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Critique de film
Le film

Frisson d'amour

(Thrill of a Romance)

Partenariat

L'histoire

Cynthia (Esther Williams) est professeur de natation à Los Angeles. Alors qu'il tombe sous son charme en la voyant plonger, le riche homme d'affaires Robert G. Delbar (Carleton G. Young) la poursuit de ses assiduités jusqu'à ce qu'elle accepte de l'épouser. En lune de miel dans les Montagnes Rocheuses, le couple est séparé avant même leur nuit de noces, le mari devant se rendre pour affaires à l'autre bout du pays. Le Major Milvaine (Van Johnson), aviateur émérite et héros de guerre, en villégiature dans le même hôtel de luxe, va en profiter pour courtiser la jeune mariée sous l'oeil bienveillant du ténor Nils Knudsen (Lauritz Melchior) qui retrouve sa jeunesse en étant témoin de cette idylle...

Analyse et critique

Richard Thorpe aura eu une prolifique filmographie de quelques 150 titres. Homme à tout faire de la prestigieuse Metro-Goldwyn-Mayer, le cinéaste est aujourd'hui comme hier toujours aussi peu apprécié en France malgré le fait qu’il ait probablement eu durant les années 70/80 le privilège de cumuler le plus grand nombre de diffusions de ses films à la télévision publique française - et ce, quasiment sur l’unique France 3 - grâce à son plus grand fan dans notre pays, l'historien du cinéma Patrick Brion. Les quarantenaires et cinquantenaires, enfants ou adolescents qu'ils étaient, leur sont gré à tous les deux de leurs avoir fait passer des après-midi ou des soirées inoubliables avec des films aussi différents que Tarzan s’évadeLa Force des ténèbresTrois petits motsLe Rock du bagne (Jailhouse Rock), La Maison des 7 faucons, La Vallée de la vengeance, mais surtout grâce à ses films d’aventures médiévaux que sont les célèbres IvanhoéLe Prisonnier de ZendaLes Chevaliers de la Table Ronde ou Quentin Durward. Presque aucun de ces titres ne mérite de passer à la postérité et pourtant ils ont pour la grande majorité d'entre eux la particularité d’être faits avec beaucoup de professionnalisme, ce qui fut aussi le cas de ses comédies musicales dont les quatre que le cinéaste tourna avec Esther Williams.


Après l'extravagant et génialement kitsch Bathing Beauty (le Bal des sirènes) de George Sidney, Esther Williams est donc pour la deuxième fois la vedette d'un musical de la MGM avec cette comédie romantique sans numéros aquatiques spectaculaires, comme dans le précédent, mais avec seulement quelques plongeons et longueurs de bassin. L'intrigue est ténue au possible, narrant l'amour naissant entre une professeur de natation mariée à un riche industriel et un héros de la Seconde Guerre mondiale qui la courtise alors que l'époux de la jeune femme l'a délaissée pour son travail au début même de leur lune de miel. La voluptueuse épouse laissée pour compte n'est autre qu'Esther Williams qui n'a surement jamais été aussi amoureusement filmée : Richard Thorpe la faisait tourner pour la première fois et il n'est pas dit qu'il ne soit pas tombé sous son charme puisque ses gros plans sont divinement éclairés. Quant au jeune soldat, il s'agit du compagnon de voyage de Gene Kelly dans Brigadoon de Vincente Minnelli ou encore l'auteur aveugle de A 23 pas du mystère (23 Paces to Baker Street) de Henry Hathaway : le sympathique Van Johnson.


A leurs côtés, on trouve le chanteur du Metropolitan Opera Lauritz Melchior qui assure la majeure partie des séquences chantées ainsi qu'un bon pourcentage du comique du film par le running gag du régime de carottes qu'il doit suivre alors que son voisin de table dévore sans arrêt "comme un porc", le faisant ainsi saliver et chercher toutes les solutions pour faire atterrir un steak dans son assiette ou boire une bière ; la splendide Frances Gifford en croqueuse d'hommes qui rivalise de goût avec Esther Williams dans le choix de sa garde-robe ; un délectable couple de personnes âgées composé du célèbre ange gardien de La Vie est belle (It's a Wonderful Life) de Frank Capra, le débonnaire Henry Travers, ainsi que de la délicieuse Spring Byington avec sa mémoire défaillante pour notre plus grand plaisir et les meilleurs moments d'humour du film. Richard Thorpe et les équipes de la MGM (costumiers, décorateurs, maquilleurs et chef opérateurs) ont mis tout en place pour que le Technicolor brille de tous ses feux et effectivement les couleurs sont éblouissantes notamment lors de la longue scène au bord de la piscine : un régal visuel de tous les instants d'autant plus que les protagonistes se promènent parfois dans de somptueux décors naturels de montagnes et de forêts que le cinéaste n'hésite pas à magnifier - les plans en studio s'avèrent aussi particulièrement soignés. D'ailleurs Richard Thorpe mène le tout de main de maître sans jamais nous ennuyer malgré l'extrême minceur du propos et les conventions de l'histoire.


Beaucoup de parties musicales sont présentées mais la plupart très courtes, nombreuses par Lauritz Melchior, d'autres par Tommy Dorsey et son orchestre parmi les membres duquel le batteur virtuose Buddy Rich ainsi que la fille même du chef d'orchestre, toute jeune pianiste d'une grande efficacité. Rimsky Korsakov, Grieg, Leoncavallo, Liszt, Schubert côtoient Ralph Blane et Georgie Stoll, autant dire un patchwork assez large mais néanmoins guère mémorable dont le clou pourrait cependant être la chanson de Sammy Fain, Please Don't Say No, Say Maybe entonnée à plusieurs reprises et notamment par le jeune Noir Jerry Scott. C'est léger, drôle, attachant, naïf, plein de bons sentiments et kitsch à souhait ; bref, c'est tout à fait délectable quand on aime ce style de film. En tout cas, Thrill of a Romance confirme que la MGM n'a jamais fait autant exploser ses couleurs sur un écran que pour ses productions avec la nageuse. Un véritable défilé de mode en ce qui concerne les costumes de l'actrice et, à travers objets et décors, un mariage de couleurs étincelantes absolument éblouissant, harmonieux même. Le kitsch comme une nouvelle forme d'art ? Jubilatoire mais à cependant ne pas mettre entre toutes les mains !

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 26 décembre 2018