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Barry
Kane, un employé d'une usine d'aviation, est accusé à
tort d'avoir saboté l'atelier où il travaillait. Lui seul
connaît le vrai coupable : Frank Fry. Après avoir échappé
à la police, Barry part à sa recherche et rencontre Patricia,
une jeune femme dont la première réaction est de vouloir
le dénoncer à la police. Mais elle finit par croire à
l'innocence de Barry lorsque des artistes ambulants leur offrent l'hospitalité
pour la nuit. Patricia devient sa complice. Poursuivi par la police, le
couple découvre un ancien village de mineurs occupé par
des saboteurs. Barry se présente comme étant un des leurs
et Patricia va prévenir la police qui, malheureusement, est de
mèche avec les espions. Après avoir été accueilli
par une femme riche, Mrs Van Sutton, Barry se fait arrêter à
l'intérieur du Radio City Hall. Patricia prend Fry en filature.
Barry parvient à s'échapper et à poursuivre son ennemi
jusqu'au sommet de la Statue de la Liberté. |
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Cinquième film américain d’Alfred Hitchcock, Cinquième colonne est une œuvre foisonnante d’idées et de péripéties. Le film reprend la structure des 39 marches : la fuite à travers le pays d’un faux coupable accompagné d’une blonde d’abord suspicieuse, puis compatissante. Tous les éléments de ce que le maître du suspense aimait appeler un "scénario itinéraire" sont ici réunis. Cette structure hitchcockienne connaîtra dix-sept années plus tard son aboutissement dans La Mort aux trousses en 1959, Cary Grant, Eva Marie-Saint et le Mont Rushmore se substituant à Robert Cummings, Priscilla Lane et la Statue de la Liberté. François Truffaut explique dans son fameux livre d’entretiens que si Les 39 marches résume parfaitement l’œuvre anglaise d’Hitchcock, La Mort aux trousses symbolise toute sa période américaine. On peut y ajouter que Saboteur installe le style américain d’Hitchcock dans ses choix de mise en scène et ses audaces techniques. Seule la distribution se démarque du système hitchcockien, mais on y reviendra.
Epoque oblige, dans sa fuite en avant, le héros n’aura
de cesse de sauver tout ce qui représente l’Amérique
face à la menace nazie : sa défense (l’usine
d’aviation), son énergie (le barrage), son art (le
cirque), son divertissement (le cinéma), sa mobilité
(le bateau), son économie (les buildings), son histoire (le
ranch) et pour finir son symbole absolu (la Statue de la Liberté).
En pleine guerre de propagande contre l’espionnage nazi sur
le sol américain, Hollywood vient de produire Echec
à la Gestapo (All Through the Night)
avec
C’est en trouvant une protection auprès des gens du cirque, dans une très belle scène qui rend hommage à Freaks, que Patricia prendra fait et cause pour le fugitif après un monologue émouvant du chef de la troupe, Bones (interprété par le très shakespearien Pedro De Cordoba), et dans une scène de vote assez subversive qui suggère que la démocratie est parfois inutile puisque le pour et le contre s’annulent, et finalement, seuls les malheureux se soutiennent dans le malheur. Après un long débat entre eux, les "monstres" du cirque décident de ne pas dénoncer Kane hâtivement et grâce à un lent travelling vers le couple, on comprend que Patricia a changé d’avis sur la culpabilité de son compagnon de route. Après un moment de pur abandon romantique, le soir sur une colline, l’action reprend dans la ville fantôme de Soda city, véritable décor de western et lieu de découverte du prochain sabotage. Barry et Patricia se livrent au montage ultrarapide d’un télescope pour observer la prochaine cible des nazis : c’est la métaphore parfaite du travail d’Hitchcock dont l’importance vitale des préparatifs techniques permettent systématiquement d’anticiper la conception du prochain plan.
Barry Kane décide de s’infiltrer dans le réseau
et se fait passer pour un espion pendant que Patricia doit prévenir
les autorités. Encore une fois, pour bien souligner la perversité
de Freeman, l’espion qui aide Kane à infiltrer le réseau,
le scénario lui offre un suave monologue lié à
son enfance perdue. L’effet de répulsion est immédiat.
En arrivant à New York entouré d’espions, une
troisième affiche publicitaire indique au héros sa
destinée proche : " A Beautiful Funeral ".
S’y ajoute un plan très sombre sur Manhattan accompagné
d’une musique apocalyptique. Dans l’antre des espions,
une superbe demeure bourgeoise de Park Avenue, Barry Kane est démasqué
par Tobin qui se livre avec lui à un dialogue par titres
de livres interposés. Puis il retrouve Patricia qui a été
trahie par des policiers corrompus, et le couple se retrouve ainsi
réuni dans le danger en étant prisonnier dans cette
riche demeure qui accueille un grand bal. La scène rappelle
beaucoup Les
Enchaînés, et Hitchcock explique son efficacité
en ces termes : « Est-ce que je peux créer l’impression
que ce garçon et cette fille sont absolument traqués
dans un lieu public ? Si vous êtes dans cette situation, vous
vous approchez de quelqu’un et vous lui dites :
Ce cinquième pilier de l’édifice américain
d’Hitchcock est d’une grande richesse formelle, mais
le maître n’en était pas totalement satisfait.
Sir Alfred considérait que le gros problème du film,
outre l’erreur susmentionnée, résidait dans
sa distribution. Pour le premier rôle féminin, il voulait
au départ Margaret Sullavan (qui venait de triompher dans
The
Shop Around the Corner et surtout dans l’anti-nazi
The Mortal Storm) ou Barbara Stanwyck, alors star
de la screwball comedy (Lady Eve, Ball
of Fire, Remember the Night). Le rôle
échut finalement à Priscilla Lane, figure de pureté
provinciale convoitée par James Cagney |
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![]() Image : L’image contrastée de Joseph Valentine, considéré comme l’un des meilleurs caméramans à Hollywood, est très bien restituée grâce à une excellente remastérisation, exceptés quelques points noirs qui viennent salir un plan de foudre sur un paysage (27’10), ainsi que le plan de la voiture abandonnée inspectée par les agents de police (39’), plus nettement abîmé avec des tâches blanches et quelques rayures. Son : Aucun défaut majeur n'est à signaler sur la piste sonore, particulièrement claire et nettoyée.. Néanmoins, le choix de la bande-son s'avère crucial, car La jaquette oublie totalement une information capitale : le film est présenté dans deux durées différentes. La version originale dure 104 minutes tandis que la version française dure 93 minutes (le seul minutage annoncé par la jaquette). Il ne s’agit pas de seamless branching car le film est bel et bien enregistré deux fois sur ce DVD (2 “title” différents dans l’architecture du disque). |
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Le
making of présent sur le DVD, Saboteur,
A Closer Look, revient sur le tournage par l’intermédiaire
de trois interviews croisées : Pat Hitchcock O’Connell, la
fille du maître qui nous apprend que son père a été
anéanti de ne plus pouvoir appeler sa famille en Grande-Bretagne
après le début de la guerre. Elle revient aussi sur le fait
que David Niven et lui seront très critiqués de ne pas être
retournés au pays pour aider l’effort de guerre. La fille
dévouée ne manque alors pas de nous rappeler que son père
était sous contrat et donc en quelque sorte prisonnier de Selznick.
Deuxième intervenant sur le film, Robert Boyle, second directeur
artistique, raconte l’élaboration du story-board pendant
Pearl Harbor et le perfectionnisme d’Hitchcock dans les moindres
détails de mise en scène. Mais le plus disert sur le film
est Frank Lloyd qui interprète le méchant Fry que l’on
voit au début et à la fin du film, et dont Robert Cummings
endosse la culpabilité. Cet acteur peu connu est devenu un grand
ami d’Hitchcock au point de devenir plus tard l’un des producteurs
de la série télévisée Alfred Hitchcock présente.
Tout le monde s’accorde à dire que sa prestation est au-dessus
des autres et loue son jeu très marqué par le regard, comme
au temps du muet. Au cours du making of, il revient sur les principales
séquences du film en y racontant quelques anecdotes de tournage
comme l’utilisation de personnes de petites tailles pour évoluer
dans une perspective en trompe-l’œil, ou encore la célèbre
réplique d’Hitchcock à l’encontre de son chef
opérateur, Joseph A. Valentine, qui, lui demandant de vérifier
un plan dans l’œilleton de la caméra, se vit répondre
: « J’ai déjà regardé dans une caméra,
jeune homme. »Le DVD comporte également un livret de 4 pages contenant des notes de production et des anecdotes de tournage |
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