Hexagone même si James Bond repasse de nouveau symboliquement sous la barre des 3 000 000 d’entrées et ne fait que s’octroyer la 12ème place de l’année. Il s’agit de la même place tenue par Les Diamants sont éternels trois ans plus tôt, mais avec pourtant près de 400 000 entrées de mieux pour ce millésime 73. Année de forte compétition donc, puisque le haut du top annuel est détenu par le phénomène Emmanuelle de Just Jaeckin (1er), Robin des bois de Wolfgang Reitherman (2ème), Les Valseuses de Bertrand Blier (3ème), L’Exorciste de William Friedkin (4ème), L’Arnaque de George Roy Hill (7ème) ou encore Papillon de Franklin J. Schaffner (9ème) et La Gifle de Claude Pinoteau (11ème). Quant à son concurrent direct, la superstar Bruce Lee sur laquelle James Bond a en partie tenté de s’aligner, il le domine largement, avec Opération Dragon de Robert Clouse et La Fureur du dragon réalisé par l’acteur lui-même (respectivement 5ème et 8ème). Au niveau mondial, la perte d’entrées est effarante, L’Homme au pistolet d’or ne récoltant que "seulement" 97,6 millions de dollars. (15) Un très gros succès, n’en doutons pas une seule seconde, mais largement inférieur à celui de Vivre et laisser mourir, puisqu’il rapporte près de 65 millions de dollars de moins que son aîné. Un gouffre, et l’assurance que 007 doit passer à autre chose. S’adapter n’est pas tout, il faut séduire le public comme à la grande époque et l’impressionner durablement. Le destin de Bond n’a auparavant jamais été aussi incertain, il lui faut désormais bien choisir ou mourir.

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(1) Harry Saltzman fut le producteur de quelques classiques du cinéma anglais des années 1960, tels que Ipcress danger immédiat de Sidney J. Furie (1965), Mes funérailles à Berlin de Guy Hamilton (1966), Un cerveau d’un milliard de dollars de Ken Russell (1967), Enfants de salauds d’André De Toth (1968), ou encore La Bataille d’Angleterre de Guy Hamilton (1969). Il ne produira plus que deux films après L’Homme pistolet d’or, le dernier étant le fameux Le Temps des gitans d’Emir Kusturica (1988).

(2) Albert R. Broccoli a néanmoins produit Chitty Chitty Bang Bang de Ken Hugues (1968), d’après un roman de Ian Fleming.

(3) La totalité des données financières présentes sur cette page est tirée des sources officielles de la MGM et de la United Artists.

(4) Voir la chronique de Vivre et laisser mourir.

(5) Les films Hong-kongais avec Bruce Lee s'exportant extrêmement bien à cette époque, tels que Opération Dragon de Robert Clouse en 1973, L'Homme au pistolet d'or n'hésite pas à faire apparaître toute une séquence comportant des combats de karaté, incluant même le personnage de James Bond.

(6) Selon Hitchcock, le MacGuffin est un élément de l'histoire qui lui permet de débuter, ou même de justifier sa progression narrative, mais qui est en réalité un élément sans grande importance. Il suscite souvent la convoitise de méchants sans scrupules et entraîne le héros au sein d'une suite de rebondissements dramatiques. L'important n'est alors pas de chercher une explication logique ni une cohérence parfaite à ce MacGuffin qui, en outre, n'est qu'un simple accessoire diégétique permettant de faire tenir toute l'intrigue. On peut retrouver ce McGuffin dans des films tels que Les Enchainés (1946) ou encore La Mort aux trousses (1959), tous deux réalisés par Alfred Hitchcock.

(7) Le premier choc pétrolier intervient en 1971, mais reste associé à l'année 1973 à la suite d'un embargo accélérant encore la hausse du prix du baril de pétrole cette année-là. Durant la guerre du Kippour, en octobre 1973, les pays arabes membres de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) annoncent cet embargo sur la livraison de pétrole destinée aux pays soutenant Israël. En un an, les prix du baril passent de 3 à 12 dollars environ. Les effets se feront sentir jusqu'en 1978. Un deuxième choc pétrolier aura lieu entre 1978 et 1981.

(8) Devenu une star grâce aux films de la Hammer, tout comme Peter Cushing, Christopher Lee est notamment devenu l'un des plus célèbres Dracula de l'histoire du cinéma, en l'incarnant à plusieurs reprises. Parmi ses plus grands films, notons Le Cauchemar de Dracula de Terence Fisher (1958), Raspoutine le moine fou de Don Sharp (1965), Les Vierges de Satan de Terence Fisher (1968), ou encore Dracula et les femmes de Freddie Francis (1968).

(9) Voir la chronique des Diamants sont éternels.

(10) Le voiture conduite par 007 dans ce film est une superbe AMC coupé Hornet, modèle commercialisé en 1973.

(11) Le personnage de Q, interprété par Desmond Llewelyn, était absent de Vivre et laisser mourir, l'opus précédent.

(12) Le RMS Queen Elizabeth est un navire britannique lancé pour la première fois en 1938, puis mis en service en 1940. Mis à la retraite en 1968, l'équipage présent à son bord a dû l'abandonner lorsqu'un incendie l'a ravagé. Il demeure depuis une ruine prestigieuse, une épave dans la baie de Hong-Kong.

(13) Si John Barry a orchestré quelques morceaux pour Dr. No, il n'a commencé à écrire la musique pour un James Bond qu'à partir de Bons baisers de Russie.

(14) L'Homme au pistolet d'or est le premier film de la saga à abandonner le solo de guitare électrique en arpèges qui illustrait jusqu'à maintenant toutes les introductions avec le canon de Binder (le fameux intérieur du canon d'un pistolet). Concernant les contributions ultérieures de John Barry, l'introduction sera désormais orchestrée à l'aide de cordes et d'une trompette.

(15) En dollars constants, c'est-à-dire en recalculant le box-office du film au cours du dollar de l’année 2012, le film aurait rapporté 448,74 millions de dollars, soit autant qu’un blockbuster actuel. Calcul effectué par le Cost of living calculator de l’American Institute for Economic Research.

En savoir plus

La fiche IMDb du film

Lisez l'éditorial consacré au 50ème anniversaire de James Bond

Par Julien Léonard - le 21 décembre 2012