Menu
Critique de film
Le film

Le Fils de Geronimo

(The Savage)

Partenariat

L'histoire

1868. Un convoi de pionniers traverse les Black Hills (Dakota), un territoire appartenant aux Sioux qui vivent désormais en paix avec les Blancs. Le convoi est pourtant attaqué par des guerriers Crows, et tous ses occupants massacrés. Le jeune Jim Aherne, 11 ans, ne doit son salut qu’à l’arrivée des Sioux Miniconjous qui mettent en fuite leurs ennemis mortels. Leur chef Yellow Eagle (Ian MacDonald) décide d’adopter le jeune garçon et de l’élever comme s’il s’agissait de son propre fils. Des années plus tard, Jim, rebaptisé War Bonnet (Charlton Heston), fait la fierté de son père adoptif pour son courage et sa bravoure. La tribu vit heureuse et le calme règne en son sein malgré les rumeurs qui circulent : des hommes blancs ont trouvé de l’or dans les collines et souhaitent dénoncer le traité de paix afin de se débarrasser des Indiens devenus importuns. Les chefs des tribus vivant sur le territoire se réunissent pour tenir un conseil ; il en résulte la décision d’envoyer Jim « War Bonnet » en tant qu’espion au fort pour savoir si les rumeurs sont justifiées. Jim quitte donc sa tenue de Sioux pour endosser celle de trappeur. Sur son chemin, il sauve la vie d’un groupe de soldats commandés par le lieutenant Hathersall (Peter Hansen) aux prises avec des guerriers Crows. Le soldat se prend de sympathie pour son sauveur à qui, une fois arrivés au fort, il présente sa sœur Tally (Susan Morrow) qui ne tarde pas à tomber sous son charme. Le commandant de Fort Duane décide d’engager Jim comme éclaireur. Une aubaine pour pouvoir observer de près l’activité des Tuniques bleues...

Analyse et critique

The Savage fait partie de la première vague de westerns dits pro-Indiens qui débuta (comme tout le monde le sait désormais) en 1950 avec La Flèche brisée (Broken Arrow) de Delmer Daves et La Porte du diable (Devil’s Doorway) d’Anthony Mann, même si je continue à penser que le véritable précurseur fut Le Massacre de Fort Apache (Fort Apache) de John Ford sorti deux ans plus tôt. On peut d’emblée affirmer que si le film de George Marshall n’est pas aussi célèbre que ses prédécesseurs, c’est qu’il fait pâle figure en comparaison. La présence au générique du scénariste Sydney Boehm aurait pu faire penser à un regrettable oubli comme ce fut le cas pour le magnifique Tomahawk de George Sherman. Mais non, il s’agit seulement d’un western dont les bonnes intentions n’ont pas accouché d’un grand film faute de plus grandes ambitions artistiques. L’écriture s’avère également assez décevante de la part d’un aussi grand scénariste - qui signera par la suite quelques chefs-d’œuvre, surtout dans le domaine du film noir, tels The Big Heat (Règlement de comptes) de Fritz Lang, Les Inconnus dans la ville (Violent Saturday) de Richard Fleischer ou Midi gare centrale (Union Station) de Rudolph Maté... Pour le western, il écrivit les très beaux scénarios de Marqué au fer (Branded), toujours de Maté, The Raid de Hugo Fregonese ou encore Les Implacables (The Tall Men) de Raoul Walsh. On pouvait donc raisonnablement s’attendre à mieux du film de George Marshall. Il n’en est pas pour autant mauvais.

La partie de l'histoire narrée plus haut ne constitue que le premier tiers du film, le plus laborieux. On sent d’emblée le manque d’ampleur de la mise en scène lors du massacre des pionniers et le manque de puissance du scénario. À ce propos, le conseil des chefs indiens qui arrive au bout du premier quart d’heure se révèle languissant, solennel, bavard et sentencieux, comme la plupart des discours qui émailleront la suite du film. On s'en détache dès lors assez vite, d’autant que le casting est relativement fade (y compris Charlton Heston) et que la naïveté de l’ensemble paraît ne pas vouloir faire place à un regard plus adulte sur le sujet. Heureusement, à partir de l’instant où le personnage joué par Heston se rend chez les Tuniques bleues, le film gagne un peu en intérêt sans cependant arriver à s’envoler bien haut. Le « Sauvage » (appelé ainsi car les hommes blancs avaient du mal à accepter un des leurs si celui-ci avait été élevé durant des années par les Indiens - voir plus tard The Searchers (La Prisonnière du désert)), fortement attaché à son peuple d’adoption, tombe pourtant amoureux d’une femme blanche et se prend d’amitié pour le frère de celle-ci. Sa mission "d’espionnage" commence à lui poser des problèmes de conscience. Dès ce moment, il se verra constamment tiraillé entre son peuple d’origine et son peuple adoptif, le dilemme moral se posant à tout moment quant à choisir la loyauté ou la trahison envers les uns et les autres. Le manichéisme de départ se délite donc un peu, War Bonnet assouvira même une vengeance personnelle (et celle également de sa tribu) en faisant massacrer la tribu adverse par l’armée. Des idées intéressantes arrivent donc à filtrer ici et là, Sydney Boehm ne nous décevant pas totalement et faisant honneur à sa réputation.

Si les auteurs nous délivrent un message de paix et de tolérance tout à fait louable, tout cela reste cependant bien trop propre, bien trop sage, la conclusion un peu simpliste étant qu’il existe des bons et des mauvais dans chaque camp. War Bonnet arrive à faire entendre raison aux deux camps, leur expliquant qu’il ne faut pas faire payer à tout un peuple la bêtise et la violence d’un petit nombre, ce qui aboutirait à des guerres meurtrières. Guerre qui serait fatale aux Indiens, les hommes blancs étant bien plus nombreux et mieux armés. Il en arrive à faire accepter à ses "frères" indiens qu'il vaut mieux pactiser que disparaître. La réhabilitation des Indiens n’en étant encore qu’à ses débuts au sein du cinéma hollywoodien, on ne pouvait guère blâmer la naïveté et le paternalisme du film à cette époque. Seulement aujourd’hui, contrairement à La Porte du diable par exemple qui l’avait précédé, le western de George Marshall a pris un méchant coup de vieux même s’il nous offre quelques beaux moments, notamment les scènes mouvementées comme celle de la délivrance de la jeune Indienne ou la poursuite qui s’ensuit au milieu de superbes paysages de prairies verdoyantes et de montagnes boisées filmés sur les lieux mêmes de l’action, dans les Black Hills du Dakota. Dommage d’ailleurs que le cinéaste ne sache pas mieux en profiter, ne possédant pas un fort goût esthétique ni le sens de l’espace de l’autre George (Sherman). George Marshall était bien plus à l’aise dans les westerns confinés tel Destry Rides Again (Femme ou Démon). Parmi les autres séquences bien menées, on relèvera l’attaque et le massacre des Crows ou encore les embuscades dans la forêt de pins et au milieu des plaines. On se prend aussi à partager la tension qui règne dans l'esprit du personnage joué par Charlton Heston, déchiré à devoir choisir son camp ; de ce côté-là, c’est plutôt réussi et à mettre également à l’actif de Sydney Boehm.

Est-ce aussi Boehm qui a suggéré des détails encore jamais vus à l’écran et qui renforcent le réalisme du film, comme cette manière qu’avaient les soldats de faire descendre les chariots lors de fortes pentes en bloquant les roues à l’aide de grands bâtons qu’ils faisaient passer à travers afin que la voiture ne s’emballe pas ? Quoi qu’il en soit, ils sont les bienvenus. Tout comme Paul Sawtell, qui se révèle une nouvelle fois un compositeur très honnête à défaut d’être génial, et John F. Seitz qui signe une belle photographie très colorée. À signaler que le titre français est d’un ridicule achevé, les sous-titreurs ayant suivi le pas en parlant de Geronimo à tout bout de champ alors qu’il s’agit dans la version originale du chef Yellow Eagle, Geronimo n’ayant jamais fait partie du peuple Sioux mais bien évidemment de la tribu Apache. Les distributeurs ont sans doute estimé que eéronimo attirerait plus les foules et cette erreur n'a pas été corrigée depuis ce temps, y compris donc dans la version originale sous-titrée. Dommage car le film était pourtant respectueux des us et coutumes et des costumes des Indiens décrits, aussi bien concernant les Sioux que les Crows. Respect et égard envers le peuple indien mais l’on sait que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films. The Savage se révèle être un spectacle plutôt honnête, à condition de ne pas en attendre grand-chose.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 16 novembre 2018