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Critique de film
Le film

Pousse-toi, chérie

(Move Over, Darling)

Partenariat

L'histoire

Nicholas Arden (James Garner) décide de se remarier cinq ans jour pour jour après la disparition de sa femme, que l'on croyait noyée suite au crash de son avion dans l'océan. Mais voilà qu’Ellen (Doris Day) "refait surface" le jour de la noce, alors qu'elle vient d’être retrouvée sur une île déserte où elle s’était réfugiée avec l’autre unique survivant de l'accident qu’elle s’amusait à appeler Adam (Chuck Connors) ! Ellen va alors se rendre à l’hôtel où les nouveaux jeunes mariés doivent se retrouver, pour empêcher que la nuit de noces soit "consommée" et pour que son époux annonce à sa nouvelle femme (Polly Bergen) qu’elle compte bien reprendre sa place. Une fois ce problème à moitié réglé, ça va être au tour de l’homme d’éprouver une forte jalousie en se mettant à imaginer ce qui a bien pu se passer durant ce long laps de temps entre son épouse et son bellâtre d’Adam !

Analyse et critique

Le jour même de son second mariage, un homme voit réapparaitre sa première femme qu’il croyait morte, noyée suite au crash en pleine mer de l’avion où elle avait pris place il y a cinq ans. Leurs retrouvailles ayant donc lieu comme par hasard le jour de ces nouvelles noces, la "ressuscitée" va tout faire pour récupérer son époux mais avant cela empêcher que ce nouveau mariage ne soit "consommé". Dans le même temps, apprenant que sa première femme a vécu sur une ile déserte pendant ses cinq ans "d’absence" en compagnie d’un autre naufragé, c’est au tour du mari "bigame malgré lui" de se retourner les sangs, s’imaginant tout ce qui a pu se passer sur ce lieu isolé entre les deux rescapés, d’autant que cet homme très viril avait été surnommé Adam... A la lecture de ce pitch, on se rend bien compte que les éléments humoristiques et les quiproquos sont bien en place et que, bien écrit, bien dirigé et bien interprété, ce "package" cocasse pourrait facilement donner lieu à une comédie de situations vaudevillesques tout à fait réjouissante. Et bien, c’est à peu près le cas !

Issu d’une famille aisée, Michael Gordon fut d’abord acteur de théâtre avant de passer à la réalisation au début des années 40. D’un tempérament "humaniste", homme cultivé et très sympathique selon les dires, il fit un film sur le problème de l’euthanasie (An Act of Murder), quelques séries noires et enfin une adaptation du Cyrano d’Edmond Rostand avec José Ferrer. Inscrit sur une des premières listes édictées par le sénateur McCarthy, victime de la chasse aux sorcières, il dut pour cette raison arrêter sa carrière durant presque une décennie entre 1951 et 1959. Cette année-là, grâce au producteur Ross Hunter qui l’accueille au studio Universal après qu’il a dû faire acte de contrition, ce sera un retour triomphal puisqu’il se fera grâce à l’énorme succès financier - tout comme ce sera le cas pour sa chanson-titre - de Confidences sur l’oreiller (Pillow Talk) avec l’inénarrable et irrésistible duo composé pour la première fois par Rock Hudson et Doris Day. Aucun de ses films suivants ne renouvellera ce niveau de réussite, pas même ce Move Over, Darling qui nous concerne ici, toujours avec Doris Day qui a cette fois pour partenaire un James Garner souvent hilarant.

Si Move Over, Darling ne vous dit strictement rien, vous en avez néanmoins très probablement tous entendu parler un jour ou l’autre sans le savoir puisqu'il s’agit non moins que du projet repris après une précédente version qu’aurait dû être le film inachevé de George Cukor avec Marilyn Monroe, Something’s Got to Give, dans lequel on pouvait la voir nue au bord d’une piscine. Les amateurs de Doris Day ne pourront que regretter que cette séquence n’ait pas été reprise dans la nouvelle version. Marilyn décédée avant la fin du tournage, ses partenaires Dean Martin et Cyd Charisse refusent de poursuivre et le film s’arrête, les quelques séquences tournées étant toujours facilement visibles. L’année suivante, le casting fut entièrement revu et le scénario légèrement réécrit pour pouvoir s’adapter au tempérament et au jeu d’actrice de Doris Day, totalement différents de ceux de sa prédécesseur. L’intrigue est lointainement inspirée d’un poème de Lord Tennyson, Enoch Arden, dans lequel un homme supposé mort revient chez lui et constate que son épouse est sur le point de se remarier. Ici, la situation est inversée comme c’était déjà le cas dans Too Many Husbands de Wesley Ruggles avec Jean Arthur, Fred MacMurray et Melvyn Douglas, ainsi que dans Mon épouse favorite (My Favorite Wife) avec le trio Cary Grant, Irene Dunne et Randolph Scott.

Move Over, Darling est d’ailleurs le remake de ce film RKO de Garson Kanin. A ce propos, il y a un très joli hommage/private joke à cette comédie dans le film de Michael Gordon, puisqu’à un moment donné Doris Day évoque ce long métrage pour essayer de faire comprendre sa situation ; et pour cause, que ces dernières se ressemblent ! L’actrice est ici peu gâtée par les costumes et les coiffures de l’époque qui ne la mettaient plus guère en valeur ; elle n'est pas non plus gênée de casser son image "propre sur elle" en étant d’abord vêtue en marin avant d’être "shampouinée" sous un lavomatic. Quoi qu'il en soit, toujours aussi énergique tout en sachant parfois se rendre émouvante, elle se démène une fois encore avec son dynamisme habituel - au point d’en faire parfois un peu trop -, interprète la très bonne chanson du générique - coécrite par son fils Tony Melcher - ainsi qu’une charmante berceuse à ses craquants enfants dans le film. Enfin, elle est accompagnée par une tripotée de seconds rôles tous plus drôles et cocasses les uns que les autres, Thelma Ritter et Edgar Buchanan en tête.

Le réalisateur du désopilant Pillow Talk réussit son remake, nous donnant l’occasion d’éclater de rire à de nombreuses reprises notamment lors des scènes de tribunal avec un inénarrable Edgar Buchanan en juge, celles avec les enfants tirant leur fierté d’être les seuls de l’école à avoir une mère morte noyée, celle du massage tonique que donne à Polly Bergen une Doris Day déguisée en infirmière suédoise, ou encore à l’occasion de la séquence au cours de laquelle James Garner imagine l’idylle édénique entre sa femme et le second naufragé - qui n’est autre qu’un Chuck Connors vraiment très drôle - digne précurseur des meilleurs moments des comédies du trio ZAZ. Mais, après Le Piment de la vie (The Thrill of It All), c’est à nouveau James Garner qui se révèle être la meilleure surprise de ce casting, volant la vedette à ses partenaires par son festival d’irrésistibles mimiques et son don pour la comédie qui nous était encore assez méconnu. En revanche, Polly Bergen s’avère totalement en porte-à-faux, très peu en phase avec le rythme du film, très en deçà de tous les autres comédiens.

Les amateurs de finesse, d’élégance et de bons mots ne seront certainement pas à la fête d'autant que certaines séquences s'avèrent laborieuses ; les autres qui ne cherchent qu’à passer deux heures à rire et à sourire devant une joyeuse folie ambiante, des situations cocasses, boulevardières et gentiment grivoises devraient pouvoir y trouver leur compte tout en sachant que cette comédie ne saurait égaler certaines autres que Doris Day a précédemment tournées pour la Universal, celles avec Rock Hudson notamment. L’actrice étant toujours une valeur sûre, le film sera cependant l’un des plus gros succès de l’année 1964, la Fox, au bord de la faillite après le catastrophique échec du Cléopâtre de Mankiewicz, pouvant ainsi survivre grâce en partie à cette comédie de Michael Gordon.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 15 février 2018