Le Narcisse noir est certainement l’œuvre
la plus évidente de Michael Powell, la plus flamboyante
et ne serait-ce que par sa beauté de chaque instant, le
film ne peut que susciter l’engouement. S’il atteint
une certaine idée de la perfection formelle, il ne faudrait
pas que sa splendeur, si brillamment offerte, n’occulte
tout un pan de la filmographie de son auteur qui égraina
au fil des années des œuvres tout aussi indispensables
: Le Colonel Blimp (1943), Je sais où
je vais (1945), Une question de vie ou de mort
(1946) ou encore Le Voyeur (1960), autant de
réalisations qui méritent les dithyrambes si souvent
réservées à ce seul Narcisse noir.
Michael Powell entretient l’originalité et l’expérimentation,
non pour elles-mêmes, mais toujours au service de l’œuvre.
Le Narcisse noir appelait ce travail sur l’image
qui en fait un film si naturellement adulé des cinéphiles,
accompagné d’un sous-texte à l’érotisme
omniprésent. Mais Powell ne songeait pas à séduire
les cinéphiles et les critiques, mais bien à donner
à l’ouvrage la forme qu’elle se devait de posséder.
Alors, bien sûr, on reste abasourdi devant ce Narcisse
si voluptueux, qui possède tous les atours d’un certain
idéal de cinéma. Une œuvre qui contient en
son sein la quintessence de tous ses moyens d’expression,
une photographie à nul autre pareil, un sens du découpage,
du rythme, un travail sur les sons et la musique, qui suscitent
admiration et respect. Mais il s’agit juste de rappeler
que ce film est l’un des jalons de la carrière d’un
cinéaste qui n’a jamais cessé d’expérimenter,
de se remettre en question, et dont la filmographie est l’un
des plus beaux continents de cinéma à explorer.
Un cinéaste qui ne s’est jamais reposé sur
ses acquis, ou sur une vision arrêtée du cinéma,
un génie qui à chaque projet recherche la forme,
la structure, les idées les mieux à mêmes
de servir son histoire. Bien que séduit par l’audace
de ce film, on ne peut que pousser le spectateur à se plonger
dans une filmographie qui en offre à foison, même
si d’autres films n’ont pas le panache et l’évidente
beauté de ce Narcisse noir. Ce point abordé,
concentrons-nous tout de même sur l’œuvre qui
nous tient aujourd’hui à cœur.
Il
est toujours étonnant de constater qu’à cette
époque, un film à grand spectacle, distribué
par de grands studios, pouvait dans un même temps proposer
autant d’invention, d’originalité que Le
Narcisse noir. C’est une œuvre dont la beauté
formelle épouse et accentue constamment des enjeux intimes,
des drames intérieurs. Un film d’images mais aussi
et surtout un film d’acteurs. Un film de couleurs et de
sons. Un film qui tranche avec la production anglaise de l’époque,
plus grise, plus réaliste qui, avec Les Chausson
rouges, va placer les Archers comme l’alternative
romanesque et flamboyante à tout un pan du cinéma.
Le Narcisse noir porte à son point d’incandescence
la force même du cinéma.
A partir du roman de Rumer Godden, la production imagine un film
aux beautés exotiques, mais Michael Powell, le grand voyageur,
refuse à la stupéfaction générale
d’aller en Inde ou au Népal filmer en décors
naturels. Il veut recréer entièrement le film en
studio, fermement convaincu des capacités expressives du
cinéma, croyance intacte en ses pouvoirs qui innerve chacun
de ses projets. Powell choisit cette approche dans un souci de
contrôle absolu des différentes composantes de son
film. Hors de question d’utiliser des vues réelles
de l’Himalaya et de mêler ces extérieurs avec
des décors. Powell craint qu’un tournage dans l’Himalaya
n’écrase le film, que l’exotisme des lieux
ne détourne les instigateurs du projet de l’essence
de l’histoire. Il entend maîtriser ainsi chaque élément
du film : le vent qui souffle dans les corridors du temple, l’altitude,
les couleurs de chaque objet, les plantes, les vêtements.
Un monde entièrement recrée, réinventé,
un monde de pur cinéma.
Poppa Day est à l’époque le plus grand spécialiste
des trucages photographiques. Il maîtrise toutes les techniques,
et notamment la double exposition, lui qui a fait ses premiers
pas avec Méliès dès 1905. Il crée
des peintures sur
verre
qu’il surimprime aux plans généraux filmés.
Résultat merveilleux, et qui donnera, de l’avis de
l’auteur de ces lignes, encore pendant des décennies
les plus beaux trucages visuels qui soient. Tout est factice,
et cependant d’un réalisme incroyable, l’Himalaya
s’invite en Angleterre. Les extérieurs du film sont
tournés dans les jardins de Leonardslee dans le Sussex,
dont la végétation subtropicale convient parfaitement
à l’évocation de la flore Indienne. Alfred
Junge et les membres du département décoration (qui
obtiennent un Oscar pour le film), sont de prime abord surpris
par le choix de Powell. Puis la fierté l’emporte.
Fierté de la confiance que Powell leur accorde, fierté
de recréer complètement dans les studios de Pinewood
les beautés exotiques du film.
La lumière, les cadres, les couleurs, sont les premiers
acteurs du film. Jack Cardiff obtient pour ce travail sublime
un Oscar spécial. Les murs bleu turquoise du palais, la
robe pourpre que Sœur Ruth enfile lorsqu’elle rejette
ses vœux, tenue sombre qui se heurte et se mêle à
la blancheur de l’aube blanche de sœur Clodagh. Les
aubes sont d’ailleurs d’un blanc cassé, force
symbolique évidente de vœux qui déjà
vacillent. La pâleur des nonnes prépare en amont
la violence de la scène où Sœur Ruth se maquille,
arborant un rouge à lèvre dont l’agressivité
le dispute à la sensualité. Chaque couleur est ainsi
pensée, prend position dans le récit. Nous ne sommes
pas face aux univers purement fantastiques des Contes
d’Hoffman ou des Chaussons rouges,
et Powell joue constamment entre le réalisme
des
chromos et l’exacerbation des couleurs. Par moments, parfois
fugitifs et fugaces, parfois prenant le pas sur le versant réaliste
du film, les couleurs explosent, envahissent l’écran
et les visages. Le film décolle du réel et entre
dans une autre univers, celui des fantasmes et du cinéma.
Ce constant basculement donne son rythme au film, enrichit et
porte sa thématique. Un visage de nonne prend des allures
maléfiques, les lieux s’imprègnent de volutes
mauves... autant de visions qui surgissent du réel, le
ploient, le transforme. Powell n’oppose pas noir et blanc
(rêverie et fantastique) et couleur comme dans Une
question de vie ou de mort, mais fait coïncider
ces deux mondes en un seul. Des couleurs transparaissent les émotions,
vision expressionniste du cinéma où l’image
devient langage, où les conflits intimes et les sentiments
transfigurent la pellicule. Jack Cardiff s’inspire des palettes
de couleur, des contrastes et des lumières des œuvres
de peintres qu’il admire par-dessus tout, cette lignée
qui va du Caravage à Vermeer, si soucieuse des détails,
du rendu des textures, des couleurs et des formes. De Vermeer,
on retrouve cette « lumière claire et aussi simple
que possible », cette sensibilité qui adoucit
les formes tout en appuyant les contours, cette capacité
unique à faire ressortir le doux jeu de la lumière
sur les matières. De Rembrandt les clairs-obscurs, l’utilisation
des tons sombres qui font ressortir certains éclats de
couleur. Le travail pictural de Cardiff brasse dans un même
élan de multiples référents qui vont jusqu’à
Van Gogh par l’usage des couleurs et des filtres, des tons
vifs qui expriment les émotions.
Les décors de Junge et les costumes de Hein Heckroth (Les
Chausson rouges), se coulent tout naturellement dans
le monde visuel inventé par Cardiff et Powell. Chaque élément
trouve naturellement sa place. Les textures se mêlent, se
fondent, pour donner autant de tableaux de maîtres qu’il
n’y a de plan dans le film. Cardiff et les artisans du département
artistique, créent constamment une opposition entre la
pâleur des aubes et des visages des sœurs (dont les
lèvres sont maquillées pour effacer toute trace
de couleur), et des éléments violemment colorés.
Une sorte de réponse de l’environnement à
leur blancheur d’âme affichée. Le monde autour
des sœurs semble les appeler vers un ailleurs auquel elles
se refusent. Le choix de tourner quasi uniquement en plateau (le
palais est construit à Pinewood, sur un immense plateau
incliné à 35 degrés afin d’assurer
tout au long de la journée une luminosité constante
sur l’ensemble du décor et l’absence d’ombres)
se révèle être rapidement une idée
de génie, permettant de contrôler chaque parcelle
de lumière. Aucun stock-shot ne vient rompre l’unité
du film, aucune différence de consistance entre des extérieurs
tournés au Népal et en Angleterre (dont les luminosités
sont très différentes) ne brise l’harmonie
de l’ensemble.
La perfection formelle des films de Powell est ce qui frappe d’emblée,
tant elle est la combinaison de tous les aspects artistiques d’un
film. Rares sont les réalisateurs à ce point soucieux
de créer des films à partir du talent de chacun.
Son travail avec ses chefs opérateurs, ses décorateurs,
ses musiciens, ses monteurs, sa collaboration intime avec Pressburger
(1)… des réalisations presque familiales où
chaque voix peut, et doit, se faire entendre.

Les sons, la musique, s’associent à l’image
pour créer un opéra de sensations. Powell a toujours
ressenti la force du cinéma muet, et il en entretient la
flamme de film en film. Il n’hésite jamais à
laisser l’image prendre en charge le récit, à
utiliser les paroles comme de la musique. Les Chaussons
rouges, Les Contes d’Hoffman,
A L’angle du monde… autant d’expériences
sensorielles où les dialogues s’estompent, s’effacent.
Dans Le Narcisse noir, les paroles, les images,
la musique, sont autant de composantes pour faire naître
l’émotion. Powell contrôle chaque élément
de la bande sonore. Il crée une partition à partir
de voix, de bruits, de murmures, créant un tout qui englobe
le récit dans un seul et même mouvement. Le cinéaste
ne collabore pas avec Allan Gray, son musicien attitré,
et fait appel à Brian Easdale. Il cherche un compositeur
à même de prendre en charge tous les éléments
sonores et de combiner le tout sous la forme d’un opéra.
(Attention Spoiler) Le climax sonore du film, ce sont
les six minutes où sœur Ruth, prise de folie, essaie
d’assassiner sœur Clodagh (fin du Spoiler).
Powell combine lors de cette séquence anthologique toutes
les formes cinématographiques comme autant de notes sur
une partition : couleurs, rythme du montage, interprétation,
sont portés par la musique et les sons. Les voix ne se
font plus entendre et les acteurs sont portés par les cadrages
et la musique, par les sons qui remplacent les mots. Easdale prépare
en amont toute la structure sonore de la séquence et Powell
arrive sur le tournage avec un chronomètre auquel chaque
interprète doit se conformer afin que chaque plan suive
la construction sonore, à l’image de mesures sur
une partition. La musique est jouée au piano tandis que
les acteurs jouent, chaque plan ayant une durée exacte
à respecter. La séquence est ensuite montée
par Regie Mills, la partition trônant devant sa table de
montage, grille de lecture pour le montage. Puis Brian Easdale
dirige ses trente-huit musiciens tout en écoutant la partition
originale au piano afin de respecter le tempo. Cette méthode
de travail est encore extrêmement rare à l’époque
et Powell atteint ici l’un de ses idéaux de cinéma.
Il poursuivra dans cette voie, toujours avec Easdale, sur Les
Chaussons rouges et surtout avec Les Contes d’Hoffman,
entièrement réalisé selon ce principe. La
collaboration de Powell et Easdale se poursuivra jusqu’au
Voyeur en 1960. La partition d’Easdale
pour Le Narcisse noir concourt à l’étrangeté
de l’ensemble, à la fois héritée des
composition hollywoodiennes classique, et dévolue aux harmonies
indiennes dont le musicien est un grand connaisseur.
Le film fonctionne d’abord sur l’ambiance, les ressentis,
et non sur une structure scénaristique appuyée.
C’est l’atmosphère qui guide la compréhension
du spectateur, non les dialogues. « Le cinéma
est un art qui, parfois au travers et à l’aide de
ses impacts purement physiques, parvient à toucher le cœur
et l’esprit. Mais cette performance est rare. Michael Powell
est l’un des deux ou trois grands cinéastes à
avoir réussi ce miracle. » (2)
Cependant les dialogues jouent également leur rôle.
Les noms, les mots, donnent vie à tout un monde auquel
se sont fermées les nonnes. Le Mont de la Déesse
nue, véritable appel à la sensualité ; les
fleurs aux appellations évocatrices : la Forget Me Not,
qui en appelle aux souvenirs effacés qui remontent à
la surface, la Sweet Pee qui ouvre des abîmes de sensations.
Quand en voix off, le narrateur parle de fantômes, à
l’image un vent soudain se lève et agite le rideau,
comme sujet au passage de ces formes invoquées par la parole.
Michael Powell fait du grand spectacle, mais la source de ce spectacle
sont les personnages, leurs doutes, leurs vacillements intérieurs.
Et le casting, parfait, donne toute sa force aux drames des personnages.
De Deborah Kerr, dont le jeu tout en profondeur et en retenue
ouvre sur des abîmes de douleur et de doutes, à Kathleen
Byron, splendide de trouble, habitée par le désir
jusqu’à prendre des airs démoniaques, véritablement
habitée, en passant par David Farrar, chargé d’animalité
et Jean Simmons, éclatante de jeunesse et d’érotisme,
le choix des acteurs se révèle d’une justesse
jamais démentie. Jusque dans les seconds rôles comme
Sabu (Le Voleur de Bagdad) ou Esmond Knight (The
River de Jean Renoir).

Le cœur du Narcisse noir est le flux et
reflux de la mémoire. Les nonnes, isolées, se retrouvent
face à leurs démons intérieurs exacerbés
par la solitude. Pour certaines, c’est le retour du désir,
pour d’autres l’angoisse de céder à
ses pulsions. Mais toutes sont sujettes à un brusque retour
du passé. Lors de la découverte du palais, on est
frappé par le silence qui y règne, et en même
temps on est saisi par le sentiment qu’il est imprégné
d’histoires révolues, que chaque corridor bruisse
de vies passées, de murmures. La vieille servante qui apparaît,
semble toujours vivre au milieu du harem, danse et court comme
si le passé
habitait
toujours ces lieux, courant avec diligence d’une femme à
une autre. Le Narcisse noir désigne le parfum
que porte le jeune prince et qui soudainement rappelle aux nonnes
tout un monde qui n’est plus, toutes ces sensations qu’elles
se refusent maintenant, tous ces désirs qu’elles
drapent d’un linceul de vertu. Sœur Clodagh, dès
le début, est peu sûre d’elle. Lorsqu’on
lui confie la charge de la mission, sa voix est déjà
hésitante. Pourtant elle est fière d’endosser
cette responsabilité, vivant cette mission comme une épreuve
pour tester l’intégrité et la force de sa
foi. Sœur Ruth est marquée dès sa première
tentative de sauvetage d’un enfant blessé où
elle apparaît couverte de sang. Lorsque la folie la gagne,
les chœurs religieux deviennent hymnes tribaux. Kathleen
Byron, l’ange d’Une question de vie ou de
mort, est comme un double de sœur Clodagh, dévorée
par le désir et la passion, et au final s’abandonnant
à elles. Si leurs deux visages se confondent, celui de
sœur Ruth, auquel Cardiff offre ses plus beaux éclairages,
brûle avec une intensité incomparable. Magnifique,
sensuelle, inquiétante, sœur Ruth est un maelström
d’émotions. Ses yeux se consument de mille feux.
Sœur Philippa, qui a un don pour les plantes, cède
également et remplace le potager du jardin par une mosaïque
de fleurs. Sœur Honey, qui adore les enfants, Sœur Briony,
la médecin chef, luttent et ploient également sous
le poids des lieux.
Bien sûr, Le Narcisse noir est également
une œuvre enveloppée d’un érotisme qui
éclate constamment. Des fresques murales, reflets des bacchanales
passées, à la blancheur de la gorge de Sœur
Clodagh lorsqu’elle se pare, jeune, d’un collier de
perles, en passant par le rouge à lèvre écarlate
qu’arbore sœur Ruth. Il y a les parfums des fleurs,
du Narcisse noir qui réveille les souvenirs des sœurs,
le vent qui s’engouffre dans le pli des robes, dans les
corridors, soulève les voiles… Le Narcisse
noir parle du désir féminin comme peu de
films l’ont fait avant lui. En prenant pour personnages
féminins des nonnes, Powell pousse encore plus loin le
thème,
en
exacerbant le refoulé, les interdits. Passé et sensualité
surgissent des lieux mêmes, du temple, de la nature, de
la solitude pesante qui exacerbe les sentiments et les transforme
en pulsions. Cette environnement imposant, « il faut
l’ignorer ou s’y consacrer. » Soit on devient
immobile et insensible comme un roc, comme cet ermite qui fait
corps avec la montagne et qu’aucun mouvement, aucune parole,
ne vient troubler, soit on ploie devant sa toute puissance. Les
cœurs et les âmes subissent la force de cet endroit
perché à 8.000 mètres. Lorsqu’à
la fin, le domaine disparaît dans la brume, le sentiment
d’avoir vécu un rêve se fait prégnant.
Et quand le cortège de nonnes lui aussi s’efface,
celles-ci font une dernière fois corps avec cet endroit,
ce rêve, ce fantasme, ce passé qui a resurgi et s’efface.
Le Narcisse noir, s’il nous parle également
du choc entre deux cultures, deux mondes, comme dans Les
Contes de Canterbury (A Canterbury Tale,
1944) reste avant tout le récit d’un choc, d’un
conflit, purement intérieur. Conflit des nonnes tiraillées
entre deux pôles : d’un côté il y a le
vieux sage, immobile en haut de sa montagne, de l’autre,
régnant sur la vallée, Mr. Dean, bombant son torse
nu au milieu des sœur, provocant, appel du corps. Deux pôles,
le spirituel et la sexualité, entre lesquelles sont tiraillées
les sœurs de la communauté.
Osmose parfaite entre forme et fond, Le Narcisse noir
est une œuvre envoûtante dont le titre peut faire écho
aux Métamorphoses d’Ovide. Tiresia le devin,
prédisait à Narcisse une grande longévité
s’il parvenait à se connaître. Narcisse, abreuvé
de sa propre beauté, rejetait toutes celles qui jetaient
son dévolu sur sa personne, avant de tomber amoureux de
son propre reflet. Une autre variation de la légende propose
en fait de reflet, une sœur jumelle dont il était
tombait amoureux, et dont il retrouvait l’image lorsqu’il
se contemplait dans l’eau. Quelle que soit la version du
mythe, celui-ci est bien prégnant, que l’on considère
les relations entre Clodagh et Ruth, ou encore le rôle dévolu
à Mr. Dean. Gageons que le tableau de Caravage illustrant
le mythe, soit l’une des multiples sources à laquelle
Powell et ses collaborateurs se sont abreuvés pour donner
vie à ce pur chef d’œuvre.
(1) A propos de la collaboration avec Emeric Pressburger, nous
ne nous étendrons pas plus. « A film written,
produced, and directed by Michael Powell and Emeric Pressburger
» clament les génériques du duo, de Colonel
Blimp à Intelligence Service.
Leur travail est si intimement imbriqué qu’il devient
complexe, et au final inutile (du moins dans le cadre de cette
chronique) de démêler l’écheveau de
la création. Donc rappelons une fois pour toute, que lorsque
dans l’article on lit Michael Powell, il faut sous-entendre
« Michael Powell et Emeric Pressburger »
!
(2) Lefèvre et Lacourbe, opus cité dans le Dictionnaire
du cinéma de Jean Tulard.