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Critique de film
Le film

Meurs un autre jour

(Die Another day)

Partenariat

L'histoire

Une opération secrète, menée en Corée du Nord par James Bond et deux de ses hommes, est compromise par un traître non identifié. S'ensuit une course-poursuite en hovercrafts au cours de laquelle le colonel nord-coréen Moon trouve la mort et son lieutenant, Zao, est grièvement blessé. James Bond est quant à lui capturé et jeté dans une prison militaire. Après quelques mois de détention, ce dernier est libéré à l'occasion d'un échange de prisonniers organisé par Falco, le directeur de la National Security Agency. Démis de ses fonctions, l'ancien agent secret est décidé à retrouver Zao et à démasquer le traître qui a entraîné sa chute. Sa quête, riche en rebondissements, l'amènera à faire la rencontre de la belle et mystérieuse Jinx et de Gustav Graves, un mégalomaniaque propriétaire d'un somptueux palais de glace islandais et d'une arme d'une puissance insoupçonnée...

Analyse et critique


Le Bond du millénaire

L’an 2000 est passé, le monde a entamé le troisième millénaire. La société des hommes s’engage de plus en plus dans la vitesse et le renouvellement technologique perpétuel. Le cinéma a changé, sa distribution en salles aussi. Les franchises lucratives se multiplient, souvent pour le pire, et James Bond est concurrencé à tous les niveaux. Véritable marque déposée à laquelle d’innombrables lieux communs sont désormais associés, 007 entame une nouvelle décennie dans son développement, et lorgne de plus en plus sur un nouvel anniversaire depuis son lancement sur grand écran en 1962. Les producteurs de la saga, Michael G. Wilson et Barbara Broccoli, ont bien conscience de l’évolution des effets spéciaux dont le public est très friand. La fin des années 1990 a sonné le glas des effets optiques et autres techniques artisanales. Le Monde ne suffit pas fut l’un des derniers représentants d’un conglomérat artistique classique parvenu à son pinacle, et cela depuis le début des années 1980. Il faut renouveler Bond, encore, toujours, non pas dans son imagerie populaire mais dans son approche visuelle qu’il faut inlassablement dépoussiérer. La mode Matrix des frères Wachowski a fait son œuvre, la caméra est devenue l’objet d’un délire profond, souvent vidé de la moindre substance, presque clipesque, entièrement dévolue à une certaine idée du défi artistique malheureusement vain la plupart du temps. A l’exception de certains films parvenant à recréer une finalité thématique au travers de leurs très joueurs débordements techniques, l’époque hollywoodienne est à l’inventivité morose et à la paresse intellectuelle. Le personnage d’Elliott Carver (Demain ne meurt jamais) était un précurseur à de désastre, faisant de la masse une cible pleine et entière à endormir et non une entité composée d’une infinité de personnalités diverses et variées. Steven Spielberg et James Cameron ne font plus Hollywood, même si leur activité est toujours aussi essentielle, et une pléiade de techniciens anonymes font surface, destinés à remplir les obligations données par les studios. Malgré quelques trouvailles encore vaillantes, Hollywood va mal, très mal, se repose sur les lauriers de victoires passées et entame un long processus de suites, remakes et autres adaptations de comics insensées dont la profondeur n’envisage plus de s’intéresser à son époque et aux hommes. Désormais, Hollywood conçoit un cinéma populaire peuplé de pantins titanesques, et prétend s’intéresser aux dieux (les héros dotés de super-pouvoirs) mais plus aux hommes. La catastrophe du 11-Septembre (1) a durement touché le moral américain qui, pour l’heure, ne s’en est jamais vraiment relevé. L’Amérique a perdu ses rêves, et dans le même temps un Hollywood destiné à les fabriquer. Alors que le cinéma américain indépendant s’en sort la tête haute, et que des cinématographies se réveillent (en Corée du Sud), tandis que d’autres se renforcent bon gré mal gré (en France), Hollywood entre dans l’ère du tout et n’importe quoi, dominé par l’absence de risque, entravé par le profit global et immédiat, hypertrophié d’argent et de vide. Les budgets explosent, les projets simplifient leur approche, les publics se gavent de ruades numériques, le blockbuster rejoint le jeu vidéo, les histoires se mécanisent autour de concepts usés jusqu’à la corde... Place aux raz-de-marée médiatiques répétés, aux stars d’un jour, au lissage constant de préceptes artistique pourtant essentiels à la base, à la vente massive des blockbusters, à Internet et son incroyable trou noir avalant toutes les consciences sur son passage. Et penser que James Bond évitera le flot et restera lui-même est un leurre. Wilson et Broccoli vont tenter l’opportunisme à tout crin, la tête sur les épaules et Pierce Brosnan en fer de lance.

Ayant terminé son contrat, Brosnan négocie donc son nouveau James Bond, à l’instar de Roger Moore dès Moonraker en 1979. Populaire, portant la saga sur ses épaules en lui assurant un énorme succès commercial relativement stabilisé depuis 1995, l’acteur est donc reconduit, touchant au passage 16,5 millions de dollars. Ravi d’incarner pour la quatrième fois le rôle qui a fait sa gloire et lui a permis de devenir un producteur avisé en même temps qu’un acteur exigeant, Brosnan déchante assez rapidement à la lecture du scénario. Terminé la densité de Goldeneye, les quelques expérimentations psychologiques du Monde ne suffit pas... Meurs un autre jour se permet en outre d’être plus extravagant et déraisonnable que Demain ne meurt jamais. Les limites sont dépassées, le personnage ramené à sa fonction ludique pure et dure. Les faits sont là, et Brosnan n’a pas son mot à dire, en dépit d’un film qui promet d’être très divertissant. Le tournage s’étale du 14 janvier à juin 2002, en Islande, en Norvège, en Espagne, en Corée du Sud et dans les toujours aussi nécessaires studios de Pinewood. Un tournage épique où se pressent pêle-mêle un combat à l’épée filmé dans le très chic Reform Club de Londres, une poursuite en voitures sur un glacier nécessitant entre autres d’épaissir naturellement la glace afin de pouvoir tourner dessus, la construction d’un palais de glace entre août 2001 et janvier 2002, des surfeurs capables de glisser sur les vagues les plus hautes du monde... Avec son budget de 142 millions de dollars (2), Meurs un autre jour repousse encore les coûts de productions d’un James Bond et continue de concurrencer les blockbusters les plus chers du moment. L’oscarisée Halle Berry rejoint également la distribution, aux côtés d’un Brosnan détendu et content d’être là malgré un accident de tournage l’obligeant à être hospitalisé. Ce fut d’ailleurs la première fois que la production d’un James Bond dût être interrompue quelques jours, afin de réorganiser le planning de tournage. Cela étant, le film sortira comme prévu pour les fêtes de fin d’année, prêt à fêter dignement les quarante ans de la saga sur grand écran.

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Délire techno-dance

Le moins que l'on puisse dire, c'est que le quatrième et dernier James Bond de Pierce Brosnan est un sacré moment d'emphase grotesque comme la saga en a finalement peu connu, ici pour le meilleur comme pour le pire. Opus commémoratif de quarante années d'activité sur grand écran, mais aussi 20ème aventure cinématographique de l'agent secret 007, Meurs un autre jour surprend et fonce de la première à la dernière image (3), et cela sans jamais remettre en cause la moindre de ses tentatives artistiques. Si Demain ne meurt jamais rappelait instinctivement L'Espion qui m'aimait par sa conception structurelle quasi mimétique, Meurs un autre jour est pour ainsi dire le Moonraker de la période Brosnan : un monument à la gloire du jusqu'au-boutisme bondien dans tout ce qu'il a de plus gargantuesque et déchainé, fonceur, massif, explosif et tout entier tourné vers un scénario dénué de la moindre aspérité, uniquement destiné à enchaîner les morceaux de bravoure et les idées graphiques insensées. Voilà un James Bond qui ose tout, sans forcément réfléchir, forçant de fait la sympathie autant que l'effarement le plus total. Meurs un autre jour convie des influences hors de propos, plaisantant d’ailleurs nonchalamment avec la science-fiction. On y croise Star Wars et ses portes automatiques, ses décors kitchissimes, sa confrontation père / fils confinant au tragique, ses rayons lasers dans tous les sens, tandis qu’une sorte d'Etoile de la Mort (4) équipée d'un rayon destructeur menace une planète toute entière. Mais aussi d'une certaine manière la préfiguration d'Iron Man et de son armure aux pouvoirs stupéfiants rendant l'homme qui la porte invulnérable, même si l'utilisation qui en est faite demeure très différente d'un film à l'autre. En bon anniversaire qui se respecte, on y perçoit aussi une armada de clins d'œil entendus et dont le fan appréciera la teneur. Le satellite meurtrier rappellera Les Diamants sont éternels et Goldeneye. Voir Pierce Brosnan déambuler dans l'entrée d'un hôtel de luxe, le torse exposé, les cheveux longs et la barbe crépue, rappellera paradoxalement la période Sean Connery quand celui-ci traversait les hôtels de sa classe naturelle, sous les regards de convoitise lancés par de jolies femmes se retournant sur son passage. A la différence notable que Brosnan en joue d'une façon totalement comique, transformant la grâce et l'élégance de son personnage en quelque-chose de crasse et barbare, sans toutefois oublier de l'en relever d'une touche très visible de dignité éduquée. Si l'enveloppe peut changer du tout au tout, Bond reste Bond, distingué et à l'aise dans un grand hôtel, sensible au luxe même lorsque son apparence ne s’y accorde plus. Une certaine idée de la supériorité de l'harmonie des fonds sur celle des formes. Le livre sur les oiseaux que Bond prend sur une table est le fameux ouvrage dont le nom de l'auteur, James Bond, a inspiré à Ian Fleming le nom de son héros. Par ailleurs, dès lors qu'il la rencontre sur la plage, Brosnan révèle à Jinx en plaisantant qu'il est ornithologue, référence une fois encore évidente au livre en question. La sortie des eaux de la belle Halle Berry en bikini est en outre une référence chargée d'histoire, recréant la sortie des flots d'Ursula Andress dans James Bond contre Dr. No. Notons toutefois qu'à la géniale simplicité de l'unique plan en question dans l'opus de 1962 se substitue ici une série de plans glamour se succédant au ralenti, bien plus provocateurs et moins magiques. L'entrée de Bond dans les passages secrets de la clinique, et passant devant des miroirs psychédéliques, évoquera le terrain de jeux de Scaramanga dans L'Homme au pistolet d'or. Dans le laboratoire de Q figureront une kyrielle d'éléments nostalgiques, tels que le faux crocodile et les pièces de l'avion monoplace d'Octopussy, la chaussure à pointe de Bons baisers de Russie ou encore le propulseur aérien d'Opération Tonnerre. Bond recevra une nouvelle montre gadget avec son rayon laser découpant (Goldeneye), et on le verra plus tard utiliser sous l'eau un cigare à oxygène (Opération Tonnerre). Une série de connivences avec les précédents films de la franchise, et dont certaines des plus remarquables, sont à n’en pas douter la réapparition de l’inimitable marque automobile Aston Martin, avec son superbe modèle V12, ainsi que des éléments forts de la guerre froide rappelant de ce fait les origines historiques de 007 : la Corée du Nord, Cuba, les antagonismes Angleterre / Corée...Compilatoire dans sa forme, Meurs un autre jour annonce par la présence de ces éléments symboliques un immense jeu de structures dépareillées, associées les unes aux autres dans un gigantesque élan d'énergie divertissante. Un peu vaine et creuse, la tendance n'en sera pas pour autant inintéressante, surtout si l'on se laisse prendre à ce récit truffé de moments brutalement efficaces et grisants.

Car Meurs un autre jour n'est rien d'autre qu'un immense terrain de jeu renouvelé pour 007, parmi ces aventures dont la seule contenance a pour vocation de le laisser aller au gré du récit sans jamais tenter d'en affirmer des contours de façon plus fine et mesurée. Bourrin, fantasque, hyperactif, cet opus enchaine l'action à une allure effrénée, préférant multiplier les scènes de grand spectacle jusqu'à l'absurde. Or, pour la première fois à ce niveau-là, un film de James Bond utilise la technologie numérique afin de pourvoir à la complexité de ce qu'il entend présenter à l'écran. Cartoonesque, avec ses effets spéciaux léchés, Meurs un autre jour a bien compris l'époque dans laquelle il évoluait, celle de Matrix, La Momie ou encore Harry Potter. Il déchaine donc cette consistance jusqu'à épuisement, dans une orgie d'obstacles démentiels et grotesques : une poursuite sur glace entre un speeder piloté par Bond et le rayon mortel du satellite Icarus, ou encore un grand final boursouflé d'explosions à bord de l'avion de Gustav Graves et sur le sol séparant les deux Corée, toujours orchestré par une ample utilisation d'Icarus. Le plus fou est probablement cette séquence avec son James Bond s'initiant in extremis au kitesurf, poursuivi par une gigantesque vague s'échouant sur les glaciers du Grand Nord. Heureusement, la chorégraphie de ces instants n'est pas sans intérêt, d'autant que le film continue à utiliser la méthode classique artisanale et diversifiée : un grand nombre de très convaincantes maquettes, une pyrotechnie insistante, et une série de cascades effectuées par les plus risque-tout du métier. Le sensationnel pré-générique en est un avatar totalement jouissif, avec son James Bond d’abord surfeur, puis en fuite, démasqué en Corée du Nord alors qu'il est en pleine mission autour d’un trafic d'armes et d’une affaire de contrebande de diamants, glissant à l’aide d’un aéroglisseur sur les centaines de milliers de mines séparant les deux Corée. D'autres sont après lui, et s'ensuit une longue chaîne d'explosions, de tirs et de chocs de véhicules, pour se terminer à deux doigts d'une cascade d'eau. On pourra aussi admirer Bond démolissant la moitié d'une clinique de chirurgie esthétique en compagnie de Jinx, explosant les murs et se battant avec son ennemi Zao. Le plus beau reste à venir, à savoir tout d'abord un superbe duel au sein d’un club londonien, à base de fleurets, de sabres et d'épées. Bond et Graves s'empoignent comme des diables, se courent après et font lourdement cliqueter leurs épées, mettant le club à sac et emmenant le spectateur dans leur sillage avec un bonheur évident. En outre, louons l'éclatante forme physique de Brosnan qui s'en tire aussi bien que Toby Stephens dans ce combat de chevaliers d'un autre âge, tout en étant de plus de quinze ans son aîné. Mémorable, tout comme cette poursuite en voitures sur la glace, et où s'affrontent deux véhicules contenant un grand nombre de gadgets. (5) Tirs de roquettes, réponses proportionnées, glissades avant et arrière, l'Aston Martin de 007 se retourne à terre pour ensuite se remettre à l'endroit tout en évitant un missile... Vitesse, frénésie, rythmique furieuse, rien ne manque, et Bond saura s’en tirer avec toute l'intelligence nécessaire, utilisant son véhicule à la perfection.

A côté de cela, si la réalisation assure un spectacle de grande qualité, Lee Tamahori ne résiste pas à l'envie de perfectionner son film par des trouvailles en revanche très superficielles mais attachées à leur temps. Dans un esprit conviant Matrix et plus généralement tout ce qui se produisait de pire visuellement parlant à l'époque, Meurs un autre jour brave le mauvais goût et renforce la modernité toc de son enveloppe. Les effets de manche ne manquent pas, avec ces accélérations aériennes presque maniaques durant la partie en Islande (et particulièrement pendant la fameuse poursuite en voitures), de même que les ralentis douteux et plutôt envahissants (la bagarre finale entre Bond et Graves). Ce nouveau James Bond ose même le combat à mains nues au beau milieu de rayons lasers ingérables, autour d'une esthétique « techno-dance » plus conséquente que jamais, bien plus encore que dans Demain ne meurt jamais. Alors que Le Monde ne suffit pas avait amenuisé cette approche artistique, Meurs un autre jour la remet au présent. La chanson de Madonna durant le générique annonçait fortement la couleur, électronique et saccadée, très proche d'une stylisation électro-techno-pop. On a pu écrire les pires avis à son propos, mais il n'empêche qu'elle s'avère finalement assez réussie. Bien moins langoureuse et douce que les chansons précédentes de Sheryl Crow et Garbage, celle de Madonna tente beaucoup de choses, grâce à des sonorités synthétiques ne rejetant pas des violons tout à fait étonnants. La soupape tragique est de surcroît bien utilisée. Très symbolique du film dans sa nature générale, cette chanson reste probablement la plus intéressante de l'ère Brosnan, la sublime chanson de Tina Turner pour Goldeneye exceptée. Par la suite s'échelonneront des relents d'une technologie ultramoderne (lasers, champs magnétiques, ultrasons produits par une bague...) au cœur d'environnements parfaitement extravagants. Ainsi la base de Gustav Graves en Islande signe-t-elle l'éphémère retour des décors kitsch et immenses que l'on pouvait croiser durant les années 1960-70. C'est bien simple, on n'avait plus revu de pareils décors factices depuis les débordements de la période Roger Moore. (6) Ces coursives rondes, ces sols gelés, ces portes automatiques, ces murs entièrement confectionnés à partir de la glace, ou encore ces salles chauffées en dépit du bons sens et où évoluent des centaines de visiteurs mondains renvoient aux heures les plus invraisemblables de l'époque bondienne dominée par l'artiste décorateur Ken Adam. Là encore, on y retrouve ces soirées que l'on voyait déjà s'épanouir chez le magnat des médias Elliott Carver dans Demain ne meurt jamais, avec ses néons, sa brume électrique fumeuse et sa musique électronique de boîte de nuit. James Bond semble se sentir tout à son aise dans cet univers désincarné, déshumanisé même, tout en personnifiant néanmoins le plus essentiellement du monde cette figure old fashion toujours aussi distinguée, peut-être un peu trop véritable pour figurer au sein de cet univers de faux-semblants et de virtualités délétères. Faux visages, fausses identités, fausses activités, faux rêves aussi, sans oublier la glaciation constante de toute humanité... Il n’y a guère en ces lieux que Bond pour continuer à ressentir les effets du réel, à savoir la douleur, le goût des choses et le plaisir de la chair. Et si, dans le fond, l’une des principales qualités de Meurs un autre jour se logeait dans la confrontation évidente d’un personnage aux pulsions épicuriennes à un univers moderniste déserté par les sensations de la jouissance essentielle de « l’être » ? Ou comment Bond et ses aspérités discutables, mais fondamentales, rentrent en conflit avec une époque aseptisée, dans laquelle tout doit être propre, lisse, sans accroc, comme vidée de la moindre trace de vie.

Quoi qu'il en soit, Meurs un autre jour avait à la base tout pour surprendre. Un James Bond prisonnier en Corée du Nord, torturé pendant le magnifique générique qui, pour la première fois dans l'histoire de la franchise, crée un trait d’union diégétique immédiat entre le pré-générique et la suite du film. Le lien créé par le générique de Goldeneye était en son temps symbolique de par sa portée historique et thématique, or celui de Meurs un autre jour s'inscrit dans les palpitations concrètes de l'intrigue ici développée. Bond y est malmené, torturé dans de terribles conditions, livré à lui-même, délaissé par son pays, passé à tabac et piqué par des scorpions, affrontant tout à la fois le chaud et le froid. Daniel Kleinman ne s'est pas contenté de livrer une œuvre artistique aboutie avec ce générique, il a développé une parcelle émotive forte qui mêle l'esthétique habituelle de ses travaux à la posture solitaire et abandonnée de 007. Brosnan y apparaît sans fard, en Bond martyr, dégageant au passage quelques images d'une tragédie mémorable : Bond agenouillé au sol, entre deux spectres féminins apparaissant et disparaissant, l'un enflammé derrière lui et posant la main sur son dos, l'autre glacé devant lui et l'aidant à redresser la tête par ce subtil geste au niveau du menton. Admirable, tant par son aspect visuel d'une beauté stupéfiante que par son fond poignant voyant Bond entouré de présences imaginaires, symboles de tortures extrêmes (opposition chaud / froid) et de force mentale tangible. Le film renvoie ensuite Bond dans ses quartiers, la barbe prononcée, les cheveux longs et hirsutes, les cicatrices nombreuses. M lui annonce que le MI6 a dû le faire libérer en échange d'un autre prisonnier, car des informations vitales ont filtré laissant les bureaux penser que Bond commençait à craquer. Incompris, ne générant que méfiance de la part de ses services, à commencer par M qui pourtant croit encore en lui, Bond s'évade et part mener sa propre enquête. On retrouve avec bonheur le James Bond débrouillard que l'on aime, faisant jouer ses contacts, prenant ici et là un revolver ou une paire de jumelles, un aventurier qui séjourne dans les meilleurs hôtels on ne sait trop par quel miracle. De Hong-Kong à Cuba, Bond n'est plus un agent reconnu mais un forban revanchard et énervé, nous rappelant le schéma de Permis de tuer jadis, bien que n'en comportant pas les qualités dramatiques de son ancêtre. Une fois à Londres, Bond rencontre Gustav Graves et le provoque en duel. On y apprécie un 007 dynamique, égocentrique, décidé à enfoncer toutes les portes pour retrouver le traître qui, semble-t-il, a donné son signalement à l'ennemi en Corée du Nord. Combats d'ego avec Graves, utilisation d'armes diverses et variées mais surtout anciennes (vieux revolver, épées...), enquête menée avec intelligence, rage de vaincre, rien ne manque à cette première partie très bien ciselée. Par la suite, tout comme Moonraker en son temps, le film dérape dans sa deuxième heure, bien qu'il s'en sorte beaucoup mieux la plupart du temps. La raison en est simple, Moonraker créait en partie l'illusion d'une tonalité pour ensuite la dégrader. Or, Meurs un autre jour annonçait finalement la couleur dès ses premiers instants : pyrotechnie incessante, outrance des scènes de bravoure, enveloppe sonore et musicale dans un style électronique saccadé, modulations flirtant avec le pastiche... C'est donc sans réelle surprise que nous assistons ensuite à des flots incessants d'idées grotesques et invraisemblables. Le nouveau Q, présent depuis Le Monde ne suffit pas, a désormais pris la relève en donnant à Bond ses nouveaux gadgets, comme cette bague à ultrasons capables de briser n'importe quelle vitre, aussi solide soit-elle. La montre est par contre évoquée sans réelle explication pour son usage, étant un objet finalement assez commun puisque utilisé quasiment depuis les débuts de la franchise. Le plus incroyable demeure la nouvelle Aston Martin V12 équipée d'un énorme arsenal et capable de se rendre invisible ! (7) Il ne manquait plus que cette invention démente afin de rendre Meurs un autre jour complètement farfelu. En ces lieux, James Bond se débarrasse donc à nouveau d'un carcan psychologique trop lourd pour intégrer cet ubris démesuré qui le caractérise dans les productions les plus homériques de la saga. A l'instar de l'âge d'or personnifié par Sean Connery ou de la fin des seventies, Meurs un autre jour donne à voir un 007 surhumain, à l'ego surdéveloppé, sorte de personnalité agressive voulant sans cesse en découdre avec son ennemi du moment. Il y a quelque-chose de très amusant dans le fait que Gustav Graves soit en réalité une création chirurgicale et morale adaptée de la personnalité de Bond, comme la volonté d'en faire un reflet maléfique dédié à une autre volonté directrice de l'ego.

Graves, c'est au départ un officier nord-coréen dissident, Tan-Sun Moon, un homme avide de faire de son pays le plus puissant du monde. Il disparaitra, laissé pour mort, dans les profondeurs d'une cascade d'eau au bout d'une poursuite échevelée contre 007. Il reviendra sous un autre visage et sous un autre nom, en multimilliardaire britannique à l'éducation parfaite et aux nombreux contacts en haut lieu, afin de conquérir le monde à l'aide d'un nouveau satellite surpuissant. Décoré, presque adoubé, Graves est devenu l'ennemi de l'intérieur, le schizophrène aux deux identités, aux deux passés, aux deux souvenirs. Intéressant, d'autant que Toby Stephens le joue fort bien, entre ego insatiable et performances techniques à tous les niveaux. Graves est un méchant qui ne dort pas, victime des balbutiements d'une thérapie génique peu orthodoxe qui a remplacé son ADN, un véritable monstre de foire possédant une organisation parfaitement réglée. Un snob, un parvenu dans tout ce que cette idée peut développer de plus péjoratif. En somme, l'ennemi idéal pour un James Bond de nouveau juché sur les cimes de sa vanité suffisante qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle qu'il développait déjà dans Goldeneye. Gustav Graves rentre dans la catégorie des Goldfinger, Karl Stromberg (L'Espion qui m'aimait) et Hugo Drax (Moonraker), possédés par leurs propres rêves, vouant leur existence entière à la poursuite d'un idéal malfaisant. A ceci près qu'il entretient en plus une relation d'amour / haine pour son père, général d’armée, avec qui il souhaiterait ardemment renouer un lien fort. La reconquête de la Corée du Sud est une manière de rechercher son affection. A ses côtés, on trouvera l'habituel homme de main aux muscles saillants en la personne de Zao, un personnage inexistant et dont le seul intérêt demeure cette poignée de diamants incrustés, disséminés sur son visage à la suite d'un accident durant sa première confrontation avec Bond. La très belle Miranda Frost, quant à elle, porte bien son nom : une femme froide, à la sexualité embrouillée, tantôt affichée tantôt dissimulée, autour d'une bisexualité malheureusement inexploitée dans l'intrigue. Il faut bien le talent de l'excellente Rosamund Pike, actrice de composition reconnue, pour en extraire une moelle à peu près digne. En face, la famille bondienne répond présent à l'appel, pour la dernière fois de la saga avant Skyfall, du moins sous cette forme-là. C'est donc un Q bonhomme et râleur, une Miss Moneypenny plus amoureuse que jamais et troquant ses réparties contre un fantasme virtuel inassouvi avec son espion préféré (un moment saugrenu qui étonnera les admirateurs de la saga), ainsi qu'un M sévère et un peu sacrifié à l'intrigue (surtout comparé à son importance dans Le Monde ne suffit pas), qui fournissent leurs effort habituels auprès des spectateurs. Tous ces personnages ne font que composer le corps d'une intrigue plutôt bien construite, mais mille fois revue depuis les débuts cinématographiques de 007 voici quarante ans.

Peu d'originalité fondamentale sous ce soleil trompeur donc, mais au moins la création d'un personnage féminin très bondien. Dans cet éternel principe qui veuille que, depuis la fin des années 1970, la saga tente l'écriture de personnages féminins plus forts et plus actifs, Meurs un autre jour permet de fait à la jolie et convaincante Halle Berry de façonner un James Bond au féminin, gouailleur, blagueur, très porté sur le sexe et l'action physique. Beaucoup moins intéressante que de nombreux autres personnages féminins de la saga, l'espionne américaine Jinx représente cependant très convenablement la condition de la femme à l'écran. Toujours est-il que l'étroit rapport thématique entretenu avec 007 s'arrête ici. Jinx n'a ni l'épaisseur dramatique de James Bond, ni son passé, et encore moins ses irrégularités, y compris face à un Bond" brosnanien" ici assez relâché. Jinx court, saute, trépigne, envoie des bons mots et se bat la plupart du temps comme un homme, notamment face à Miranda Frost dans un affrontement guerrier où chacune des deux femmes défie l’autre. Sa relation à 007 est aussi détendue que mignonne à l’occasion, notamment lorsque Brosnan la sauve des eaux glacées du palais de Graves, comme pris d'affection pour cette battante honnête, courageuse et casse-cou. Restera alors une photographie lissée, trop peut-être, mettant en lumière des transparences parfois hasardeuses, quoique douces. Des couleurs froides illuminées par quelques faisceaux de stature chaude, sans grand éclat mais pour un résultat artistique somme toute honorable. Quant à David Arnold, sa musique est ici toujours aussi exceptionnelle, plus massive encore que pour Demain ne meurt jamais, et presque tout aussi homogène que pour Le Monde ne suffit pas, avec des cuivres hurleurs du plus bel effet, de passionnantes variations autour du thème bondien, sans oublier une énergie soutenant les scènes d'action avec une euphorie contagieuse scindée d’une multitude de sons électroniques davantage présents encore que dans les deux précédents films. Ce qui soutient dès lors la mise en scène de Lee Tamahori, en général très compétente, mais se laissant parfois déborder par quelques tentatives très ancrées dans leur temps, et allant du relativement bon (les accélérés au niveau des paysages d'Islande) au très mauvais (les ralentis régulièrement présents au cours de certaines scènes de bravoure). Son approche formelle ne restera pas dans les annales de la saga, mais il se dégage au moins le sentiment d’un professionnalisme capable qui avait un peu échappé au Monde ne suffit pas, opus déséquilibré mais autrement plus intéressant sur le fond et surtout moins dégénéré.

Même s'il n'était absolument pas prévu pour être le dernier James Bond de Pierce Brosnan, Meurs un autre jour en comporte pourtant tous les stigmates, ceux de la dernière fête d'adieux, pétaradante et endiablée. Respectant la formule bondienne grandiloquente à la lettre, le film en explose tous les principes tout en les poussant dans leurs derniers retranchements. Ici fêtée, survitaminée, en auto-destruction permanente et assumée, la saga atteint nécessairement ses limites les plus contestables. Certains spectateurs adoreront, d'autres détesteront son impact et sa folie omniprésente. Comment, après ce film, concevoir de continuer l'aventure bondienne comme si de rien n'était ? Comment même penser une seconde que l'ère Brosnan puisse retrouver une contenance plus humaine et réaliste, alors que la star est désormais associée à un Bond électrique et léger ? Goldeneye et dans une autre mesure Le Monde ne suffit pas sont désormais bien loin, laissant leurs errances et leurs brisures dans l'esprit de ceux qui sauront s'en souvenir. Le grand public, lui, ne peut plus percevoir Brosnan que comme un 007 en mode déraisonnable, celui de l'extravagance la plus totale. L’époque est plus difficile que jamais, les adversaires de Bond sont légion sur le grand écran depuis quelques années, et la saga ne peut se permettre de répéter indéfiniment son schéma variant. Les faits sont là, concentrés autant dans les qualités que dans les défauts de Meurs un autre jour... Et Bond doit changer sa forme et revenir aux fondamentaux, constitutionnellement, radicalement. L'histoire de la saga s'apprête à franchir un pas sans précédent.

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Promotion, sortie, réception : Bond en chiffres et en dollars

Affiches, teasers, bandes-annonces, Internet, sorties de livres, couvertures de magazines par centaines... Pas de doute, le 40ème anniversaire de l’agent secret préféré de Sa Majesté secoue la planète entière, avec l’aide de tous les medias. Pierce Brosnan entame sa tournée marathon des interviews qui vont peupler sa vie pendant plusieurs mois, et durant lesquelles on peut entendre à l’infini les mêmes questions banales resservies depuis quarante ans. Pour être James Bond, il ne faut pas simplement remplir les conditions requises pour le rôle, il faut embrasser tout ce qui vient autour et notamment le battage médiatique qui ne vous lâche jamais, même des années après avoir quitté le rôle. A chaque sortie d’un nouvel opus, tout se met en marche afin de promouvoir l’ensemble de la saga. Meurs un autre jour vient donc dignement souffler les quarante bougies de l’existence de 007 sur grand écran. Tandis que la bande-annonce promet un Bond énervé, les affiches déferlent partout. L’affiche teaser présente un pistolet (un Beretta 92) couché sur de la glace translucide fondante, silencieux vissé et canon fumant. Le titre, le logo 007 et une date encore imprécise. D’autres affiches présentent chaque personnage important sur fond bleu, dont une avec le duo vedette Brosnan / Berry, tous deux l’arme au poing. L’affiche principale reprend l’idée du couple pointant leur arme dans la même direction, entouré d’une glace craquelée, et où apparait ici et là des éléments du film (méchants, scènes d’action). Difficile de passer outre le phénomène en cette fin d’année 2002, en dépit des deux autres phénomènes (Harry Potter et Le Seigneur des Anneaux) qui battent leur plein. La sortie du film est programmée en Angleterre et en France le même jour, à savoir le 20 novembre 2002. Si l’Angleterre offre à 007 son habituel triomphe des grands jours, la France augmente quant à elle la tendance. A cause d’une concurrence tout simplement prodigieuse, ce nouveau James Bond perd deux places dans le classement annuel depuis Le Monde ne suffit pas, mais se stabilise à la même place que celle détenue par Demain ne meurt jamais en son temps. Nous restons de fait dans une dynamique hyperactive permettant à Bond de rester facilement dans le top 10. 8ème de l’année donc, Meurs un autre jour est battu par de véritables colosses : Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre d’Alain Chabat (un immense carton, 1er), Harry Potter et la Chambre des secrets de Chris Columbus (2ème), Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours de Peter Jackson (3ème), Spiderman de Sam Raimi (4ème), Star Wars, épisode II : L’Attaque des clones de George Lucas (5ème), Men in Black II de Barry Sonnenfeld (6ème), et Ocean’s Eleven de Steven Soderbergh (7ème). Des poids lourds, aux conséquences médiatiques assez vindicatives à l’encontre de James Bond. En outre, les sagas Harry Potter, Le Seigneur des Anneaux et Star Wars fonctionnent sur l’attente provoquée par les premiers opus, mettant ainsi 007 en plein milieu d’un marasme commercial très puissant. Cela étant, aucunement entravé par ces jeunes adversaires dopés aux innombrables effets spéciaux numériques, Meurs un autre jour est même boosté par tant d’ardeur au box-office, principalement en cette fin d’année. Le film fonctionne mieux sur la longueur que les précédents Bond de l’époque Pierce Brosnan, et se permet au bout du compte d’atteindre 4 015 654 entrées cumulées. Effarant, d’autant que c’est la première fois que Bond repasse la barre des 4 000 000 d’entrées en France depuis On ne vit que deux fois trente-cinq ans plus tôt ! Eon Productions est aux anges, la franchise conserve une force titanesque. L’explication ? Malgré les modes qui se succèdent et l’attaquent de toutes parts, James Bond reste universel et pour toute la famille. Ainsi dans les salles obscures peut-on observer toutes les classes d’âge et tous les milieux sociaux se presser pour découvrir dans quelle aventure rocambolesque s’est encore engouffré l’agent secret.

Aux USA, dès le 22 novembre, l’effet est plus mesuré, comme d’habitude. Il semble que, excepté Goldeneye, la période Brosnan ne fonctionne pas jusqu’au délire auprès du public américain. Si Meurs un autre jour gagne deux places au top annuel depuis Le Monde ne suffit pas, il reste malheureusement 12ème de l’année, une fois encore éjecté du top 10. Le succès est certes considérable, avec 160,9 millions de dollars rapportés, et même plus vivace que durant les années 1990. Mais Bond est battu par pléthore de productions hollywoodiennes d’envergure : Spiderman (1er), Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours (2ème), Star Wars, épisode II : L’Attaque des clones (3ème), Harry Potter et la Chambre des secrets (4ème), Signes de M. Night Shyamalan (encore lui, 6ème), Men in Black II (8ème), L’Âge de glace de Chris Wedge et Carlos Saldanha (9ème), Chicago de Rob Marshall (10ème) ou encore Arrête-moi si tu peux de Steven Spielberg (11ème). L’époque n’est plus aux Stallone, Schwarzenegger, Willis... Elle est aux enfants, à Harry Potter, à l’Héroïc Fantasy, aux films d’animation et à Leonardo DiCaprio. Bond s’adapte, mais vieillit tout de même en regard de ce qui plait aux très jeunes générations. Les USA ne suivent plus l’agent britannique comme à la grande époque et le relèguent tout doucement dans la deuxième partie du top 20 de l’année. Rien de grave cependant, car le monde entier continue d’en faire une figure de proue parmi les plus importantes du cinéma populaire. Le 28 novembre, c’est au tour de l’Allemagne de célébrer l’anniversaire de 007. Meurs un autres jour y obtient la 7ème place de l’année et un score final de 4 940 255 entrées. Un triomphe, avec à peine 130 000 entrées de moins que pour le précédent film. Sans surprise, les mêmes têtes d’affiche continuent de le battre : Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours (1er), Harry Potter et la Chambre des secrets (2ème), L’Âge de glace (3ème), Star Wars, épisode II : L’Attaque des clones (4ème), Spiderman (5ème) et Men in Black (6ème). Qu’importe, ces sagas sont terminées, presque oubliées, remplacées par des projets de préquelles, remakes et autres continuations incongrues dictées par la loi d’un marché hollywoodien en mode automatique depuis plus d’une décennie... Bond, lui, est toujours là aujourd’hui. Au niveau mondial, Meurs un autre jour est 5ème, avec 456,0 millions de dollars rapportés. (8) Colossal, à n’en pas douter le plus grand succès de la période Brosnan, légèrement devant Goldeneye. Devant lui caracolent fièrement mais sans gloire Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours (1er), Harry Potter et la Chambre des secrets (2ème), Spiderman (3ème) et Star Wars, épisode II : L'Attaque des clones (4ème). Le schéma est tellement roboratif, et répété de pays en pays, qu’il en atteint une vacuité qui s’adapte à toutes les cultures... Une certaine idée de l’hyper mondialisation autant qu’un fatras paresseux duquel Hollywood devra bien se relever un jour ou l’autre. Même s’il laisse une fois de plus dans le sillage de son succès un nombre considérable de très grosses productions cette année-là, James Bond est bel et bien arrivé aux limites de sa constitution commerciale bien connue et rodée depuis des décennies. Ce qui va devoir changer aussi. Excepté le fait que les producteurs de la saga vont le comprendre bien plus rapidement que le système américain, trop pédant désormais pour s’en rendre compte tout de go. Bond a toujours eu une extraordinaire capacité de reformulation et de reconstruction... L’heure est venue de jouer dans une autre cour. Ceux qui pensent à cette époque que la franchise a atteint son point mort, et n’a plus rien à dire après vingt films, se trompent.. Le prochain Bond va faire très mal !

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(1) Le 11 septembre 2001, les USA connurent une attaque terroriste de grande ampleur qui les toucha durement au cœur. Il en reste aujourd’hui les images édifiantes d’avions s’écrasant contre les deux tours du World Trade Center à New York. Les USA ne s’en sont jamais vraiment remis, chose qui peut être largement perçue depuis lors au sein de leur production hollywoodienne, affichant de façon consternante la tragédie et l’assombrissement perpétuel des blockbusters à grand spectacle.

(2) La totalité des données financières présentes sur cette page est tirée des sources officielles de la MGM et de la United Artists.

(3) A noter que le canon de Binder en ouverture du film propose un changement de taille. Si la période Brosnan avait dès Goldeneye recréé ce fameux canon voyant apparaitre 007 (se retournant et tirant, laissant une coulée de sang recouvrir l’écran), en utilisant une technologie informatique permttant de nouveaux effets bien plus fluides, Meurs un autre jour propose un James Bond tirant un projectile fonçant vers le spectateur, pour un effet 3D garanti. L’idée ne sera jamais reprise par la suite.

(4) L’étoile de la mort était dans Star Wars (la trilogie originale) une station spatiale gigantesque dotée d’un rayon laser capable de détruire entièrement une planète. On peut en retrouver un avatar dans Meurs un autre jour sous la forme du satellite Icarus, engin de mort doté d’un puissant rayon laser destructeur, et capable de l’actionner partout sur la planète.

(5) L’Aston Martin V12 de James Bond dans Meurs un autre jour comporte, comme à son habitude, quelques gadgets dernier cri : deux mitrailleuses à l’avant et un siège éjectable (apparats déjà observés dans Goldfinger), mais aussi des missiles et des crampons émergeant des pneus (et que l’on trouvait déjà dans Tuer n’est pas jouer), sans oublier la capacité à se rendre invisible...

(6) On pensera surtout à L’Espion qui m’aimait et à Moonraker, deux films aux décors démesurés.

(7) Il s’agit en réalité d’un camouflage évolutif, absorbant la couleur et rendant la voiture presque indécelable aux yeux d’un profane. L’invisibilité est donc relative.

(8) En dollars constants, c'est-à-dire en recalculant le box-office du film au cours du dollar de l’année 2012, le film aurait rapporté 574,54 millions de dollars, soit autant voire davantage qu’un blockbuster actuel. Calcul effectué par le Cost of living calculator de l’American Institute for Economic Research.

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Par Julien Léonard - le 30 mars 2013