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Critique de film
Le film

Jag Mandir

(Jag Mandir: Das exzentrische Privattheater des Maharadscha von Udaipur)

L'histoire

André Heller, un artiste et actionniste autrichien, se voit commander par le Maharana d’Udaipur un immense spectacle visant à regrouper l'ensemble des variétés artistiques existant en Inde. Pendant un an et demi, un employé de Heller sillonne le pays, filmant et recensant quelques dix milles artistes. Deux milles d'entre eux sont sélectionnés par Heller et conviés par le Maharana pour participer à une somptueuse fête dédiée à la richesse culturelle de l’Inde.

Analyse et critique

En réalisant Jag Mandir, Werner Herzog répond à une commande d'André Heller, un artiste et actionniste autrichien. Homme de radio, chansonnier, musicien (douze disques d’or), acteur ou encore auteur dramatique, il se lance à la fin des années 70 dans la promotion de spectacles. Des shows forcément pas comme les autres, à l'image de ce projet d'exposition mondiale dédiée à l’imaginaire que la municipalité de Munich a été à deux doigts d'accepter en 1977.

C’est à ce titre que Heller est contacté par le Maharana d’Udaipur, qui lui demande de monter un immense spectacle regroupant l'ensemble des variétés artistiques existant en Inde. Pendant un an et demi, un employé de Heller sillonne le pays, filmant et recensant quelques dix milles artistes. Deux milles d'entre eux sont sélectionnés par Heller et conviés par le Maharana pour participer à une somptueuse fête dédiée à la richesse culturelle de l’Inde. C'est ainsi que durant vingt heures de spectacle ininterrompu se succèdent combattants, danseurs, contorsionnistes, acrobates, jongleurs, charmeurs de serpents, cracheur de scorpions ou encore un homme-bougie (14 536 cierges, une par année de dynastie).

Herzog accepte le jeu de la commande, se contentant de suivre le défilé et de filmer les numéros les plus emblématiques. On comprend ce qui a pu intéresser le cinéaste dans ce projet, lui qui souhaite aussi témoigner dans son œuvre de la diversité d'un monde qui chaque jour se rétrécit. Il partage l'inquiétude du Maharana qui prédit une "macdonalisation" de l’Inde et souhaite faire un inventaire de ses richesses avant que celles-ci ne disparaissent. Cette fête est aussi une façon pour le Maharana de retarder la disparition de son royaume, un sage lui ayant conseillé de monter ces festivités afin de conjurer le mauvais sort qui s’abat sur ses somptueux palais, ceux-ci s’enfonçant peu à peu dans les eaux des lacs où ils ont été bâtis. Comme si symboliquement la fin de la dynastie Singh, établie à Udaipur depuis 1537, portait en elle la fin de tout un monde.

Werner Herzog s’acquitte donc de sa tâche, sans toutefois faire preuve d'une grande conviction. On retrouve cependant sa patte lorsqu'il film certains personnages (comme un vieil homme qui joue d’un instrument improbable et complexe dont il est le dernier à connaître le fonctionnement) ou qu'il se moque de cet étalage de luxe qui vient contredire les beaux discours sur la spiritualité indienne dispensés par André Heller en introduction. Celui-ci parle en effet avec passion de la spiritualité des Indiens, de leur vision de l’éphémère et de l’instant, une philosophie de la vie qui s'opposerait selon lui au vil matérialisme des Occidentaux. Autant de paroles emphatiques qui nous reviennent en mémoire lorsque Herzog découvre deux Rolls Royce oubliées depuis longtemps dans une étable...

Si Jag Mandir n'est pas un produit télévisuel formaté - le commentaire ironique de Herzog faisant la différence - et si certains passages sont assez fascinants, l’ensemble se révèle long et répétitif et l'on s'attache plus à la valeur ethnologique et culturelle du projet qu'à son réel intérêt en terme de cinéma.

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Par Olivier Bitoun - le 9 juin 2011