Menu
Critique de film
Le film

Tonnerre Apache

(A Thunder of Drums)

Partenariat

L'histoire

En Arizona, durant les guerres indiennes des années 1870, des familles entières de colons continuent à être massacrées. C’est suite à l’une de ces nombreuses exactions que l’on ramène à Fort Canby une petite fille traumatisée par le viol et l’assassinat de tous les membres de sa famille. C’est le Capitaine Stephen Maddocks qui commande ce poste reculé ; il a pour mission, avec les très faibles moyens du bord, de maintenir la paix dans la région. Son caractère rude et bien trempé s’avère nécessaire afin de maintenir dans le droit chemin des soldats ayant tendance à être indisciplinés, passant l’intégralité de leur paye dans l’alcool, n’ayant rien d’autre de mieux à faire dans un endroit aussi isolé. L’arrivée du jeune Lieutenant McQuade (George Hamilton), soldat inexpérimenté mais ambitieux, ne va pas être appréciée par grand-monde ; et surtout pas par Maddocks puisque le père de McQuade, autrefois commandant du fort, fut à l’origine de sa "disgrâce". De plus, McQuade vient semer la zizanie au sein des officiers par le fait d’avoir retrouvé son ancienne maîtresse, Tracey (Luana patten), aujourd’hui sur le point d’épouser le Lieutenant Gresham. Ayant surpris sa future épouse dans les bras de McQuade, pour oublier cette humiliation, Gresham se porte volontaire pour aller poursuivre les Indiens belliqueux. Alors que sa troupe ne fait pas sa réapparition, McQuade et Maddocks partent tous les deux à sa recherche à la tête d’un important détachement. Ils retrouvent l’escouade de Gresham décimée et décident de punir les "Peaux rouges" (Apaches ou Comanches, là est la question principale spoliée sans vergogne par le titre français) responsables de cette tuerie...

Analyse et critique

En 1952, au vu du médiocre Pony Soldier (La Dernière flèche) avec Tyrone Power, on se demandait alors ce qu'il restait de positif du travail de Joseph M. Newman, qui nous avait pourtant agréablement surpris quelques mois auparavant avec Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat), huis clos westernien tendu et en noir et blanc avec Anne Baxter et Dale Robertson. Il faut dire que la qualité du scénario était pour beaucoup dans la réussite de ce dernier. Si le postulat de départ de Fort Massacre - avec Joel McCrea en tête d'affiche - était tout aussi captivant, le scénario l’était en revanche beaucoup moins, s’enlisant très vite dans la redite et l’insignifiant après nous avoir grandement alléché en nous mettant face à l'un des westerns les plus désenchantés qu’il nous ait été de voir jusqu’à cette date. Joseph Newman, quant à lui, s'en sortait avec les honneurs en nous offrant un travail soigné à défaut d'être inoubliable. Le Shérif aux mains rouges (The Gunfight at Dodge City), toujours avec Joel McCrea, sans être vraiment mauvais, ne nous offrait cette fois pas plus de scénario original que de mise en scène inventive. Les innombrables points communs qu’il partageait avec Un jeu risqué (Wichita) de Jacques Tourneur démontraient à quel point la différence pouvait se faire sentir entre un tâcheron et un auteur. Nous sommes une fois encore obligés de faire le même constat face à Tonnerre Apache, écrit par le même auteur que celui qui fut à l’origine de l’inoubliable trilogie "cavalerie" de John Ford. Le cinquième et dernier western de Joseph M. Newman ne nous apportera donc malheureusement guère plus de satisfactions que les précédents malgré des intentions et des idées alléchantes sur le papier, dont surtout la volonté louable d’injecter une forte dose de réalisme dans la description de la vie quotidienne des soldats dans cet avant-poste sordide, s’apparentant par son ton à son précédant Fort Massacre. Beaucoup de déceptions parsèment la filmographie du cinéaste, d’où surnagera néanmoins, même s’il n’est pas non plus exempt de défauts, son grand classique de la science-fiction : Les Survivants de l'infini (This Island Earth).

Concernant ce plutôt réputé A Thunder of Drums, il s’agit toujours du même problème : ce ne sont pas les bonnes idées et les bonnes intentions qui font nécessairement les bons films. Ici, les auteurs ont souhaité, époque aidant, décrire ce microcosme militaire avec le plus grand réalisme possible, "dé-romantisant" intégralement celui qu’avait mis en place Sam Wood dans le très bon Embuscade (Ambush) mais surtout John Ford au sein de sa trilogie constituée des trois chefs-d’œuvre que sont Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache), La Charge héroïque et enfin le mésestimé Rio Grande. Ford avait déjà dépeint des officiers pas spécialement sympathiques (nous pensons bien évidemment à celui interprété par Henry Fonda dans le premier film de la trilogie), mais James Warner Bellah ne nous brosse ici que des portraits de soldats et officiers peu fréquentables à l’exception du commandant de la place, le seul compétent, le Capitaine Maddocks superbement campé par Richard Boone (cependant tombé entre les mains d’un maquilleur pas spécialement compétent). Un officier rustre par obligation (car il dirige un régiment de fortes têtes), aigri par les injustices qu’il a subies durant sa vie (sa carrière brisée par une faute mineure, sa famille décimée par la maladie...), sans illusions sur la nature humaine, mais cachant sous cet aspect bourru et rêche un cœur d’or. Il s’est fait une idée peu attractive de la carrière de militaire, estimant désormais que seuls les célibataires peuvent faire de bons soldats puisqu'ils n'ont rien à perdre, et décrivant la manière d’aborder cette "vocation" en ces lieux âpres en ces termes : « Ici vous avez trois possibilités : soit vous saouler et devenir fou, soit vous faire égorger en courant les squaws, soit vous consacrer à la vie morne, presque monastique du soldat » ( «There are three things a man can do to relieve the boredom of these lonely one troop posts : He can drink himself into a straight-jacket ; He can get his throat cut chasing squaws ; Or he can dedicate himself to the bleak monastic life of a soldier and become a great officer. ») Malgré le fait qu’il soit attachant, Maddocks représente un type de protagoniste loin d’être original ni novateur au sein du genre.

A travers cette description de la vie de tous les jours dans un fort abritant une troupe de soldats de la cavalerie américaine, on se rend vite compte que nous sommes très éloignés de la communauté sympathique et fraternelle chère à John Ford. Effectivement, hormis le commandant qui tient la route et qui s’avère pleinement responsable, quasiment tous les autres résidents du fort sont en revanche soit des soudards (la paye passe intégralement dans les beuveries) soit des imbéciles soit des vaniteux ou encore des ambitieux aux dents longues. Un tableau guère reluisant de l’armée américaine mais manquant par trop de discernement et de finesse pour arriver à convaincre, la faute en incombant aussi aux interprètes. Un tiers se révèle terne (George Hamilton bien plus à son aise chez Minnelli, ou encore Richard Chamberlain, James Douglas, le rocker Duane Eddy qui nous gratifie heureusement de quelques-uns de ses accords de guitare), un autre sous-employé (Arthur O’Connell, que l’on a connu également plus inspiré, Slim Pickens...), un dernier en faisant des tonnes (Charles Bronson entre autres, son personnage étant par ailleurs chargé de tous les défauts possibles et imaginables : grande gueule, méprisant, raciste, violeur, obsédé sexuel, tapageur, bagarreur, escroc). L’unique protagoniste féminin important n’est guère mieux loti que ses partenaires masculins : si Luana Patten est charmante, elle fait un peu office de décoration et le couple qu’elle forme avec George Hamilton est dépourvu de l’alchimie qu’il faisait preuve dans Celui par qui le scandale arrive (Home from the Hill) de Vincente Minnelli. La MGM espérait faire décoller la carrière de ses deux jeunes comédiens à l’occasion de ce western, ce sera peine perdue puisque le film sera un énorme bide au box-office. Mais, outre une interprétation inégale, là où le bât blesse le plus, contrairement aux films de Ford, c’est dans l'écriture des personnages ; en effet, la plupart des habitants du fortin ne semblent être que des pantins, la communauté paraît privée de chaleur, d’âme et tout simplement de vie. Où l’on se rend compte qu’à thématiques et intrigues semblables (et en l’occurrence à scénariste égal), la vision et le talent d’un réalisateur peuvent faire une énorme différence !

Pour oser se lancer dans la peinture d’un tableau aussi sombre, il aurait donc aussi fallu un réalisateur chevronné et ayant une vision bien précise de ce qu’il souhaitait montrer ; ce qui est loin d’être le cas ici. Nous nous trouvons donc à nouveau devant un film qui présageait du meilleur mais qui ne tient pas du tout ses promesses. Faute en incombant cette fois principalement à son metteur en scène ; il suffira de comparer ce médiocre Tonnerre Apache au puissant Fureur Apache (Ulzana’s Raid) de Robert Aldrich pour s’en rendre compte. Dans l’un, aucune puissance d’évocation, aucune tension malgré la noirceur du tableau brossé ; dans l’autre, le spectateur sera au contraire constamment mal à l’aise car Aldrich posera lui aussi le doigt là où ça fait mal mais avec talent, intelligence et vigueur. Le film de Joseph M. Newman, comme c’était le cas pour Fort Massacre, est malheureusement dépourvu de toutes ces qualités. Après une heure de bavardage sans grand intérêt, la dernière demi-heure consacrée à l’action n’est guère plus satisfaisante : le manque de moyens de la production se fait alors ressentir, les cascadeurs ne sont guère convaincants (ils nous avaeint déjà auparavant montré leur manque de motivation lors du ridicule combat à poings nus entre George Hamilton et Charles Bronson), les séquences mouvementés manquent singulièrement de robustesse et d’idées de mise en scène.

Retenons malgré tout un prologue très efficace du massacre d’une famille de colons par les Indiens ; tellement efficace que le film en sera purement et simplement amputé lors des ses quelques diffusions sur nos chaines hertziennes. Dommage que le reste n’ait pas été aussi puissant, à l’exception aussi de ce mouvement de caméra ascendant qui découvre soudain un charnier. Autre bonne idée cependant, cette manière d’insister sur les odeurs pestilentielles occasionnées par les cadavres en décomposition, plusieurs détails s’avèrent assez justes à ce propos comme les soldats obligés de se couvrir le visage à l’aide de leurs foulards. Intéressante aussi la discussion pour essayer de déterminer les tribus coupables d’exactions par l’analyse du crottin de leurs chevaux ; une enquête mise à mal par le titre français qui dévoile d’emblée de quels Indiens il s’agit alors que c’est l’un des questionnements les plus intéressants des officiers du film, le fait de connaître la tribu coupable pouvant ensuite les aider à les piéger par les connaissances des us, coutumes et stratégies de chacune d'entre elles.

Le titre anglais, s’il ne "spoile" pas, n’est guère plus méritant puisqu’il s’avère mensonger ; en effet, nous n’entendrons de tambours à aucun moment, les Indiens (dans ce western, ce sont uniquement des sauvages à détruire ; en aucun cas le film ne s’appesantit sur eux en tant qu’êtres humains) n’apparaissant que de manière très succinctes et sporadiques à l’écran. Une intrigue bavarde et sans grand intérêt, une mise en scène mollassonne et sans imagination, un casting assez décevant pour un western militaire qui ne nous fera oublier ni ceux de John Ford (on ne peut s’empêcher d’y penser, d’autant plus que Maddocks reprend à deux reprises la célèbre phrase de John Wayne dans La Charge héroïque : « S'excuser est un signe de faiblesse ») ni le splendide Fort Bravo (Escape from Fort Bravo) de John Sturges qui, à partir d’une construction ou d’éléments à peu près similaires (vie quotidienne du fort, un triangle amoureux puis desséquences d’action) le dépasse à tous les niveaux (interprétation, écriture et surtout réalisation d’une efficacité redoutable). Pour une peinture réaliste teintée d’un peu de vitriol d’une garnison de Tuniques Bleues, on se reportera plutôt sur La Charge de la 8ème Brigade (A Distant Trumpet) de Raoul Walsh qui sortira sur les écrans trois ans plus tard.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 décembre 2019