Menu
Test blu-ray

De sang-froid

BLU-RAY - Région B
Wild Side vidéo
Parution : 28 / 4 / 2021

Image

De sang-froid était sorti en Blu-ray en France en 2009, chez Sony, en double programme du Capote de Bennett Miller, qui raconte l'écriture du livre qui a inspiré le film. C'est la première fois que le film de Richard Brooks a droit à une édition à lui tout seul en France, pour un très beau résultat, qui plus est : Wild Side aime le cinéaste, nous ne nous en plaindrons pas. Après Lord Jim et Elmer Gantry, l'un des éditeurs au chat reprend donc aujourd'hui De sang-froid, nouveau chef-d'oeuvre de Richard Brooks et peut-être son meilleur film, à partir de la restauration supervisée par Grover Crisp, sortie chez Criterion aux USA, en 2015. Le film a été scanné à New York en 4K à partir du négatif original, nettoyé numériquement en Inde puis étalonné en Californie. Un autre aspect de la mondialisation... De sang-froid était déjà très bien traité sur le précédent Blu-ray, dont la restauration apparaît encore aujourd'hui très solide. Ce nouveau master 4K l'améliore encore un petit peu sur la finesse du trait et du grain, les contrastes plus profonds et une meilleure gestion des hautes lumières. La copie est toujours aussi stable et immaculée. Pour être complet, nous devons signaler un souci d'encodage ponctuel, furtif et heureusement très discret (à 6 min 34) où pendant une quinzaine de secondes le n&b clignote furtivement dans une tonalité légèrement magenta - des exemples ici ou . Cela dit, pas de quoi gâcher les excellentes conditions de visionnage.

Blu-ray Sony (2009) vs. Blu-ray Wild Side (2021) : 1 2 3 4 5 6 7 8 9

Son

La version originale est proposée dans un remix 5.1 très solide, minutieusement restauré en 24bit à partir du master magnétique 3 pistes, conservé en excellent état. Le rendu est très proche (voire identique) à la piste 5.1 du Blu-ray de 2009 : voix et ambiance restent en majorité frontales, à l'exception de quelques effets stéréo discrets, la spatialisation étant surtout réservée à la musique de Quincy Jones, dont la présence est ici décuplée et encore plus subtile, pour notre plus grand plaisir. La VO est également proposée en simple stéréo, toute aussi détaillée et efficace. Dans les deux cas, la musique apparaît d'une très grande clarté et parfaitement restituée, tandis que les voix et les ambiances sonnent un peu plus datées, avec une tessiture légèrement moins parfaite, mais sans aucun souci flagrant d'usure. La version française bénéficie elle aussi d'un remix 5.1, lui aussi proposé sur le Blu-ray de 2009, au rendu presque identique à celui de la version originale. Cette fois-ci, par contre, les voix et les ambiances sont restreintes au strict mono, la spatialisation concernant uniquement la musique pour un résultat conforme à celui de la VO, c'est à dire excellent. La version française est également disponible dans son mixage mono d'origine. Les rendus en VF sont à peu près similaires à ceux de la VO : voix et ambiances claires et propres mais légèrement datées, avec par contre une absence notable de sifflantes, saturations ou souffle disgracieux.

Suppléments

Le film est présenté dans un digibook au visuel signé Thierry Couquard (Black Cherry). Il comprend le Blu-ray et le DVD, ainsi que De sang-froid : du réalisme au fétichisme, un passionnant livre de 80 pages richement illustrées, écrit par Philippe Garnier. L'écrivain et journaliste, auteur de nombreux textes pour Wild Side, fait une mise en perspective éclairante du film par rapport aux faits réels et surtout au livre écrit par Truman Capote, dont il est d'abord inspiré. S'appuyant notamment sur les archives du réalisateur (livres annotés, versions du scénario ou documents de production), Philippe Garnier montre que Richard Brooks "ne se laisse pas impressionner" par l'oeuvre de Capote mais s'en démarque par un récit "précipité, comme un bolide attendant la collision", qu'il enrichit notamment par l'ajout du personnage du journaliste, "sorte de choeur de tragédie grecque" qui renforce le drame. Le cinéaste mène surtout sa propre enquête et inclut une vision personnelle sur la peine de mort. Il retrouve ici ses réflexes d'ancien reporter dans un souci du détail maniaque, presque morbide, et une approche documentaire très poussée : utilisation du noir & blanc ("la peur, je ne vois ça qu'en noir & blanc"), tournage sur les lieux mêmes du drame, absence de stars mais choix du véritable bourreau pour incarner celui du film.

Philippe Garnier raconte comment Richard Brooks a trouvé son casting "au profil bas", avec Robert Blake, "à la carrière aussi longue qu'étrange" ou John Forsythe, "acteur fade quoique chevronné". Il raconte le tournage et les difficultés du réalisateur à diriger son équipe, malaise inavoué d'un adepte du travail en solo (devant sa machine à écrire) mais si impuissant, lorsqu'il s'agissait d'expliquer ce qu'il souhaitait, qu'il ne pouvait s'empêcher de hurler sur certains collaborateurs - l'acteur Scott Wilson en fera les frais... Philippe Garnier reste admiratif mais toujours critique d'un film "aussi efficace et truqueur que le livre", soulignant que Truman Capote, dévoré par "le diable de l'ambition", avait vendu un "roman de non-fiction" en se permettant quelques libertés avec la réalité. Garnier évoque également le film Capote de Bennett Miller, sorti en 2005, "le complément du film de Brooks", mais déconseille fortement "la fumisterie" télévisuelle adaptée du livre en 1996.

Wild Side propose également plusieurs suppléments de choix, certains étant spécialement produits pour cette édition.

Larmes noires à Holcomb (39 min - HD)
Patrick Brion revient sur De sang-froid et commence par évoquer le parcours de Truman Capote, dont la carrière bifurquera après le triomphe du livre. L'historien du cinéma et illustre créateur du Cinéma de Minuit raconte comment Richard Brooks a obtenu le projet d'adaptation au cinéma, devançant certains de ses illustres collègues tels Billy Wilder ou Otto Preminger. Il analyse surtout le travail de Brooks, l'un de ses cinéastes de chevet, relevant la "pudeur" de sa mise en scène face au drame de la peine de mort, ou ses choix narratifs pour surprendre des spectateurs qui savaient déjà tout d'un fait divers en une des journaux peu de temps auparavant ("Tout ce qu'il me restait, c'était comment et pourquoi"). Brion insiste sur l'intelligence du montage et de la photographie, le parti pris documentaire et la recherche d'authenticité jusque dans les moindres détails (le vrai cheval de la gamine, le vrai vendeur de vêtements), ou le choix du noir & blanc avec des acteurs inconnus quand le studio pensait plutôt à un grand film en couleurs avec Paul Newman et Steve McQueen. Patrick Brion s'attache ensuite au casting, relevant que Robert Blake a joué (enfant) dans Le Trésor de la Sierra Madre, cité dans le livre et le film, et que les acteurs de seconds rôles font en grande partie référence au genre du Film Noir. Il conclue sur le manque de reconnaissance de la profession à l'époque, le film ayant perdu aux Oscars face au "très malin" et "plus rassurant" Dans la chaleur de la nuit...


Richard Brooks parle de In Cold Blood (19 min - SD/HD - VOSTF)
Un supplément commun à l'édition Criterion de 2015, un entretien avec le réalisateur de De sang-froid diffusé en janvier 1988 dans l'indispensable émission Cinéma Cinémas, sur Antenne 2, et présenté ici dans une version "remixée" avec des extraits du film en HD. Interrogé par Claude Ventura et (déjà !) Philippe Garnier, le réalisateur évoque ses rapports avec Truman Capote, ému aux larmes lorsqu'il découvrit le film dans sa copie de travail, et personnage iconoclaste qui ne pouvait aussi s'empêcher de se comporter comme "la star du film". Les deux hommes s'estimaient, même si Richard Brooks était loin de se laisser faire, refusant qu'il ait un droit de regard sur le film ou que le plateau se transforme en "cirque", comme ce jour où Capote débarqua avec une trentaine de journalistes. Le cinéaste évoque De sang-froid, sans doute son film préféré, se souvient des deux jeunes acteurs très impliqués par le tournage au plus près de la réalité ("ils étaient réellement comme ces gars") et revient sur ses choix de mise en scène : l'authenticité pour rappeler le style du livre, le noir & blanc et l'absence de stars pour renforcer la peur quand des inconnus débarquent chez vous en pleine nuit, ou les difficultés rencontrées pour tourner au Kansas, encore secoué par la mauvaise publicité du drame.

Contrebasse pour un massacre (31 min - HD)
Une rencontre passionnante avec Stéphane Lerouge, l'un des plus éminents spécialistes de la musique de film en France. Concepteur de la collection Ecoutez le cinéma, créée en 2000 chez Universal, il revient sur le "vrai mariage d'amour" entre Quincy Jones et le cinéma durant une "décade prodigieuse" qui atteindra son apogée avec De sang-froid. Stéphane Lerouge explique pourquoi le son de Quincy Jones représente une "vraie césure" par rapport aux musiques hollywoodiennes traditionnelles, notamment par sa "recherche de modernité" et la synthèse de nombreuses cultures musicales. Lerouge a travaillé avec Quincy Jones en 2016 pour un coffret CD de rééditions : il en rapporte pas mal d'anecdotes partagées et analyse son parcours au gré de ses collaborateurs réguliers. Lerouge évoque bien sûr le projet De sang-froid, "coup de foudre d'amitié" avec le réalisateur Richard Brooks et conditions de travail idéales. S'il sera, plus tard, frustré de ne pas toujours retrouver un tel confort, autant de temps pour travailler dans la subtilité, au point de stopper sa carrière dans le cinéma, Quincy Jones est impliqué très tôt dans la préparation du film aux côtés de Brooks, allant même sur le tournage au Kansas. Il livre ainsi une partition fructueuse, marquée par des cordes obsessionnelles et dissonantes, mais surtout une musique réfléchie qui disparaît progressivement au fur et à mesure qu'on approche de la conclusion, et qui n'hésite pas à être carrément absente dans les moments dramatiques habituellement "inondés". Un excellent supplément.


Bande-annonce (2 min 56 s - 1080p - VOSTF) qui insiste sur l'authenticité de la reconstitution.


En savoir plus

Taille du Disque : 49 472 971 778 bytes
Taille du Film : 39 909 169 152 bytes
Durée : 2:14:40.071
Total Bitrate: 39,51 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 25,93 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 25932 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1631 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 5.1 / 48 kHz / 3454 kbps / 24-bit (DTS Core: 5.1 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 2085 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: English / DTS-HD Master Audio / 5.1 / 48 kHz / 3732 kbps / 24-bit (DTS Core: 5.1 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 0,111 kbps
Subtitle: French / 29,032 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 18 mai 2021