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Test blu-ray

Coffret Abbas Kiarostami : la trilogie de Koker

BLU-RAY - Région B
Potemkine Films
Parution : 6 / 10 / 2020

Image

C'est une heureuse constatation : de nombreux films disponibles jusqu'à aujourd'hui dans des vieux DVD, et des conditions parfois très moyennes, sont enfin réédités en Blu-ray dans une qualité décuplée. C'est notamment le cas de la trilogie Koker d'Abbas Kiarostami dont MK2, fidèle du cinéaste depuis tant d'années, a fini par en récupérer les droits complets, lui qui n'avait sorti que le troisième opus en 2007. Où est la maison de mon ami ? et Et la vie continue étaient sortis en DVD à la même époque, respectivement en 2008 et 2007, chez les Films du Paradoxe, dans des éditions aujourd'hui épuisées, vendues à des prix indécents. Depuis, la trilogie a été éditée en 2019 chez les Américains de Criterion, en Blu-ray, à partir de ces nouveaux transferts. On peut mesurer, aujourd'hui, non seulement le gap technique de ces restaurations de référence (auquel nous sommes désormais habitués), mais aussi la confirmation d'un meilleur accès à du matériel de qualité pour des cinématographies plus modestes, ce qui était loin d'être le cas auparavant.

Où est la maison de mon ami ? et Et la vie continue ont été restaurés en 2K par le laboratoire parisien L'Image retrouvée, à partir des négatifs 35mm originaux. Le résultat est très soigné et sans commune mesure avec ce que nous avions connu jusqu'à présent. Les films bénéficient désormais d'une bonne définition et d'un niveau de détail renforcé. Les images retrouvent également une palette nuancée et un certain naturel, plus froid, qui abandonne les teintes chaudes connues jusque-là. Où est la maison de mon ami ? a été tourné avec une esthétique très modeste, une palette restreinte et une lumière volontairement ténue et très diffuse, contrairement à celle de Et la vie continue qui resplendit des gammes plus chaudes des rayons du soleil, et qui a, peut-être grâce à un budget un peu plus souple, bénéficié d'une pellicule plus perfectionnée, aux images encore plus nuancées. L'aspect organique des deux films est soutenu, avec un granulation abondante bien restituée et relativement bien gérée par l'encodage du disque.

Si les éléments photochimiques de Et la vie continue sont bien conservés, Où est la maison de mon ami ? souffre encore de quelques instabilités de cadre, de quelques minutes plus douces (vers 55'40) où on a visiblement peiné pour accentuer la tombée du jour avec des effets d'étalonnage, ainsi que d'une petite usure ponctuelle sur le bord droit de l'image, qui ne ressemble pas une rayure mais plutôt à un problème de tirage, le négatif ayant été visiblement marqué. Cette petite "instabilité" revient de manière infime mais régulière dans le premier film, quelques secondes à peine sur le deuxième, un défaut que l'on aurait pu facilement atténuer avec les outils numériques actuels mais que le financement sans doute serré de la restauration n'aura pas permis de corriger. On notera un léger décalage vertical de 6 pixels par rapport au Blu-ray Criterion du premier film, ainsi qu'un petit dédoublement du trait visible sur la moitié gauche de certains plans de Et la vie continue. Un phénomène très discret et ponctuel, sans doute causé par un filtre placé devant l'objectif au moment du tournage, mais en aucun cas par un problème de restauration ou d'encodage.

Au travers des oliviers a été restauré en 4K par le laboratoire Eclair, lui aussi à partir du négatif original. L'image est très fine et détaillée, soutenue par une granulosité plus discrète mais encore palpable. Les contrastes sont bien ajustés et la colorimétrie apparaît dans la continuité des précédents films, avec la réapparition de légères nuances qui étaient totalement gommées dans le précédent DVD. L'ensemble a été entièrement stabilisé et nettoyé, mis à part un petit poil tenace sur un plan. Une restitution qui semble très fidèle aux caractéristiques d'origine.

OU EST LA MAISON DE MON AMI?
comparatif DVD 2008 vs. Blu-ray 2020
: 1 2 3 4 5 6 7 8 9

AU TRAVERS DES OLIVIERS
comparatif DVD 2007 vs. Blu-ray 2020 : 1 2 3 4 5

Son

Les trois pistes ont été restaurées à partir des négatifs son 35mm, profondément nettoyées des salissures et traces du temps : aucun craquement n'est à déplorer, les bandes-son apparaissent dénuées de tout souffle disgracieux. Le premier film, produit dans des conditions visiblement plus modestes, souffre d'un spectre réduit qui laisse peu de place aux ambiances. Les sifflantes y sont plus prononcées, la saturation toujours proche. Le son des deux autres films est mieux conservé, avec une ouverture plus palpable, un mixage plus équilibré et détaillé, qui donne davantage de présence aux ambiances. On remarquera l'apparition discrète de quelques répliques post-synchronisées dans le troisième opus.

Suppléments

Potemkine propose aujourd'hui une réédition sérieuse et très complète de la trilogie Koker. Si l'on regrettera l'absence de certains suppléments alléchants de l'édition Criterion, l'effort éditorial soutenu pour accompagner ces solides masters HD force toutefois le respect.

Où est la maison de mon ami ?

Où est la maison de mon ami ? vu par Alain Bergala (23 min - 1080i)
Le critique Alain Bergala, qui a consacré un livre au cinéaste en 2003, revient sur l'essence du film qui va constituer le cinéma de Kiarostami des vingt années suivantes : le rapport à la loi (des adultes, de la société) et l'importance de la désobéissance, seul moyen d'y échapper. Il évoque ce qui a d'abord inspiré Kiarostami sur ce film, notamment l'image "matricielle" de la route en zigzag, ou sa méthode de travail avec les enfants, lorsqu'il filme "l'innocence des sensations". Bergala livre une analyse très intéressante du film lorsqu'il évoque le passage du naturalisme au conte fantastique, la figure de "la loi morte" (son grande-père) contre celle du vieux menuisier ("le grand-père magique"). Il explique enfin "la structure de l'agencement" du cinéaste qui permet de bouger lorsqu'on est bloqué, illustré par quelques images du court-métrage Le Pain et la rue (malheureusement non présenté en supplément).

 

Répétitions et variations dans la trilogie de Koker (3 min - 1080i)
Bref montage, sans commentaire, d'extraits des trois films où les figures se répètent, les personnages reviennent, les scènes sont recréées... Une compilation amuse-bouche intéressante mais qui nous laisse sur notre faim.


Où est la maison de mon ami ? commenté par Abbas Kiarostami (72 min - SD upscalé en 1080i)
Un document produit en 2001 pour le Centre National de Documentation Pédagogique, destiné aux étudiants en audiovisuel. Ceci explique pourquoi les questions d'Alain Bergala semblent si précises sur des détails que certains jugeront trop pointus et pas toujours pertinents. Par ce genre de remarques "pour initiés", le critique essaie ainsi volontairement de transmettre aux étudiants l'essence du travail de mise en scène, comment transformer le réel pour créer la fiction, et quel sens souhaite y donner le réalisateur. Les questions portent souvent sur la logistique (décors, lumières, raccords) et l'aspect intentionnel ou dus au hasard de certains éléments : un regard de l'enfant vers son grand-père (alors joué par un assistant hors-champ), une poule jetée pour casser la mécanique de jeu des enfants, le miaulement du chat ajouté au montage. Bergala finira par poser des questions d'analyse plus classiques sur certains choix de Kiarostami : la signification du vent, les regards subjectifs, la nationalité turque du marchand de portes, la nuit qui tombe rapidement, l'ellipse du retour de l'enfant chez lui. Malgré des directions au début limitées, Kiarostami (traduit simultanément en français) parvient peu peu à évoquer les subtilités de son cinéma, "montrer sans montrer", au gré de certaines scènes, anecdotes ou souvenirs...

Et la vie continue

Et la vie continue... vu par Alain Bergala (26 min - 1080i)
Le critique évoque ce projet non programmé, décidé suite à la catastrophe, dans lequel le cinéaste met en place différents procédés de mise en scène qu'il reprendra (et perfectionnera) beaucoup par la suite. Bergala analyse notamment le "dispositif-voiture" où c'est la machine qui cadre le chaos, et à travers lequel Kiarostami montre "la meilleure façon de se parler sans être face à face" ; il filme aussi en mélangeant perspectives à l'occidentale et aplats inspirés de la peinture iranienne. Plutôt que d'analyser classiquement le film, Bergala revient sur des scènes et des impressions plus personnelles, relevant la parenté avec Roberto Rossellini (qui filma Rome dans les ruines de la guerre), ou pointant le mystère de la mère absente et la question du secours. Il revient surtout sur le rapport père/fils, "un peu autobiographique" où l'enfant, protégé mais surveillé, est exposé "à voir ce qu'est le mal", comme dans une formation accélérée...

Avec le vent (86 min - 1080p - VOSTF)
Documentaire réalisé en 2019 par Mehdi Shadizadeh, qui dresse un portrait de l'artiste Kiarostami à travers les témoignages d'amis, collaborateurs ou critiques, et dévoile "un talent pur" aux aspects multiples et méconnus de la plupart des cinéphiles. Abbas Kiarostami était un artiste prolifique et protéiforme qui "excellait en tout" : poète (passionné des classiques persans) mais surtout homme d'images, dessinateur, concepteur d'affiches ou de génériques, photographe... Et même menuisier à ses heures ! Personnage secret, il a trouvé dans le cinéma le moyen de s'exprimer, et dans la caméra un outil "pour mieux voir le monde" : il était "un bon observateur" attentif (et amoureux) de la vie quotidienne qu'il transformait en art et remplissait "de magie et d'émerveillement". Son cinéma éveillait les consciences à partir de choses simples, dans une vision qui célébrait la vie contre la mort.



Ahmad Kiarostami sur la trilogie de Koker (15 min - 1080p - VOSTF)
Repris de l'édition Criterion de 2019, un entretien un peu corseté mais très intéressant avec l'un des fils du cinéaste qui évoque la personnalité de son père, son cinéma poétique qui "accorde un espace d'interprétation au spectateur", un art plein de mensonges mais à la "vérité supérieure immuable", dont il livre quelques secrets de tournage. Ahmad revient notamment sur la façon dont Abbas Kiarostami appréhendait le jeu des enfants et des non-acteurs, "expérimentait avec le réel" dans lequel il trouvait l'inspiration, en improvisant à toutes les strates du tournage, et avec tout le monde - équipe technique incluse. Ahmad Kiarostami revient sur Et la vie continue, largement inspiré par ce que vécut son père après le tremblement de terre en Iran en 1990. Un tournant pour le cinéaste qui fêtait ses 50 ans et "un séisme dans sa vision personnelle" qui lui fit prendre conscience de "la douceur de la vie"...

Au travers des oliviers

Au travers des oliviers vu par Alain Bergala (26 min - 1080i)
Toujours aussi passionnant dans ses réflexions, le critique parle de cette première histoire d'amour filmée par Kiarostami et de son héros Hossein, "un génie de l'idée fixe et de la paranoïa", tombé amoureux d'une image, qui a tout contre lui mais qui ne cède pas. Il pointe les audaces du scénario, comme la double scène de la terrasse dont Hossein est le pivot, et montre la richesse d'une mise en scène "qui tient les deux bouts", à la fois naturaliste et formaliste, typique d'un cinéma où la liberté du spectateur est essentielle. Bergala évoque l'"autoportrait déguisé" du cinéaste, qui sait aussi se monter manipulateur, et revient sur la dernière scène, ouverte aux interprétations dans une "épure de l'agencement". Le critique interpelle également sur la filiation avec l'art contemporain, le montage des différentes prises qui se succèdent comme si le film bégayait, avec son maniérisme et ses variations, bref son côté iranien...

Abbas Kiarostami, vérités et songes (53 min - SD upscalé en 1080i - VOSTF)
Revoilà le fameux documentaire de Jean-Pierre Améris, produit en 1994 pour la collection Cinéastes de notre temps, qu'Eléphant Films proposait déjà en complément du Blu-ray de Close-up, en 2018. S'inspirant de certains codes de mise en scène du cinéaste iranien (la voiture ou le bus comme lieux de discussions et de mobilité), Jean-Pierre Améris suit Abbas Kiarostami revenir dans la région de Koker et croiser certains des héros d'Où est la maison de mon ami ? ou Hossein d'Au travers des oliviers. A travers ces rencontres, Kiarostami parle de ses films qui évoluent entre le réel et la fiction, posent la question de la représentation. En questionnant ces jeunes gens sur la part d'invention et d'eux-mêmes qu'ils ont apporté à leurs personnages, il évoque la base de son art : le mensonge "pour arriver à une vérité très grande". Le cinéaste explique sa méthode pour obtenir de ces non-professionnels le bon état émotionnel, et revient longuement sur Close-up, un film qu'il aime plus que les autres parce que le sujet l'a véritablement dépassé, une œuvre représentative de l'art qui ne juge pas mais fait réfléchir...



Potemkine reprend deux suppléments du DVD sorti en 2008 :

Les coulisses du film (32 min - SD upscalé en 1080i - VOSTF)
Des moments du tournage filmés en vidéo. On voit la petite équipe essayer de réparer l'arbre surplombant le chemin en zig-zag, essayer de tourner un plan avec la jeune fille devant la maison, sans y parvenir. On voit surtout Kiarostami au travail, en train de diriger Hossein ou répéter avec lui en voiture.

Entretien avec Abbas Kiarostami (32 min - SD upscalé en 1080i - VOSTF)
Interview audio du cinéaste sur des images du film. Abbas Kiarostami réfute la volonté d'avoir voulu se peindre dans le réalisateur du film mais se reconnaît des points communs avec le personnage. Il parle de son travail, son attention à ce qui se passe autour de lui en général (c'est comme cela qu'il s'est aperçu de l'anecdote qui a inspiré le film), et revient sur le "jeu périlleux" qui mêle un acteur professionnel avec des amateurs, qui eux ne se regardent pas jouer. Il revient sur sa rencontre avec Hossein et comment il lui faisait "apprendre" son texte, notant l'importance des dialogues simples déclamés par des personnages simples. Il revient plusieurs fois sur l'importance du choix des interprètes pour ses personnages, "pris avec leurs caractères" et leurs expériences de la vie. Kiarostami insiste sur l'effacement volontaire de sa mise en scène, l'absence apparente du choix des décors ou des costumes alors que c'est exactement le contraire, le cinéaste passant énormément de temps à caster ses acteurs ou faire des repérages ("un de mes grands plaisirs"). Il évoque enfin le dernier plan d'Au travers des oliviers, apparemment conçu dans un esprit positif alors que le public l'a diversement perçu, notamment les femmes qui devinaient une issue négative. Derrière une forme un peu austère, des paroles toujours précieuses, révélatrices du travail du cinéaste.

En savoir plus

Où est la maison de mon ami ?

Taille du Disque : 31 380 504 344 bytes
Taille du Film : 20 964 581 376 bytes
Durée : 1:23:15.198
Total Bitrate: 33,58 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 30,00 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 30004 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1835 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 20,646 kbps

Et la vie continue

Taille du Disque : 44 024 111 601 bytes
Taille du Film : 24 003 194 880 bytes
Durée : 1:35:12.665
Total Bitrate: 33,61 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29995 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Persian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1896 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 18,819 kbps

Au travers des oliviers

Taille du Disque : 47 228 225 465 bytes
Taille du Film : 26 013 732 864 bytes
Durée : 1:43:18.525
Total Bitrate: 33,57 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29997 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Persian / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1827 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 33,278 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 10 décembre 2020