Le
7 décembre 1941 au petit matin, le Japon attaque
la base américaine de Pearl Harbor située dans l’archipel
d ’Hawaii précipitant ainsi l’entrée -
inéluctable - des Etats-Unis dans la Seconde Guerre mondiale.
Le pays entier se met alors en branle et tous les secteurs de la
société et de l’économie seront progressivement
concernés. En 1942, le gouvernement présidé
par Franklin D. Roosevelt demande à l’industrie florissante
du cinéma de participer en produisant des films soutenant
l’effort de guerre. Une cellule de liaison est justement créée
à cet effet entre Washington et Hollywood et de nombreuses
sommités du milieu du cinéma sont convoquées
à la Maison Blanche pour écouter les doléances
du Président. Certaines d’entre elles s’engagent
même dans l’armée comme le comédien James
Stewart, et des réalisateurs de renom comme George Stevens,
Frank Capra et John Ford mettent leur savoir-faire à son
service en allant filmer les soldats sur les terrains d’action.
C’est ainsi que la formidable machine hollywoodienne va mettre
tous ses moyens et ses hommes en œuvre afin de lancer à
son tour une véritable entreprise de propagande comme seule
l’URSS l’avait fait jusqu’à présent.
Sergeï Eisenstein, pour ne citer que lui, avait démontré
à maintes reprises qu’art cinématographique
et propagande pouvaient faire bon ménage malgré les
directives étatiques et les ciseaux de la censure. En serait-il
de même pour Hollywood et ses Majors toutes-puissantes ? Les
exemples de réussites plus ou moins franches de ce côté
du Pacifique tendraient également à le prouver ; on
pourrait citer Sabotage à Berlin (Raoul
Walsh, 1942), Air Force (Howard Hawks, 1943), Les
Bourreaux meurent aussi (Fritz Lang, 1943), Casablanca
(Michael Curtiz, 1943), The Memphis Belle (William
Wyler, 1944) ou Les Sacrifiés (John Ford,
1945).
Néanmoins, on dénombrera malheureusement bien plus
de films frôlant souvent le ridicule de par leur scénario
improbable sacrifiant tout réalisme (psychologique ou militaire)
au profit du message, ou par la caractérisation de l’ennemi
(les Japonais en faisant bien plus les frais que les Allemands comme
il en sera question ici). Quelques cinéastes prestigieux
tels Jean Renoir, Jacques Tourneur ou Julien Duvivier s’y
sont parfois montrés plutôt mal à l’aise.
Les contraintes exercées sur les Majors par l’effort
de guerre rendaient nécessairement les producteurs moins
scrupuleux ; à titre de comparaison, les
trois
chefs-d’œuvre incontestables que sont Le
Dictateur (Charles Chaplin, 1940), The Mortal
Storm (Frank Borzage, 1940) et To
Be or not to Be (Ernst Lubitsch, 1942), mis en chantier
avant l’entrée du pays dans le conflit mondial, n’avaient
eu à subir aucune pression de cet ordre. Il faudra attendre
la contribution au genre de réalisateurs comme Samuel Fuller
et Robert Aldrich pour donner de la guerre et de l’armée
une représentation autrement plus âpre et réaliste.
La place manque ici pour débattre en profondeur du rôle
de la propagande au cinéma et des rapports étroits
unissant Hollywood et le Pentagone depuis plus de 80 ans. Il ne
s’agit pas de démonter toute œuvre ayant pris
partie dans une entreprise délibérément propagandiste.
En premier lieu parce que de véritables artistes se sont
illustrés dans ce domaine en produisant des œuvres réellement
abouties sur le plan artistique. Ensuite et surtout parce qu’il
s’agit le plus souvent d’opposer un système politique
et moral à un autre et si les armes culturelles employées
par une démocratie et une dictature pour asseoir leur propagande
se ressemblent dans leur essence, le choix entre la première
et la seconde (en l’occurrence les Etats-Unis et l’Allemagne
Nazie) n’a pas lieu de se poser. Renvoyer les deux parties
dos-à-dos serait une offense faite à l’intelligence.
Cependant, le recul aidant, il convient de conserver son esprit
critique devant des films qui savent se faire efficaces dans l’exaltation
de valeurs de libérales et individuelles (mais aussi évidemment
patriotiques) tout en tenant un discours parfois douteux. Les deux
films qui nous intéressent ici se situent dans la norme moyenne
des œuvres de propagande américaine de cette période.
Tous deux réalisés par Edward Dmytryk en 1943 avec
la même équipe technique, ils apportent un éclairage
bienvenu sur un certain esprit présidant à leur production.
Il faut bien reconnaître que ce n’est pas leur apport
artistique qui constitue leur principal intérêt, même
si le premier d’entre eux emporte bien plus l’adhésion
sur un plan qualitatif.
Au moment de réaliser Hitler’s Children,
Edward Dmytryk a déjà quinze films derrière
lui, plus exactement quinze séries B, et une longue expérience
au sein des studios. Entré à la Paramount en 1923
à l’âge de quinze ans comme coursier tout en
poursuivant des études qu’il réussit brillamment,
il découvre un peu tous les métiers du cinéma
comme beaucoup de ses collègues avant de devenir chef monteur
en 1930 (il travailla notamment avec Leo McCarey sur L’Extravagant
Mr. Ruggles et Elle et lui). Né
au Canada de parents émigrés ukrainiens, Dmytryk connut
une enfance difficile : orphelin de mère à six ans
et victime d’un père violent, il devint indépendant
très jeune grâce à l’industrie du spectacle.
Doué pour les tournages rapides et particulièrement
intéressé par les sujets sociaux, il acquiert progressivement
une notoriété certaine. Après une série
de films de propagande servant l’effort de guerre, il se fait
justement remarquer avec un film qui fait date dans l’histoire
du Film noir : Murder My Sweet en 1944, adaptation
du roman Adieu ma jolie de Raymond Chandler. En 1947, il
frappe les esprits une nouvelle fois avec Crossfire,
un drame militaire qui dénonce l’antisémitisme
(le roman original dont il est adapté traitait de l’homosexualité).
Ses idées progressistes l’amènent à rejoindre
le Parti Communiste américain en 1946 où il retrouve
son scénariste Adrian Scott avec lequel il collabore sur
cinq films (dont les deux œuvres majeures citées ci-dessus).
Dmytryk n’adhère qu’une seule année au
parti mais ce seul événement suffit à bouleverser
son existence.
En octobre 1947, il comparaît devant la Commission des Activités
Anti-américaines. Refusant de dénoncer les sympathisants
communistes, il aura le triste honneur de figurer parmi les célèbres
"Dix de Hollywood", seul réalisateur au sein d’une
liste composée de scénaristes comme Dalton Trumbo,
Ring Lardner Jr. et son camarade Adrian Scott. Condamné à
un an de prison, Dmytryk quitte son pays et s’installe en
Angleterre où il réalise deux films. Victime de problèmes
financiers et familiaux, il décide alors de revenir en Amérique
et change son fusil d’épaule : tout en rédigeant
pour le Saturday Evening Post un article accusatoire titré
What Makes a Hollywood Communist ?, il reparaît devant
la Commission en avril 1951 et livre des noms dont celui de son
ami Scott. Victime du maccarthysme, il en devient complice et se
retrouve désormais libre de ses mouvements à Hollywood.
Il se justifiera à plusieurs reprises de son revirement et
n’éprouvera jamais un cas de conscience similaire à
celui ressenti par Elia Kazan, dont les questions autour de la culpabilité
et de la transgression nourriront son œuvre de façon
bénéfique. Dmytryk, malgré un intérêt
pour des personnages à la psychologie parfois complexe, ne
peut soutenir la comparaison avec le réalisateur de Sur
les quais. En dehors de quelques réussites comme
Ouragan sur le Caine (1954), La Lance brisée
(1954), Le Bal des maudits (1958) et surtout L’Homme
aux colts d’or (1959), superbe western psychologique
et d’une belle ambiguïté, le cinéaste peine
à retrouver l’inspiration et se compromet dans des
mélodrames poussifs et des films d’action sans originalité.
Réalisateur intelligent, efficace mais sans génie,
qui finit par enseigner son art à l’Université
du Texas puis à la fameuse USC, il lui manquait la virtuosité
justement attribuée à nombre de ses grands confrères.
De même, il ne lui aura jamais été pardonné
son attitude au moment de la Chasse aux Sorcières, même
si des recherches récentes effectuées par des historiens
contemporains tendent à modérer le manichéisme
qui surgit dès que l’on évoque cette sombre
période de l’histoire américaine.

Les Enfants d’Hitler et Face au
soleil levant, tous les deux adaptés d’un
roman par le même scénariste Emmet Lavery, sont basés
sur un schéma narratif présentant de nombreuses similitudes.
Dans les deux cas, il s’agit d’enfants, et plus généralement
d’une jeune génération, en proie à l’asservissement
physique, psychologique et moral. Une idéologie totalitaire
et criminelle broie les jeunes esprits afin de les endoctriner pour
former une élite apte à dominer le monde. Les deux
films présentent deux personnages, l’un féminin
l’autre masculin, qui sont entrés en contact avec la
culture américaine et qui, par un concours malheureux de
circonstances, doivent renouer avec leurs origines en reniant les
valeurs occidentales justement assimilées. Ainsi prend forme
l’opposition entre les deux systèmes, le recours à
des héros jeunes et symbolisant l’avenir est censé
conférer aux récits une
grande
puissance dramatique. Si le destin funeste rencontré par
ces deux personnages est opposé sur le plan de l’éthique
personnelle, leur cheminement permet également à un
autre protagoniste de l’histoire de se remettre profondément
en question et de connaître un sort plus ou moins similaire.
Enfin, la mise en scène utilise bon nombre d’images
d’archives - Face au soleil levant en abuse
particulièrement - qui non seulement renseignent sur la maigreur
des budgets mais témoignent surtout de la volonté
des auteurs d’inscrire la fiction dans la réalité
du conflit. De son côté, la voix off, autre caractéristique
commune, permet de tenir un discours sachant allier l’émotion
au didactisme le plus basique. Pris séparément, ces
deux productions, malgré leurs qualités et surtout
leurs défauts, inspirent donc plus la curiosité que
l’adhésion mais sous la forme d’un diptyque,
ils peuvent heureusement faire l’objet d’un exercice
analytique qui dépasse l’intérêt proprement
cinématographique.
Suite à la projection de deux films, Hitler’s
Children se révèle le plus intéressant
sur le fond comme sur la forme. Il permet aussi de constater à
quel point une œuvre aussi dense que somptueuse comme The
Mortal Storm de Borzage a pu constituer une sorte de matrice
pour toute une série de films. Toute petite production, Hitler’s
Children remporta
un
succès considérable au box-office. On ne s’en
étonnera guère tant ce long métrage assène
son discours avec une réelle efficacité dramatique.
Le générique place les enjeux du film avec radicalisme
: la couverture du roman dont est adapté le film se détache
au premier plan devant un autodafé de livres et brûle
à son tour. Apparaissent alors des enfants de la jeunesse
hitlérienne réunis autour du feu purificateur qui
prêtent allégeance au Führer, le bras tendu. On
assiste d’une certaine manière à l’une
de ces fameuses cérémonies nazies (que l’on
verra plus tard sous forme de stock-shots), recréée
en miniature. Il est donc ici question de la jeunesse et des valeurs
culturelles qu’il convient de promouvoir et sauvegarder contre
la menace de la barbarie. Le récit débute donc logiquement
sur le terrain de l’éducation, à Berlin en 1933,
et confronte l’école américaine à l’enseignement
nazi sous la forme d’un montage parallèle entre la
propagande d’un officier SA allemand et le cours donné
par le professeur américain Nichols (le narrateur) qui laisse
ses élèves débattre passionnément et
en toute liberté. Le destin tragique unissant la jeune Anna
Müller écartelée entre ses deux nationalités,
allemande et américaine, et le futur lieutenant de la Gestapo
Karl Bruner (incarné par Tim Holt, l’un des trois aventuriers
du Trésor de
la Sierra Madre de John Huston) prend sa source dès
l’adolescence. Cette introduction au temps de l’insouciance
et des premières amours permet d’amplifier l’empathie
pour les personnages ainsi que pour le discours (quête du
bonheur contre politique de la haine, liberté de pensée
contre fascisme, rêve américain contre cauchemar nazi).
Quand le film atteint le "temps présent", à
savoir le début de la guerre, le récit peut se concentrer
sur l’action proprement dite qui consiste à dévoiler
l’horreur du système nazi à travers les arrestations
arbitraires, les camps de travail (ici plutôt un camp de rééducation
pour jeunesse allemande), la stérilisation des "faibles"
et les crimes de sang. Dmytryk a également bien saisi que
le charisme d’Adolf Hitler s’incarnait principalement
au travers de sa voix. Ainsi il veille à faire commenter
ses stock-shots par une voix censée imiter celle du dictateur…
puisqu’en anglais. Le réalisme y perd des plumes mais
l’effet est bien au rendez-vous.
Face au soleil levant installe ses enjeux peu ou
prou de la même façon. L’étudiant Taro
Seki revient dans son pays natal alors qu’il est pétri
de culture américaine. Il est indifférent à
la culture ancestrale et familiale, il a des idées progressistes
dont il veut faire profiter le Japon en travaillant comme ingénieur.
Taro trouve un emploi dans une société américaine
et tombe amoureux de la secrétaire de son patron… qui
rêve d’Amérique, le paradis de la liberté.
L’opposition avec son
père
appelé à de hautes fonctions au sein de l’appareil
étatique japonais constitue le moteur du récit. Reo
Seki est le personnage par lequel le film distille sa propagande
: il est présenté comme un être fondamentalement
agressif, d’une rectitude caricaturale et promoteur enthousiaste
de la supériorité raciale japonaise dont la destinée
est de dominer le monde. Taro est donc également un personnage
tiraillé entre deux cultures. De sa lente contamination par
les idéaux de son père naît la tragédie.
D’officier dans le génie à pilote d’escadrille,
son parcours terrifiant le transforme en monstre d’indifférence
devant la barbarie à l’œuvre et en apôtre
de la propagande nationaliste et guerrière de son pays. Il
est alors temps de dévoiler l’ampleur des crimes :
l’agression contre la
Chine
(et le racisme associé), avec comme sommet de l’horreur
l’empalement d’un bébé chinois, puis la
torture des ressortissants américains une fois la guerre
déclarée aux Etats-Unis. La perversité mise
en œuvre par le film provient du fait que Face au soleil
levant est narré par la voix off du père
(l’introduction du film lance en fait un flash-back au moment
où il rédige sa profession de foi devant l’urne
contenant les cendres de son fils). L’action de Hitler’s
Children était racontée par la voix off du
professeur Nichols, donc un témoin du drame plus qu’un
acteur. Le personnage rédempteur qui se remettait alors en
question était le jeune Karl. Ici, les deux sont confondus
en la personne du fanatique Reo Seki. Le point de vue adopté
par le film est celui d’un japonais. Or, le portrait du Japon
esquissé par Face au soleil levant est d’une
caricature risible (les comédiens tenant le rôle de
Japonais sont des occidentaux affreusement grimés ! On s’attend
presque à voir surgir Peter Lorre en Mr. Moto !). Et l’on
se souvient du carton du générique qui insistait sur
l’authenticité des faits présentés…
Il suffit par exemple de contempler un soldat pratiquant la danse
dite « du sabre du samouraï » pour s’esclaffer
devant la prétention affichée. Autre motif de rigolade
: le combat symbolique entre Américains et Japonais censé
laver l’affront fait à Seki par son ancien patron O’Hara
oppose un sergent lutteur/judoka à Lefty O’Doyle, entraîneur
de base-ball et boxeur pour l’occasion. Il est joué
par le débutant Robert Ryan qui donne réellement de
sa personne. L’issue du combat ne sera évidemment pas
une surprise et l’on se consolera en donnant un satisfecit
à Dmytryk pour la qualité de cette séquence.

Même si l’on connaît les horreurs dont se sont
rendus responsables les Japonais au cours de la Seconde Guerre mondiale,
il est franchement affligeant de voir traiter un pays et une culture
de façon aussi peu cavalière et parodique. Le "péril
jaune" faisait déjà recette dans le monde occidental
dans les années 1920 et 1930, il était donc prévisible
que les fantasmes xénophobes de ce type atteignent leur apogée
pendant le conflit mondial et suite à l’attaque surprise
de Pearl Harbor. Les Japonais sont présentés comme
des personnages fourbes et malfaisants de par leur culture impérialiste
et guerrière. Leur salut ne peut provenir que de l’adhésion
à la culture américaine. Si dans Hitler’s
Children, les Allemands pouvaient toujours compter sur
Goethe pour s’en sortir et retrouver le chemin de la civilisation,
les Japonais dans Face au soleil levant n’ont
même pas le droit à un référent de leur
propre culture, seul Oncle Sam pourvoira à leur salut (la
secrétaire Tama Shimamura symbolise cet appel vers l’extérieur).
Quand on pense au traitement réservé aux ressortissants
japonais et aux citoyens américains d’origine japonaise
aux Etats-Unis pendant la guerre - leur privation de libertés
et/ou leur internement dans des camps - il nous sera permis de rire…
jaune. Là où les deux productions RKO se rejoignent
une nouvelle fois, c’est dans le rôle réservé
à la religion catholique : dans le premier film, un homme
d’église qui se destinait à sauver Anna de ses
poursuivants tient tête aux dignitaires nazis et oppose sa
foi à la barbarie que ces derniers représentent, dans
le second film il est fait mention d’un érudit japonais
converti au catholicisme dont il est conseillé de s’inspirer
pour lutter contre l’oppression.

On l’aura compris, la première caractéristique
de ces deux films aux récits comparables est une forte dose
de didactisme. La mise en scène, plus inspirée dans
Hitler’s Children avec quelques idées
fortes, se révèle généralement fonctionnelle
(elle tend même vers une théâtralisation de l’espace
et une certaine pauvreté dans l’enchaînement
des plans dans Behind the Rising Sun). Les dialogues
priment sur le reste. Le professionnalisme de Dmytryk n’est
pas en cause ; il sera
simplement
permis de dire que sa prestation ne le différencie pas de
la cohorte de réalisateurs de studios qui officient à
la même époque, et que l’on ne pourra heureusement
pas se satisfaire de ces deux réalisations pour apprécier
son talent. Surtout, les deux films ne se privent pas de recourir
à quelques raccourcis scénaristiques comme les revirements
de conscience du lieutenant Bruner et du patriarche Seki, deux personnages
pourtant si viscéralement attachés à leur dogme
qui leur tient lieu de religion. L’amour aura eu raison de
leur endoctrinement, voilà une nouvelle preuve de l’individualisme
occidental pourvoyeur de bonheur et d’émancipation
face au totalitarisme source d’aliénation. Si Hitler’s
Children parvient tant bien que mal à louvoyer autour
de la caricature, même dans sa conclusion lyrique, Behind
the Rising Sun y plonge sans l’ombre d’une
hésitation (en 1942/1943, les Japonais sont encore les ennemis
principaux des Etats-Unis). L’intérêt d’évaluer
ces deux films est de voir de quelle manière ce deuxième
film se dresse comme un miroir du premier, agissant à posteriori
comme une réflexion déformée qui pousse jusque
dans ses retranchements les enjeux dramatiques de ce dernier. De
fait, il permet aussi de poser un regard plus indulgent sur Hitler’s
Children, c’est bien là son principal mérite.