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Critique de film
Le film

Le Voyage à Niklashausen

(Niklashauser Fart)

Partenariat

L'histoire

Dans une Allemagne anachronique à la fois pop, baroque, industrielle et médiévale, un berger [sorti tout droit de Hair] prêche et annonce une révolution sociale. Il est trahi, crucifié dans un cimetière de voitures. Le peuple se soulève : la révolution est réprimée mais est victorieuse deux ans plus tard. Cette trame familière est adaptée d'un fait réel : 1476. En Allemagne, des milliers de partisans voient en Hans Böhm - un berger ayant eu une apparition de la Vierge - un nouveau messie. D'autant que celui-ci appelle au soulèvement.

Analyse et critique

Fassbinder fait de cette histoire un étrange exercice en terre pasolinienne, libre et assez foutraque, et collant comme chez son cousin italien sexe, communisme et religion. Ce dernier mot est remarquable car pratiquement absent des thèmes chers à son auteur, très matérialiste. Mais RWF est davantage intéressé par le jeu des citations religieuses – en calquant le parcours de Bohm sur celui du Christ -, le caractère politique du dogme, surtout l'interchangeabilité des discours politiques et religieux : Bohm a beau parler comme un commissaire du plan quinquennal soviétique, ses fidèles n'en retiennent que la ferveur christique. Là ou Pasolini procédait plus ou moins discrètement par analogie dans ses films mythologiques, RWF ne veut pas faire le naïf. Le récit doit avoir un rapport avec son temps. Il insiste trop même, faisant du film une sorte de représentation théâtrale d'avant-garde en extérieur, sous influence du Week-end de Godard.

Les personnages sont des abstractions ânonnant d'autres abstractions. On prend des poses. On fume des joints à des concerts rock. C'est parfois risible - le Christ dans un camping, les vêtements du "paysan", l'évêque en folle habillée comme Hérode - mais ailleurs, d'autres juxtapositions fonctionnent étrangement : la révolution finale filmée comme un Mai 68 fantasmé, la dégaine d'un Fassbinder très rock'n'roll faisant le péripatéticien derrière Bohm ou la pâleur d'une Hanna Schygulla échappée d'un opéra. Fassbinder parle encore de désenchantement post-soixante-huitard, où les révolutions échouent parce que les gens trahissent les idéaux de celle-ci. Air connu. Mais l'étrange liberté prise par RWF fait de ce film un Ovni - parfois complaisant -, aux scènes d'intérieur encore une fois plus réussies [un plan où les personnages principaux, face caméra, sont tapis dans l'ombre] que les incursions au grand air [il n'y a pas vraiment de dehors chez RWF]. "La Mère de Dieu ne vient que dans la nature, pas dans les pièces closes", est-il dit. Le diable, effectivement.

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La fiche IMDb du film
Par Leo Soesanto - le 25 mars 2005