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Critique de film
Le film

Il y a un homme dans le lit de maman

(With Six You Get Eggroll)

Partenariat

L'histoire

Abby (Doris Day) est une jeune veuve, la quarantaine et trois enfants. Elle a repris l'entreprise de son mari et ne voit pas le temps passer. Sa sœur la pousse cependant à rencontrer d'autres hommes pour refaire sa vie. C'est ainsi qu'elle organise une soirée chez Abby où elle invite Jake (Brian Keith), qui lui aussi a perdu sa compagne et a fini d'élever sa grande fille d'une vingtaine d'années (Barbara Hershey). Les deux âmes perdues finissent par se plaire et par passer devant Monsieur le Maire loin de leurs familles respectives afin de ne pas leur donner le choix, chacun des aînés voyant d'un mauvais œil ce remariage. Il va néanmoins falloir vivre avec cette famille recomposée dont le nombre de membres s'élève désormais à six ; ce qui ne va pas toujours s'avérer facile, le choix de la maison à garder étant déjà source de conflits...

Analyse et critique

A 46 ans, Doris Day ne savait pas qu'en tournant cette comédie familiale louchant beaucoup sur le jubilatoire Ne mangez pas des marguerites (Don't Eat the Daisies), elle mettrait un terme à sa carrière cinématographique. Cette année 1968 allait aussi être celle du décès de son époux Martin Melcher, le seul responsable, il faut bien le dire, des choix calamiteux de certains des derniers films tournés par sa femme qui par contrat fut obligée de les accepter malgré son manque de conviction - voire son mépris - pour certains des scénarios proposés, dont ceux totalement idiots de Do Not DisturbThe Glass Bottom Boat ou encore, parait-il, celui de son avant-dernier, invisible en France depuis des décennies, Que faisiez-vous quand les lumières se sont éteintes ? (Where Were You When the Lights Went Out ?) d'un certain de Hy Averback dont l'occasion ne m'a pas été donné de le découvrir. Après la mort de son compagnon, qui a quand même dilapidé une bonne partie de la fortune du couple, Doris Day continuera néanmoins sa fulgurante carrière mais cette fois à la télévision avec le Doris Day Show, véritable phénomène aux USA. On peut dire que sa vie privée, dans l'ensemble assez malheureuse, aura été rattrapée par un succès constant dans sa vie professionnelle aussi bien en tant que chanteuse que comédienne ; elle poourra ainsi sans problème prendre sa retraite à 50 ans après avoir donné du plaisir à un immense panel de fans.

Après une suite de films très moyens, pour la plupart des comédies dont plusieurs pastiches de films d'espionnage, Doris Day revient avec With Six You Get Eggroll - un titre un peu mystérieux repris d'une phrase prononcée par l'un des enfants durant un repas au restaurant - à la comédie familiale, domaine dans lequel l'actrice a toujours excellé. Elle s'y était déjà illustrée à quelques reprises avec le talent, le dynamisme et la fougue qu'on lui connaît ; la meilleure et plus célèbre de ces comédies étant le film de Charles Walters cité en début de chronique avec David Niven comme partenaire masculin principal. Et il n'est pas déplaisant de constater que la comédie de Howard Morris, bien qu'assez banale, permet à l'actrice de finir sa carrière sur un film tout à fait agréable à défaut d'égaler, loin s'en faut, les plus grandes réussites dans le genre de la comédie de situations. With Six You Get Eggroll narre une histoire d'amour entre un homme et une femme ayant dépassé la quarantaine, désormais seuls mais avec déjà chacun des enfants petits et grands. Les aînés ayant du mal à supporter cette nouvelle situation, la cohabitation sera au départ très difficile mais évidemment, comme dans toute bonne comédie familiale hollywoodienne qui se respecte, tout se terminera pour le mieux...

Une comédie romantique et familiale qui a déjà comme premier atout de nous faire découvrir dans le rôle de la fille possessive de Brian Keith une toute jeune et charmante Barbara Hershey pour sa première apparition au cinéma alors qu'elle n'avait que 20 ans. De plus, alors que Brian Keith est à l'opposé des partenaires de l'actrice ayant composé avec elle des duos souvent irrésistibles (Rock Hudson, Cary Grant, James Garner...), il se révèle tout à fait convaincant ; le couple qu'il forme avec Doris Day fonctionne à merveille, son physique de gros nounours changeant agréablement de l'élégance et de la classe des acteurs précités. Pour l'anecdote, le père de l'acteur, Robert Keith, avait été le partenaire de Doris Day dans le magnifique Young at Heart (Un amour pas comme les autres) de Gordon Douglas. Une comédie qui ne manque pas de faire rire (les deux jeunes enfants - Jimmy Bracken et Richard Steele - sont irrésistibles de "monstruosité") mais qui n'en oublie pas pour autant l'émotion à travers les situations parfois difficiles provoquées par cette famille recomposée dont les aînés n'arrivent pas à s'entendre puisqu'ils n'ont pas supporté cette nouvelle organisation familiale, éprouvant chacun du ressentiment envers son parent respectif.

Dommage qu'après plus d''une heure de comédie familiale bon enfant, amusante et sacrément plaisante, les auteurs se soient sentis obligés de faire sombrer le dernier quart d'heure dans la gaudriole pataude, le réalisateur se révélant parfois assez pachydermique dans sa mise en scène, certains effets s’avérant aujourd'hui très datés (la séquence du mariage par exemple), le rythme s'emballant on ne sait trop pourquoi... Le résultat n'est pas des plus heureux. Mais auparavant, nous aurons pu rire du personnage d'obsédée sexuelle interprété par inénarrable Pat Carroll ou encore de celui maladivement jaloux du patron de fast food interprété par George Carlin ; sans évidemment oublier la principale intéressée, Doris Day, encore en très grande forme. Pour sa dernière apparition sur grand écran, elle force une nouvelle fois la sympathie par son entrain, son charme, sa bonne humeur et son sourire, d'autant plus qu'après Caprice de Frank Tashlin elle est ici superbement mise en valeur par le costumier, le coiffeur et le maquilleur, ce qui n'avait pas toujours été le cas. Et puis ce film finit d’entériner le fait que peu d'autres comédiennes savent être d'un tel naturel et d'une telle vraisemblance face à des enfants.

La filmographie de Doris Day aura bien évidemment été très inégale mais dans l'ensemble sacrément agréable à suivre et à visionner. Nous retiendrons donc surtout ses premières comédies musicales pour la Warner signées Michael Curtiz (les plus belles étant Romance on the High Seas et I'll See You in My Dreams), le déchirant Young at Heart de Gordon Douglas où elle avait pour partenaire Frank Sinatra, le cultissime et génial The Man Who Knew Too Much d'Alfred Hitchcock, le jubilatoire Pajama Game de Stanley Donen ainsi enfin que toute une série de comédies parmi les meilleures des années 50/60 : Teacher's Pet de George Seaton, It Happened to Jane de Richard Quine, Pillow Talk de Michael Gordon, Don't Eat the Daisies de Charles Walters ainsi enfin que Lover Come Back de Delbert Mann. Si le reste est plus aisément oubliable, on trouvera néanmoins dans une grande majorité des autres titres de quoi largement se divertir.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 18 mai 2018