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Test dvd

Collection R.W. Fassbinder Volume 2

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 6 / 4 / 2005

Image

Des copies dans l'ensemble pimpantes respectant les intentions esthétiques de Fassbinder et de la photographie. Le voile teuton estampillé années 70 est partout, de même que ressortent très bien les couleurs kitsch du bar d'Ali, de la Chambre de Petra Von Kant et la froideur clinique de La Troisième Génération. Quelques déperditions en qualité - l'image se brouille un peu dans certaines scènes intérieures d'Ali et Le Droit du plus fort - mais que l'auteur de ces lignes se rappelle avoir aussi vu sur les copies au cinéma. Rien de bien gênant donc, tous les choix de restauration étant du fait de la monteuse de Fassbinder, Julianne Lorenz, et jusqu'à un certain degré, Wim Wenders. Les copies en plus mauvais état sont les plus anciennes, en particulier celle du Voyage à Niklashausen, dont ne subsisterait qu'une copie.

Son

Pistes mono allemandes uniquement avec sous-titres néerlandais et français amovibles. Les restitutions musicales et de dialogues sont claires, ce qui est décisif pour les petits détails sonores pour Le Droit du plus fort et La Troisième Génération.

Suppléments

Le voyage à Niklashausen (1970) : dans une Allemagne anachronique à la fois pop, baroque, industrielle et médiévale, un berger [sorti tout droit de Hair] prêche et annonce une révolution sociale. Il est trahi, crucifié dans un cimetière de voitures. Le peuple se soulève : la révolution est réprimée mais est victorieuse deux ans plus tard. Cette trame familière est adaptée d'un fait réel : 1476. En Allemagne, des milliers de partisans voient en Hans Böhm - un berger ayant eu une apparition de la Vierge - un nouveau messie. D'autant que celui-ci appelle au soulèvement. Fassbinder fait de cette histoire un étrange exercice en terre pasolinienne, libre et assez foutraque, et collant comme chez son cousin italien sexe, communisme et religion. Ce dernier mot est remarquable car pratiquement absent des thèmes chers à son auteur, très matérialiste. Mais RWF est davantage intéressé par le jeu des citations religieuses – en calquant le parcours de Bohm sur celui du Christ -, le caractère politique du dogme, surtout l'interchangeabilité des discours politiques et religieux : Bohm a beau parler comme un commissaire du plan quinquennal soviétique, ses fidèles n'en retiennent que la ferveur christique. Là ou Pasolini procédait plus ou moins discrètement par analogie dans ses films mythologiques, RWF ne veut pas faire le naïf. Le récit doit avoir un rapport avec son temps. Il insiste trop même, faisant du film une sorte de représentation théâtrale d'avant-garde en extérieur, sous influence du Week-end de Godard. Les personnages sont des abstractions ânonnant d'autres abstractions. On prend des poses. On fume des joints à des concerts rock. C'est parfois risible - le Christ dans un camping, les vêtements du "paysan", l'évêque en folle habillée comme Hérode - mais ailleurs, d'autres juxtapositions fonctionnent étrangement : la révolution finale filmée comme un Mai 68 fantasmé, la dégaine d'un Fassbinder très rock'n'roll faisant le péripatéticien derrière Bohm ou la pâleur d'une Hanna Schygulla échappée d'un opéra. Fassbinder parle encore de désenchantement post-soixante-huitard, où les révolutions échouent parce que les gens trahissent les idéaux de celle-ci. Air connu. Mais l'étrange liberté prise par RWF fait de ce film un Ovni - parfois complaisant -, aux scènes d'intérieur encore une fois plus réussies [un plan où les personnages principaux, face caméra, sont tapis dans l'ombre] que les incursions au grand air [il n'y a pas vraiment de dehors chez RWF]. "La Mère de Dieu ne vient que dans la nature, pas dans les pièces closes", est-il dit. Le diable, effectivement.

L'Allemagne en automne (sketch - 1978) : en réaction aux évènements d'automne 1978 [Baader, Scheier, voir plus haut], un collectif de réalisateurs [dont Schlondorff et Alexander Kluge] met en chantier un film à sketches, organisé autour de l'enterrement filmé des terroristes et Scheier. La copie rendue par Fassbinder est passionnante, intime et collective comme jamais : RWF s'y met en scène dans son propre rôle. Il rumine, travaille sur le téléfilm-fleuve Berlin Alexanderplatz, prend de la coke, se dispute avec son amant Armin Meier, se ballade bite à l'air dans l'appartement. On le voit réagir de manière épidermique, pathologique aux évènements d'automne et on comprend qu'il a la trouille, la peur de la peur : son cauchemar d'une Allemagne à nouveau fascisée semble se réaliser. Dès lors, le Fassbinder qu'on entend ici marmonner sur l'artificialité du mariage semble uniquement mû par l'énergie du désespoir. Son autoportrait ici en rebelle vaguement salaud peut paraître complaisant, en particulier dans son opposition bien balisée contre Armin Meier, vox populi de l'Allemagne [en gros, "Il faut buter les terroristes"] et surtout contre sa mère, avec qui on le voit débattre de la démocratie. Fassbinder la pousse dans ses retranchements lorsqu'elle admet, en bonne démocrate ayant vécue sous le nazisme, que dans des "moments particuliers, il faut aller au-delà de la démocratie" [pour justifier la Raison d'Etat liquidant les terroristes]. Ces scènes de cuisine - où est la limite entre la rage froide et la mise en scène ? - sont les plus impressionnantes de ce Vis ma vie plus vrai que nature. On comprend ce que sa mère Liselotte Elder, souvent employée dans de brefs rôles antipathiques dans ses films, représente pour RWF : cette Allemagne qui s'est successivement jetée dans les bras du nazisme et de la démocratie sans trop comprendre pourquoi. Une étreinte - encore - vient brièvement illuminer ce sketch, légèreté dérisoire mais intense sur beaucoup de plomb.

Je ne veux pas seulement qu'on m'aime : écrit par le critique allemand H.G. Pflaum pour le dixième anniversaire de la mort de Fassbinder, ce documentaire d'une 1H30 essaie de brasser en dix chapitres beaucoup de choses : le vide qu'il a laissé dans le cinéma allemand, sa jeunesse douce amère, ses débuts au théâtre [avec d'indispensables images d'archives de la période de l'Antitheater], ses méthodes de travail [bien que Sirk ne soit jamais cité], un certain degré de sadisme enfantin et professionnel, manipulateur. Pflaum sait être pédagogique quand il se livre à un décryptage précis de la grammaire fassbinderienne au travers de scènes du film Effi Briest [rendant ainsi inquiétante sa production prolifique car son travail était loin d'être tout à fait instinctif], mais aussi laisser simplement parler d'elle même l'oeuvre avec de longs extraits. Très bon documentaire où le néophyte n'est pas visé, et valant par la qualité de ses intervenants - les suspects habituels : Hanna Schygulla, son ancienne épouse Ingrid Caven, Karl-Heinz Böhm, Volker Schlondorff, Andréa Ferréol, le compositeur Peer Raben, le directeur de la photo Michael Ballhaus et la mère de Fassbinder. On mesure le chemin parcouru - et la contradiction - lorsqu'on entend RWF dire en 1969 [à l'époque du Bouc] que "trop de possibilités techniques tuent la pureté d'un film. Après, ce n'est que du jeu".

Fassbinder dans les archives de l'INA : un extrait [11 minutes] de l'émission télévisée Pour le Cinéma sur le tournage du Droit du Plus fort. Des extraits du film, entrecoupés d'une interview de Fassbinder qui expose ses intentions sur le film : "même dans une minorité, les règles sociales sont les mêmes". Instructif, sans plus.

Fin alternative de Maman Küsters va au ciel (10 mn) : un coup de canif dans la réputation d'intransigeance de Fassbinder ? Cette fin - qui devait être le final initial - a été uniquement conservée pour la sortie américaine du film, ce qui peut expliquer son succès là-bas à l'époque. C'est une conclusion en demi-teinte, "une petite possibilité" chère à son auteur, légèrement tragicomique, tendance pisse-froid : l'action politique est encore inutile - ici un sitting. Mais Maman Küsters trouve un espoir en compagnie d'un concierge, et l'aller au ciel du titre, peut signifier alors autre chose. On pourra à loisir alterner entre les deux conclusions si l'on trouve celle retenue trop plombée, trop radicale, celle-ci n'ayant rien à démériter : un peu plus légère, mais ce n'est pas non plus un happy end.

Fassbinder Politik : un documentaire produit par Allerton où la journaliste allemande Heike Hurst détaille le contexte politique de L'Allemagne en automne et La Troisième Génération. L'intervenante connaît bien les films et expose ainsi le projet politique simple de RWF dans ses films : une société crée un tabou, la peur de l'altérité et ses films interrogent ce tabou - terrorisme, sexe, homosexualité, immigrés, autorité - pour dissiper cette peur. Instructif et passionnant.

Conversation avec Rainer Werner Fassbinder (50 mn): le critique allemand Peter Jansen, tout acquis à la cause de RWF, l'interviewe en 1978 à son domicile parisien pour la télévision allemande. Fassbinder a beau ne pas être du matin, marmonner, regarder rarement son interlocuteur, il se prête au jeu. Fassbinder se livre beaucoup, sur sa jeunesse, les thèmes de ses films, ses humeurs [la tentation du départ aux Etats-Unis] et projets du moment [dont un roman jamais finalisé]. Personnel et passionnant : si RWF ne décortique pas chacun de ses films, il donne les grands axes de compréhension de son œuvre. Angoisse. Colère. Libération.

Bandes-annonces des films présents dans le coffret.

Par Leo Soesanto - le 25 mars 2005

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