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Critique de film
Le film

Badlands of Dakota

Partenariat

L'histoire

1874, la découverte de l’or dans les montagnes du Dakota. Des villes champignons s’érigent très vite dont la célèbre Deadwood. Le saloon Bella Union est dirigé par Bob Holliday (Broderick Crawford) ; son frère Jim (Robert Stack) passant son temps à boire et à jouer, il lui donne pour mission de retourner à St Louis chercher la femme (Ann Rutherford) qu’il s'était décidé à épouser une fois bien établi. Mais Jim tombe amoureux de la fiancée de son ainé et ils se marient durant le voyage de retour. Sur le bateau qui les ramène, Jim fait la connaissance de Wild Bill Hickok (Richard Dix) qui se rend également à Deadwood. Ayant appris la nouvelle des épousailles de sa promise avec son cadet par Jane (Frances Farmer), qui est secrètement amoureuse de lui, Bob perd la tête et rejoint dans le secret un groupe de hors-la-loi qui se font passer pour des Indiens afin de commettre leurs exactions ; par vengeance, il parvient dans le même temps à faire nommer son frère shérif, sachant très bien que les hommes de loi ne font pas de vieux os dans cet Ouest turbulent...

Analyse et critique


Badlands of Dakota est le premier des trois westerns réalisés par Alfred E. Green. Les suivants seront le sensible et très plaisant Four Faces West avec Joel McCrea, une incursion totalement inhabituelle dans le genre puisque sans aucun mort, privé de personnages fourbes ou malsains, sans batailles ni bagarres et, plus étonnant encore, sans coups de feu, pas même un seul tiré en l’air ; puis Sierra avec Audie Murphy en 1950, honnête divertissement, mais guère surprenant ni de très original. Alfred E. Green fut sinon un réalisateur très prolifique qui signa d’innombrables films depuis l’époque du muet ; mais son plus grand titre de gloire pourrait être d’avoir réuni Groucho Marx et Carmen Miranda dans Copacabana en 1947. Autant dire que son œuvre n’aura pas laissé de souvenirs impérissables. Si je m’étonnais que Sierra ait été traité "d’épouvantable" sous la plume de Clive Hirschhorn dans son imposant "catalogue" Universal, le même adjectif accolé à ce pénible Badlands of Dakota m’aurait bien moins surpris. Et pour cause, son visionnage fut pour le moins calamiteux malgré son casting bien prometteur.


C’est d’autant plus dommage que le cinéaste s’est apparemment vu octroyer un considérable budget de série A et qu’il sait rendre efficace une scène d’action ou filmer de très beaux plans, notamment en extérieurs. Mais le scénario de Gerald Geraghty est tellement idiot que toutes les qualités que pourrait posséder le film passent alors en arrière-plan. Cependant, si l’on avait au préalable eu la curiosité d’aller consulter la filmographie du monsieur, nous aurions été moins surpris par la bêtise de l’ensemble, le prolifique auteur étant principalement spécialisé dans la série Z. Il s’agit en fait bien plus ici d’une suite de sketchs comiques et de scènes d’action sans grand liant que d’une intrigue bien charpentée ; on pourrait même penser que nous nous trouvons devant une bande-annonce géante d’un film de 4 heures tellement tout va bien trop vite et passe du coq à l’âne sans que nous n'ayons le temps ni de nous intéresser à l’histoire ni de nous prendre d’affection pour les différents protagonistes, parmi lesquels de nombreuses figures mythiques du Far West comme George Armstrong Custer, Wild Bill Hickok ou Calamity Jane. D’ailleurs, l’une des seules bonnes raisons de vouloir visionner ce western comique raté serait ses comédiennes : la ravissante Frances Farmer dans la peau de (Calamity) Jane ou encore Ann Rutherford dans le rôle de la femme qui "s’interpose" entre les deux frères Holliday... sans non plus qu’elles ne fassent des miracles vu le peu d'épaisseur dans l'écriture de leurs personnages.


Pour le reste, entre le cabotinage éhonté de Broderick Crawford, les pitreries sinistres d'Andy Devine, Hugh Herbert ou Fuzzy Knight, la transparence d’un tout jeune Robert Stack, le rôle sacrifié de Richard Dix, les intermèdes musicaux très moyennement gratifiants de The Jesters, il ne reste pas grand-chose à se mettre sous la dent. Mieux vaut revoir Chercheurs d’or (Go West) avec les Marx Brothers autrement plus drôle, Femme ou démon (Destry Rides Again) de George Marshall pour voir ce que pouvait donner pour le meilleur le mélange comédie et western, ou alors le magnifique Une aventure de Buffalo Bill (The Plainsman) de Ceci B. DeMille si jamais vous vouliez retomber sur la plupart des personnages historiques présents dans le film de Green. Malgré une réalisation plutôt carrée qui ravira peut-être les amateurs d’action à tout crin - attention cependant aux sommets de ridicule atteints par la séquence de la carriole en folie -, voici un film bien mauvais dans son ensemble malgré un bon potentiel de départ.


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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 31 mai 2019