Menu
Test blu-ray

Coffret Hammer - Tome 2 - 1970-1076 - Sex & Blood

BLU-RAY - Région B
Tamasa
Parution : 20 / 11 / 2020

Image

les cicatrices de dracula

La qualité de ce master 2K (restauré il y a trois ans pour les Blu-ray anglais) saute aux yeux. Stabilité et propreté parfaites sont d’abord de mise. Ensuite, ce qui ressort principalement du visionnage, c’est avant tout la colorimétrie bien saturée comme il faut pour ce type d’œuvre (notamment le rouge sang, comme on l’espérait) et la présence de belles nuances de gris au sein de cette palette froide et terrifiante. Pareillement, les contrastes sont aussi bien traités, profonds avec des noirs bien noirs mais parfois un peu bouchés et marqués par une légère dominante bleutée (ce qui correspond à un choix photographique). L’esthétique « made in Hammer » est bien présente. La définition générale s’avère très satisfaisante même si le piqué de l’image chute en qualité lors de certains plans d’effets spéciaux, mais ce n’est pas une surprise. Il n’en reste pas moins que le rendu HD est au rendez-vous, avec un rendu des matières remarquable. Enfin, le grain cinéma se voit respecté même si légèrement atténué. En somme, il s’agit probablement de la meilleure édition pour ce film, qui lance avec éclat la collection Hammer des années 70.
 

les démons de l'esprit

D’entrée, le plaisir visuel se fait sentir à la vision de cette restauration 2K effectuée pour StudioCanal en 2017. Mais avant d’entrer dans le détail, il nous faut préciser que c’est pour ce titre que le réducteur de bruit a été le plus clairement utilisé (la texture des peaux l’atteste) ; heureusement, cela ne gêne en rien le confort de visionnage. La définition globale est belle et séduisante ; le rendu des étoffes, des cheveux et des matières est remarquable avec un très bon niveau de détail. La gamme colorimétrique (avec des dominantes rouge et verte) se révèle étendue et magnifique pour un film singulier au sein de la Hammer avec ses nombreuses scènes en extérieur et dans des paysages boisés (les verts de la végétation sont superbement rendus dans leurs nuances). Quant aux jeux avec la profondeur de champ et les flous volontaires offerts par le cinéaste, ils sont parfaitement respectés sans déformations numériques disgracieuses. Il en va de même pour les effets lumineux frontaux et les halos de lumière caractéristiques des Démons de l’esprit, qui sont difficiles à rendre en vidéo, au sein d’un éclairage général doux et tamisé assez subtil. En somme, c’est du très beau travail, pas loin de la perfection (dommage pour le DNR) pour un titre aussi rare et peu porteur.
 

une fille pour le diable

Conformément à la qualité technique d’ensemble du coffret, le master restauré d’Une fille pour le diable est un régal pour les yeux. Stable et immaculée, l’image ne souffre d’aucun défaut ou presque. L’aspect visuel de ce film diffère largement du style gothique de la Hammer auquel nous sommes habitués et s’avère très fidèle aux canons esthétiques des années 70, avec des tons plus neutres (parfois clinique dans certaines scènes) et une palette colorimétrique plus équilibrée mais néanmoins bien saturée ; mais à nouveau, la fidélité est de mise. La photographie n’est peut-être pas des plus séduisantes au niveau artistique mais son traitement est de qualité. De plus, on remarque avec attention le soin apporté au rendu des différents éclairages selon les heures du jour. L’image se montre parfois trop granuleuse dans certaines rares séquences mais globalement le rendu HD reste satisfaisant et précis avec un aspect argentique conservé ; la définition est dans l’ensemble très plaisante comme le démontrent le piqué sur les gros plans de Christopher Lee et le rendu des matières (peau, tissus, cheveux), le réducteur de bruit n’occasionnant pas d’effets gênants. Les contrastes ont été ajustés avec minutie et dévoilent des détails dans les ombres. En résumé, même pour un film mineur comme Une fille pour le diable, les travaux de restauration et d’encodage n’ont pas été pris à la légère.
 

les horreurs de frankenstein

Comme pour les titres précédents, il s'agit ici d'une reprise du Blu-ray édité en 2017 au Royaume-Uni par StudioCanal (dont le logo figure d'ailleurs sur le disque) et, comme pour les titres précédents, le résultat s'avère extrêmement satisfaisant, respectueux des outrances chromatiques comme de la photographie caractéristiques des productions Hammer. Nous n'avons pu comparer avec le disque sorti en 2018 par Shout Factory aux Etats-Unis, mais un comparatif avec le DVD UK édité par StudioCanal en 2006 permet de mesurer l'étendue du gain qualitatif, en termes de définition bien entendu, mais aussi de respect du cadre (avec la reconquête du haut de l'image), de propreté ou de stabilité. On a pu ponctuellement observer de légers soucis de compression dans les noirs les plus profonds, mais c'est anecdotique compte tenu du rendu global.
 

dr. jekyll et sister hyde

Les premières impressions en visionnant la copie présentée sont d’emblée très positives. Pour ce coffret Hammer, l’éditeur annonce des versions restaurées et le cinéphile s’y retrouve ici. Le master de Dr. Jekyll et Sister Hyde apparaît parfaitement stable et immaculé. La patine argentique et la définition sont bien au rendez-vous avec un rendu beau et précis des matières (étoffes, cheveux, etc.). Certes, on doit relever l’utilisation du réducteur de bruit (la granulation de la peau des comédiens s’en ressent) mais son effet est léger et non destructeur. Le piqué de l’image fait plaisir à voir et nombreux sont les gros plans qui en attestent (attention, la présence de certains plans plus flous correspond à un choix artistique). La plus grande satisfaction concerne peut-être le rendu de la luminosité et des contrastes ; avec les choix photographiques de la Hammer pour ce type de films (lumière diffuse, éclairage tamisé et parfois frontal, usage régulier de fumée, réflexions), on mesure la difficulté de l’exercice mais le résultat se révèle très satisfaisant. Les contrastes sont soutenus avec des noirs profonds et du détail dans les zones sombres, on ne note quasiment pas d’effet de postérisation (tout juste une ou deux fois dans les noirs), l’encodage est vraiment de qualité. Enfin, dernière satisfaction, la colorimétrie caractéristique du genre  - même si moins flamboyante dans les années 70 - est bien respectée avec une belle et forte saturation (le rouge notamment) et des nuances de couleur précises même si volontairement limitées au sein d’une dominante chromatique gris/blanc. En résumé, c’est de l’excellent travail.
 

la momie sanglante

Le master restauré de La Momie sanglante est de la même eau que les autres réussites techniques du coffret. Ce film en particulier est marqué par une photographie très douce et filtrée, un peu « cotonneuse », qui correspond à l’aspect rêve éveillé de l’intrigue. Il est heureusement à noter que cette approche artistique est très bien rendue par cette copie, qui bénéficie en outre d’une définition globale évidemment adoucie mais agréable. Le grain cinéma a été visiblement atténué mais l’aspect argentique est bien présent. Les effets de brume et les touches colorées (le feu, les réflexions de lumière, les brillances) se distinguent avec précision au sein d’une palette chromatique assez large mais circonscrite volontairement à des dominantes légères selon les lieux et les époques. Enfin, les contrastes sont assez probants par leur profondeur (avec des noirs parfois bleutés mais avec une perte de détail certaine) ; certaines compositions en basse lumière à la grande profondeur de champ se révèlent magnifiques. En revanche, on remarque que le réglage des hautes lumières est généralement un peu trop appuyé, sans que l’on sache si cela corresponde vraiment à la photo originale. Cela dit, on retrouve retranscrits avec fidélité le style visuel Hammer et l’esthétique britannique délicat de la fin des années 60. Une vraie satisfaction.
 

sueur froide dans la nuit

Reprise du master StudioCanal sorti en 2017 en Angleterre, une probable et très convaincante restauration 2K. Les images bénéficient de travaux numériques palpables, stabilisation et profond nettoyage, avec des contrastes très bien ajustés et une colorimétrie efficace, saturée juste comme il faut, nuancée et très naturelle. La définition est satisfaisante, le trait est assez fin et l'ensemble reste bien détaillé, avec un grain argentique conservé. Malheureusement, comme c'est régulièrement le cas avec les Blu-ray de l'éditeur, l'encodage montre d'imperceptibles signes de faiblesse : une compression "cyclée" sur certains photogrammes, défaut invisible pour le plus grand nombre mais qui attirera l'oeil des plus observateurs - notamment dans les aplats - par une impression infime mais persistante de perte de détail, comme si le film était légèrement passé au réducteur de bruit. Rien qui ne gâche le visionnage, heureusement, mais fort dommage quand même d'être passé si près d'un rendu optimal...

Son


les cicatrices de dracula

Les bandes-son mono originale et française sont très propres et limpides. La version doublée présentent des ambiances un peu plus en retrait et des voix portées vers l’avant mais le message reste toujours pertinent, et surtout l’immersion n’en pâtit pas. De plus, le doublage est d’assez bonne qualité et assez proche des comédiens originaux - cela dit, personne ne peut raisonnablement remplacer la voix extraordinaire de profondeur et de classe de Christopher Lee. La version anglaise est plus équilibrée et naturelle, avec des ambiances plus présentes. Les deux pistes sonores privilégient la superbe partition composée par James Bernard. Il est à noter que le sous-titrage français présente un gros décalage par rapport aux voix, l’éditeur en est conscient et propose un échange du disque pour quiconque ferait la demande.

les démons de l'esprit

Une seule piste sonore, la bande-son originale, est proposée. Vraisemblablement ce film confidentiel n’a jamais bénéficié d’un doublage français. La version anglaise présente les mêmes caractéristiques que les autres pistes mono des Blu-ray de cette collection Hammer : une belle clarté, des ambiances parfaitement équilibrées avec les voix, une vraie profondeur et aucunes traces d’usure.

une fille pour le diable

La restauration des pistes sonores est aussi probante que celle concernant l’image. Les pistes sonores originales et françaises sont propres et limpides. Chose étrange, selon les scènes, l’une des bandes-son possède des aigus plus marquants avec un peu de souffle associé quand l’autre en comparaison paraît bizarrement plus étouffée. Mystères du doublage et de la  postsynchronisation…  Les deux versions montrent un certain relief et proposent des ambiances bien présentes. Les voix françaises sont dramatiquement justes cette fois-ci. De l’excellent travail compte tenu des circonstances.

LES HORREURS DE FRANKENSTEIn

Seule la piste originale est proposée et elle s'avère d'une bonne clarté, avec une belle variété d'effets sonores assez réjouissants. L'ensemble ne possède pas un relief dingue, mais ne manque pas de dynamisme, avec le score de Malcolm Williamson mixé en général légèrement en retrait.

dr. jekyll et sister hyde

Les deux pistes sonores originale et française, proposées dans un mixage mono en simple Dolby Digital, partagent des caractéristiques communes. Elles sont claires et précises, sans usure ni sifflantes particulières. Comme attendu, la version originale est mieux équilibrée, avec des voix plus profondes et des ambiances plus présentes. Mais le doublage français ne démérite pas, même si cette version est un peu plus étouffée et présente des voix plus détachées du spectre.

la momie sanglante

Les deux pistes sonores mono, claires et propres, sont assez proches dans leurs caractéristiques. La version française, mixée à plus fort volume, présente logiquement des voix détachées du spectre mais absolument pas au détriment des ambiances. On se risquera à dire que c’est probablement la meilleure bande-son française à ce niveau. Cela dit, sur le plan dramatique, le jeu des doubleurs n’est pas loin de la catastrophe… Une autre bonne raison pour privilégier la version originale qui se montre bien sûr plus équilibrée et surtout plus naturelle.

Sueur froide dans la nuit

Modestes encodages Dolby mono, là aussi, mais rendus très honorables pour des mixages relativement sobres. Version originale et version française se démarquent en fait très peu : les deux pistes ont été bien nettoyées, on ne relève pas de traces d'usure flagrantes, pas de sifflantes par exemple, mais seulement un peu de souffle ponctuel (et très léger) sur la VO. Les mixages possèdent une ouverture modeste, des ambiances peu détaillées mais bien là, une présence à peine plus affirmée des basses fréquences en VO. On s'amusera à noter des différences parfois flagrantes de tessiture entre certaines voix en son direct et les raccords post-synchronisés, une conséquence des prises de son d'origine en VO.

Suppléments

Ce coffret Hammer Tome 2 1970-1976 Sex & Blood se présente sous la forme d’un gros ouvrage cartonné dans lequel chaque « page » propose un support en plastique rigide pour accueillir les disques Blu-ray et DVD. Il est fourni avec une pochette contenant un jeu de sept cartes postales de grande taille (19 x 14 cm) correspondant aux sept films (les affiches sont vraiment belles) et un livret d’une cinquantaine de pages richement illustré. Ce livret contient des résumés, quelques belles photos (dont certaines rares) et surtout des extraits des dossiers de presse en anglais plus ou moins longs pour cinq films.
 

les cicatrices de dracula

Un film de rupture par Nicolas Stanzick (39 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Pour ce coffret Hammer tome 2 de sept films, l’éditeur Tamasa a eu l’excellente idée de s’adjoindre le concours de l’un des plus grands spécialistes français de la Hammer Films, Nicolas Stanzick, journaliste et écrivain,
directeur de L'Intégrale Midi-Minuit Fantastique depuis 2011 et auteur, entre autre, de l’indispensable ouvrage Dans les griffes de la Hammer (Le Bord de l’eau - 2008/2010). La sympathie naturelle de Stanzick et son érudition évidente font de ces suppléments un complément indispensable pour le redécouverte de ces œuvres des années 70 souvent peu considérées (parfois avec raison, cela dit). Pour ce cinquième Dracula tourné par Christopher Lee, Stanzick attaque fort en proposant une défense intéressante de ce film qu’il appelle « de rupture ».  L’auteur distingue deux périodes : le premier cycle part du Cauchemar de Dracula, révolutionnaire et moderne, jusqu’aux deux suites tournées à nouveau par Terence Fisher (il analyse les apports thématiques et formels de ce cinéaste pour ces trois films), et le second cycle commence en 1968 avec l’apport des trois réalisateurs Freddie Francis, Peter Sasdy et donc Roy Ward Baker avec Les Cicatrices de Dracula, pour trois films basés sur Dracula, prince des ténèbres avec « un récit type » et des images clés. Stanzick explique la rupture par l’absence « de continuité narrative immédiate » avec Une messe pour Dracula. Il rappelle aussi les conditions de production : la volonté de faire un film commercial ; Christopher Lee fatigué par le rôle et les pressions de Carreras ; « l’envie de lancer de nouvelles stars » comme Ralph Bates ; Lee qui tourne un Dracula pour Jesùs Franco avec plus d’enthousiasme ; l’engagement de Roy Ward Baker alors qu’il tourne The Vampire Lovers et déjà réalisateur « du chef-d’œuvre Les Monstres de l’espace », un film somme selon Stanzick ; l’écriture du scénario par le producteur/scénariste et copropriétaire de la Hammer Anthony Hinds sous pseudonyme avant son désengagement en 1969 de la Hammer.

Stanzick relève « l’idée brillante de revisiter les grands motifs stokeriens », une variation archétypale sur les mésaventures de Jonathan Harker, et parle d’un script marqué par « une horreur graphique et un érotisme plus appuyé. » Et, nouvelle période oblige, la Hammer n’a cette fois-ci pas obéi à la commission de censure à l’exception d’une seule scène. Stanzick poursuit avec le casting composé d’acteurs récurrents de la Hammer et de trois jeunes comédiens correspondants au public cible de l’époque. Malgré les maigres moyens alloués et l’absence de grands techniciens qui font qu’on ne retrouve pas « la splendeur habituelle » du studio, Stanzick relève une certaine poésie dans l’esthétique série B du film. Il insiste encore plus sur la contribution essentielle du compositeur James Bernard « avec ses montées chromatiques caractéristiques de son style qui fait l’identité sonore de la Hammer Films. » Comme conclusion à son analyse, Stanzick défend de façon surprenante mais pertinente Les Cicatrices de Dracula en raison de « la mise à nu de motifs par le scénario et Roy Ward Baker » et leur « amoncellement qui fait l’intérêt du film et nourrit la mise en scène. » La rupture s’inscrit aussi dans le travail de transgression avec le gore et « le fétichisme vampirique » présent chez Roy Ward Baker avec un symbolisme phallique qui participe d’« un délire SM gay qui s’exprime de bout en bout. » L’idée de la décadence des mythes est ce que retient l’écrivain de cette nouvelle approche de la Hammer. On peut d’ores et déjà affirmer que l’éditeur a tapé dans le mille en invitant Nicolas Stanzick à analyser ces œuvres.

Rites de sang, dans les coulisses du film (18 min - 16/9 - VOST - 2017 - 1080i)
Pour l’ensemble de ses suppléments, Tamasa propose également une série de documentaires anglais réalisée en 2017 pour la sortie des Blu-ray outre-Manche. Ces modules font intervenir quatre grands amateurs et spécialistes de la Hammer Films : Jonathan Rigby (comédien et historien du cinéma), John J. Johnston (égyptologue et historien), Kevin Lyons (monteur) et Alan Barnes, (écrivain et coauteur de The Hammer Story). Selon les disques, ils sont accompagnés d’un participant du film traité, en l’occurrence ici, pour Les Cicatrices de Dracula, de l’actrice Jenny Hanley. Malgré quelques inévitables redites avec la présentation de Nicolas Stanzick, on relève suffisamment d’informations complémentaires pour y trouver son compte. Les intervenants évoquent James Carreras et sa propension à enjoliver la réalité (l’accord commercial avec EMI présenté comme merveilleux alors que la fin des financements américains qui l’accompagnait était en fait désastreuse) ou encore les négociations difficiles pour faire à nouveau jouer Christopher Lee, qui propose une interprétation différente avec plus de dialogues et un retour à « la figure initiale du comte raffiné » du premier film de 1958. On insiste sur le maquillage plus pâle de l’acteur et sur la meilleure qualité des dents et des lentilles pour un rendu plus terrifiant.


Hanley parle de son rôle, du sérieux de Christopher Lee et des problèmes relationnels avec son jeune camarade Dennis Waterman avant qu’ils deviennent amis. La comédienne a été doublée car sa voix fut jugée trop grave (une pratique courante chez la Hammer avec les jeunes femmes). On y parle aussi du casting typique des productions du studio anglais, de la productrice Aida Young, sûre de ses choix et très écoutée, et du cinéaste Roy Ward Baker qui  décidé de rendre le film « le plus sanglant possible » et a puisé dans le roman original pour trouver des idées de mise en scène. On mentionne la possibilité que James Carreras ait exagéré le montant du budget auprès de la presse, les limites se voyant dans les décors du château et surtout la fabrication des chauves-souris. L’impressionnante musique de James Bernard, « très mélodique et lyrique », qui pouvait compenser par moments le manque de dramaturgie du script, est bien sûr mise en en avant dans la semi réussite du film. Tous soulignent l’aspect très sanglant des Cicatrices de Dracula ; le changement de la classification des films par la commission de censure avait « donné la liberté à la Hammer de faire des choses assez osées. » Si l’un d’eux exprime le fait que le film ne sait pas trop où il va, tous expriment une assez bonne opinion sur ce dernier.

Film-annonce (2 min 28 - VO - 1971)
Une bande-annonce originale au format un peu sombre et aux tons trop chauds, mais plutôt bien conservée malgré ses quelques scories.


 

les démons de l'esprit

Autour du film par Nicolas Stanzick (33 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
A nouveau, le journaliste et écrivain se propose de défendre un film peu apprécié mais pourtant assez singulier malgré ses défauts. Auparavant, Stanzick nous relate la fabrication du film, un projet rare car non pas né au sein des studios Hammer mais proposé par le scénariste Christopher Wicking et le producteur indépendant Frank Godwin (ami de James Carreras). Ce projet de film de loup-garou, adapté d’une légende allemande bidon, sera entièrement remanié par le studio qui ôtera « tous les éléments ayant trait à la figure classique du loup-garou » dans une optique claire de modernisation. Comme l’exprime conceptuellement Stanzick, il s’agissait de « faire un film à mi-chemin des mythologies classiques et d’une interprétation psychologique potentielle. » Le cinéaste australien Peter Sykes, également réalisateur de plusieurs épisodes de Chapeau melon et Bottes de cuir, et appartenant à une nouvelle génération de trentenaires, fut choisi par Michael Carreras, impressionné par son film Venom (1971). Il fait aussi un détour par le casting qui mêle habilement des comédiens roués et habitués du monde gothique à de très jeunes acteurs. On apprend que de nombreux artistes, et non des moindres, furent envisagés pour camper le Baron Zorn avant que le rôle échoue à Robert Hardy.

Stanzick souligne la présence de Patrick Magee « figure essentielle de l’étrangeté » pour sa seule collaboration au studio Hammer. Peter Sykes ambitionnait de donner une tonalité pop à son film, Marianne Faithfull fut ainsi envisagée mais personne ne voulait l’assurer en raison de ses problèmes de santé ; il reste la présence de Paul Jones, chanteur de Manfred Mann qui avait joué pour Sykes dans The Committee, « un film culte du Swinging London mis en musique par Pink Floyd. » Le tournage eut lieu aux studios Elstree et en extérieurs dans un manoir gothique du Sussex. Stanzick approfondit alors son analyse en parlant de l’ajout par Sykes « de l’aspect mesmérisme » ; il y voit très justement « la peinture d’une période historique donnée, écartelée entre l’archaïsme d’un certain nombre de croyances et les premiers balbutiements de la modernité avec un personnage aux portes de la psychanalyse. » L’argumentaire de Nicolas Stanzick se révèle très pertinent et livre la substantifique moelle des Démons de l’esprit, qui parvient à expliciter ce qui était implicite dans La Nuit du loup-garou de Terence Fisher, in fine à « faire une synthèse entre un cinéma gothique et des innovations de la modernité. »

Sang pour sang, dans les coulisses du film (16 min - 16/9 - VOST - 2017 - 1080i)
Ce module convie à nouveau les quatre experts britanniques de la Hammer, toujours aussi suaves, sérieux et distingués, mais cette fois les informations apportées se recoupent beaucoup avec celles prodiguées par Nicolas Stanzick. Il propose aussi beaucoup plus d’extraits du film étudié avec de nombreux spoilers, le cinéphile devra donc impérativement le visionner après Les Démons de l’esprit. Néanmoins, Rigby, Johnston, Lyons et Barnes proposent quelques détails supplémentaires ; par exemple pour le script original de Frank Godwin (Blood Will Have Blood) avec son son gène du loup-garou qui frappe une dynastie, avant que le studio ne le fasse modifier complètement (même si quelques traces de l’aspect lycanthropie sont présentes dans le film). Pour Barnes, ce sont les éléments disparates du scénario de Christopher Wicking qui le rendent intéressant comme « la naissance de la psychiatrie et des éléments folkloriques. ». Ils évoquent succinctement le cinéaste Peter Sykes, arrivé en 1964 en Angleterre pour travailler à la BBC, ainsi que le tournage en extérieurs au château gothique Wykehurst Park, un décor de cinéma plusieurs fois utilisé. S’ensuit un survol du casting avec quelques informations à l’appui sur chacun des comédiens, en soulignant leurs belles performances respectives dans le film. Il est également fait mention de la bande originale de Harry Robinson, de son parcours musical et de sa composition puissante et orchestrale « s’imprégnant des motifs du film. » Les « nouvelles manières de faire de l’horreur » avec ses images surprenantes et ultra violentes sont abordées - de même que les dialogues différents du style Hammer - mais de façon beaucoup trop superficielle ; on aurait aimé avoir plus de développements sur ce sujet. Enfin, les intervenants terminent par le mauvais accueil critique et public, qui fait d’ailleurs suite à la réaction du coproducteur EMI qui était « dérouté par ce film », difficile à catégoriser, au point de le détester. Il s’agit probablement du documentaire le moins intéressant de la série, mais il faut avouer que le défi était de taille en le regardant après l’analyse des Démons de l’esprit proposée par Stanzick (cf. ci-dessus).


Hammer, l’horrifique histoire. Naissance d’un studio (7 min - 16/9 - 2020 - HD)
Pour son coffret, l’éditeur a aussi fait appel à Bruno Terrier, propriétaire de la fameuse boutique Metaluna à Paris, et surtout passionné de films de genre depuis l’adolescence, en particulier l’horreur et les films de la Hammer. Pour ce premier et court module, Terrier revient sur la création de la Hammer fondée par William Hinds et Enrique Carreras en 1934 (des noms familiers puisque leurs héritiers reprendront les rênes). On apprend que le premier film à caractère fantastique produit par le studio est The Mystery of the Marie Céleste en 1935. Quelques faits importants sont égrenés comme la production du fameux Quatermass Experiment en 1956 après des années de spécialisation dans le policier surtout et quelques bandes fantastiques ; l’approche nouvelle du genre horrifique ; l’appel aux studios américains pour le cofinancement et la distribution aux USA ; l’utilisation d’un grand studio de tournage (Bray Studios) en parfaite indépendance ; l’aspect familial du travail ; intelligence de la réutilisation des décors. Un document bref mais convivial et instructif.

Film-annonce (2 min 50 - 16/9 - VO - HD)
Une bande-annonce au format 1.85, donc coupée, un peu sombre, avec des tons chauds et une dominante marron. Elle est bien conservée même si la nature de la photographie n’est pas vraiment respectée.


 

une fille pour le diable

Le chant du cygne ? par Nicolas Stanzick (35 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Le journaliste-écrivain de cinéma commence par tracer un tableau un peu sombre de la Hammer en ce milieu des années 70, rappelant la fin d’un extraordinaire cycle gothique de près de vingt ans, « un cycle cohérent et générateur de grands chefs-d’œuvre », correspondant à l’avènement d‘un renouveau fantastique venu des Etats-Unis. Stanzick, défenseur de la thématique de la décadence du genre, souligne néanmoins la réussite de certaines œuvres comme Frankenstein et le monstre de l’enfer (1974), « film testamentaire de Terence Fisher et de la Hammer. » Il abord ensuite en détail l’historique compliqué du projet Une fille pour le diable, fortement influencé par L’Exorciste et son succès phénoménal, et avec lequel Michael Carreras entend relancer le genre. Stanzick précise le contexte difficile du studio : problèmes financiers, licenciements et démissions en série (dont certains piliers), difficultés à trouver des cofinancements. On apprend que Christopher Lee, passionné par l’œuvre du romancier Dennis Wheatley, avait créé sa maison de production avec un ancien de la Hammer pour porter nombre de ses ouvrages à l’écran. Mais l’échec commercial de leur premier film le pousse à revendre les droits à la Hammer en échange d’intéressements. Et Carreras, cherchant à affirmer l’identité anglaise de la tradition de l’occultisme, lance le projet. Et Stanzick de nous décrire sa production chaotique entre réduction du budget, pressions du nouveau partenaire allemand, réécritures du scénario par Christopher Wicking, rupture avec Wheatley. Il détaille la constitution du casting (Richard Widmark « en perte de vitesse », la très jeune Nastassja Kinski découverte par le réalisateur Peter Sykes en Allemagne). Le tournage n’est pas non plus de tout repos avec des problèmes relationnels et d’organisation et surtout le fait que le film terminé ne corresponde en rien au projet initial. Jusqu’à la sortie désastreuse en 1976 : « Seuls les amateurs de bisseries ont aimé le côté outrancier, racoleur du film. » Pourtant Stanzick s’efforce de trouver des qualités à Une fille pour le diable, en premier lieu la composition de Christopher Lee (heureux de ne plus jouer Dracula). Mais sa défense suit surtout sur sa thématique favorite : « un film qui enregistre les signes de la mort du genre » avec les dernières traces du décorum gothique (les églises) effacées par l’architecture urbaine moderne que Sykes « efface » par sa mise en scène. Nicolas Stanzick est fidèle à sa marotte, et l’on est encore prêt à la suivre tant son analyse repose sur une érudition manifeste et une véritable conviction.

Magie noire dans les coulisses du film (19 min - 16/9 - 2017 - 1080i)
Retour des « quatre mousquetaires » anglais férus des films de la Hammer. Ils commencent par situer ce nouveau film dans le contexte de l’époque. Dès son retour en 1971 à la Hammer comme administrateur, Michael Carreras voulait développer des séries télévisées dont une serait tirée de l’œuvre de Dennis Wheatley ; Une fille pour le diable devait ainsi être l’un des épisodes d’une série avant que le projet reste lettre morte. Ils explicitent la nature plus internationale du film (car coproduit avec une compagnie allemande) par ses lieux, ses personnages, évoquent les réécritures du script, les pressions pour diminuer le budget. Mais ils s’attardent principalement sur le choix des acteurs. « C’est l’un des plus beaux castings de tous les films Hammer », affirme même l’un d’entre eux. Ils analysent la complémentarité entre Honor Blackman et Anthony Valentine, mais ils vantent surtout la performance de Christopher Lee (ami personnel de Wheatley), « l’un des mages noirs les plus troublants du cinéma. » Ils louent également la musique expérimentale de Paul Glass, exécutée par de vrais instruments et des voix. Ils soulignent le rendu réaliste de la magie noire pour un film très seventies dans l’esprit et donc logiquement « opposé à la vision réactionnaire de Wheatley », dégoûté par cette œuvre modernisée par la mise en scène et la photographie, « le premier film d’horreur moderne de la Hammer », et s’étonnent de la mansuétude de la censure. Il ressort de ces entretiens que tous les quatre aiment vraiment Une fille pour le diable, qu’ils trouvent très bon et très dérangeant. Instructif à sa façon, ce document se révèle donc complémentaire à la présentation de Nicolas Stanzick. Mais attentions aux nombreux spoilers.


L’horrifique histoire de l’écurie Hammer (4 min 13 - 16/9 - 2020 - HD)
Dans ce module, le plus court de la série, Bruno Terrier livre ses sentiments sur les artistes et les techniciens récurrents du studio Hammer - chef décorateur, directeur de la photographie, monteur, acteurs de seconds rôles, compositeurs, spécialistes des effets spéciaux et du maquillage (marquant malgré ses défauts), le scénariste et réalisateur Jimmy Sangster). Il s’attarde un peu plus sur le montage, rappelant le stratagème utilisé par la Hammer pour prévoir les coupes que la commission de censure allait occasionner. On aurait souhaité un peu plus de développements sur cette « écurie ».

Film-annonce original (2 min 06 - 16/9 - VO - HD)
Cette bande-annonce s’inscrit d’emblée dans les traces des films fantastiques de l’époque qui ont renouvelé le genre. Elle apparaît granuleuse, un peu dégradée, d’abord contrastée et sombre puis présentant des couleurs délavées comme si la bande-annonce était composée de deux sources différentes.


 

les horreurs de frankenstein

Un nouveau cycle par Nicolas Stanzick (45 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Nicolas Stanzick, avec la même érudition enthousiaste, aborde ici Les Horreurs de Frankenstein dans le module le plus long et - on l'imagine bien - pas le moins conséquent : après un efficace rappel historique sur la famille Carreras, sur la manière dont la Hammer a renouvelé les licences horrifiques du catalogue Universal des années 30 et sur les difficultés de productions rencontrées au début des années 70, l'historien explique comment Les Horreurs de Frankenstein (à la manière des Cicatrices de Dracula mais dans un registre différent) avait été conçu "en rupture" avec le cycle précédent, avec la volonté, en se privant de Peter Cushing, d'offrir une figure du Baron "plus jeune et plus sexy". Surtout, Nicolas Stanzick accorde le temps nécessaire à la figure de Jimmy Sangster, l'un des principaux scénaristes de la Hammer, qui endossait pour cet épisode la très rare (au sein du studio) triple casquette scénariste-producteur-réalisateur (ce qui, selon le principal intéressé, contribua en partie aux défauts du film, puisqu'il aura probablement eu besoin d'un regard critique). Après l'évocation des comédiens principaux (Ralph Bates, Veronica Carlson et Dave Prowse, comédien chez qui Stanzick voit cette incarnation littérale du glissement qui s'opère alors dans le cinéma populaire "de la Créature de Frankenstein à Darth Vader"), Nicolas Stanzick aborde ensuite brièvement le tournage, qui s'est bien passé (sauf, comme souvent, pour le comédien incarnant la Créature) mais qui pâtit de moyens plus limités, ce qui explique un visuel "plus cheap"

A partir de 30'40'', Nicolas Stanzick évoque enfin plus en profondeur le cycle Frankenstein de la Hammer : nous le rejoignons quand il décrit celui-ci comme "l'une des sagas les plus intelligentes de l'histoire du cinéma fantastique avec la saga des morts-vivants de George Romero", en ce qu'elle représente à la fois la concrétisation du "matérialisme fantastique" tel qu'il se développe dans les années 60, une véritable révolution esthétique, et un cycle d'une grande richesse thématique, notamment autour des questions d'identité. Cet épisode-ci, le sixième et avant-dernier, est probablement l'épisode le plus "récréatif", un "pas de côté", et Nicolas Stanzick liste d'ailleurs un certain nombre de manifestations d'un humour plus ironique, orientant le film vers la "comédie noire". Enfin, le critique et historien évoque le début (quasi "godardien") et la fin du film, "déceptive", qui acte "la mort du mythe de Frankenstein", avant d'évoquer en quelques morts l'opus suivant, Frankenstein et la créature de l'enfer, qui marquera les retours de Terence Fisher et de Peter Cushing.

Humour macabre dans Les Horreurs de Frankenstein (18 min - 16/9 - 2017 - 1080i)
Ce supplément est une repris d'un bonus figurant sur le Blu-ray édité en 2017 par Studio Canal au Royaume-Uni, et qui voit donc plusieurs historiens britanniques se succéder pour évoquer la genèse du projet (ce qui correspond, en gros, aux premières minutes du supplément précédent), puis basiquement, en lister une grande partie des défauts. Pour être plus précis, les intervenants insistent principalement sur la touche d'ironie, d'humour noir, apportée par Jimmy Sangster, et sur sa redéfinition du Baron comme un jeune arrogant, fat et misogyne. Veronica Carlson apparaît brièvement pour évoquer sa "tristesse" en découvrant le film, et son désaccord avec Jimmy Sangster sur ce "silly bathroom humor" insufflé par le scénariste-réalisateur.

Hammer, l’horrifique histoire - Les années Fox (9 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Les habitués de la librairie parisienne Metaluna auront le plaisir de retrouver Bruno Terrier (et son chouette t-shirt) dans ce troisième volet de l'histoire Hammer, consacré aux "années Fox" : y sont évoqués des considérations historiques ou techniques (sur les différents formats de projection ou d'édition qui ont parfois tronqué les films) avec une érudition certaine, mais le ton est un peu monocorde pour capter pleinement l'attention.

A noter également un film annonce d’origine (2 min 45 - 16/9 - VO - HD)
Une bande-annonce au fort contraste, granuleuse et dégradée par de nombreuses scories.


 

dr. jekyll et sister hyde

La croisée des chemins par Nicolas Stanzick (36 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Toujours aussi passionné, Nicolas Stanzick aborde sa présentation en précisant que le projet de Dr. Jekyll et Sister Hyde est « né d’une blague après une réunion des exécutifs du Studio Hammer en 1970 » avant de contextualiser l’historique du film à cette période clé (difficultés du studio, renouveau du genre au niveau mondial, manque d’originalité des personnages récurrents de la Hammer). Stanzick  évoque quelques différentes versions du roman de Stevenson au cinéma, dont deux au sein de la Hammer, comme celle de Terence Fisher (avec « une inversion des valeurs ») qu’il apprécie beaucoup. Lorsque Brian Clemens propose l’idée de la transformation de Jekyll en femme, James Carreras, le directeur de la Hammer, s’intéresse aussitôt au projet et le scénario final s’inscrira dans l’année des meurtres de Jack l’Eventreur. Le film, conçu en totale liberté et sans pression de la censure, est ainsi produit par Clemens lui-même et son complice Albert Fennell (« binôme clé de la télévision anglaise ») puis tourné au studio d’Elstree. La réalisation échoue à Roy Ward Baker, alors « dans son âge d’or du fantastique anglais », emballé par le script en tant que « grand cinéaste de l’homosexualité en Angleterre ». Stanzick s’attarde ensuite sur le casting des deux comédiens principaux (lors du tournage, Baker relèvera la complémentarité entre les deux têtes d’affiche). Pour Stanzick, Dr. Jekyll et Sister Hyde est « l’un des grands chefs-d’œuvre du fantastique anglais » car il « incarne le mieux la décadence du genre au début des années 70. » Il établit même un parallèle intéressant : le film naît au moment où David Bowie invente Ziggy Stardust et inscrit sa démarche dans la décadence du rock’n’roll. Puis il aborde certains grands thèmes propres au cinéaste - la mort d’une époque, l’hybridation des genres (cinématographique et sexuel) - et détaille quelques idées de mise en scène (comme la séquence de transformation en un plan-séquence avec les deux acteurs, la claustrophobie, l’usage des miroirs, la multiplication des points de vue). Dr. Jekyll et Sister Hyde est une œuvre qui respecte le mythe ; Stanzick évoque ainsi la libération des pulsions homosexuelles et la logique subversive avec « des monstres qui sont des entités de libération » dans une société victorienne puritaine et sclérosée. Il conclue par l’essence même du film hammerien : l’idée de « la monstruosité qui vit au-delà de la mort » pour aboutir à la mise en valeur d’une vraie tragédie transsexuelle. Comme toujours, une présentation chaleureuse et très instructive.


Bourreau des cœurs, dans les coulisses du film (20 min - 16/9 - VOST - 2017 - 1080i)
Ce documentaire anglais, produit par Flashpoint pour StudioCanal, convie pour des entretiens Jonathan Rigby, acteur et historien du cinéma, John J. Johnston, égyptologue et historien, Kevin Lyons, monteur, Alan Barnes, écrivain et coauteur de The Hammer Story, ainsi que la comédienne Martine Beswick. Le développement du projet Dr. Jekyll et Sister Hyde, son inscription dans l’histoire de la Hammer et les thématiques qu’il aborde sont ainsi mis en relief à travers ces interviews croisées. On y parle de l’accueil de producteurs indépendants au sein de la firme en ce début des années 70 (comme Clemens et Fennell) ; de l’intuition incroyable de Brian Clemens pour l’idée phare du film ; de l’inclusion de personnages propres à l’horreur gothique ; de l’aspect musical ; des acteurs (Ralph Bates destiné à remplacer Christopher Lee et Peter Cushing, Martine Beswick de passage en Angleterre et happée pour jouer le rôle de Hyde « qui explore les parts masculine et féminine de chacun », leur ressemblance frappante) ; de l’importance des rôles secondaires (le Professeur Robertson, le préposé à la morgue, la jolie voisine et son frère paternaliste, et bien sûr Burke et Hare qui apportent un humour noir surprenant) ; de la contribution du chef décorateur Robert Jones (qui avait travaillé avec Clemens sur 51 épisodes de la série The Avengers). Les intervenants insistent également sur la qualité de la réalisation de Roy Ward Baker : les scènes atmosphériques (la nuit, le brouillard), le plan-séquence de la transformation, l’usage du gore inédit chez la Hammer jusqu’ici. La nudité fait aussi l’objet d’une discussion sur sa justification. De ce document, on retient la mise en exergue d’une œuvre qui réussit l’équilibre entre l’horreur et la comédie, et qui va bien au-delà du film d’exploitation avec un sous-texte original et audacieux (la répression d’une identité féminine ou d’une autre sexualité) ainsi qu’une facture visuelle impressionnante.


Hammer, l’horrifique histoire - Les années 70 (11 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Bruno Terrier apporte ses connaissances pour nous parler cette fois-ci de la transition entre les années 60 et les années 70 pour le studio Hammer qui doit composer avec la fin des cofinancements américains. La disparition progressive de la censure aux Etats-Unis concernant la violence et le sexe amène la Hammer à introduire ces mêmes ingrédients pour rester à la page. Terrier se félicite de la redécouverte de ces films des années 70, qui furent à l’époque de leur sortie très mal accueillis par la critique. Ces films de la dernière période étaient financés par EMI ou la Rank avec moins d’argent. Il souligne l’importance de personnalités comme le scénariste-producteur-réalisateur Jimmy Sangster, rappelé des Etats-Unis pour s’occuper de The Horror of Frankenstein, une œuvre que défend Terrier, comme il défend Les Cicatrices de Dracula qui compense un maigre budget par l’introduction de « beaucoup de violence et de sadisme ». Sans surprise, il distingue Dr. Jekyll et Sister Hyde, « le plus marquant de l’époque » pour ses qualités d’écriture, de mise en scène et d’interprétation. Il s’attarde enfin sur Brian Clemens de même que sur l’écrivain britannique Dennis Wheatley, auteur de romans fantastiques, qui avait inspiré Terence Fisher et bien plus tard le dernier film fantastique de la Hammer, Une fille pour le diable. Bruno Terrier achève son propos par le recours au tournage en extérieurs, qui correspond à une tendance forte de l’époque mais ne propose évidemment pas le même cachet.

Bande-annonce (2 min 45 - 16/9 - VO - 1971)
Un film-annonce plutôt bien conservé qui donne réellement envie avec sa voix off grandiloquente, sa musique, ses plans bien choisis et ses surimpressions.


 

la momie sanglante

Un tournage maudit par Nicolas Stanzick (40 min - 16/9 - 2020 - 1080i)
Comme attendu avec ce film si particulier, notre spécialiste traite principalement de l’histoire très compliquée, voire tragique de cette production. Stanzick commence par situer le contexte socioéconomique dans lequel évolue la Hammer en 1970 : la signature d’un nouveau deal visant à tourner neuf films pour EMI (mais sans un contrat de distribution aux USA) ; le départ de deux hommes clés du studio ; le rappel par le boss James Carreras de son fils Michael pour occuper le poste d’administrateur délégué (les deux hommes entretiennent une relation très difficile). Stanzick enchaîne sur la mise en œuvre du projet Blood from Mummy’s Tomb, destiné à faire partie d’un double programme. Quatrième film de momie pour la Hammer, ce film a pour une fois une origine purement littéraire : ici on « revient à un imaginaire égyptien victorien » tout un adaptant « un grand roman très sombre et angoissant de Bram Stoker. » Un projet proposé par l’agent de presse américain Howard Brandy, qui devient pour l’occasion producteur. Pour renouveler une formule épuisée, on fait appel au scénariste Christopher Wicking, qui propose d’abord un script osé sur le plan de la nudité avec des scènes qui seront abandonnées, avant de s’affranchir du roman pour créer une mécanique faite « de série de meurtres qui structurent la narration. » On aborde ensuite l’engagement du réalisateur Seth Holt, qui avait déjà œuvré pour la Hammer mais qui souffre gravement d’alcoolisme, et le casting avec la sculpturale Valerie Leon imposée par James Carreras et l’incontournable Peter Cushing. Puis Stanzick détaille la malédiction dont va souffrir le tournage de La Momie sanglante : brouille entre scénariste et producteur, réécritures au jour le jour puis, surtout, le départ rapide de Cushing, dont l’épouse s’éteint, et la mort subite du Seth Holt lors de la cinquième semaine de tournage. La reprise de ce dernier par Michel Carreras achoppe sur l’approche créative de Holt qui conservait l’organisation des plans et du montage dans sa tête. Selon Stanzick, cet écueil sert l’aspect fantastique expérimental et déstabilisant du film. On y relève « la modernité seventies avec les scènes de meurtre » dans l’approche de Seth Holt et leur « côté ludique ». Dans la noirceur morbide imprégnant le film, Nicolas Stanzick décèle « la métaphore d’un studio en sursis et celle d’une relation père-fils ».


La malédiction du Pharaon - Dans les coulisses du film (18 min - 16/9 - VOST - 2017 - 1080i)
Les quatre experts britanniques, passionnés de la Hammer, reviennent ici accompagnés de l’actrice Valerie Leon. Les informations fournies dans ce module sont certes un peu redondantes avec celles dispensées par Nicolas Stanzick (cf. ci-dessus), mais on apprend tout de même certaines choses. Les quatre intervenants considèrent La Momie sanglante comme une œuvre d’importance, déjà en tant que première adaptation (malgré une version télévisée toute récente de la Hammer) au cinéma du Joyau des sept étoiles de Bram Stoker ; l’auteur de Dracula était féru d’égyptologie depuis très jeune. Un choix qui donne un cachet original à ce nouveau film (« Pas de momie qui marche mais une force mystique. ») En quelques mots, ils retracent évidemment l’historique complexe de la production avec au départ la proposition faite par l’agent Howard Brandy à un James Carreras emballé : « On a une magnifique jeune femme à moitié nue. » L’un d’eux parle d’un scénario « confus et bâclé » mais rehaussé par l’arrivée bienvenue du cinéaste Seth Holt.

On apprend que Valerie Leon, remarquée comme « une star d’une série de publicités télévisées » et imposée par James Carreras, était alors très timide et qu’elle avait une doublure pour les scènes de nudité - mais aussi et surtout pour sa voix. Le seul jour de tournage avec Peter Cushing est évoqué (avec photos à l’appui) ainsi que, brièvement, le travail des comédiens James Villiers, Rosalie Crutchley et George Coulouris. La malédiction s’était poursuivie par la mort d’un jeune technicien du département artistique puis celle de Seth Holt, entraînant son remplacement par Michel Carreras, qui a surtout réalisé les scènes à l’asile et se retrouva avec de nombreux plans manquants (d’où le montage heurté de nombreuses séquences). Enfin, pour ce film de momie inhabituel de par son contexte londonien des années 70, on y rappelle les caractéristiques originales de la musique composée par l’Australien Tristram Cary, pionnier de la musique électronique, et la réaction du comité de censure qui n’a pas tiqué sur l’aspect gore du film mais sur deux scènes de grande brutalité à l’asile. Enfin, une avant-première prestigieuse « en forme de reconnaissance par le British Film Institute » permet de conclure sur les grands mérites du film malgré sa fabrication chaotique et la performance et le charisme de Valerie Leon. Ce document anglais, parfois bizarrement monté avec quelques allers-retours thématiques inutiles, devra être vu après le visionnage de La Momie sanglante.


L’horrifique histoire, le public de la Hammer (8 min 50 - 16/9 - 2020 - HD)
Bruno Terrier ici s’intéresse au public que touchent les films du studio Hammer, selon les périodes. Jusque dans les années 70, ces derniers étaient considérés exclusivement (surtout en France) comme des œuvres pour adultes. L’attirance pour la violence et le sang était manifeste, de même que pour les jolies actrices (dont certaines furent avant tout engagées pour leur physique) soigneusement mises en avant sur les affiches. Avec le temps, les films deviennent « plus sexués et violents » et sont d’ailleurs mal acceptés par des personnalités importantes de la Hammer. Le public féminin, entre autre, était moins conquis par ces développements. Terrier rappelle la mauvaise réception critique des productions de la Hammer (à part celles de Terence Fisher). Il évoque enfin la censure en Angleterre et la façon de la prévoir avec des scripts originaux plus osés et des photos de plateau faites uniquement pour la promotion, de même que l’existence de plans plus crus destinés à l’exportation.

Film-annonce (2 min 48 - 4/3 - VO - 1971)
Une bande-annonce non restaurée, aux couleurs passées et pas au format mais néanmoins bien appréciable par son veine cauchemardesque et son approche dévastatrice.


 

sueur froide dans la nuit


L'art du rebondissement (24 min - 1080i)
Nicolas Stanzick, éminent spécialiste français de la Hammer, fait une présentation très complète de Sueur froide dans la nuit. Il revient sur le projet, inspiré d'un scénario plus ancien maintes fois abandonné, et évoque surtout le "basculement dans la modernité" opéré par la Hammer qui s'éloigne ici du gothique pur pour la "logique ludique des glissements de masques". Stanzick raconte comment l'influence de Psychose a engendré un "nouveau fétichisme meurtrier à l'écran", non seulement en Angleterre avec le "cycle des mini Hitchcock" produits par la Hammer, mais aussi en Italie où se développait en même temps le giallo, Sueur froide dans la nuit étant une sorte de passerelle entre les deux mouvements. Stanzick revient également sur la carrière de Jimmy Sangster, homme idéal pour les petits budgets, scénariste (et producteur) fructueux pour la Hammer qui passa ensuite à la réalisation, et dont la mise en scène de Sueur froide dans la nuit est pleine d'idées. On évoque également le casting "ultra restreint" du film avec Ralph Bates, "figure montante de la Hammer" et Peter Cushing qui incarne à lui seul tout un monde fantastique et qui imprègne les rôles de cette période de sa tristesse inconsolable, après la disparition de sa femme. Un très bon complément, fourmillant d'informations, mais à voir après le film (spoilers inside).


Fin de trimestre (17 min - 1080p - VOSTF)
Module repris du Blu-ray anglais de 2017 dans lequel quatre spécialistes anglais (auteurs, historiens) reviennent sur Sueur froide dans la nuit. S'ils précisent parfois certaines infos données par Stanzick précédemment, le film est évoqué sous de multiples aspects, au gré des remarques plus ou moins pertinentes. On revient ainsi sur l'influence des Diaboliques de Clouzot (et notamment par le décor de l'école), la vague lancée par la Hammer des films d'angoisse qui font sursauter, les éléments de décor que l'on retrouve parfois d'un film à l'autre, la mise en scène et le jeu sur le son. Ils évoquent également Peter Cushing qui apparaît pour la dernière fois une demi-heure avant la fin du film, ou la relation tendue entre le réalisateur Jimmy Sangster et Joan Collins, qui était apparemment enceinte sans avoir prévenu l'équipe (ce qui se remarque d'ailleurs un peu sur certains plans). L'actrice jouait aussi la diva hautaine en dénigrant vraisemblablement cette "petite" production Hammer, sans se douter que "le pire était à venir" lorsqu'elle tournerait plus tard dans des oeuvres beaucoup moins estimables. Là aussi, attention aux spoilers !

Bande-annonce originale (2 min 54 s - 1080i - non sous-titré)

Bande-annonce 2020 (1 min 52 s - 1080p)
Un film-annonce assez réussi, prévu pour la ressortie en salle de la rétrospective Hammer Horror, sans doute reportée à 2021.

En savoir plus

les cicatrices de dracula

les démons de l'esprit

une fille pour le diable

les horreurs de frankenstein

dr. jekyll et sister hyde

la momie sanglante

sueur froide dans la nuit

Taille du Disque : 27 952 673 324 bytes
Taille du Film : 18 772 789 248 bytes
Durée : 1:34:06.375
Total Bitrate: 26,60 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 24,94 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 24943 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 224 kbps / DN -4dB
Audio: French / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 224 kbps / DN -4dB
Subtitle: French / 14,646 kbps

Par Ronny Chester, Stéphane Beauchet et Antoine Royer - le 31 décembre 2020