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Critique de film
Le film

Sitting Bull

L'histoire

1876 dans les Black Hills du Dakota, un territoire où vivent de nombreuses tribus Sioux. Les Indiens voient avec méfiance les nouveaux colons traverser leurs terres à la recherche de l’or. Pour les Tuniques Bleues, il est difficile de maintenir la paix malgré les traités signés ; en effet, s’il a bien été précisé aux prospecteurs de dévier leur route au Sud ou à l’Ouest, ces derniers préfèrent couper au travers des territoires indiens, s’exposant ainsi aux attaques. Le Major Bob Parrish (Dale Robertson), considérant qu’ils sont dans leurs torts, ne vient pas à leur aide ; ce qui lui vaut les remontrances du colonel Custer (Douglas Kennedy), sa dégradation par le Général Howell (qui est pourtant sur le point de devenir son beau-père) ainsi que son exil à l’agence aux Affaires indiennes de Red Rock. Quand Parrish arrive dans sa nouvelle affectation, il est choqué par les conditions de vie déplorables dans lesquelles l’agent Webber maintient les indiens. Quand ces derniers décident de s’évader, Parrish refuse une nouvelle fois d’obéir aux ordres de leur tirer dessus afin de les laisser s’enfuir. Il ne peut malheureusement pas empêcher Webber d’abattre Young Buffalo qui n’est autre que le fils de Sitting Bull (J. Carrol Naish). La paix est plus que jamais compromise d’autant plus que Parrish, à cause de sa nouvelle "rébellion" face à l’autorité, est arrêté pour être jugé en cour martiale. Cependant le Président Ulysses S. Grant, qui le connait parfaitement pour l’avoir eu autrefois sous ses ordres, annule cette punition et lui confie avec un passe-droit une grande mission de confiance : aller arranger une rencontre entre lui et Sitting Bull avant que les choses ne s’enveniment encore plus...

Analyse et critique

1954, on est en pleine vague de westerns pro-Indiens avec déjà maintes réussites à la clé dans ce domaine avec des films signés avant tout par John Ford (Le Massacre de Fort Apache - Fort Apache), Delmer Daves (La Flèche brisée - Broken Arrow), Anthony Mann (La Porte du Diable - Devil's Doorway) ou George Sherman (Tomahawk). Que pouvaient donc encore attendre les amoureux du genre d’un nouveau western en faveur des natives américains quand celui-ci était réalisé par Sidney Salkow, un cinéaste de seconde zone réputé médiocre ? Au moins un honnête divertissement ? Mission accomplie ! Ce réalisateur prolifique venu de Harvard mais dont aucun film n’est passé à la postérité (ses "travaux" les plus connus étant des épisodes de séries télévisées telles Lassie ou La Famille Addams) nous aura offert à cette occasion un western plaisant et très respectable, nous brossant un portrait tout à fait digne de Sitting Bull et de ses guerriers Sioux, le film s’achevant par la fameuse bataille à laquelle nous avions déjà assisté dans la magnifique Charge fantastique (They Died With Their Boots On) de Raoul Walsh avec Errol Flynn, à savoir celle de Little Big Horn qui a vu la défaite cuisante de l’arrogant Général Custer.

Jusqu’à présent, le personnage du célèbre Sitting Bull (peut-être l’Indien d’Amérique le plus connu par les Occidentaux avec Geronimo et Cochise) n’avait fait l’objet que de quelques apparitions dans des films le mettant en scène à la fin de sa vie alors qu’il participait au Wild West Show de Buffalo Bill en 1885 aux États-Unis et au Canada. C’était au travers de deux comédies, notemment Annie, reine du cirque (Annie Get Your Gun) de George Sidney datant de 1950. Le célèbre chef indien était joué par J. Carrol Naish, l’inoubliable interprète du Général Philip Sheridan dans Rio Grande de John Ford, qui a tenu ensuite des rôles assez picaresques dans Au-delà du Missouri (Across the Wide Missouri) de William Wellman ou encore dans La Brigade héroïque (Saskatchewan) de Raoul Walsh dans lequel il jouait Batouche, l’ami d’Alan Ladd. C’est ce même comédien qui reprend ici le rôle dans un film évidemment bien plus sérieux malgré les profondes approximations historiques comme souvent à Hollywood. Le véritable Sitting Bull, bien plus que le chef indien d’une tribu particulière du peuple Sioux, fut quasiment le chef spirituel de l'ensemble des tribus, guérisseur et sorcier à ses heures. Les chefs de guerre des différentes tribus Sioux (comme Crazy Horse par exemple) buvaient ses paroles avec une immense attention et, même s’ils n’étaient pas toujours d’accord avec lui, lui obéissaient avec respect.

Même si le film de Sidney Salkow se nomme Sitting Bull, ce n’est pas le chef indien qui tient le rôle le plus important mais, comme dans La Flèche brisée, un médiateur blanc (en l’occurrence ici un soldat) qui va tenter de ramener la paix entre les deux peuples. Le Major Bob Parrish, personnage de fiction, est interprété avec pondération et conviction par Dale Robertson, comédien assez sympathique que l’on avait déjà vu dans Les Bannis de la Sierra (The Outcasts of Poker Flat) de Joseph M. Newman aux côtés d’Anne Baxter. Son personnage d'officier indiscipliné est peut-être celui qui aura inspiré le Blueberry de Charlier et Giraud, un soldat qui ne craint pas de braver la hiérarchie quand il estime qu’elle a tort ou qu’elle va trop loin, qui refuse parfois d’obtempérer aux ordres lorsqu’il les estime injustes. Dale Robertson, à l’instar d’un John Payne ou d’un Alan Ladd, est un acteur qui ne cherche jamais à tirer la couverture à lui et dont beaucoup regretteront peut-être le manque de charisme. Pour ma part, appréciant la sobriété du jeu, il m’a tout à fait convaincu. Le reste de la distribution ne fait pas non plus forcément d’étincelles mais la plupart des comédiens accomplissent tous correctement leur travail, sans cabotinage excessif, que ce soit du côté blanc ou indien. Je ne suis d’ailleurs pas certain que, comme il était prévu au départ, Boris Karloff en lieu et place de J. Carrol Naish eut été un meilleur choix. Une interprétation guère inoubliable, mais cependant loin d’être honteuse. Tout comme le film d’ailleurs !

Et pourtant, en allant lire les commentaires des internautes sur IMDB, on aurait pu le croire tellement ils donnent l’impression que Sitting Bull est le plus mauvais western de l’histoire du cinéma, une série Z de la pire espèce ! Une telle volée de bois vert est d’autant plus difficile à comprendre que de véritables mauvais westerns, nous en avions déjà vus à la pelle bien avant lui. Ce film aurait-il été jugé à partir de la honteuse copie recadrée qui a circulé jusqu’à présent, y compris en France, et dont l’état était innommable ? Je ne me l'imagine pas autrement, car si je comprends parfaitement que l’on puisse ne pas du tout apprécier ce film pour des raisons diverses, que les tenants de la véracité puissent être outrés, le vouer aux gémonies avec autant d’ardeur me surprend beaucoup pour un western qui a de la tenue malgré son faible budget, qui bénéficie d’un intéressant scénario et de très bonnes intentions de départ. On sait que les bonnes intentions ne font pas forcément les bons films, mais celui de Sidney Salkow possède bien d’autres atouts à commencer par la partition de Raoul Kraushaar parfois envahissante et peu subtilement orchestrée mais aux mélodies tellement réussies, pleine de fougue et de lyrisme qu’elle finit par nous séduire. Alors lire de telles exagérations à son propos me fait penser à de l’acharnement injustifié : « In my opinion, he is a terribly under-rated composer. Even the cheapest Allied Artists movies attain the ranks of quality when he wrote the score. »

Les producteurs, qui n'ont pas bénéficié de moyens colossaux, ont décidé d’aller tourner le film au Mexique pour en réduire les coûts ; ils ne regrettèrent pas cette décision, la météo dans le Dakota étant à ce moment-là exécrable. Du même coup, ils purent engager une imposante figuration locale dont l’utilisation s’avère extrêmement efficace lors des séquences de batailles notamment. Bref, malgré un budget de série B, on assiste à des scènes qui n’auraient pas dépareillé dans un film de série A, la bataille de Little Big Horn d'une durée d'environ un quart d’heure étant filmée avec assez d’efficacité, de panache et même parfois de modernité (ces plans très proches en contre-plongée des chevaux au galop) pour faire illusion. Un beau morceau de bravoure malgré quelques approximations ! Des approximations et des maladresses, nous n’en trouvons pas uniquement lors de cette séquence mais elles sont vite oubliées devant l’honorable qualité du scénario ; même si celui-ci souffre de quelques faiblesses, notamment pour tout ce qui concerne le triangle amoureux constitué par notre héros, sa fiancée qui ne supporte pas qu’il soit rétrogradé aussi souvent aux dépens de son plan de carrière, et par un journaliste avec qui elle le remplace jusqu’à ce qu’il succombe aux côtés de Custer. En fait, on a beaucoup de difficultés à croire aux revirements incessants des sentiments de la jeune femme à l'encontre de son fiancé. Pourtant le script ménage quelques bonnes surprises (même si historiquement fausses) comme cet esclave noir ami de longue date de Sitting Bull et qui fera au moins autant office de médiateur que son ami Parrish ; une bien belle idée qui sera à l’origine de quelques séquences touchantes entre les deux hommes interprétés par Dale Robertson et Joel Flueller.

Autrement, il est vrai que la réalisation manque souvent de rigueur, que les figurants mexicains sont assez peu crédibles dans l’ensemble en guerriers Sioux, que Mary Murphy est une actrice très limitée, que des mêmes plans de paysages sont trop souvent réutilisés et font trop ressentir l’étroitesse du budget, que le final est hautement improbable... Mais on pardonne ces défauts très facilement devant ce portrait d’officier de cavalerie ne supportant pas l’autorité, prêt à braver la hiérarchie pour aller porter secours aux Sioux, devant celui non moins intéressant d’un Custer belliciste et incompétent presque vingt ans avant Little Big Man d’Arthur Penn, ou encore celui d’un Sitting Bull dont la sagesse ne confine pas à la naïveté, capable de prendre des décisions guerrières en dernier recours. On excuse donc toutes ces maladresses face à la sincérité et l’humanisme du propos. Il est dommage que Sitting Bull, premier film indépendant à être tourné en Cinémascope, ait jusqu'à présent été vu à travers une copie pan et scannée car l’utilisation de l’écran large est, elle aussi, assez réussie. Un honnête film pro-Indien.

En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 5 octobre 2012