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Critique de film
Le film

Un pyjama pour deux

(Lover Come Back)

Partenariat

L'histoire

Carol Templeton (Doris Day) et Jeff Webster (Rock Hudson) sont deux publicistes d'agences adverses sur Madison Avenue. Ils ne se connaissent pas de visu, se détestent et essayent chacun de leur côté de s'accaparer les contrats les plus juteux. Alors que Carol se donne entièrement à son travail au détriment d’une vie privée inexistante, Jeff est un joyeux fêtard. Pour d'abracadabrantes raisons - qu'il serait trop long de raconter -, Jeff, coureur de jupons invétéré, va se faire passer pour un savant timide et complexé aux yeux de Carol qui tombe amoureuse de celui qu’elle avait tout d’abord essayé de faire tomber entre ses griffes en sachant qu’il préparait l’invention d’un produit miracle. C’est en fait Jeff qui a mis au point ce "fake" afin qu’elle tombe dans un piège et lance une campagne pour un produit... inexistant. Seulement, Peter Ramsey (Tony Randall), le patron psychotique de Jeff, a mis le pied dans le plat en annonçant ce produit à la presse... Les quiproquos les plus drôles vont s'ensuivre jusqu’à un happy-end attendu et cocasse.

Analyse et critique

Pas facile de raconter avec clarté les fils de cette intrigue qui se déroule dans les milieux de la publicité, pas plus que les divers quiproquos qui se tissent et s’entrecroisent. Les scénaristes s'en donnent à cœur joie et avec un savoir-faire certain - le travail de Stanley Shapiro sera à nouveau nommé pour l’Oscar du meilleur scénario après celui de Pillow Talk - pour critiquer la société de consommation et décrire avec une réjouissante méchanceté le microcosme que constitue le monde de la publicité, non seulement capable de faire vendre n’importe quoi à n’importe qui, de créer des besoins. Un milieu également rempli d'obsédés sexuels sans foi ni loi autre que celles de l'argent et du plaisir, de patrons complexés qui n'hésitent pas à faire reporter toutes leurs bévues sur leurs sous-fifres - allant même jusqu'à leur demander poliment "de se jeter par la fenêtre" - ou encore de femmes absorbées par leur travail au point de totalement occulter leur vies privée.

Nous aurons reconnu dans l'ordre les personnages interprétés par Rock Hudson, Tony Randall et Doris Day, qui réintègrent un canevas comique assez similaire à celui de Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk). Doris Day prend à nouveau Rock Hudson pour un homme qu'il n'est pas, ce dernier jouant à merveille les imbéciles et les coincés jusqu'à cette longue séquence absolument hilarante dans l'appartement de Doris Day au cours de laquelle le Don Juan - qui se fait passer pour un savant doux-dingue - feint d'être vierge afin d'attendrir sa "proie" pour que celle-ci tombe dans ses bras et le dépucèle. Car cette comédie ironique et gentiment satirique est également remplie de sous-entendus sexuels et de situations grivoises qui apparaitront néanmoins aujourd’hui comme assez bon enfant, même si elles feront probablement encore grincer quelques dents notamment à cause de la réaction des femmes de chambre du motel justifiant quasiment le "viol conjugal" et prenant fait et cause pour le "pauvre mari" à qui la femme ne veut pas se donner ! La place de la femme dans la société est également encore assez "cliché" et pourra déplaire à ceux-là mêmes qui se seraient déjà offusqués, surtout si l'on a du mal à se replacer dans le contexte de l'époque. Amusons-nous au contraire de ce probable second degré, Carol étant décrite comme agaçante de pruderie, voire parfois "drôlement antipathique" tout comme d'ailleurs son partenaire.

Cette comédie "romantique" opère même quelques incursions dans le burlesque par l'intermédiaire du personnage du patron joué par Tony Randall, toujours aussi drôle, sorte de pendant à Jack Lemmon. Les dialogues sont truffés de répliques qui font mouche et le trio de comédiens se montre parfaitement rodé, chacun délivrant son numéro à la perfection. Qui aurait deviné un tel potentiel et un tel tempérament comique chez Rock Hudson, cet acteur assez terne du début des années 50 ? Il n'aura peut-être jamais été aussi drôle que dans les trois films qu'il partage avec Doris Day - excepté aussi dans Le Sport favori de l'homme de Howard Hawks - et il faut bien se rendre à l’évidence, c’est lui cette fois qui tire presque toute la couverture à lui. Dans la peau de ce mufle absolument odieux, capable de toutes les bassesses pour attirer sa concurrente dans son lit, il est inénarrable et nous offre un exercice de cabotinage absolument jubilatoire. Il faut également l’avoir vu avec sa barbe hirsute et son costume absolument hideux et relever a posteriori quelques lignes de dialogues encore plus audacieuses et savoureuses quand on connait son homosexualité qui était encore cachée à l’époque ! Doris Day est comme précédemment une partenaire de tout premier ordre, mais elle n’a cette fois pas été forcément gâtée par la costumière qui lui aura offert pour l’occasion l’une des collections de chapeaux les plus laides qui soit. Comme le maquilleur et le coiffeur ne sont pas en reste, nous avons affaire à une comédienne physiquement très mal mise en valeur à moins que l’idée fut de la rendre volontairement ridicule, ce dont je doute à un tel point.

Sur le tournage de Lover Come Back, Rock Hudson disait à propos du couple de cinéma qu’il formait avec Doris Day : "Two people really have to truly like each other, as Doris and I did, for that shines through, the sparkle, the twinkle in the eye as the two people look at each other. They, too, both parties have to be strong personalities - very important to comedy. God knows that Doris is a strong personality !" Outre ce pétillant couple de cinéma dont l’alchimie n’est plus à démontrer, ainsi que leur souffre-douleur en la personne de l’hilarant Tony Randall, nous oublierons pas quelques délectables autres seconds rôles comme celui de la comédienne sexy jouée par Edie Adams ou encore celui du "savant fou" - le produit qu'il finit par inventer est quand même "la cuite à 10 cents" - qui n’est autre que le cocasse Jack Kruschen, l'acteur qui interprétait le médecin voisin de Shirley MacLaine dans le génial La Garçonnière (The Apartment) de Billy Wilder. Dommage en revanche qu’avec des acteurs aussi confirmés, des dialogues aussi percutants et un scénario aussi amusant, la mise en scène de Delbert Mann se soit avérée aussi terne et paresseuse, manquant grandement de rythme et de vivacité, que les transparences et les séquences extérieures tournées en studio aient été aussi bâclées - celle sur la plage notamment - et que le final soit si quelconque et si peu surprenant.

Peut-être un peu plus longue à démarrer et un peu moins rigoureusement construite que Pillow Talk, Lover Come Back est au final une comédie encore plus déjantée, tout aussi agréable, rafraichissante et amusante. Du vaudeville haut de gamme qui aura récolté un succès considérable aussi bien public que critique - le New York Times l’a jugée comme la comédie la plus drôle de l’année - et nous aura aussi permis en bonus d’entendre Doris Day interpréter sur le générique la très plaisante chanson-titre écrite par Frank De Vol.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 1 septembre 2017