Kary
, riche veuve esseulée, tombe éperdument amoureuse de son jeune jardinier, Ron Kirby. Ils décident de se marier. Mais très vite ce projet est contrarié par les enfants et amis de Cary qui voient d'un mauvais oeil cette liaison "marginale"...

Tout ce que le ciel permet
(All that Heaven Allows)
Réalisé par Douglas Sirk
Avec Jane Wyman, Rock Hudson…
Scénario : Peg Fenwick
Directeur de la photographie : Russell Metty
Musique : Frank Skinner
Universal
USA - 89’ - 1955

Il aura fallu les éloges d’un Godard ou d’un Fassbinder pour faire taire les esprits trop littéraires qui ne voyaient en Douglas Sirk que l’équivalent cinématographique des romans à l’eau de rose. Le nom de Sirk a, en effet, longtemps été associé à ce qui est, avec le film d’horreur, le genre "impur" par excellence : le Mélo ! Parenthèse : Il est d’ailleurs amusant de constater que le seul cinéaste à être allé aussi loin dans le baroque coloré et criard est Dario Argento (Suspiria). Sans doute parce que seule la trivialité du film d’horreur et du mélo - genres opposés mais néanmoins très proches dans leurs conceptions outrées - permet de tels excès.

Mais revenons à Douglas Sirk… Aujourd’hui l’époque des railleries est belle et bien révolue et le cinéaste est cité comme influence par tous les réalisateurs en vogue, de Pedro Almodovar à Quentin Tarantino en passant par François Ozon… Comme aimait à le rappeler Douglas Sirk, la distance entre le roman de gare et le grand Art est mince. All That Heaven Allows en est le plus bel exemple. L’intrigue est simple comme une chanson de Claude François : il est pauvre, elle est riche, il est jeune, elle est plus âgée, et malgré tout, ils s’aiment… Pourtant, loin de crouler sous la guimauve qu’impose un tel sujet, le spectateur se voit terrassé par cette histoire qui possède la force des grandes tragédies.

Certains, sans doute trop cyniques pour se laisser emporter dans ces maelström d’émotions, ont voulu voir dans les films de Douglas Sirk une forme d’ironie, allant même jusqu’à les qualifier de comédies ! Or ce qui frappe à la vision de All That Heaven Allows, c’est justement cette absence de condescendance vis-à-vis du genre abordé. Sirk ne subvertit pas le mélo, il le pousse dans ses derniers retranchements afin de le sublimer. Tout est ici exacerbé : l’amour que partagent les deux personnages est aussi simple que fulgurant, et la mesquinerie de ceux qui tentent d’empêcher cet amour semble relever d’un complot universel et machiavélique…

C’est que le cinéma de Sirk s’embarrasse peu de psychologie, et les sentiments qui habitent et les uns et les autres sont immuables, figés tel une maladie incurable. Il faut alors se battre, briser les barrières sociales et morales afin de vivre pleinement, au plus près de son âme. Et ce retour aux sources, ce chemin vers le cœur ne peut s’accomplir que dans la révélation de la beauté du monde. Et de la nature… Cette philosophie héritée de l’écrivain américain Henry David Thoreau (Sirk le cite directement en faisant de Walden, le livre de chevet du jeune jardinier interprété par Rock Hudson) donne à All That Heaven Allows des allures de fable.

Ce sens de l'emphase trouve bien entendu son écho dans cette lumière qui révèle tout, qui brûle les yeux, et décharne le mélodrame jusqu’à le laisser nu, dans ce plus simple et rutilant apparat. La superbe photo de Russell Metty, indissociable des plus grands films de Sirk, éclabousse l’écran de ses couleurs primaires et semble retrouver la pureté originelle du monde. Jamais la neige n’a semblé aussi immaculée au cinéma que dans All That Heaven Allows, ni les feuilles d’automne aussi dorées…

Cette lumière est d’autant plus belle qu’elle paraît émaner tout entière de son personnage principal… Ce qui frappe, en effet, à la vision de All That Heaven Allows, c'est la fondamentale vérité du rôle tenue par Jane Wyman. Contrairement aux films hollywoodiens de l'époque, la femme n'est ici ni un l'incarnation d'un modèle fantasmatique (ce rôle revient à Rock Hudson, représentation parfaite du beau mâle américain des fifties...) ni un substitut d'homme (comme souvent chez Hawks par exemple) mais comme une femme à part entière. Avec ses doutes, ses désirs, ses angoisses. La mise en scène de Sirk adopte entièrement ce point de vue "féministe", et c'est cette brûlante passion, ce feu intérieur qui semble déborder sur l’image, irradiant chaque geste, chaque objet, chaque visage...

C'est à une véritable scénographie de l'intérieur que nous convie ici Douglas Sirk. Et si les décors tiennent une grande importance dans All That Heaven Allows, le cinéaste n’en est pas pour autant un cinéaste décoratif (reproche que l’on pourrait faire parfois à Minnelli). La grande idée du film est la suivante : comme suggère le jeune jardinier à Cary l'obstacle à leur amour ne vient peut être pas tant du monde extérieur que de Kary elle-même ! Si tous ses reflets dans les miroirs (signatures visuelles récurrentes dans le cinéma de Sirk) renvoient à Kary une image forgée par les conventions sociales, il lui faudra alors briser cette image afin de s'en libérer. Et c'est seulement à ce moment que le miracle final - car vous le verrez, il s'agit bien là d'un miracle - pourra enfin avoir lieu...

Finalement, et comme beaucoup on put le croire, Sirk n'est pas ce cynique cultivé qui aborderait un matériau jugé impur avec la distance amusée de l'esthète. Il instrumentalise simplement les codes du mélodrame pour créer un langage cinématographique unique, prêt à rendre au plus près la vérité du cœur.

All That Heaven allows, c'est exactement Tout ce que le Cinéma Permet...



Image
: Criterion nous offre un transfert anamorphique de toute beauté qui restitue parfaitement les couleurs d’un Technicolor outré. La photo de Russell Metty explose dans toute sa large palette sans jamais donner l’impression de saturer. Le Master numérique est en effet impeccable : définition précise, image stable… Certains pourront regretter qu’il ne s’agisse pas là d’un Master Haute Définition mais ceci à l’avantage de préserver le grain original, et de rendre au plus près toute la frémissante chaleur qui se dégage de l’ensemble du métrage. Tout juste pourra-t-on regretter quelques flous, notamment sur les plans préparant ou suivant un fondu enchaîné… Quoiqu’il en soit, on a jamais vu un film de Douglas Sirk dans des conditions aussi optimales, et Criterion s’en sort une fois de plus magistralement…

Son : Mono d’origine, très claire. Seule la piste anglaise est présente (Criterion oblige…). Les sous-titres anglais aideront cependant les moins anglophones d’entre nous…

The Criterion Collection
89 mn
Zone all
Menu musical
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues :anglais mono 2.0
Sous titres : Anglais pour malentendants





Image :
S’il y a bien un type de photographie difficile à restituer en vidéo, c’est le Technicolor, et Carlotta s’en sort avec les honneurs, les couleurs sont flamboyantes, c’est un vrai régal. La définition est dans l’ensemble satisfaisante. Loin d’être lissée, l’image comporte du grain, parfois très présent. A l’arrivée, un beau résultat.

Son : Mono d’origine très correct et intelligible, comportant un léger souffle, mais qui n’est guère gênant. Le doublage français est plus étouffé et sonne souvent artificiel.

Carlotta
85 mn
Zone 2
Menu musical et animé
Chapitrage musical et animé
Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : anglais, français mono
Sous titres : français

- Une interview de Douglas Sirk réalisé en 1979 pour la BBC. Le cinéaste s’y exprime durant une demi-heure. Et prouve à ceux qui en douteraient encore toute l’étendue de la culture du bonhomme…

- Un essai remarquable et célèbre de Fassbinder sur les mélos en couleurs de Douglas Sirk. Essai qui a, en partie, contribué à la réhabilitation du cinéaste…

- Une galerie de photos d’exploitation d’époque.

- Et pour finir, l’inévitable Bande-annonce


Bref, on pourra regretter que ces bonus de qualité ne soient pas dédiés uniquement au film présent sur le DVD, mais ils ont l’avantage de proposer une bonne approche de l’œuvre de Douglas Sirk…

Disque 1 :

- Bande-annonce – 2 mn 30 : elle est présentée en très bon état.

Disque 2 :

- Eclats du mélodrame : filiations - 15 mn : Pierre Berthomieu interroge Jean-Louis Bourget, historien du cinéma et enseignant à Normale Sup, sur l’héritage de Douglas Sirk. Il disserte sur divers cinéastes s’étant inspirés parfois jusqu’au pastiche de son travail, de Rainer Werner Fassbinder à Todd Haynes, en passant par François Ozon et Catherine Breillat. Il s’interroge également sur le mélodrame en tant que genre populaire, qui semble avoir disparu avec Sirk pour se diluer dans la production, les rares cinéastes revendiquant encore le terme travaillant dans des niches auteuristes.

- La Tendresse selon Sirk – 15 mn 10 : Interrogé en 2005, Todd Haynes, réalisateur entre autres de Velvet Goldmine et Loin du Paradis – relecture de Tout ce que le ciel permet -, parle de ses modèles, mais s’attarde surtout sur Fassbinder, dont il détaille l’importance du travail pour le cinéma allemand – et mondial – dans les années 70. Un supplément intéressant mais peu centré sur Sirk.

- Les Films libèrent la tête – 10 mn : un comédien lit en voix off un texte de Rainer Werner Fassbinder en forme de déclaration d’amour au cinéma de Douglas Sirk, dont il relève la subtilité de la mise en scène et la subversion du faux happy ending.

- Quand la Peur dévore l’âme – 25 mn 11 : François Ozon nous propose un montage où des séquences ‘équivalentes’ – et parfois retouchées - de Tout ce que le ciel permet et Tous les autres s’appellent Ali s’enchaînent pour former une seule histoire. Tout en montrant les différences de progression narrative des deux films, Ozon s’amuse à effectuer des rapprochements, et les bandes sons et images se chevauchant font que le Sirk devient une réminiscence pour les personnages de Fassbinder, et parfois vice-versa, voir le plan où Ali se déshabillant est présenté comme une rêverie de Rock Hudson. Ça dépasse rarement l’exercice de style, mais le résultat est agréable.
Une fois le supplément terminé, le spectateur peut le revoir commenté par François Ozon.

- Contract Kid – 23 mn 03 : William Reynolds revient sur sa carrière, depuis l’époque où il était salarié par la Universal. Il nous parle entre autres de William Wyler et Douglas Sirk, qui semblaient le trouver idéal pour les rôles de fils, ainsi que de ses partenaires Jane Wyman et Rock Hudson. Une époque pour laquelle il semble éprouver beaucoup de nostalgie.

Cette édition est disponible à l'unité ou dans un coffret regroupant également Le Temps de vivre et le temps de mourir, Mirage de la vie et Le Secret Magnifique.

Test du Zone 2 : Franck Suzanne

En savoir plus
La fiche Imdb de Tout ce que le ciel permet
Jon Halliday, Conversations avec Douglas Sirk
(Editions Cahiers du Cinéma)
Les autres films de Douglas Sirk chroniqués par Classik
Ecrit sur du vent
Scandale à Paris

© Dvdclassik.com - novembre 2007 - laredaction@dvdclassik.com