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Critique de film
Le film

Sur le territoire des comanches

(Comanche Territory)

L'histoire


Jim Bowie (MacCarey Donald) est envoyé par le Président des Etats-Unis en territoire Comanche afin de s’assurer que le récent traité de paix passé avec les Indiens est bien respecté. Seulement, on a découvert des gisements d’argent sur cette terre et les colons installés à proximité aimeraient bien mettre la main dessus. Les plus envieux, qui semblent menés par Katie Howard (Maureen O’Hara), la fougueuse patronne du saloon, décident même d’attaquer les Comanches afin de s’emparer du minerai. Jim Bowie, avec l’aide d’un ex-membre du congrès, Dan Seeger (Will Geer), venu dans les parages avec un traité remis au goût du jour, décide de se ranger du côté des Comanches tout en essayant d’éviter la reprise des guerres indiennes...

Analyse et critique

George Sherman est né à New York en 1908. A 24 ans, il est déjà l’un des assistants de Mack Sennett pour des films avec W.C. Fields. Il devient ensuite l’un des réalisateurs les plus prolifiques de la Republic entre 1937 et 1944, puis de la Columbia entre 1944 et 1947. La suite de sa carrière le voit naviguer entre les compagnies Universal, 20th Century Fox et United Artists ; il y tourne toutes sortes de films d’aventure à petits budgets mais son genre de prédilection restera toujours le western (quelques 70 à son actif), y compris à la télévision dans les années 1960 au cours desquelles il mettra en boite plus de 250 épisodes de diverses séries dont Daniel Boone. Il arrive que les studios lui octroient des budgets plus importants quand des stars doivent passer entre ses mains ; c’est ainsi qu’il met en scène Overland Stage Raiders qui marque la dernière apparition à l’écran de Louise Brooks. Mais c’est surtout le succès de The Lady and the Monster avec Erich Von Stroheim qui fait que les producteurs commencent à lui accorder plus de moyens. Viendront ensuite, pour ne citer que les plus connus, A l’abordage (Against All Flags) avec Errol Flynn et les très estimés Le Trésor de Pancho Villa (The Treasure of Pancho Villa), La Vengeance de l’Indien (Reprisal), Duel dans la Sierra (The Last of the Fast Guns) puis en 1971 son ultime western, qui est en même temps son dernier film pour le grand écran, Big Jake avec John Wayne et Maureen O’Hara (cette dernière fera à de nombreuses reprises partie de ses distributions durant les années 1950). Signant jusqu’à dix films certaines années, enchainant série B sur série B, série Z sur série Z, il s’avérait plus que probable que son impressionnante filmographie (plus par la quantité que par la qualité) allait contenir bon nombre de "déchets". D’ailleurs, peu (ou même aucun) de ses films ne sont vraiment passés à la postérité, ce qui s’avère logique au vu de son évident manque d’ambition et de talent constaté après la vision de quelques unes de ses œuvres comme les quatre westerns Universal qui nous intéressent ici.

« Mack Sennett, avec lequel il travailla, ne semble guère l’avoir influencé et il est difficile de dire du bien de la plupart de ses films tant il semble les tourner à la va-vite, en pensant à autre chose. Il bâcle aussi facilement une histoire de courses de voitures qu’un drame guerrier. Pour lui, tous les genres se valent, du moment qu’on peut les traiter par-dessus la jambe... Sherman est passé du western traditionnel au film antiraciste avec le même manque de talent. » Nous ne serons pas aussi méchants que Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon dans leur "50 ans de cinéma américain" mais il faut quand même se rendre à l’évidence : ils n’ont pas tout à fait tort... (1) Il serait quand même intéressant de pouvoir éventuellement réévaluer ce réalisateur après que les éditeurs ont pensé à sortir ses films les plus appréciés comme les trois westerns cités plus haut. En attendant, d’après ce que l’on en connait, si George Sherman s’avère parfois un honnête artisan, il se révèle bien plus souvent médiocre derrière la caméra, sans aucun style et parfois incapable de la moindre idée de mise en scène ; beaucoup de ses films valent ce que valent ses scénarios et (ou) ses acteurs. Il faut néanmoins mettre à son actif un effort pour tourner dans des décors naturels splendides qu’il utilise d’ailleurs avec beaucoup de talent, un antiracisme estimable, une immense sympathie pour la nation indienne et une prédilection pour les héros historiques et légendaires tels Jim Bowie, Crazy Horse, Jim Bridger ou Joaquin Murieta dont il narrera les exploits dans des aventures plus ou moins fictives.

En 1950, dans Sur le territoire des Comanches, il prend justement pour protagoniste principal l’un des héros de Fort Alamo, le fameux Jim Bowie et son célèbre couteau. Un personnage qui aura par la suite les traits d’Alan Ladd dans La Maîtresse de fer (The Iron Mistress) de Gordon Douglas et de Richard Widmark dans Alamo, le chef-d’œuvre de John Wayne relatant la fameuse bataille. Dans Comanche Territory, Jim Bowie est envoyé par le Président des Etats-Unis en territoire Comanche afin de s’assurer que le récent traité de paix passé avec les indiens est toujours bien respecté. Seulement, on a découvert des gisements d’argent sur cette terre et les colons installés à proximité aimeraient bien mettre la main dessus. Les plus envieux décident même d’attaquer les indiens afin de s’emparer du minerai. La fougueuse patronne de la banque et du saloon semble être à l’origine de cette rébellion contre les peaux rouges, ayant auparavant été surprise à dérober le tout nouveau traité apporté aux Comanches par un ex-membre du Congrès américain, Dan Seeger. Ce dernier avec l’aide de Jim Bowie décide de se ranger du côté des Comanches tout en essayent d’éviter la reprise des guerres indiennes. La même année que La Flèche brisée (Broken Arrow) de Delmer Daves et La Porte du diable (Devil’s Doorway) d’Anthony Mann, George Sherman met lui aussi en scène un des premiers westerns pro-Indiens. N’arrivant pas à la cheville de ces deux autres prestigieux westerns, Comanche Territory n’en est pas moins un film plaisant à défaut d’être inoubliable, grâce à de splendides décors naturels bien filmés, à des dialogues assez pétillants, parfois assez proche de la comédie, et à un casting relativement plus convaincant que ce à quoi nous aurions pu nous attendre à sa lecture.

En effet, hormis Charles Drake qui nous offre un bien terne "bad guy", le méconnu MacCarey Donald dans la peau de Jim Bowie, même s’il ne possède pas vraiment le physique de l’emploi du héros charismatique, s’en sort relativement bien ; ses joutes verbales avec une Maureen O’Hara très énergique dans le rôle d’une femme de tête au fort tempérament ne manquent pas de piquant. A leurs côtés, Will Geer est également excellent dans le rôle picaresque du vieux politicien. Pittoresque sans jamais sombrer dans l’exagération, grâce à la gestion sobre de l’acteur pour son personnage humoristique, le film ne tombe quasiment jamais dans la grosse farce, excepté lors de cette bagarre de saloon non seulement dispensable mais également ratée comme quasiment toutes les scènes d’action à mains nues dans les films de George Sherman. Trop peu nerveux, s’entourant de mauvais monteurs et de cascadeurs peu doués, ne possédant aucun sens du rythme, il n’est pas l’homme de la situation et ses séquences mouvementées se révèlent trop souvent involontairement drôles et arrive à gâcher l’ambiance sérieuse que les scénaristes avaient parfois réussi à instaurer. Les attaques sont ainsi souvent bâclées alors que le cinéaste s’en sort au contraire plutôt honnêtement lorsqu’il s’agit de filmer des chevauchées, le montage calamiteux laissant ici souvent la place à des travellings cinégéniques. Au final, peu de suspense ni de réelles surprises dans cette intrigue assez banale et bavarde et qui se traîne un peu trop vers son milieu, mais pas vraiment d’ennui non plus malgré l’absence de nervosité de la mise en scène. On admire la beauté des paysages et des costumes indiens rehaussés par le chatoiement du Technicolor, on déguste de bons dialogues dits par d’honnêtes comédiens, on assiste à une efficace bataille finale après que, autre point positif non négligeable, Maureen O’Hara nous ait poussé la chansonnette d’une manière fort agréable.


(1) A signaler que Bertrand Tavernier, dans sa présentation de Au mépris des lois, reconsidère quelque peu le réalisateur qu’il dit avoir traité avec beaucoup trop de condescendance dans son "dictionnaire". Même si je n’aurais pas aujourd’hui accompli un tel revirement au vu du peu d’enthousiasme qui a présidé à ces découvertes, il s’agit d’une mise au point de plus à son actif qui lui fait honneur et qui nous montre à quel point le recul n’est jamais négligeable dans nos jugements cinématographiques parfois trop hâtifs et que plusieurs visions peuvent aussi changer notre approche et notre perception d’un film ou d’un cinéaste.

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Par Erick Maurel - le 6 avril 2009