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Critique de film
Le film

Un soupçon de vison

(That Touch of Mink)

Partenariat

L'histoire

Cathy Timberlake (Doris Day) est au chômage. Alors qu’elle se rend à son agence pour l’emploi, elle se fait éclabousser de boue par une limousine appartenant au riche industriel Philip Shayne (Cary Grant). Pressé, il ne s’arrête pas pour voir les "dégâts" occasionnés à sa "victime". Plus tard, de son bureau, il voit Cathy entrer dans un fast food et envoie son conseiller financier (Gig Young) lui présenter ses excuses. Ce dernier, qui a toujours été jaloux de la réussite financière et du pouvoir de séduction de son patron, pense avoir trouvé en Cathy l’occasion de se venger ; croyant qu’elle va le gifler en public, il l’amène rencontrer son boss. Pas de chance, alors que c’est effectivement ce qu’elle s’apprête à faire, dès que leurs regards se croisent elle en tombe immédiatement amoureuse. Si elle rêve de s’en faire épouser, Shayne ne pense évidemment qu’à l’amener jusqu’à son lit...

Analyse et critique

Tout de suite après l’excellent Lover Come Back (Un pyjama pour deux) - peut-être la plus drôle des sex comedies avec Doris Day, déjà produite par la même équipe - le duo Delbert Mann à la mise en scène et Stanley Shapiro à l’écriture remettent le couvert et signent cette nouvelle comédie qui fait se rencontrer pour la première fois la plus grande star féminine de l’époque et l’un des acteurs emblématiques du genre depuis les années 30, le classieux et séduisant Cary Grant. Autant dire que la réunion de ces deux grandes vedettes spécialistes de la comédie américaine faisait grandement saliver ! Le couple fonctionnera d’ailleurs très bien auprès du public et de la critique américaine, puisque non seulement le film sera le deuxième plus gros hit de l’année 1962 aux USA mais recevra également outre-Atlantique plusieurs récompenses dont le Golden Globe de la meilleure comédie, le Laurel Award pour le couple de comédiens ainsi que le Writer’s Guild of America Award pour le scénario de Stanley Shapiro.

Aujourd’hui le film paraitra vraisemblablement démodé et daté, mais son charme bien réel pourrait aussi justement découler de ce décalage entre ce qui - au niveau des allusions sexuelles notamment - pouvait choquer au début des sixties et qui paraitra au contraire de nos jours extrêmement gentillet, voire même pour certains un peu sexiste. Car il faut bien évidemment se replacer dans le contexte de l’époque pour accepter cette constante moquerie des homosexuels - ceci dit souvent désopilante et pas bien méchante non plus - ou ce couple assez cliché formé par la chômeuse romantique qui ne rêve que de mariage et du millionnaire séducteur et célibataire endurci. Contrairement aux précédentes comédies avec Doris Day, basées pour les plus célèbres sur des quiproquos dus au fait que la femme se trompe sur l’identité de l’homme dont elle tombe amoureuse alors qu’il est en fait censé être son pire ennemi, That Touch of Mink ne fonctionne pas de la sorte puisqu’il n’y a dès le départ aucune ambigüité sur la personne du milliardaire. En revanche sur ses intentions, si : comme les personnages interprétés par Rock Hudson, celui joué par Cary Grant - bien plus sobre qu’à l’accoutumée dans ce style de films, au point qu'on le sent parfois effacé voire très peu concerné - ne pense qu’à une seule chose : amener la femme - qu’il a malencontreusement éclaboussée avec sa limousine - jusqu’à son lit. Un lit à baldaquin dans lequel la jeune femme s’imaginera être à tous les moments où elle se retrouvera avec celui qu’elle aimerait bien épouser (dans l'ascenseur, dans la voiture...). Cette idée conduira à l’une des séquences certes les plus cocasses mais aussi les moins drôles du film de Delbert Mann, aujourd’hui un peu lourde et finalement assez sinistre par sa répétition et son incapacité à nous faire venir un sourire aux lèvres. D’autres gags seront en revanche hilarants tels, lors de la la séquence d’ébriété qui se termine par la chute sur un store, les gifles destinées à Cary Grant mais reçues par Gig Young, les innombrables pauses-pipi durant la dernière partie alors que Doris Day cherche à rendre jaloux Cary Grant en acceptant l'invitation du machiste de l'agence pour l'emploi...

Malgré des acteurs chevronnés, d'autres plus novices mais tout aussi délicieux - dont une Audrey Meadows qui fait grandement penser à Eve Arden dans un rôle d'ailleurs similaire de bonne copine n'ayant pas la langue dans sa poche -, des dialogues savoureux et un scénario amusant à défaut d’être original, la mise en scène de Delbert Mann s’avère aussi terne que paresseuse, manquant grandement de rythme et de vivacité, nous délivrant même des séquences aussi longues qu’inutiles comme celle du défilé de mode. Ce qui fait que l’on suit cette comédie certes sans aucun ennui mais également sans jamais vraiment d’enthousiasme. Mais, une fois admis que That Touch of Mink ne saurait autant nous faire jubiler que d’autres précédentes comédies avec Doris Day telles Le Chouchou du professeur (Teacher's Pet), Train, amour et crustacés (It Happened to Jane) ou Ne mangez pas les marguerites (Please Don’t Eat the Daisies) pour lesquelles l’actrice avait successivement pour partenaires Clark Gable, Jack Lemmon et David Niven, sans bien évidemment oublier ses deux comédies avec Rock Hudson, ce film de Delbert Mann devrait cependant arriver à nous faire passer un moment très agréabl. D’autant que la comédienne est cette fois parfaitement bien mise en valeur contrairement à Lover Come Back dans lequel les costumiers et les coiffeurs ne l’avaient guère gâtée. On trouvera également a postériori assez délectable les décors désormais disparus de ces fast food où les plats étaient délivrés derrière une mosaïque de vitres en verre - source de quelques "gags-gifles" impayables - ou encore le design de cette salle informatique remplie d’imposants ordinateurs que l'on bourrait jusqu'à la gueule de petites fiches colorées.

That Touch of Mink est ainsi un film pas très original - voire même mou et routinier - plus que sage formellement parlant, mais presque constamment amusant grâce notamment aux sous-entendus sexuels à foison, aux multiples situations cocasses, à une Doris Day désormais parfaitement rodée, mais également au faire-valoir du duo principal, l’inénarrable Gig Young qui n’a rien à envier à Tony Randall, totalement irrésistible dans son va-et-vient chez son psychologue qui sur un malentendu pense avoir affaire à un homosexuel ; ce qui est source de séquences tellement désopilantes que les auteurs décideront de terminer leur comédie sur ces deux personnages secondaires pour une dernière réplique qui rappelle celle, célébrissime, de Certains l’aiment chaud de Billy Wilder. Nullement mémorable que cette comédie sur le questionnement du mariage / célibat mais néanmoins loin d’être déplaisante.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 26 septembre 2017