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Test dvd

La Bête lumineuse

DVD - Région 2
Potemkine
Parution : 1 / 10 / 2013

Image

Le film ayant été tourné en 16mm, il ne faut donc pas attendre de cette édition un piqué et un niveau de détail équivalents aux bobines 35mm que le cinéphile "dvdvore" a pour habitude de consommer. Non, ici c'est granuleux, brut, parfois un peu flou... une esthétique qui colle d'ailleurs parfaitement au ton du film et qui ne choquera pas les amateurs de cinéma direct, un genre documentaire qui repose d'abord sur la légèreté du matériel de prise de vues. Cette mise en garde faite, cette édition est d'excellente tenue. Le master est très propre et le transfert numérique soigné. Le niveau de détail est très satisfaisant et aucun défaut de compression n'est visible. Les couleurs peuvent paraître un peu ternes, mais ce sont bien celles d'origine. Le film baigne ainsi dans un grisaille constante qui correspond à la luminosité du Maniwaki en cette saison et aux esprits embrumés et fatigués de notre bande de chasseurs.

Son

Malgré un léger souffle constant, la bande-son reste claire et lisible. Les sous titres - inamovibles - sont le bienvenus pour ceux qui ne sont pas habitués au parlé québécois, mais aussi pour comprendre des paroles parfois étouffées.

Suppléments

L'Oumigmag ou l'objectif documentaire (1993 - 26 min)
Ce film que Perrault tourne en 1993 tranche avec le style de ses réalisations les plus connues, les vingt-six minutes du moyen métrage étant recouvertes d'une voix off de l'auteur, texte poétique qui s'avère une passionnante réflexion sur son geste documentaire. Pierre Perrault part ici à la recherche d'Oumigmag dans le grand nord canadien, dans le « nul part de la terre sans âge. » Après l'orignal, Perrault se met en quête d'un autre animal mythique, ou du moins ancestral. Il évoque des représentations rupestres de ces bœufs musqués datant de 12 000 ans et les met en parallèle avec son travail documentaire, le véritable sujet du film n'étant pas l'animal mais la question de la représentation.

On n'est ici ni dans le documentaire animalier, ni dans le documentaire d'aventure. L'Oumigmag apparaît en effet dès les premières images du film, comme par enchantement, prenant ainsi le contrepied de l'écriture habituelle qui voudrait que l'animal apparaisse au bout d'un long périple. De même, les commentaires ne sont pas explicatifs, didactiques, circonstanciés. Perrault ne "documente" pas, il nous emmène dans une étrange et poétique réflexion sur la nature, le sauvage et l'image. Il commente ses images, explique ce qui se cache derrière, ses intentions de cinéaste, de peintre de la nature. Le film nous emporte ainsi dans les coulisses de la création, dans la tête du cinéaste et l'on s'intéresse bien moins à l'objet du film (même si Perrault parle splendidement de l'Oumigmag) qu'au cheminement intellectuel et artistique de celui qui souhaite le représenter. Un méta documentaire animalier passionnant, étonnant, véritablement unique en son genre.

Pierre Perrault, poète (1980 - 4 min 30) - Extrait de La Nuit de la poésie du 28 mars 1980.
Pierre Perrault poétise, accompagné à la guitare par Stéphane-Albert Boulais, le "héros" de La Bête lumineuse. Outre le fait de retrouver les deux comparses du film dans un cadre tout autre et deux ans avant sa réalisation, ce petit supplément permet de découvrir la prose de Perrault qui a été tout autant cinéaste que dramaturge, écrivain, poète ou homme de radio. Toutes ces activités ayant pour point commun sa grande passion : la langue et la parole.

Entretien avec Caroline Zéau : Pierre Perrault et le cinéma direct (2013 - 14 min)
Enseignante et chercheuse spécialisée en documentaire, Caroline Zéau raconte la naissance du cinéma direct à la fin des années 50, courant qui se développe essentiellement en France (Jean Rouch et Edgar Morin avec Chronique d'un été), aux USA (Don Pennebaker, le britannique Richard Leacock) et au Canada avec comme tête de fil Michel Brault et Pierre Perrault. C'est d'ailleurs à Montréal (à l'ONF) que naît historiquement ce courant. Si le cinéma direct se décline différemment d'une cinématographie à une autre, il partage les mêmes grands principes : tournages légers, mobilité et synchronisme son / image. Il s'agit pour ces cinéastes d'enregistrer la parole vivante, en direct, de découvrir et de filmer sans écriture préalable. Paradoxalement, malgré ce principe d'immédiateté et d'improvisation, le cinéma direct est marqué par la création d'histoires et par la narration. Pour Caroline Zéau, c'est la naissance de la mise en scène documentaire, notre spécialiste oubliant tout de même d'évoquer l'héritage Flaherty, pourtant indissociable du cinéma direct. Un oubli que l'on mettra sur le compte de l'aspect très synthétique de cet entretien, Zéau étant par ailleurs très pertinente, comme lorsqu'elle évoque la latence et l'attente si présentes dans ces films et qui permettent à la parole d'advenir, aux choses secrètes d'émerger. Zéau fait ainsi le lien avec l'oeuvre de Perrault et avec La Bête lumineuse en particulier. Elle parle de ses débuts cinématographique avec Michel Brault, soulignant l'originalité de Pour la suite du monde avec sa pêche aux bélugas organisée pour les besoins du film, oubliant au passage une fois encore les expériences de Flaherty. On regrette un peu ce manque de lien avec l'histoire du documentaire, mais une fois encore en quatorze petites minutes, Caroline Zéau ne pouvait qu'aller très vite au coeur du sujet.

Un livret de 8 pages est enfin disponible.

Par Olivier Bitoun - le 3 octobre 2013