Menu
Interviews

Nous avions organisé en 2011 une rencontre entre l’éditeur et certains membres du forum. Les débats s’étaient rapidement transformés en une conversation franche et passionnante. Nous avons souhaité renouveler l’expérience cette année, toujours en compagnie de certains d’entre vous (Frédéric, Rémi, Jeanot ; Gwendal et Jean-Marie revenant pour la seconde fois). Grâce à eux, vous vous en rendrez compte, le ton semble avoir été encore plus spontané et décontracté : leurs questions et certaines remarques qui étaient parfois très directes ont toujours débouché sur des réponses constructives. Les thèmes se sont encore une fois enchaînés, du marché de la vidéo au métier d’éditeur, de la cinéphilie aux inévitables futures sorties...

DVDClassik (Rémi) : Est-ce que le coffret de La Nuit du chasseur s’est bien vendu ?

Wild Side : Il n’y en a plus…

DVDClassik : Tout est vraiment parti ?

Wild Side : Vous croyez quoi ? (Rires) Nous en avons sorti 5 000 exemplaires numérotés et au bout de trois semaines il n’y en avait quasiment plus.

DVDClassik (Jean-Marie) : Quand vous avez annoncé cette sortie, je me rappelle du nombre de sceptiques qui pensaient que vous vous retrouveriez avec des tonnes d’invendus sur les bras.

Wild Side : C’était une possibilité, les choses sont rarement écrites à l’avance. Nous avons tenté un pari qui a fonctionné commercialement et nous nous sommes fait "pourrir" pour ne pas en avoir fait plus. Quand vous annoncez une édition limitée, numérotée à 5 000 exemplaires, vous devez tenir votre engagement. Warner nous demandait d’en faire retirer 2000…

DVDClassik : Connaissez-vous la part des ventes à l’exportation ?

Wild Side : C’est très faible. Il a dû y en avoir - en me rappelant les commandes de Suisse et de Belgique - à peu près 300, pas plus.

DVDClassik : Alors comment expliquez-vous ce succès par rapport au film de patrimoine qui a du mal à se vendre en général ? De plus l'objet avait un certain prix...

Wild Side : La Nuit du chasseur reste un film essentiel et je crois que l’édition était plutôt réussie. J’ai lu des commentaires qui disaient : « OK c’est cher mais on n’a pas l’impression d’être volé. » C’était toute l’idée. Pour votre gouverne, puisque l’aspect économique semble vous intéresser, sachez que nous n’avons pas gagné un centime. Le coût unitaire sur La Nuit du chasseur frôle les 40 euros : une fois que vous déduisez tout ce qui est commission de distribution, remises aux magasins, marketing, etc., il ne vous reste juste plus rien. Le point mort était à 5 000 exemplaires. Ce n’est pas la même chose quand Taschen sort un livre sur Le Parrain : là c’est pour le monde entier, ce n’est pas du tout le même tirage. Nous restons limités au marché français : même si cela peut se vendre ailleurs grâce à internet, qui dans le monde voudra d’un bouquin en français ?

DVDClassik : Ce coffret ressortira-t-il à la fin de l’année, pour Noël ?

Wild Side : Non, ce sera autre chose, une édition sur un modèle beaucoup plus économique. L’idée était de fêter les dix ans de Wild Side avec un objet qui sorte de la norme. On l’a fait, c’est fini.

DVDClassik : Est-ce que ce genre de beau coffret vous donne des idées ?

Wild Side : Il faut trouver un film qui s’y prête et en avoir les droits.

DVDClassik (Jeanot) : Les Contrebandiers de Moonfleet, par exemple ?

Wild Side : J’avais cette idée. J’ai toujours trouvé qu’il y avait une vraie filiation entre les deux films. Mais quand on regarde le matériel disponible et ce qu’on peut trouver autour de Moonfleet, je pense qu’on n’a malheureusement pas de quoi faire un livre de ce gabarit. Nous allons faire autre chose cette année, de beaucoup plus difficile : Gun Crazy, en DVD et Blu-ray pour la fin du mois d’octobre. Pourquoi ? D’abord c’est un film que j’adore, qui n’est disponible nulle part en Blu-ray, et parce que nous avons mis la main sur du matériel iconographique tout simplement incroyable grâce à un collectionneur français et, comme d’habitude, à l’Academy à Los Angeles. Je n’avais jamais vu de photos de tournage du film. Le livre sera écrit par Eddie Muller, il y aura un très long et très bel entretien avec Peggy Cummings qui a été tourné par Eddie lors d’une présentation du film. Ce ne sera pas du gabarit de La Nuit du chasseur mais quelque chose de plus petit et, toujours pareil, dans une édition limitée et numérotée.

DVDClassik : Vous aviez évoqué Lady Without passport...

Wild Side : C’est vrai, mais je trouve que ce serait un peu hors de propos. Si l’on fait quelque chose sur Gun crazy, on doit rester focalisé dessus.

Dvdclassik (Jean-Marie) : Et Lady Without passport est quand même moins bon que Gun Crazy.

Wild Side : On est d’accord.

DVDClassik (Frédéric) : A quelle date ressortira La Nuit du chasseur ?

Wild Side : Ce sera un an après sa première sortie, c'est-à-dire fin octobre juste avant Noël. On va reprendre le même livre, avec la même iconographie, mais dans une taille réduite. Ce sera à 30 euros pour ceux qui, et je le comprends très bien, n’avaient pas les moyens d’acheter la grosse édition.

DVDClassik (Frédéric) : C’est souvent le problème. On en parle d'ailleurs sur le forum DVDClassik : ceux qui ont payé ce coffret 80 euros ont un petit peu râlé en apprenant qu’il y aurait une réédition...

Wild Side : Je ne vois pas pourquoi, ce n’est pas la même chose. Les deux objets ne sont pas comparables. Je pense qu’il faut absolument proposer le livre dans son intégralité, on ne va quand même pas faire des coupes dedans. Ce qui manquera très probablement, c’est le CD audio.

DVDClassik (Jeanot) : Quel que soit le prix, le cinéphile l’achètera.

Wild Side : Je pense que ces deux coffrets seront des cadeaux de Noël sympas, plus abordables que l’édition numérotée de La Nuit du chasseur qui était un peu "hors marché", je le conçois très bien. J’ai plein de potes qui m’ont pourri parce qu’ils n’en avaient pas eu !

DVDClassik (Rémi) : Un de mes amis a voulu l’acheter. Il m’a dit à l’époque : « J’attends de voir sur Amazon, il va baisser » et maintenant il me dit : « C’est encore plus cher ! »

Wild Side : S’il en trouve !

DVDClassik (Frédéric) : Il y a tellement de faux coffrets numérotés que lorsque c’est un vrai tirage limité les gens se font avoir.

Wild Side : Aujourd’hui vous allez en trouver sur le Marketplace, venant de gens qui font un peu de spéculation en se disant que les fans hardcore l’achèteront à 200 ou 300 euros. Mais ça, nous n’y sommes pour rien.

DVDClassik (Jeanot) : Vous savez, quand je l’ai montré à ma femme, elle m’a répondu que c’était un bel objet. Quand elle a su qu’il se revendait 200 ou 300 euros elle m’a dit : « Qu’attends-tu pour le vendre ? » (rires)

Wild Side : C’est techniquement tout à fait possible de rééditer le coffret mais je n’en ai pas envie. Si vous annoncez une édition limitée, elle est limitée. La seule possibilité pour le trouver encore, c’est que certains magasins où le film a été mal mis en place en retournent. Mais cela ne dépassera pas vingt exemplaires, je pense.

DVDClassik (Gwendal) : Cela fait onze ans que Wild Side existe, avez-vous atteint un but particulier ?

Wild Side : Oui, sortir La Nuit du chasseur !! (Rires) Nous ne nous sommes pas fixés de but particulier. La ligne directrice est toujours la même : aller chercher des films un peu rares, voire des choses un peu plus évidentes aujourd’hui, comme La Rivière rouge. En même temps nous essayons de le sortir un peu différemment. Mais si la ligne de départ n’a pas changé, en revanche le marché, lui, a changé. J’ai l’impression de répéter les mêmes choses chaque année mais il faut avoir les reins solides et accepter des succès sur la longueur. Si vous envisagez de rentrer dans votre investissement sous les deux mois, ce n’est plus possible aujourd’hui. Par exemple je regardais les chiffres de That Cold Day in the Park de Robert Altman, une vraie rareté : c’est 600 exemplaires vendus à un prix de 14,99 euros. Ce n’est pas un achat pour lequel il faut se saigner aux quatre veines. Je comprends la difficulté d’acheter La Nuit du chasseur, moins pour le Altman qui est plus abordable. Le film est quand même super intéressant, il n’a pas été disponible pendant des années - il est même inédit en France. Je crois que j’ai lu sur votre forum : « Il est disponible aux USA en HD. » Alors pourquoi ne le sortons-nous pas en HD ? Bien qu’on ait le même master que l’éditeur Olive, nous considérons qu’il n’a pas la qualité technique nécessaire pour faire un Blu-ray. Après, on peut faire n’importe quoi à partir d‘un master HD, c’est facile de faire un Blu-ray parce qu'on a un master HD.

DVDClassik (Frédéric) : Vous avez donc lu notre débat sur le Blu-ray...

Wild Side : Je n’y vais pas tous les jours mais je lis le forum DVDClassik.

DVDClassik (Frédéric) : On ne comprenait pas pourquoi il y avait si peu de films en Blu-ray. Donc il y a cette raison-là.

Wild Side : Oui, c’est la première raison. Ensuite il faut pouvoir amortir le coût financier. Quand on vend 600 DVD sur deux semaines, ce serait peut-être 200 unités en Blu-ray. Et ne vendre que 200 Blu-ray c'est impossible. Cela ne couvre même pas les frais de traducteur pour les sous-titres.

DVDClassik (Frédéric) : Vous n’avez jamais pensé à monter des partenariats ?

Wild Side : J’ai lu ce que vous avez écrit sur le forum, j’ai failli répondre. L’idée est vraiment sympa. J’adorerais, ce n’est pas le problème. Je vais prendre un exemple simple : Arrow prépare une édition de Sisters de Brian de Palma en Blu-ray. Ils nous envoient un mail en nous disant : « Nous avons vu vos compléments, nous aimerions les récupérer, etc. » Je leur dis : « Bien sûr, il n’y a pas de soucis, mais vous me donnez le master HD en échange, comme ça je peux aussi le sortir. » Ils nous répondent : « Mais ce n’est pas possible, vous ne vous rendez pas compte du prix que cela coûte, etc. » Et c'est tout le temps comme ça. Quand vous dites à Criterion : « J’aime bien votre master, cela m’intéresserait de l’acheter », avec eux c’est simple : « Oui, bien sûr, pas de problème, le tarif c’est 10 000 $. » Donc chacun veut faire son truc dans son coin et c’est très difficile de mettre ces gens-là d’accord.

DVDClassik (Frédéric) : Et si les distributeurs se regroupaient au niveau européen et se partageaient le paiement des 10 000 $ ?

Wild Side : Non, on ne partage pas. Criterion va vous vendre le master 10 000 $ par territoire. Criterion a un énorme avantage, qui est une assez bonne idée en l’occurrence, c’est qu’ils ont leur propre labo. Ils font leurs propres transferts, leurs propres restaurations. Après on pense ce que l’on veut de la qualité de leurs restaurations, parce que c’est quand même à géométrie variable. Et ils ont un volume de sorties qui est colossal. Bien sûr que l’on aimerait pouvoir mutualiser les coûts mais ces gens-là sont des indépendants, avec un certain état d’esprit, etc. Et ils disent non tout le temps : « Moi je veux le faire différemment. » Sur le fond l’idée est bonne, après pour mettre ces gens-là d’accord... C’est comme quand vous prenez le Syndicat des Distributeurs Indépendants : allez les mettre tous d’accord, allez mettre vingt-cinq personnes autour de la table. C’est simplement l’enfer : trois seront d’accord, sept seront contre, dix resteront neutres.

DVDClassik (Frédéric) : On dit toujours que les Américains ont un marché énorme pour rentabiliser leurs produits. Nous sommes en Europe, c’est encore plus grand, et pourtant... Pourquoi y arrivent-ils, eux ?

Wild Side : Je comprends très bien. Ils ont juste moins besoin de localiser leurs produits. Au pire ils sont obligés d’ajouter la langue espagnole. S’il y avait un marché européen pour dix pays, cela voudrait dire un menu dans dix langues, un habillage en dix langues, comme ce que l’on voit sur les Blu-ray Warner ou Universal par exemple. Et encore, ces disques ne sont localisés que pour une petite région du monde, pas pour le monde entier sinon il y aurait soixante langues.

DVDClassik (Frédéric) : Vous pensez vraiment que le consommateur serait gêné s’il y avait des menus en anglais où l’on devrait choisir sa langue ?

Wild Side : Les éditeurs français ne font pas ça. Légalement il y a l’obligation d’avoir les menus en français. Après il y a les droits contractuels et la manière de les appliquer. Cela peut être à géométrie variable selon les éditeurs. Nous essayons de respecter nos engagements même si cela m’ennuie de verrouiller les sous-titres sur nos disques. C’est comme ça.

DVDClassik (Frédéric) : Pour revenir au Blu-ray d’une manière plus générale, pensez-vous généraliser un peu plus les sorties si elle apportent un avantage technique ?

Wild Side : Cela dépendra des films et du potentiel commercial. Franchement, si cela ne tenait qu’à moi, je les ferais tous en Blu-ray parce que c’est ce que je préfère. Mais Wild Side ne produit pas des Blu-ray uniquement réservés à nos dvdthèques personnelles...

DVDClassik (Gwendal) : En même temps, après La Rivière rouge vous annoncez Le Solitaire de Michael Mann. Rien que cette annonce fait déjà saliver, on commence à imaginer d’autres sorties.

Wild Side : Nous réalisons des Blu-ray pour des titres qui ont un potentiel commercial un peu élevé. La Rivière rouge reste un western mythique et il n’existe nulle part au monde. Pareil pour Le Solitaire. On pense ce que l’on veut de Tueur d’élite (The Killer Elite) que j’aime assez, mais il n’existe nulle part. Voilà, c’est ce que l’on essaye de faire. Règlement de comptes de Fritz Lang n’existe pas. Colorado, alors là Giordano pourra vous en parler, il n’existe pas non plus, en tout cas pas à ma connaissance. Lord Jim, qui sera pour un peu plus tard, n’existe pas.

DVDClassik (Rémi) : Comme supplément, il faudrait le documentaire sur le tournage raconté par James Mason, je ne sais pas s’il existe toujours.

Wild Side : On arrive parfois à mettre la main sur des documentaires. Sur Le Grand passage j’ai lu des choses hallucinantes. Nous avons trouvé le making of d’époque que Patrick Brion nous a fourni à partir d’une copie 16mm. Quand je lis des commentaires disant : « C’est quoi cette merde, c’est sans intérêt ? », vous avez un peu envie de vous faire hara-kiri. Quand Giordano a reçu la bobine, pour lui c’était le Graal !! Le moral est à géométrie variable après avoir lu certains propos. C’est long et c’est pour cela que nous décalons parfois une date de sortie. Elle n’est pas décalée parce que cela nous fait plaisir d'emmerder tout le monde, mais juste parce que c’est toujours un work in progress. Vous trouvez un document au dernier moment et vous dites : « Ok ce n’est pas grave, je décale » parce que ce sera mieux plus tard.

DVDClassik : Qu’avez-vous trouvé sur Règlement de comptes pour que la sortie soit décalée ?

Wild Side : Ce décalage, c’est juste pour étaler nos sorties. Pour l’instant nous n’avons rien trouvé.

DVDClassik : Sur ces titres à potentiel que vous avez sortis, comme Tueur d’élite, sentez-vous un engouement ?

Wild Side : C’est mou. J’ai regardé les chiffres de vente, ce n’est pas génial. Je crois qu’on était à 2 000 exemplaires, DVD et Blu-ray cumulés. Mais en même temps je me suis aperçu qu’il fallait être patient. Je regardais les chiffres de Portier de nuit, par exemple, qui doit être aux alentours de 10 000 exemplaires aujourd’hui (DVD + Blu-ray) alors qu’à la sortie on était, je pense, à 3 500 exemplaires. Cela veut dire qu’en presque un an et demi nous avons vendu près de 6 000 exemplaires.

DVDClassik (Frédéric) : On le trouve à 5-6 euros à la Fnac maintenant, vous ne touchez pas grand-chose là-dessus...

Wild Side : Je peux même vous dire combien nous gagnons : 2,50 euros, hors frais. Mais quand vous avez pressé un certain nombre de DVD, soit vous vous dites « J’en vends quinze par an » soit « Je l’offre - quasiment - au plus grand nombre. » Entre l’idée de stocker ou celle-là, vous choisissez celle-là.

DVDClassik : Pour les DVD de patrimoine, avez-vous des ventes satisfaisantes ?

Wild Side : C’est correct, mais c’est sur la longueur. Il n’y a rien de dingue, mais sur un an les meilleurs titres doivent se vendre autour de 3 500 exemplaires.

DVDClassik (Frédéric) La part du film de patrimoine par rapport au film contemporain est-elle en train de baisser ou de monter ?

Wild Side : Elle baisse. Je connais les chiffres des éditeurs, cela reste marginal. Mais le paradoxe, c’est qu’il y a énormément de sorties.

DVDClassik (Jean-Marie) : Nous en parlons régulièrement sur le forum avec Jérôme Soulet de Gaumont.

Wild Side : Je ne lis pas le topic de Jérôme mais je sais qu’il donne ses vrais chiffres.

DVDClassik (Jean-Marie) : Ils ne sont pas enthousiasmants.

Wild Side : C’est là que vous vous dites : « Comment font-ils financièrement ? » Il ne faut jamais oublier que l’édition vidéo française est quand même très soutenue par le CNC. Sans ce soutien, vous n’auriez pas le même volume d’éditions.

DVDClassik (Frédéric) : Il n’y a pas une aide spécifique pour éditer le patrimoine ?

Wild Side : Non, vous avez ce que l’on appelle l’Aide sélective, quatre sessions par an. Vous avez un comité, présidé par Bertrand Tavernier depuis l’année dernière, qui distribue une enveloppe de 1 à 1,6 million d’euros, il me semble, cela varie selon les années.

DVDClassik (Frédéric) : Est-ce une aide qui vient de l’Etat ?

Wild Side : Oui, cela vient des prélèvements des taxes du CNC. Cette enveloppe est répartie selon des critères comme l’intérêt de l’œuvre, la qualité de l’édition.

DVDClassik (Frédéric) : Pour des films qui ne sont pas forcément français ?

Wild Side : Sur le film français, c’est une autre aide qui n’a rien à voir avec le patrimoine. Elle est générée par les ventes vidéo de films français et se transforme en fonds de soutien, réattribuée lors de l’achat de films français.

DVDClassik : L’enveloppe du CNC est-elle régulière d’année en année ?

Wild Side : Elle est à peu près stable mais il faut s’attendre à ce qu’elle baisse, ce qui est logique. Même si ces aides ne représentent pas des montants faramineux, elles permettent parfois d’équilibrer les comptes. Ce n’est pas forcément le cas pour tout, mais quand vous réussissez à équilibrer les comptes, cela vous encourage à continuer.

DVDClassik : Allez-vous sortir des films français de patrimoine ?

Wild Side : Non, la problématique est toujours la même : l’accès au cinéma français est très restreint. Les rares fois où j’ai essayé, cela a été compliqué. Je voulais sortir Judex au début de Wild Side. Il est sorti, mais dans une édition qui n’est pas très digne, dans la collection « Deux films de… » avec Nuits rouges. Franju était vraiment un projet qui me tenait à cœur sur le cinéma français, mais on ne le fera jamais. J’ai vu que René Château avait sorti Thérèse Desqueyroux, je l’attends, je l’ai commandé. Il va aussi sortir Thomas l’imposteur dans les jours qui viennent.

DVDClassik : Souhaitiez-vous sortir une intégrale Franju ?

Wild Side : J’aurais adoré. Il est pour moi le grand oublié des réalisateurs français et l’un des plus étonnants.

DVDClassik : Pourquoi est-ce impossible ?

Wild Side : C’est un travail trop laborieux. Jean-Pierre Mocky a les droits de La Tête contre les murs. J’ai essayé de discuter avec lui pour récupérer ce titre, c’était simplement l’enfer. Pendant trois ans j’ai essayé de récupérer les droits de Judex auprès de Jacques Champreux. Je voulais le ressortir en salle, etc., mais à un moment...

DVDClassik (Frédéric) : Le désaccord portait-il sur des questions financières ?

Wild Side : Quand vous avez un vieux monsieur comme Jacques Champreux, c’est un peu au-delà de la seule finance. Je lui avais expliqué que cela aurait été bien de pouvoir récupérer les droits TV et salle, etc. Je pense qu’il s’est accroché à Judex comme à une espèce de bouée qui lui permettait de continuer à exister. Le film n’est finalement jamais passé à la télévision et, sans vouloir polémiquer, il existe dans une édition que je considère comme obscure. Il n’y a jamais eu de vrai travail de réhabilitation autour de Judex.

DVDClassik (Gwendal) : En Angleterre l’éditeur Masters of Cinéma a sorti La Tête contre les murs et le diptyque Judex / Nuits rouges dans des éditions de qualité. Je me suis senti obligé de les acheter et cela me pose problème de ne pas acheter français.

Wild Side : Cela me pose problème mais je le fais aussi. Prenez le cas de Raymond Bernard sur lequel Pathé se penche enfin. Rappelez-moi depuis combien de temps certains de ses films sont disponibles chez Criterion ? Or la version des Misérables réalisée par Raymond Bernard est un monument.

DVDClassik (Rémi) : Ce film est en ce moment projeté dans une salle parisienne, restauré en 4K.

Wild Side : Dites-moi quel travail a été fait dans la presse autour de Raymond Bernard ? Avez-vous lu beaucoup d’articles ? Cela ne correspond pas à notre façon de sortir des films. Raymond Bernard est un autre grand oublié. Pourquoi devrait-il être la petite chapelle d’un petit cercle de cinéphiles ? Nous sommes toujours sur la même problématique.

DVDClassik : Avez-vous essuyé d’autres échecs sur des films français ?

Wild Side : On avait proposé à Pathé de récupérer une partie de leur catalogue. On avait insisté et je crois que c’est ce qui a généré, derrière, leur collection Pathé classiques... On a œuvré pour vous sans pouvoir les récupérer. (Rires)

DVDClassik (Jean-Marie) : Avez-vous encore plein de choses à nous annoncer ?

Wild Side : L’autre chantier au long cours, et c’est vraiment un chantier, est le suivant : nous avons récupéré l’intégralité des Kurosawa période Toho. Nous les ressortirons en Blu-ray au fil de l’eau. Et il y a du boulot. Trois films avaient été annoncés puis repoussés. Nous les avons enfin signés et avons pu récupérer du matériel.

DVDClassik : Est-ce des masters HD ? Des scans bruts ?

Wild Side : Oui, brut avec un « e » (Rires) C’est un peu ça. Je pense qu’ils ont fait de la restauration dessus mais pas assez. A la limite cela peut même gêner le film. Je pense que les négatifs sont très abîmés. C’est ce que l’on répète concernant la préservation du patrimoine japonais. On a l’impression qu’ils ont tiré 10 000 copies avec, c’est criblé de rayures, de scratches, de pompage, ça manque de définition. Il va y avoir un très long travail. Nous en avions sorti dix en DVD, il y en aura huit autres, soit plus de la moitié de sa filmographie.

DVDClassik : Pensez-vous les ressortir en Blu-ray ?

Wild Side : Nous n’avons pas encore tous les masters HD. Quand nous aurons tout récupéré nous verrons sous quel délai nous pourrons le faire et sous quelle forme : par exemple un seul bloc, genre un coffret « The Toho Years. » Mais cela pourrait être un peu rude, au niveau du prix et de l’objet.

DVDClassik (Jean-Marie) : Avez-vous du nouveau concernant les coffrets Richard Thorpe et Vincente Minnelli ?

Wild Side : On ne les fera pas. Nous avons rendu les titres à la Warner parce que cela trainait trop. Il n’y aura que Quinze jours ailleurs, le 15 mai. Sur ces accords-là, notamment l’accord Warner, nous sommes tributaires de ce qui existe. J’en parlais avec Margaret Bodde de la Film Foundation de Scorsese et je lui demandais : « Vous vous êtes penchés sur Fuller, pourquoi ne vous êtes-vous pas penché sur Le Jugement des flêches ? » Elle m’a dit qu’elle allait regarder...

DVDClassik (Jean-Marie) : D’autres surprises ? Vous aviez annoncé Echec à l’organisation (The Outfit) sur France Inter.

Wild Side : Le texte du livre est prêt, le master est prêt. Nous avons récupéré une quantité colossale de documents puisque Vanessa Flynn, la fille de John  Flynn, a participé activement à l’édition. Nous sommes en train de tout mettre en page. Il doit sortir dans la collection "Classics Confidential" mais cela risque d’être un livre un peu plus conséquent que d’habitude à cause de la masse de matériel. L’idée c’est de le sortir au mois de juin mais sans garantie. Nous réfléchissons à la date parce qu’il est possible qu’un hommage à John Flynn soit rendu au Festival Lumière, à Lyon, en présence de Vanessa Flynn. Pour nous, en terme de lancement, dans la presse, ce serait plus adéquat de le faire à ce moment-là. Nous n’étions pas au courant de l’évènement, Philippe Garnier nous a appris cela hier. Je pense que ce "Classics Confidential" sera l’un des plus aboutis de la collection.

DVDClassik (Frédéric) : Pensez-vous encore développer la collection ?

Wild Side : La développer beaucoup, non. Mais elle a deux ans devant elle pour l’instant.

DVDClassik : A raison de 3-4 sorties par an ?

Wild Side : Non, il y en aura un peu moins. Echec à l’organisation (The Outfit) sera le seul "Classics Confidential" de l’année 2013.

DVDClassik (Jean-Marie) : Et quels seront les autres titres ?

Wild Side : Mais Jean-Marie, je ne vais pas tout vous dire sinon vous ne reviendrez pas l’année prochaine ! (Rires)

DVDClassik (Gwendal) : Est-ce que vous pouvez nous parler du concept de cette nouvelle collection dans laquelle sort La Rivière rouge ?

Wild Side : Il y a bien une espèce de charte graphique mais ce n’est pas une collection.

DVDClassik : Sur les visuels qui sont parus sur le net, il y avait aussi Le Solitaire.

Wild Side : Oui. Sur Le Solitaire, nous avons du bon matériel.

DVDClassik (Gwendal) : Quel type de livre trouvera-t-on pour Le Solitaire ? Proposerez-vous la nouvelle ?

DVDClassik : Parce qu'il y aura le film et un livre ?

Wild Side : Oui, nous avons toujours cet attrait pour le livre.

DVDClassik (Frédéric) : Pourquoi La Rivière rouge ne sort-il pas en "Classics Confidential" ?

Wild Side : Parce qu’il n’est pas confidentiel. (Rires) Si je sors Le Solitaire en "Classics Confidential", on va me dire que c’est bizarre. Echec à l’organisation a plus de sens au sein de cette collection. C’est comme cela que se fait la répartition. Sur les "Classics Confidential", il est très probable que l’on change le papier qui, pour nous, coûte trop cher au profit de celui que nous avons utilisé pour le livre de La Rivière rouge. Il est plus facile à travailler pour le rendu du noir & blanc, par exemple. L’autre papier avait tendance à "boire" et jaunir un peu.

DVDClassik (Frédéric) : Vous avez préféré séparer le boitier du film avec le livre, pour cette édition de La rivière rouge.

DVDClassik (Gwendal) : C’est plus pratique, je trouve.

DVDClassik (Jean-Marie) : J’aime bien la continuité de l’aspect du livre, par rapport à ceux de "Classics Confidential".

Wild Side : Nous aimons les livres, vous l’avez deviné.

DVDClassik (Jean-Marie) : C’est bien, il faut continuer !

DVDClassik (Rémi) : Sur La Rivière rouge, est-ce la version française d’époque ? Qui double John Wayne, Jean Martinelli ou Raymond Loyer ? (Rires)

Wild Side (Giordano) : Laissez-moi un petit quart d’heure, je vais vous dire ça... (Rires)

DVDClassik (Rémi) : J’aime bien poser des questions-piège... (Rires)

DVDClassik (Frédéric) : Pensez-vous que ce genre d’édition peut relancer l’achat par rapport à la VOD ?

Wild Side : La VOD sur le patrimoine ne rapporte rien.

DVDClassik : Par rapport à notre précédente rencontre, il ne s’est rien passé ? Ca n’a toujours pas décollé ?

Wild Side : Ca ne décollera pas. Personne parmi vous n’a envie de regarder ces films en VOD. Vous avez envie de posséder l’objet. La clientèle de la VOD est une certaine frange de la population, et cela reste encore très cher. Sur le patrimoine, tant qu’il n’y aura pas une plateforme liée à cela, je pense que cela n’existera pas. C’est ce dont nous avions parlé la dernière fois.

DVDClassik : C’est incroyable que personne ne se pose la question.

Wild Side : J’en ai parlé vaguement avec Vincent Paul-Boncour de Carlotta. Pour l’instant nous essayons, en tant qu’éditeurs, de sortir des choses dignes de ce nom. Après...

DVDClassik (Frédéric) : Pensez-vous que le DVD va perdurer ?

Wild Side : Sur le patrimoine, oui. Je reste toujours persuadé que ce qui perdurera, c’est le genre d’éditions que nous faisons. Davantage que la simple galette. Mais c’est mon point de vue.

DVDClassik : Quel commentaire faites-vous sur la disparition annoncée des boutiques, des magasins culturels ? Quelle est la part de vos ventes entre le magasin et internet ?

Wild Side : Amazon représente 15% des ventes, donc ce doit être un rapport de 75% en magasin, 25% sur Internet. Je suis très partisan de la vente en ligne, sous réserve que l’on puisse mettre suffisamment d’informations pour permettre au consommateur de se décider. Vous avez peut-être vu nos vidéos sur le défilement des pages des livres, etc. Nous essayons d’améliorer cela. Je crois que nous avons déjà eu cette discussion la dernière fois : à part chez Potemkine, le vendeur-conseil se résume surtout à vous signaler l’emplacement du film dans les rayons.

DVDClassik (Jean-Marie) : Et encore, dans certains magasins ils ne le savent plus...

Wild Side : Ils regardent sur leurs ordinateurs... Aujourd’hui, le plus pratique est de présenter le maximum d’informations en ligne, où l’on peut poster des vidéos, des extraits des suppléments et du film, la bande-annonce, etc. On essaye de tendre vers cela avec la nouvelle version du site wildside.fr.

DVDClassik : Les ventes de votre boutique en ligne sont-elles en progression ?

Wild Side : Elles ont été relativement faibles l’année dernière. Elles progressent à chaque fois qu’il y a une promotion, évidemment. On espère qu’avec la nouvelle version du site, ce sera plus pratique pour le public : nous avons estimé que le parcours du consommateur était un peu compliqué, nous l’avons repensé. Vous y êtes allés ?

DVDClassik (Frédéric) : Oui mais il y a toujours la question des frais de port. Sur d’autres sites, on arrive plus vite au port gratuit, chez vous c’est 30 euros.

Wild Side : Mais nous n’avons pas la puissance d’Amazon...

DVDClassik (Rémi) : Je vous rassure, moi je vais d’abord dans les magasins voir l’objet, s’il est bien fait et s’il me plait. C’est un plaisir de l’avoir en main. Sur Internet, on ne sait pas vraiment comment il se présente.

DVDClassik (Jeanot) : Jean-Marie, lui, fait un tir groupé. Il commande pour tout le monde et évite les frais de port. (Rires)

Wild Side : Pour revenir sur nos projets, nous travaillons sur une édition un peu particulière des 5 000 doigts du Dr T. C’est un film assez à part, à mon sens extrêmement mésestimé et qui est, toujours pour moi, du même niveau que Le Magicien d’Oz. J’aimerais pouvoir faire quelque chose d’un peu marrant autour de ce film.

DVDClassik (Rémi) : Le projet de Lord Jim est-il avancé ?

Wild Side : Lord Jim sortira en 2014 et c’est Patrick Brion qui écrira l’ouvrage.

DVDClassik (Jean-Marie) : Nous sommes en 2013, c’est le quarantième anniversaire de la mort de John Ford. Y a-t-il un film de John Ford prévu ? Vous en aviez annoncé un en 2011.

Wild Side : Ce sera pour 2014 et ce sera toujours Inspecteur de service, qui est le seul pour lequel nous ayons les droits.

DVDClassik (Rémi) : Il manque L’Homme tranquille...

Wild Side : J’adorerais faire L’Homme tranquille mais les droits ne sont pas chez nous, je crois qu'ils sont repartis chez Warner. Donc dans 3-4 ans si tout va bien... (Rires)

DVDClassik : Avez-vous essayé de rentrer en contact avec certains éditeurs comme Olive, dont le catalogue est très impressionnant ?

Wild Side : Pour avoir tourné autour pendant longtemps, je ne sais pas comment Olive Films a fait pour accéder au catalogue Paramount. Ca sent l’histoire de belle-sœur ou quelque chose de familial, quelque chose comme ça. (Rires)

DVDClassik (Rémi) : Pourquoi ne sort-il jamais rien du côté de Paramount ?

Wild Side : Parce qu’ils ne veulent pas sous-licencier leurs droits. Seuls Olive et Criterion ont réussi à le faire, mais aux USA. Pour l’instant nous n’avons pas trouvé de porte d’entrée. Après, je serais assez curieux de regarder le capital d’Olive Films. Je ne serais pas étonné que, pour exploiter son catalogue, Paramount ait créé une filiale spécialisée. C’est une supposition.

DVDClassik (Rémi) : D’ici la fin de l’année il y aura une chaîne Paramount sur le câble et le satellite, avec plus de 600 films de leur catalogue.

Wild Side : Giordano, ne te laisse pas questionner par Jean-Marie, il est pire que les journalistes. (Rires)

DVDClassik (Jean-Marie) : Nous parlions de la collection des "Introuvables". Quelques titres avaient été annoncés.

Wild Side : Quinze jours ailleurs en fait partie. Après c’est l’été, vous savez que nous ne travaillons pas. (Rires)

DVDClassik (Jean-Marie) : Vous aviez bien travaillé pendant l’été 2012...

Wild Side : D’ici la fin de l’année nous sortirons Le Prête-nom de Martin Ritt, The King of Marvin Gardens de Bob Rafelson, La Dernière corvée de Hal Ashby...

DVDClassik (Jean-Marie) : Et Mickey One d'Arthur Penn ?

Wild Side : Mickey One, ce sera pour l’année prochaine. C’est le seul "Introuvable" calé pour 2014, pour l’instant. Quand vous regardez le nombre de titres que nous sortons à l’année, nous ne chômons pas.

DVDClassik (Jean-Marie) : Ce n’est pas ce que je voulais dire. C’est juste que l’on pense à d’autres films invisibles. D'Arthur Penn, par exemple, il y a Georgia ou La Fugue avec Gene Hackman.

Wild Side : Oui mais celui-là existe depuis longtemps déjà en zone 1, avec des sous-titres français.. Par contre j’aurais adoré sortir Georgia.

DVDClassik (Frédéric) : Quand un film est disponible en zone 1, considérez-vous  qu’il a un moindre potentiel de vente ?

Wild Side : Disons que c’est plus problématique.

DVDClassik : Pensez-vous que le public-cible se l’est déjà procuré ?

Wild Side : C’est ce que je fais moi-même, donc je me dis que je ne suis pas le seul.

DVDClassik (Jeanot) : Il y a d’autres éditeurs... Opening existe-t-il encore ?

Wild Side : Plus sous le même nom, maintenant c’est Filmedia. Je trouve qu’ils continuent à bien travailler.

DVDClassik (Rémi) : Ils nous ont promis Les 55 jours de Pékin mais ils ne l’ont jamais sorti. (Rires)

Wild Side (Manuel Chiche sort son téléphone portable) : Eh bien, on va appeler tout de suite Jean-Pierre Vasseur et lui demander « C’est quoi ce bazar ?! » (Rires)

DVDClassik (Jean-Marie) : Est-ce que vous sortirez d’autres films de Fritz Lang, à part Règlement de comptes en 2014 ?

Wild Side : Non, j’attends que les ayant-droits se décident à faire une restauration sur Le Tigre du Bengale et Le Tombeau hindou pour pouvoir les sortir en HD. Pour l’instant ce n’est pas le cas, mais ce n’est pas faute de les harceler.

DVDClassik (Frédéric) : On parle souvent sur le forum des éditeurs qui ressortent constamment les mêmes films, comme Warner avec Casablanca. Est-ce que c’est une démarche lucrative ?

Wild Side : Oui. On revient toujours sur le même point : le phénomène de curiosité est relativement faible. Il y a toujours cette envie de racheter des évidences.

DVDClassik (Frédéric) : Une énième édition de Casablanca rapportera-t-elle toujours davantage qu’un film mineur ou méconnu ?

Wild Side : Bizarrement, par toujours. Mais pour Casablanca : oui.

DVDClassik (Jeanot) : Nous attendons toujours Le Gouffre aux chimères de Billy Wilder.

Wild Side : C’est un film Paramount. En fait, sur les listes nous n’avons pas tellement de soucis. Nous avons surtout décidé de ralentir un peu le rythme parce que le public n’arrive pas à suivre.

DVDClassik (Frédéric) : Considérez-vous que le potentiel d’acheteurs est le même qu’auparavant ?

Wild Side : Je pense qu’il se réduit un peu plus chaque année, ce qui n’est pas illogique en soi. C’est pour cela que nous essayons d’apporter des choses en plus autour des films. L’offre est tellement pléthorique sur les écrans, quels qu’ils soient, que cela ne suffit pas de simplement sortir une galette.

DVDClassik (Frédéric) : Est-ce que vous faites des actions spécifiques pour élargir le public, au-delà de la base des cinéphiles ?

Wild Side : Nous essayons de le faire promouvoir le plus possible par les journalistes.

DVDClassik (Frédéric) : Parce qu’en nous rencontrant vous avez déjà un public acquis, quelque part.

Wild Side : Oui, mais comme vous êtes les seuls qui vous intéressiez à ce cinéma-là, nous préférons en discuter avec vous! (Rires) Par exemple un travail sur Fat City de John Huston, qui est un projet que nous avons démarré il y a des années, prend énormément de temps. Samuel Blumenfeld a passé un mois et demi à chercher des gens qui avaient travaillé dans le gymnase du film, faire des photos des lieux de tournage, essayer de trouver un créneau pour pouvoir interviewer Leonard Gardner. Cela prend du temps et c’est pour cette raison qu’à un certain moment nous ne communiquons plus sur les dates de sortie parce que le travail n’est pas fini et que nous ne savons pas où nous allons. C’est un puzzle qui se construit pièce par pièce. En discutant avec Patrick Brion, il me dit : « Attends, je crois que dans ma cave j’ai un truc pour toi. » Il m’envoie ensuite vingt photos de Huston sur le tournage de Fat City. Et je suis super content quand je les reçois : il y a une brique en plus, on avance. Après, Giordano (qui est le limier de la recherche de matériel) me dit : « Je crois que j’ai localisé le bon matériel sur Fat City. » Le problème est que les filiales des majors ne se parlent pas entre elles. Chacune fait ses petites affaires dans son coin. Vous vous apercevez par exemple, je dis n’importe quoi, que la filiale hollandaise a un transfert 2K de Fat City alors que les autres nous disent n’avoir que des bandes 1 pouce depuis années, etc. Et nous apprenons bien sûr cela six mois après avoir récupéré un premier master. Là on se dit : « Bon, on va tout recommencer. » C’est comme ça que cela se construit. Il y a un gros travail autour de chaque édition, ce n’est pas quelque chose que nous jetons comme ça sur le marché. Ce n’est pas non plus une édition que nous reprenons telle quelle, qui a déjà été éditée dans un autre pays. Nous essayons toujours de faire quelque chose qui corresponde à ce que l’on voudrait avoir chez nous.

Wild Side (Giordano) : C’est ce que nous disions concernant les versions françaises. Lorsque les Américains nous envoient tout le matériel qu'ils possèdent, ils nous précisent : pas de version française. Nous le prenons pour argent comptant. Mais avec l’expérience on se dit que c’est quand même curieux, alors on prend contact avec certaines personnes du milieu dont l’une nous dit : « Si si, nous avons une version française ! » Il y a toujours des découvertes que nous tentons de récupérer pour nos éditions.

Wild Side : C’est pareil quand nous recevons le matériel de La Nuit du chasseur. Brigitte le regarde et pense pouvoir améliorer certaines choses. Quand je lis que l’édition Criterion est top, je suis désolé, c’est impossible de dire cela.

DVDClassik (Frédéric) : Par rapport à la technique, il y a souvent des débats sur le forum à propos du grain.

Wild Side (Brigitte Dutray) : Pour moi le grain est l’âme du film. Je ne l’enlève pas, ou alors un minimum quand cela gêne la visibilité du film.

DVDClassik (Frédéric) : Les plus jeunes préfèrent une image lisse... Est-ce que pour ce public vous avez tendance à dégrainer ?

Wild Side : Non. Comme je vous l’ai dit : nous faisons vraiment des disques pour nous, tels que nous aimerions les voir. Nous avons été surpris du niveau de grain qui était vraiment gênant sur La Nuit du chasseur. Nous avons fait plusieurs tests.

DVDClassik (Jeanot) : La version DVD chez MGM n’était vraiment pas terrible.

Wild Side : J’ai été assez vexé pour La Nuit du chasseur. J’avais été un peu déçu par le Criterion sur lequel je m’étais rué à sa sortie. Je trouve que le nôtre était quand même à un niveau au-dessus. J’ai suivi les pérégrinations de Brigitte en labo, je sais ce qu’elle a fait. 

DVDClassik : Pouvez-vous nous parler du petit recadrage de l’image, par rapport à l'édition Criterion ?

Wild Side (Brigitte Dutray) : Le nôtre n’est pas recadré. Notre master est approuvé par l’UCLA qui a fait le transfert 2K.

DVDClassik : Criterion n’a-t-il pas utilisé le master de l’UCLA ?

Wild Side : C’est très bizarre.

DVDClassik (Frédéric): Vous restez un peu en retrait sur notre forum, par rapport à Jérôme Soulet de Gaumont qui est très présent.

Wild Side : Jérôme a peut-être plus de temps, je ne sais pas. Mais même si j’avais envie de répondre, je n’aurais pas le temps. Et puis si on commence à répondre à tout le monde, on peut passer la journée dessus. Il y a aussi des moments où vous pouvez perdre votre sang-froid et je préfère éviter cela... Certaines attaques sont parfois assez virulentes, surtout de personnes qui ne connaissent pas le dossier en détail, et les discussions peuvent être sans fin.

DVDClassik : La comparaison de La Nuit du chasseur par rapport à l'édition Criterion vient peut-être aussi d’une certaine image de marque de l’éditeur. Pour certains, c’est forcément mieux quand c’est Criterion...

Wild Side : Je ne peux pas répondre à ça. Mais vous savez que l’herbe est toujours plus verte ailleurs. Je n’aime pas tout chez Criterion mais c’est extrêmement respectable. Je pense aussi qu’un certain nombre d’éditeurs français n’ont pas à rougir.

DVDClassik (Frédéric) : Travaillez-vous sur votre image de marque ?

Wild Side : L’image de marque se construit sur ce que vous êtes capable de livrer, sur le cinéma que vous défendez, sur les âneries que vous dites aussi. (Rires) A l’étranger, quand je discute avec des ayant-droits, des producteurs ou des réalisateurs, Wild Side a un sens. Ce n’est pas : « Wild quoi ? » Nous savons que nous existons et que notre travail est d’une qualité acceptable. En partant de là...

DVDClassik : Revenons à La Rivière rouge. Qui a eu l’idée de reconstruire la version director's cut du film qui est, je crois, disponible pour la première fois en vidéo ?

Wild Side (Giordano) : J’ai eu cette idée sans savoir où je mettais les pieds.

DVDClassik : C’est typiquement une démarche de cinéphile.

Wild Side (Giordano) : Exactement. C’est aussi une démarche financière parce qu’on avait d’abord pensé restaurer la version courte dont l’état était épouvantable. J’ai convaincu un laboratoire de travailler... à des prix modiques.

Wild Side (Manuel Chiche) : Modiques, modiques... Tu y vas fort ! (Rires)

Wild Side (Giordano) : C’est parce que tu ne connais pas le prix "non modique". (Rires) Nous sommes partis de la version longue en HD, nous avons pris les parties communes, restauré les parties non communes, etc.

DVDClassik (Gwendal) : Avez-vous eu des retours d’éditeurs internationaux qui, suite à cette démarche, auraient été intéressés par ce montage ?

Wild Side : Non, mais je pense qu’ils ne sont pas au courant. En général il y a un énorme décalage. Autant nous suivons ce qui se passe à l’étranger, autant cela ne suit pas des masses dans l’autre sens.

DVDClassik (Gwendal) : Nous, petits Français...

Wild Side : Non ce n’est pas ça. L’Europe est considérée comme une zone sinistrée.

DVDClassik (Frédéric) : Pourtant la France reste un territoire important pour la cinéphilie.

Wild Side : En réputation. Mais les gens savent très peu ce qui se passe ici. Quand vous allez sur twitchfilm.com qui est un peu LE site du cinéma de genre, les chroniques DVD/Blu-ray qui sont publiées concernent à 100 % des éditions de pays anglo-saxons. Ils pourraient aussi parler de sorties en Allemagne, en Italie, en Espagne. Vous le faites bien sur Classik.

DVDClassik (Gwendal) : A propos du cinéma de genre, avez-vous des choses prévues ? Vous aviez ressorti certains films de Dario Argento...

Wild Side : Ces films ont fonctionné moyennement. 4 mouches de velours gris n’a pas très bien fonctionné, nous en sommes à 1 500 DVD et 1 200 Blu-ray vendus. Concernant Argento, nous n’en achèterons pas de nouveau. La question reste très ouverte concernant les titres que nous n’avons sortis qu’en DVD ; pour des raisons économiques, vous venez de le voir. Proposer de manière décalée dans le temps une édition DVD puis un Blu-ray est encore plus compliqué aujourd’hui. Cela ne marche pas très bien, on l’a vérifié avec Les Frissons de l’angoisse.


DVDClassik : Le public l’avait déjà et ne l'a donc pas racheté ?

Wild Side : C’est ce que nous imaginons.

DVDClassik (Frédéric) : Quand un film sort uniquement en DVD, c’est donc un mauvais calcul d’attendre une édition HD.

Wild Side : Nous ne pouvions pas les sortir en HD à l’époque, sinon nous l’aurions fait.

DVDClassik : Et pour le film de genre en général, allez-vous proposer des choses ?

Wild Side : Non, il n’y a rien de prévu pour l’instant. Je n’ai rien trouvé.

DVDClassik : Vous sortirez donc Règlement de comptes de Fritz Lang en 2014, avez-vous d’autres films du catalogue Sony en prévision ?

Wild Side : Avec Sony nous en avons une quinzaine, dont Lord Jim, Inspecteur de service, Mickey One. Il y a aussi Rendez-vous avec la peur de Jacques Tourneur, sur lequel le camarade Giordano est en train de travailler. Michael Henry Wilson également, en l’occurrence, puisqu’il écrira le livre. (Rires) Jean-Marie note tout ! Si l'on ne tient pas notre date, on est morts ! Il va nous envoyer cinq posts sur le Facebook par jour ! (Rires) Michael Henry Wilson travaille aussi sur le film de Michael Mann. Nous espérons réaliser un entretien fleuve avec Michael Mann et voir s’il peut nous ouvrir ses archives iconographiques, filmées, etc. Parce qu’on ne trouve, pour l’instant, aucune trace d’un EPK ou making of du Solitaire. Mais il y en a forcément un. Nous avons mis pas mal de monde sur la bête.

DVDClassik (Jean-Marie) : Pourtant le film n’est pas si ancien.

Wild Side : Mais c’est toujours pareil : quel que soit son âge, il faut pouvoir remettre la main dessus. Nous avons aussi tourné un entretien avec James Caan autour du film, il n’est pas encore monté. Nous devions tourner celui de Jerry Bruckheimer mais il a annulé au dernier moment. Nous ne savons pas si nous ferons celui de Willie Nelson.

DVDClassik (Gwendal) : Allez-vous proposer les deux versions ?

Wild Side : Je pense que nous ne proposerons que le director’s cut. La seule différence, c’est la séquence du pêcheur.

DVDClassik (Gwendal) : Dans le montage final, il y a des accélérés...

Wild Side (Giordano) : Oui, il y a quelques plans un peu plus longs, un plan qui n’apparaît pas sur le director’s cut (Tuesday Weld sur la plage). Il y a 90 secondes sur la scène du pêcheur et une quinzaine de secondes si l’on va chercher les plans plus longs, il n’y a pas grand-chose, quelques différences extrêmement anecdotiques.

DVDClassik (Gwendal) : En même temps Michael Mann est un maniaque notoire au niveau des versions, c’est pour cela que j’ai reposé la question. Quand Heat est ressorti en Blu-ray, il a coupé 20 secondes et ça m’a rendu dingue.

Wild Side : Michael Mann n’est pas le seul maniaque de cette pièce... (Rires)

DVDClassik : C’est un film MGM comme Manhunter, un autre Michael Mann qui n’est toujours pas sorti en France.

Wild Side : Mais il est super disponible aux USA depuis des années. On ne l’a pas prévu pour l’instant.

DVDClassik (Frédéric) : Je ne sais pas si vous pouvez nous le dire, mais quel est le coût de fabrication de l’édition de La Rivière rouge ?

Wild Side : Cela reste un peu élevé par rapport au prix de vente (24,99 euros). Nous nous sommes un peu cassés la tête là-dessus parce que c’est quand même vendu pas très cher par rapport à sa valeur.

DVDClassik (Frédéric) : Es-ce moins cher que les "Classics Confidential" en raison de la couverture ?

Wild Side : La couverture, le papier, la façon dont c’est conditionné, etc.

DVDClassik : Est-ce que cette collection marche toujours ?

Wild Side : Elle plafonne un peu, aux alentours de 2 500 exemplaires.

DVDClassik (Jean-Marie) : C’est quand même dommage de n’en sortir qu’un en 2013; car 2012 a été fantastique.

Wild Side : Je sais mais j’ai l’impression qu’ils sont perçus comme des objets trop chers par rapport à ce que c’est.

DVDClassik (Jeanot) : Ils s’adressent quand même à un public cinéphile.

DVDClassik (Gwendal) : La différence, j’ai envie de dire, c’est qu’avec La Rivière rouge on a une version HD. Beaucoup de cinéphiles sont prêts à mettre 30 euros, mais pour une version HD.

DVDClassik (Frédéric) : Pour 30 euros on se dit que c’est la version ultime avec un Blu-ray, ou alors c’est que la HD n’apporte rien techniquement.

Wild Side : …Ou que nous ne pouvons rien faire.

DVDClassik (Jeannot) : Je pars du principe que 30 euros, c’est déjà le prix d’un livre. Là, vous avez le livre et le DVD. Je ne trouve pas que ce soit cher.

Wild Side : Mais moi non plus. Le public oublie que les "Introuvables" à 14,99 euros représentent un vrai effort. Nous sommes les seuls à proposer des classiques, certes en DVD, mais à ce prix-là.

DVDClassik (Frédéric) : Le problème est que les consommateurs (nous y compris) ont pris l’habitude de la baisse du prix des DVD. On les trouve à 6 euros.

DVDClassik (Gwendal) : Avez-vous fait un tirage important pour La Rivière rouge ?

Wild Side : 7 000 exemplaires, dont une partie seulement est en magasin.

DVDClassik : Avez-vous eu des retombées dans la presse à propos de That Cold Day in the Park de Robert Altman ?

Wild Side : Trop peu et trop diluées. Cela pose un problème de fond qui est plus large mais qui n’est pas nouveau. Aujourd’hui, quand vous ressortez La Porte du paradis de Michael Cimino - et nous sommes tous ravis que le film ressorte, en plus dans une copie sublime - vous retrouvez dans la presse des dossiers de deux ou quatre pages. Sauf que tout le monde connaît le film. Comme le consommateur, les journalistes aujourd’hui passent leur temps à parler de pures évidences. Je trouve plus pertinent de parler d’un objet trouvé, d’un film qu’on n’a jamais vu comme That Cold Day in the Park. Altman est mort il n’y a pas si longtemps, c’est un cinéaste important en France. Pourquoi ne pas se focaliser dessus ? Je ne dis pas que c’est ce qu’ils auraient dû faire mais, à un moment il y a un problème de priorités, c’est la même chose quand sort Harry Potter. Même les journaux supposés défendre le cinéma ne peuvent s’empêcher de consacrer des pleines pages à Harry Potter alors que leur lectorat n’en a rien à faire. On dirait qu’on ne peut pas passer à côté de certaines choses. C’est comme si la pression marketing était telle qu’il faut absolument en parler au risque de passer pour un abruti. Personne n’a pris le contre-pied de cela, à part le magazine So Film qui parle d’autre chose.

DVDClassik (Jean-Marie) : Est-ce que ce n’est pas dû à de la paresse de la part des journalistes, et à une baisse importante de la culture cinématographique ?

Wild Side : Depuis le temps que nous les pratiquons, je commence à connaître un certain nombre de journalistes qui écrivent dans des canards importants, et je ne peux franchement pas les taxer d’inculture. Je pense que c’est davantage une volonté des directeurs des rédactions de parler des mêmes choses que tout le monde.

DVDClassik : Ou de vendre plus ?

Wild Side : Pas forcément. Vous n’allez pas acheter Libération parce qu’ils ont fait une page sur Harry Potter mais plutôt parce que vous êtes un lecteur du journal. Ah ! Ce n’est pas prévu, je reçois à l'instant un texto de Nicolas Winding Refn : « Je viens de voir Woman on the Run, c’est génial ! »

DVDClassik : C’est l’occasion de demander si Drive s’est bien vendu…

Wild Side : C’est monstrueux.

DVDClassik : Ah, le succès en salle s’est donc confirmé par la suite.

Wild Side : Et même plus. Je pense qu’on doit être aujourd’hui à 380 000 exemplaires vendus.

DVDClassik : Allez-vous continuer votre collaboration avec Nicolas Winding Refn ?

Wild Side : Nicolas est devenu un ami de la maison. C’est un énorme cinéphile, on se marre bien. Nous faisons son prochain film et aussi celui d’après. Jusqu’à ce qu’il fasse un film de studio qui nous empêche de le suivre. Mais nous avons d’autres chouchous qui arrivent, toute une génération de jeunes Anglais qui sont intéressants. Je ne parle pas que de Ben Wheatley.

DVDClassik : Les ponts sont un peu coupés avec Warner ?

Wild Side : Non, j’attends juste d’avoir des informations fiables de temps en temps.

DVDClassik : C'est-à-dire que comme vous aviez sorti certains "Warner Archives" il y a quelques temps, et comme Warner les lance aussi en Blu-ray...

Wild Side : Nous avions pris le Waterloo Bridge de James Whale parce que nous avions déjà la version de Mervyn LeRoy. Ce n’était pas une volonté de sortir des "Warner Archives". Nous avons déjà eu ce débat, nous ne prenons pas de package. Nous n’éditons pas non plus un film quand le matériel n’est pas adéquat : nous avons ainsi annulé Les Indomptables de Nicholas Ray à notre grand désespoir.

DVDClassik : Lorsque vous avez la possibilité d’acquérir certains titres dans le catalogue d’une major, comment cela se passe-t-il ? Avez-vous le droit d’en choisir une certaine quantité en fonction d'un certain montant ?

Wild Side : Hollywood Classics fait par exemple cette commercialisation de films : vous choisissez vos titres et vous mettez un prix en face. Parfois certaines majors se disent : « La fin du mois va être difficile, il faut que l’on fourgue. » Je caricature mais c’est exactement comme cela que ça se passe. « Tiens, tu es mon pote, voilà la liste. » C’est aussi simple que ça.

DVDClassik : Parmi les titres que vous nous aviez annoncés en 2011, où en est le coffret Musashi ?

Wild Side : C’est toujours en cours. Brigitte a fini la restauration des cinq premiers films. C’est une bonne idée de sortir les cinq, mais il en manque un. Il existe un sixième film qui n’a pas été produit par la même compagnie (il a été produit par la Toho). Nous avons fini par localiser ce sixième film et avons commencé à discuter. Nous sommes en train d’expertiser le matériel, voir s’il est à un niveau technique suffisant. C’est pour cela que nous l’avons repoussé, les choses prennent du temps. Les cinq films sont sortis en coffret aux Etats-Unis mais l’histoire est incomplète.

DVDClassik (Rémi) : Mais dans ce cas vous adressez-vous adressez directement au Japon ?

Wild Side : Oui. C’est pareil sur Baby Cart. Nous avons demandé aux Japonais ce qu’ils attendaient pour transférer les films en HD. Nous avions regardé les Blu-ray sortis aux USA mais ils ne donnaient pas satisfaction à Brigitte. Donc nous attendons.

DVDClassik : Avez-vous prévu d’autres sorties asiatiques ?

Wild Side : Il y a déjà les Kurosawa. Nous avons renouvelé un certain nombre de droits de la Toei, dont les Kinji Fukasaku et les films d’animation. Est-ce qu’on les ressortira en HD ? Je n’en suis pas sûr du tout. Par contre, et c’est une autre partie de notre métier, nous avions besoin de masters HD pour les chaînes de télévision car il y a de plus en plus de demandes.

DVDClassik (Rémi) : Les films de la Shaw brothers ont-ils bien marché ?

Wild Side : L’opération fut fantastique les cinq premières années, quand nous avons lancé la collection. Nous avons aujourd’hui fait le tour du public potentiellement intéressé. C’est assez mou mais, de la même façon nous ne laisserons pas partir le catalogue. Nous sommes en train de discuter de son renouvellement. C’est comme un bibelot de famille, cela fait partie de l’histoire de Wild Side.

DVDClassik (Rémi): C’est bien quand les suppléments suivent.

Wild Side : Est-ce que vous regardez les suppléments ?

DVDClassik (Rémi) : Oui, souvent. J’aime bien, surtout quand c’est La Nuit du chasseur et que cela dure 2h40.


DVDClassik (Jeanot) : Les suppléments français sont moins bons que les suppléments américains.

DVDClassik (Frédéric) : Ca dépend. C’est plus intéressant sur les films classiques que sur les films récents qui se focalisent plus sur l’aspect technique.

Wild Side : C’est toujours pareil, tout dépend de celui qui le fait. Vous savez, toute la génération de réalisateurs européens de 30-35 ans, ceux qui ont grandi avec le DVD en fait, se sent très concernée par cela. La plupart du temps ce sont eux qui supervisent tous les bonus, et pas le distributeur ou la maison de production. Et cela donne autre chose. Je suis toujours partagé entre deux options : cela coûte très cher à sous-titrer mais en tant que cinéphile j’ai envie de les avoir ; et je lis aussi beaucoup de gens sur un certain nombre de forum qui disent préférer le DVD seul et moins cher, qui est une option que je comprends.

DVDClassik (Frédéric) : Je vois un supplément de 16 min pour La Rivière rouge, c’est bien. Je viens de voir celui des Dents de la mer qui dure 90 min. C’est tellement long que l’on finit par arrêter. Tandis que 16 min ou les interventions de Bertrand Tavernier, c’est toujours passionnant.

Wild Side : C’est l’option que nous avons prise sur les "Introuvables" au moment où nous avons fait cette espèce de réforme de la collection pour pouvoir les proposer à 14,99 euros. Notre travail de production de suppléments était très dense, il se répercutait sur le prix de vente. Nous l’avons réduit à des documentaires durant entre 15 et 30 min.

DVDClassik (Frédéric) : Un bonus de 15 min coûte-t-il moins cher qu’un bonus d’1h ?

Wild Side : Bien sûr.

DVDClassik (Frédéric) : Mais quand on fait venir la personne pour l’interviewer, c’est le même coût si cela dure 15 min ou une heure...

Wild Side : Il y a des coûts complémentaires, techniques par exemple, ou la place que cela prend sur le disque : si nous ajoutons un bonus d’1h et que le film fait déjà 2h la qualité de l’image s’en ressent. Nous avons toujours privilégié la place pour le film.

DVDClassik (Frédéric) : Sur le Blu-ray de La Rivière rouge, par exemple, il n’y a ni Brion ni Tavernier.

Wild Side : Non mais il y a Giordano ! (Rires)

DVDClassik (Rémi) : On retrouve Tavernier et Brion en bonus de L’Aventurier du Rio Grande, un très bon film.

Wild Side : Il y a un culte en France autour de Robert Parrish.

DVDClassik (Jean-Marie) : C’est un bon film mais je préfère Libre comme le vent que vous avez sorti.

Wild Side : Mais dans L’Aventurier du Rio Grande il y a Mitchum... J’aime beaucoup Robert Mitchum, et comme il y a aussi Julie London...

DVDClassik (Jean) : Oui, mais le réalisateur aurait pu être un peu plus... En fait, je suis resté sur ma faim. Le personnage principal n’est pas assez approfondi.

DVDClassik (Rémi) : La partie avec les indiens est intéressante, mais on ne voit que 2-3 Indiens qui se battent en duel...

Wild Side : En même temps ce n’est pas Little Big Horn. (Rires)

DVDClassik (Rémi) : Cela n’a rien à voir mais Vera Cruz, c’est quand même une autre dimension.

Wild Side : Il existe en Blu-ray aux Etats-Unis. J’aime bien.

Dvdclassik (Rémi) : Mais Mitchum, je le préfère quand même dans La Nuit du chasseur. Et il y a La Fille de Ryan.

Wild Side : Quand je l’ai revu, j’ai été un peu déçu.

DVDClassik (Rémi) : Ah bon ? Oh non, j’adore !

Wild Side : Vous dites ça parce que vous l’avez projeté en 70mm...

DVDClassik (Rémi) : Oui, comme Rio Bravo. Hein Jeanot, qu’est-ce qu’on en a vu des films en 70mm...

DVDClassik (Jeanot) : Quand je venais à Paris, j’allais au Grand Rex, c’était monumental.

Wild Side : C’est vrai que ce devait être monumental…

DVDClassik : Je reviens sur le cinéma japonais. Un forumeur nous a demandé ce qu’allait devenir la collection "Roman porno japonais", dix titres annoncés ne sont pas sortis.

Wild Side : Le problème est que nous n’avons plus de diffuseurs pour ces films-là.

DVDClassik (Gwendal) : C'est-à-dire que vous être obligés de les vendre uniquement sur votre site ?

Wild Side : C’est ça. Donc nous ne sortirons pas les dix titres restants, malheureusement.

DVDClassik (Jean-Marie) : Pourtant il y a des films formidables.

DVDClassik (Rémi) : Ce n’est pas dans cette collection, mais il y a aussi Derrière la porte verte.

Wild Side : Je suis d’accord mais il y a plein d’autres choses qui sont du même niveau.

DVDClassik (Jean-Marie) : Il y a eu de véritables perles, un cinéma différent.

Wild Side : Avec de belles copies, j’en parlais il n’y a pas très longtemps.

DVDClassik : Travaillez-vous toujours sur Shangai Gesture ?

Wild Side : Oui, il est même prêt. Mais nous devons d'abord régler un problème juridique.

DVDClassik : Vous réfléchissiez également à des séries télés vintage.

Wild Side : Nous avions commencé à travailler sur la série Le Sixième sens. Giordano avait trouvé les versions françaises de certains épisodes mais il fallait s’occuper de tout sous-titrer. Cela nous aurait coûté 24 000 euros, quelque chose comme ça. C’était une série de la Fox, nous leur avons gentiment expliqué que nous voulions bien le faire à condition de ne pas payer les droits. Ils ont refusé, donc la série restera dans un tiroir. Jusqu’à ce qu’ils le fassent eux-mêmes... Cela s’appelle une fausse bonne idée. On avait aussi pensé à la série Johnny Staccato avec John Cassavetes. Pendant les discussions, ont nous dit que les droits musicaux ont été réglés uniquement pour les Etats-Unis et qu’il nous faudrait régler les droits pour la France, morceau par morceau sur une trentaine d’épisode où la musique est quand même assez présente. Alors je leur dis : « D’accord, faites-le » mais ils me répondent qu’ils n’ont pas le temps de le faire, que ce sera à nous de nous en occuper. Donc cela ne s’est pas fait non plus. Aujourd’hui, nous ne prévoyons pas de série tv. Je ne suis même pas sûr qu’il y en aura un jour car si nous nous heurtons à chaque fois à ces problématiques... C’est toujours étonnant de devoir faire le travail de l’ayant-droit. C’est aussi pour cela que ces séries ne sont toujours pas éditées.

DVDClassik (Jean-Marie) : Avez-vous prévu quelque chose avec Raoul Walsh, Robert Aldrich ?

Wild Side : Non. Pour Aldrich nous avons laissé faire Carlotta avec L’Ultimatum des trois mercenaires.

DVDClassik (Jean-Marie) : Ah, j’avais plutôt pensé au Démon des femmes.

DVDClassik (Rémi) : Django de Tarantino marche bien en salle. Il y a le Mandingo de Richard Fleischer, chez Paramount...

Wild Side : Nous avons évoqué l’idée avec Lisa il n’y a pas très longtemps. Mais vous venez de me le rappeler, je ne m’en suis pas occupé.

DVDClassik : Nous n’avons pas beaucoup parlé de Colorado.

Wild Side : C’est… "le limier mène l’enquête" ! (Rires) Nous avons récupéré plein de photos de tournage et d’affiches du film de Sergio Sollima, il y a des choses vraiment bien. Jean-François Giré a rendu son texte.

Wild Side (Giordano) : Nous allons essayer de vous offrir les deux versions en HD : le montage international en VF, version anglaise et version italienne, une version sans intérêt, incompréhensible, sans essence ni profondeur ; et le montage original qui fait 20 min de plus, près de 20 % de film en plus, qui est un tout autre film.

DVDClassik : Pourquoi avoir choisi ce film-là ? Etait-ce une opportunité ?

Wild Side : Il était dans le catalogue Columbia et c’était une demande récurrente de mon camarade Jean-François Giré. Comme j’aime beaucoup Jean-François...

DVDClassik : Quels autres films vous demandent vos camarades ? (Rires)

Wild Side : Je voulais absolument faire L’Aventurier du Rio Grande avec Philippe Garnier mais quelqu’un d’autre l’a fait. On est plutôt en train de nous demander de freiner un peu le rythme.

DVDClassik (Rémi) : Beaucoup de films méconnus de la Hammer ne sont jamais sortis en France.

Wild Side : Jean-François Rauger avait organisé une rétrospective à la Cinémathèque. Je suis d’accord avec vous mais le seul truc, je pense, c’est que nous n’en vendrons que deux et demi. Les amateurs se sont déjà rués sur les éditions anglaises.

DVDClassik (Rémi) : C’est dommage, il y a de très bons films qui existent mais que personne ne connaît et que l’on ne voit jamais.

Wild Side : Ils en ont restauré quelques uns. Celui qui est annoncé en Blu-ray, c’est Le Cauchemar de Dracula ou Dracula, prince des ténèbres, l’un des deux. Chez StudioCanal en Angleterre. Je regarde beaucoup ce qui se fait en Angleterre parce qu’ils ont une production DVD/Blu-ray assez dynamique et de qualité. J’ai vu que Arrow annonçait Knightriders, film de George A. Romero assez bizarre mais que j’aime bien. Il y aura aussi Scanners de Cronenberg en avril chez Second Sight...

DVDClassik (Frédéric) : Il y a quelques années, nous avions discuté sur le forum de l’idée d’un label, comme ce que fait Télérama avec la musique classique. Y avez-vous pensé ? Cela pourrait éventuellement attirer un nouveau public ?

Wild Side : Il y a eu un label qui rejoignait ça, à l’époque où l’Unevi (Union de l'Edition numérique et Vidéographique Indépendante) jouait encore son rôle. Il y avait aussi le label créé par les Inrockuptibles. Mais cela doit venir d’un journal.

DVDClassik (Frédéric) : J’ai des tas d’amis qui ne sont pas du tout cinéphiles et qui ne savent jamais quoi acheter quand ils vont à la Fnac. Un label pourrait les aiguiller.

Wild Side (Giordano) : Et ce sont encore tes amis ? (Rires)

DVDClassik (Jean-Marie) : Cela montre tout simplement que les magasins comme la Fnac ne savent pas vendre.

DVDClassik (Gwendal) : The Swimmer a-t-il bien marché ?

Wild Side : Pas tellement. Il avait très bien marché lorsqu’il était ressorti en salle. Mais il était disponible en zone 1 avec des sous-titres français depuis longtemps.

DVDClassik (Frédéric) : Est-ce que les têtes d’affiche comme Burt Lancaster ou John Wayne attirent encore le public ?

Wild Side : Je n’en suis pas sûr. Mais il y a une aura qui n’est pas neutre autour de The Swimmer. Le fait qu’il soit sorti en salle quelques mois auparavant nous semblait être le signe que cela pourrait plutôt bien fonctionner. En même temps je ne pense pas qu’il faille trop se stresser là-dessus parce que, comme je vous le disais, sur le moyen terme le public finit par venir. Je pense qu’il y a cette espèce de phénomène de bouche à oreille. J’en parlais avec des journalistes avant-hier qui me disaient : « On m’a parlé de ton That Cold Day in the Park, il paraît que c’est génial, j’en ai parlé à untel qui en a parlé à un autre, etc. » Petit à petit, cela se répand. Il y a aujourd’hui une rotation tellement rapide des objets de consommation qu’on les oublie. Si vous n’y allez pas dans les quinze premiers jours, autre chose arrive derrière, etc. C’est pour cela que Benjamin se casse la tête pour tout regrouper au jour J ou sur les deux premières semaines.

DVDClassik : Le phénomène de promotion qui dévalue presque immédiatement les disques est-il irrémédiable ?

Wild Side : Ces opérations se multiplient et vous avez l’impression d’une espèce de solderie permanente. C’est bien pour le consommateur qui en profite, et c’est bien pour les majors qui n’ont pas les mêmes contraintes que nous. Il y a aussi la valeur perçue de l’objet qui n’a plus rien à voir avec la réalité. On ne peut pas revenir en arrière. Quand c’est lancé on ne peut plus rien faire. Et l’intérêt des majors n’est pas du tout de revenir en arrière. Ce sont eux qui pilotent le marché, pas nous. C’est la Fnac qui a commencé à lancer cette mécanique qui a été adaptée, ensuite, par beaucoup d’autres enseignes et reprise par les éditeurs. Ce sont des formules assez répandues à travers le monde. Ces promotions étaient ponctuelles, elles revenaient à certains moments dans l’année. Aujourd’hui elles s’enchaînent, c’est le problème. D’où l’idée des éditions comme "Classics Confidential" ou celle de La Rivière rouge. Ce n’est pas juste une galette mais bien plus.

DVDClassik (Jeanot) : Nous avons constaté qu'il sortait beaucoup plus de Blu-ray en Allemagne, même si leur marché est potentiellement plus grand.

Wild Side : Je reviens toujours sur cette histoire du retard du marché du Blu-ray. Il faut en parler aux gens de la Blu-ray Association qui n’ont jamais été capables d’expliquer que le lecteur pouvait lire des DVD. Six ans après, la Fnac en est réduite à mettre des stickers sur ses lecteurs Blu-ray pour préciser « Lit aussi des DVD » ou à les nommer « lecteur DVD-Blu-ray ».

DVDClassik (Gwendal) : En magasin, les rayonnages Blu-ray sont plutôt réduits.

DVDClassik (Jean-Marie) : Et les disques ne sont vraiment pas mis en évidence, ils sont vraiment disposés en vrac.

Wild Side : Je pense que le Blu-ray est l’exemple typique de l’occasion manquée, ratée par les industriels pour qui ce n’était simplement pas la priorité. Cela reste un support qui a beaucoup de possibilités, mais il est seulement utilisé pour booster les ventes. Après, nous nous orientons vers une offre d’images qui sera tellement pléthorique qu’il faudra d’abord trouver le temps pour en consommer le dixième. Je le répète depuis plusieurs années, je crois qu’il persistera un marché de niche. Je reprends souvent l’exemple de Bear Family Records, cet éditeur allemand qui travaille depuis des années sur le patrimoine musical, avec des éditions extrêmement travaillées et reconnues dans le monde entier. Je crois que cette boîte a fêté ses trente ans il y a peu et ils continuent à sortir des choses extraordinaires. Il y a un marché pour la qualité. Mais il sera trop difficile de lutter contre l’afflux d’images dans tous les sens. Regardez aujourd’hui entre les chaînes tv traditionnelles, les chaînes payantes et toutes les possibilités de "catch up"...

DVDClassik (Rémi) : Mais c’est toujours la même chose : les mêmes films sont rediffusés d’une chaîne à l’autre quand d’autres sont tout simplement invisibles.

Wild Side : Vous devriez lancer une pétition pour que France Télévisions avance la case du Cinéma de Minuit de Patrick Brion d’au moins une heure...

DVDClassik (Rémi) : Ah, Brion il est bien gentil, mais il repasse toujours la même chose.

Wild Side : Patrick les rediffuse parce qu’il a un certain nombre de contraintes demandées par sa direction. Je peux vous dire que cette case risque de disparaître très vite.

DVDClassik (Frédéric) : Parce qu’à 1h...

Wild Side : Oui, personne ne va aller voir un film à 1h du matin.

DVDClassik (Frédéric) : Sur le forum, beaucoup se plaignent de cet horaire. Avant, les films du Cinéma de Minuit se terminaient à minuit, aujourd’hui quand ils commencent à cette heure c’est déjà pas mal.

Wild Side : Il faudrait avancer la case et laisser plus de liberté au prisonnier Patrick Brion.

DVDClassik (Frédéric) : C’est qu’il n’y a pas d’envie de la part de France Télévisions.

Wild Side : Mais on les paye, ce sont nos employés ! On devrait quand même pouvoir leur expliquer... Je vous dis ça comme ça car cela pourrait être quelque chose de drôle à faire à partir d’un site comme DvdClassik. En tout cas, je pense que ce serait bien que quelqu’un en parle.

DVDClassik : Pendant la visite des locaux, tout à l’heure, Rémi a parlé des diffusions tv de votre catalogue. L’année dernière j’ai pu voir votre master de Femme de feu (Ramrod) sur CinéClassics deux mois avant la sortie de votre DVD. C’est un jeu à l’équilibre fragile...

Wild Side : En l’occurrence; il faudrait que je vous montre mes comptes de diffusion tv. Parce que quand nous en obtenons une, nous sommes contents de l’avoir. J’ai une tenue spéciale en haillons avec un panier en osier et j’essaye de convaincre les chaînes avec nos deux vendeuses. (Rires) Quand nous avons l’opportunité de vendre un film de patrimoine à une chaîne de télévision, nous la prenons. Il y a encore 6-7 ans, un film de patrimoine de notoriété honorable tournait à la tv environ une fois par an. Aujourd’hui on est arrivés à une fois tous les 36 mois. Il n’y a donc pas un réel impact sur nos ventes. Et de la même manière, les chaînes préfèrent rediffuser des évidences que de proposer autre chose. Il va y avoir un cycle « Roman porno japonais » sur Ciné+, ils ont fini par céder, mais ce sont des occasions très ponctuelles.

DVDClassik (Frédéric) : Sur les grandes chaînes gratuites il n’y a plus de noir et blanc, à part peut-être sur France 3 ou sur Arte...

Wild Side : …Arte qui fait de temps en temps des choses un peu étranges mais qui fonctionnent parfois en terme d’audience… à leur niveau. Donc cela reste limité.

DVDClassik (Rémi) : Ils peuvent atteindre le million de spectateurs quand ils diffusent de bons films, ce qui n’est déjà pas mal. Mais ils en rediffusent aussi beaucoup.

DVDClassik (Frédéric) : Sur les nouvelles chaînes de la TNT, il n’y en a aucune qui soit spécialisée.

Wild Side : C’est exactement la réflexion que je me suis faite il a peu de temps. C’est assez étrange que toutes ces chaînes aient la même optique. Il n’y a pas de ligne éditoriale. Nous en avons eu la preuve avec Safe, un film avec Jason Statham dont nous étions en train de vendre les droits. Toutes les chaînes se sont battues pour l’acheter. Quand on leur demandait : « Par quoi êtes-vous intéressé ? » ils nous répondaient : « Jason Statham » ! Vous avez des films de Statham, c’est bon : vous serez en TNT. Et ce sont des prix qui sont quand même conséquents. Aucune de ces chaînes n’a une vraie ligne éditoriale, c’est "TF1-like" décliné sur vingt-cinq chaînes.

DVDClassik (Frédéric) : L’Etat ne pouvait-il pas choisir une chaîne consacrée au patrimoine ?

Wild Side : Je pense qu’il n’y a eu aucune proposition dans ce sens. La seule qui existe aujourd’hui et qui, mine de rien, est en train de décoller, c’est TCM. Depuis qu’ils sont sur la catch-up et en HD, ça commence à le faire... Voilà, je pense qu’on a tout dit. En tout cas on a balayé au sens large…

DVDClassik (Rémi) : Et si on créait une chaîne ? (Rires)


Nous remercions très chaleureusement toute l'équipe de Wild Side Vidéo (Manuel Chiche, Brigitte Dutray, Lisa Fontaine, Giordano Guillem et Benjamin Gaessler) pour leur accueil, leur franchise et leur disponibilité.

Par Stéphane Beauchet - le 7 mars 2013

Partenariat