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ETERNEL RETOUR

En parallèle à la série télévisée diffusée en 1974 sur CBS, la Fox ne craint pas de saturer son audience et propose dès l'année suivante à NBC une nouvelle série sous la forme d'un dessin animé. Il s'agit cette fois de cibler un public jeune, et de favoriser ainsi la vente de jouets estampillés Planet of the Apes. Un grand nom de l'animation est sollicité. Vétéran ayant commencé sa carrière au sein des tout premiers studios Walt Disney (la série des Alice dans les années 1920), Fritz Freleng contribua de près à l'âge d'or du dessin animé à la Warner, réalisant et produisant de nombreux Looney Tunes dès la fin des années 30. Avec son partenaire David DePatie, il fonde DePatie-Freleng Enterprises qui va connaître un immense succès avec les cartoons de la Panthère rose, un personnage créé d'abord pour les besoins du générique de The Pink Panther (1963) de Blake Edwards. Lorsque la compagnie est cependant engagée pour produire Return to the Planet of the Apes, les standards en matière d'animation sont tombés bien bas. La full animation n'est plus qu'un lointain souvenir. C'est le règne télévisuel de Hanna-Barbera avec des séries produites à la chaîne pour un budget dérisoire, reproduisant ad libitum les mêmes concepts (The Flintstones, The Jetsons, Scooby-Doo, Yogi Bear), dénués de la moindre ambition artistique.

Freleng et DePatie confient la commande au réalisateur Doug Widley. Dans les années 60, ce dernier avait travaillé sur d'autres séries d'animation aussi populaires que peu coûteuses (Hulk, Captain America, Iron Man, Jonny Quest). Il sait qu'en animation le temps c'est vraiment de l'argent, et il va s'efforcer de mettre en œuvre toute une série de gimmicks souvent lamentables qui s'efforcent d'économiser ainsi au maximum le temps d'animation réelle.

Return to the Planet of the Apes prend ainsi des airs de véritable bible du dessin animé non animé, roublard et fauché, ce qui rend le spectacle au mieux risible. L'animation est désespérément primitive, recyclant sans honte les mêmes boucles sommaires. Les arrière-plans peints par Richard Thomas (collaborateur de Freleng depuis l'époque Warner) sont surexploités, avec des effets de mouvements de caméra qui s'efforcent de donner l'illusion de l'animation (zooms, travellings) tout en jouant la montre. Ces procédés dissimulent mal le vide et les épisodes souffrent ainsi d'un rythme bien laborieux. Le doublage lui-même témoigne d'ambitions revues à la baisse puisque les voix appartiennent à d'illustres inconnus. Même Roddy McDowall, emblème de la franchise, manque à l'appel. Manifestement la série a été produite pour un coût minimum, le plus faible de toutes les productions labellisées Planet of the Apes depuis 1968. D'une certaine manière, les détenteurs de la franchise semblent prêts à racler les fonds de tiroir jusqu'à épuisement du filon, tant que des bénéfices aussi maigres soient-ils peuvent en être tirés.

Sur ces bases inquiétantes, Return to the Planet of the Apes parvient cependant à se montrer à la fois fidèle à l'univers créé par Serling et Wilson à partir du roman de Pierre Boulle pour le premier film, mais également à apporter suffisamment de nouveautés pour qu'on ne rejette pas la série aux oubliettes. Le style graphique, sévère et réaliste, est finalement assez terrifiant, le design des singes étant directement inspiré du travail de John Chambers. La musique aux rythmes évidemment tribaux signée Dean Elliott impose dès le générique une atmosphère pesante et particulièrement dramatique (Elliott est un compositeur spécialisé dans l'animation, des Mister Magoo de UPA aux réalisations télévisées de Chuck Jones). On devine qu'à l'époque de sa diffusion, de nombreux enfants durent être bien impressionnés devant leur écran, conservant aujourd'hui encore un souvenir marquant de la série.

Le concept des héros cosmonautes est conservé, mais il s'agit cette fois d'un trio mixte : Judy la blonde, Bill le blond, Jeff le Noir. Ayant quitté la Terre en 1976, ils s'apprêtent à rentrer de mission en 2081, constatant que le voyage à travers l'espace est aussi un voyage à travers le temps. Ils sont soudain pris dans une sorte de faille spatio-temporelle alors que leur planète est en vue. Leur capsule se crashe dans un lac et le compteur affiche l'année 3979 (ce ressort dramatique décidément surexploité en vient à nous interroger sur la fiabilité du matériel de la NASA). Les trois rescapés se mettent en route avec leur pack de survie au milieu d'une étendue désertique, une exploration pleine de dangers - chaleur, tremblement de terre - qui les confronte aux mystères de cette étrange planète. Judy disparaît bientôt dans un gouffre. Bill et Jeff sont recueillis par leurs semblables, réduits à l'état d'hommes des cavernes plutôt pacifiques. Parmi eux, la belle Nova avec qui ils sympathisent. Les singes ne tardent pas à les assaillir, annoncés par le bruit bien caractéristique de leur cor de chasse. Les deux astronautes vont alors découvrir un monde sens dessus-dessous.


NOUVELLES FRONTIÈRES

Jusqu'ici, le spectateur n'est pas dépaysé face à cet énième remake de l'aventure de Charlton Heston. On retrouve la barrière de feu vue dans Beneath the Planet of the Apes qui, au milieu du désert, protège les frontières de la cité. On traverse une nouvelle fois les ruines de New York, peuplées par des mutants télépathes désormais bien familiers. On s'amuse au passage de quelques idées visuelles, tel ce Mont Rushmore aux têtes de singes sculptées.

Le faible coût de l'animation par rapport à la prise de vues réelle aura au moins pour avantage de mettre en scène une civilisation simiesque bien plus évoluée que tout ce qu'on a pu voir jusqu'ici. Dans les films et la série en prises de vues réelles, le choix d'une société rurale était clairement dicté par des contraintes budgétaires. Ici, les singes n'attaquent plus à dos de cheval mais au volant de lourds véhicules motorisés, jeeps, blindés à tourelle, avions. Et leurs fusils sont remplacés par des rayons laser. Finies les huttes et les constructions sylvestres primitives, Ape City est une ville moderne à l'architecture néo-impériale, faite de grandes places, d'arches sculptées et d'arènes monumentales. Les humains y sont domestiqués, exploités dans des jeux du cirque, derrière les vitrines des animaleries, au zoo, réduits en bête de somme ou en simple proie à l'occasion de véritables safaris. La question de leur extermination est régulièrement débattue lors d'assemblées démocratiques. Quelques chimpanzés y sont opposés, préférant les étudier pour mieux comprendre leurs propres origines. Les gorilles assurent comme il se doit l'ordre militaire. Les orangs-outans tranchent.

Le dessin animé permet ainsi de revenir à la vision imaginée par Pierre Boulle dans son roman, plus spectaculaire. Lancée en 1973 également sur NBC, la série Star Trek : The Animated Adventures se proposait pareillement de profiter du support animé pour accroître le champ des possibles de la série d'origine, dépeignant de vastes cités et multipliant les interventions d'extraterrestres. C'est également ainsi que procédaient à la même époque les comic books Marvel d'Adventures on the Planet of the Apes.

Néanmoins, les scénarios ne vont que peu profiter de cette toile de fond plus ambitieuse pour renouveler la dynamique du récit, conviant sans grande inspiration les mêmes archétypes de personnages. Avec la caution scientifique du Dr Zaïus (toujours lui), Cornelius et Zira (encore eux) sont autorisés à examiner les spécimens récemment capturés. Intrigués par les yeux bleus de Bill, ils le soumettent à quelques tests de logique qui témoignent d'une intelligence bien supérieure à celle des autres humains. Mais lorsqu'ils envisagent d'opérer son cerveau, Bill proteste et les singes découvrent stupéfaits qu'il possède le don de la parole. Ils savent que les hommes ont autrefois dominé la planète, que c'est leur soif de pouvoir, leur folie et leur avarice qui ont provoqué le cataclysme.

La possibilité que l'humanité retrouve son intelligence et renouvelle les erreurs passées est donc la plus grande crainte de leurs instances dirigeantes. Le couple de chimpanzés choisit son camp et aide nos héros à fuir. Et leur traque va se poursuivre inlassablement d'un épisode à l'autre. Toujours en quête de preuves de l'existence d'hommes intelligents, Bill, Jeff et Judy auront également l'occasion de libérer quelques-uns de leurs semblables, et parviendront à construire une forteresse qui leur permettra de tenir tête aux velléités guerrières des gorilles. Au sein d'une série qui privilégie les péripéties et le remplissage, le propos humaniste et alarmiste de la saga passe vite au second plan, même s'il demeure présent.

Tous les samedis matins, du 6 septembre au 29 novembre 1975, NBC diffusera 13 épisodes d'environ 25 minutes, coupures publicitaires non comprises. Là encore, comme pour la série en prises de vues réelles, faute d'audience satisfaisante, le show est brutalement suspendu. Le 14ème épisode est demeuré au stade de l'écriture et les aventures de Judy, Bill et Jeff se concluent dans un inachèvement identique à celles de Virdon, Burke et Galen. Surexploitée sans interruption depuis 1968, la franchise va pouvoir entrer en sommeil pendant 25 ans avant de revenir sur les écrans...

Année : 1975
Pays : États-Unis
Genres : Science-fiction
Réalisé par : Doug Widley
Avec les voix de : Austin Stoker, Philippa Harris, Henry Corden, Edwin Mills, Claudette Nevins, Tom Williams, Richard Blackburn
Scénario : David DePatie, Fritz Freleng, Larry Spiegel, John Barrett, Jack Kaplan...
D'après : Pierre Boulle
Musique : Dean Elliott
Décors : Richard Thomas
Produit par : Fritz Freleng, David DePatie
Studios de production : 20th Century Fox Television, DePatie-Freleng Enterprises

Lire la chronique de La Planète des singes (1968)

Lire la chronique du Secret de la Planète des singes (1970)

Lire la chronique des Evadés de la Planète des singes (1971)

Lire la chronique de la Conquête de la Planète des singes (1972)

Lire la chronique de la Bataille de la Planète des singes (1973)

Lire la chronique de La Planète des singes - la série (1974)

EN SAVOIR PLUS

La fiche IMDb de la série animée : http://www.imdb.com/title/tt0207267/
The Forbidden zone : http://www.theforbidden-zone.com
Article de Philippe Heurtel : http://www.philippe.heurtel.info/SingesIndex.htm

Par Elias Fares - le 20 mars 2017

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