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Critique de film
Le film

Le Blob

(The Blob)

L'histoire

Arborville est une petite ville calme de Californie. Une météorite tombe dans une forêt proche de la petite bourgade. Un SDF vivant dans cette forêt va trouver une masse visqueuse au coeur du cratère avant d'être recueilli par des jeunes qui vont l’amener à l’hôpital. Pendant que le Blob va semer la terreur dans toute la ville, une mystérieuse équipe gouvernementale s’intéresse de très près à cette monstrueuse entité...

Analyse et critique


Parler du film Le Blob de Chuck Russell ramène le spectateur au début du mandat de Georges Bush (père). Échec commercial devenu culte après son véritable succès en vidéoclub et, en France, son passage sur Canal+, cette oeuvre est une réelle pépite du cinéma populaire américain des années 1980. Le Blob fait partie de cette mode marquée par la réalisation de remakes  - The Thing, La Féline, La Mouche -, de véritables réussites qui sont devenues des classiques. La première version de The Blob date de 1958 et avait pour acteur principal Steve McQueen, qui démarrait alors sa carrière. Danger planétaire (son titre français) d'Irvin S. Yeaworth Jr. fait partie des films de série B produits dans les années 1950 pendant la Guerre Froide : le Blob est une métaphore de la menace communiste, une entité extraterrestre ayant la forme d'une masse gélatineuse... rouge. Le film de Chuck Russell, l’auteur du remake, a su tisser des liens avec l’oeuvre originelle en l’adaptant à son époque et c’est une de ses principales qualités. Chuck Russell n’a peut-être pas eu la carrière qu’il méritait, démarrée avec Les Griffes du cauchemartroisième épisode de la franchise Freddy Krueger. Il est surtout connu pour avoir réalisé The Mask avec Jim Carrey en 1994. Russell a également travaillé avec Frank Darabont sur ses deux premières oeuvres. L’apport de ce dernier, scénariste reconnu (Les Evadés, La Ligne verte...), se ressent par rapport au développement du film qui aurait pu être traité à la manière d’une parodie.


Le Blob démarre à Arborville, une petite ville des USA qui semble éternelle et présente des personnages stéréotypés (les jeunes intégrés à l’équipe de football américain, leurs familles, le rebelle, les policiers, le personnel d’un diner). Le film est ainsi relié aux autres productions des années 1980 ; le spectateur a l’impression de se retrouver dans la ville de Kingston Falls, chère aux Gremlins de Joe Dante. La météorite tombée dans la forêt va transformer cette ville et va rebattre les cartes concernant les caractéristiques des personnages. Kevin Dillon, jeune homme rebelle et ersatz de James Dean, va parvenir à se sortir des horreurs commises par le Blob mais aussi par l’étrange comportement de l’agence gouvernementale présente en ville.


La violence venant du Blob est l'un des points forts du film. Les effets spéciaux, impressionnants, sont parmi les atouts majeurs d'un film réalisé avant le recours quasi systématique aux CGI lors des années 1990. Ces effets ont permis de mettre à l’honneur ce nouveau monstre-référence des années 1980, entre Alien, Predator, Freddy, Jason entre autres. Plusieurs scènes font référence au film originel mais trois peuvent être mises en avant. La première est celle concernant le clochard qui voit une partie de son bras disparaître après avoir porté sa main trop près de la météorite écrasée dans la forêt où il vit. Il est conduit à l’hôpital par la suite et la chose dévore son corps entier dans son lit. Toute l’absorption se passe hors-champ. Le jeune homme qui a secouru le SDF et qui voit le drap bouger vient découvrir l’horreur par lui-même et entraîne le spectateur qui reste aussi bouche bée : seule la tête et une partie du torse sont épargnées. Les massacres délirants, dignes de cartoons et des délires gore des années 1980 (Evil Dead 2, Le Retour des morts-vivants, Street Trash), peuvent commencer : bras tiré du monstre digérant le corps du jeune homme, corps déformés, jeune couple attaqué, une première référence à Jaws. La deuxième scène référence est celle de la salle de cinéma. Toute la jeunesse de la petite ville américaine y va pour se détendre en ce samedi soir. Le Blob va s’en prendre au projectionniste et au directeur de la salle avant de s’attaquer au public. Vision d’horreur accentuée par des effets spéciaux impressionnants mais quelle belle mise en abîme : les spectateurs se font happer par le monstre alors qu’ils étaient venus s’évader devant le nouveau slasher à la mode (un nouvel épisode ou une parodie de l’incontournable Vendredi 13 durant les années 1980). Cette scène est digne du film de Joe Dante Panic sur Florida Beach sorti en 1993, où la salle de cinéma devenait le lieu de tous les dangers (l’écran et la réalité ne font plus qu’un) en pleine période de guerre froide.


Une autre scène marquante est celle dans le diner. Digne de cartoons elle aussi, et terrifiante, elle utilise le hors-champ comme dans The Thing. Le Blob a la particularité d’être insaisissable, de pouvoir se faufiler n’importe où et de grandir au fur et à mesure qu’il digère ses victimes (donc d’être plus puissant). Un cuisiner a la mauvaise idée de vouloir déboucher son évier après son service. Les bruits dans la tuyauterie annoncent l’inévitable mort de ce pauvre homme : il se fait happer par cette chose et se voit emporté dans des tuyaux larges de plusieurs centimètres. Un ton délirant va côtoyer un ton cynique. Le Blob n’épargne personne, il avalera et digèrera même un enfant. Soit une autre scène digne du cinéma de Joe Dante très souvent caustique lui aussi.


La violence et sa représentation rejoignent un autre point important du film : l’aspect politique. Le scénario de Frank Darabont rend cette série B plus consistante en proposant une intrigue de thriller politique au centre d’un complot du gouvernement américain. Une mystérieuse équipe apparaît à la moitié du film. Au fur et à mesure de l’avancée de l'histoire, le spectateur apprend que le Blob est né dans les laboratoires de recherche du ministère de la Défense américain... pour faire face aux communistes ? C’est la fin de la guerre froide et le cinéma populaire américain abonde dans le sens de l’Histoire de la fin des années 1980 - ce n’est pas Chuck Norris, icône de l’ère Reagan, qui va dire le contraire. Le Blob va par contre proposer une version un peu plus complexe sous forme de thriller conspirationniste. Cette équipe gouvernementale présente à Arborville va tout faire pour récupérer le fruit de leurs recherches, devenu de plus en plus incontrôlable. D'une attitude plutôt paternaliste au départ, ce qui a le don d’agacer le héros rebelle et méfiant (il a bien raison) joué par Kevin Dillon, l’équipe est prête à sacrifier la population pour récupérer cette potentielle arme militaire qui pourrait mettre fin très vite à la guerre froide ou même asseoir la domination des USA dans les années 1990. Quand la fiction rejoint la réalité !


Les jeunes héros (ici Kevin Dillon et Shawnee Smith), déjà à l’honneur dans le film de 1958, vont parvenir à démasquer l’attitude équivoque du gouvernement en retournant le Blob contre les militaires... et trouver une solution pour vaincre le monstre. Tel le vampire qui hait les crucifix, le Blob déteste le froid et la neige carbonique. Il sera annihilé comme le requin blanc des Dents de la mer après l’explosion d’une citerne de neige carbonique utilisée par les pompiers de la ville. Ce film trouve sa renaissance à travers le luxueux coffret d’ESC qui permet de mettre en perspective Le Blob de 1958 et celui réalisé en 1988. Si le premier film était une série B anticommuniste créée en pleine guerre froide, le deuxième opus est une vraie réussite aux nombreux atouts : la qualité des effets spéciaux (qui n’ont pas trop vieilli) met toujours en avant la cruauté et la violence du Blob, le sérieux du film qui ne ménage pas ses personnages, et la conclusion. Le pasteur de la ville a ouvert sa propre église. Il a récupéré un morceau du Blob durant l’histoire et a été visiblement touché par le monstre comme le montre le dernier plan. Le Blob a lui aussi droit à une fin ouverte pour une éventuelle suite, comme toute figure horrifique qui aura eu son heure de gloire dans les années 1980.


En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Kévin Béclié - le 31 mars 2021