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Critique de film
Le film

Opération Caprice

(Caprice)

Partenariat

L'histoire

Pat Fowler (Doris Day) travaille en tant qu’espionne pour Sir Jason Fox (Edward Mulhare), le manager d’une grosse entreprise de cosmétique. Pour qu’elle puisse s’infiltrer au sein de la plus grosse compagnie concurrente, dont un ingénieur semble avoir trouvé la formule miracle pour un spray qui empêcherait que les cheveux se mouillent dans l'eau (sic !), on fait croire à son arrestation pour avoir trahi son patron en vendant quelques secrets industriels. Dans le même temps, Pat cherche à découvrir l’identité de l’assassin de son père qui était lui-même agent secret. Impliqué aussi dans cette affaire, l’agent double Christopher White (Richard Harris) qui tente de séduire la jolie espionne...

Analyse et critique

Une course poursuite à la recherche d’une formule secrète censée mettre en production un spray qui empêcherait que les cheveux se mouillent dans l'eau ! Si nous ne connaissions pas Frank Tashlin, à la simple lecture de ce pitch nous aurions néanmoins compris d’emblée que nous nous trouvions devant un pastiche. Et effectivement, il s’agit d’une histoire expressément abracadabrante et embrouillée pour une parodie de film d'espionnage à la James Bond ma foi plutôt plaisante : des innombrables points communs avec les films de 007 des sixties, on peut noter l'aspect plastique, les décors intérieurs et extérieurs - entre autres le jet privé du PDG ou les montagnes enneigées -, la photo, les costumes flashy, le background pop-art, les starlettes finement vêtues et la belle partition de Frank de Vol louchant avec un certain talent vers John Barry à qui il rend par la même occasion un bel hommage.

Contrairement au fastidieux et ennuyeux La Blonde défie le FBI (The Glass Bottom Boat), que Frank Tashlin avait réalisé l’année précédente avec le duo Doris Day / Rod Taylor, le ton d'Opération Caprice est beaucoup plus apaisé et ne lorgne pas constamment vers le "burlesque cartoonesque". Le film se révèle au contraire être une comédie d'espionnage parfois romantique, l’humour et un "certain" sérieux n’arrêtant pas de se succéder. Alors si évidemment les auteurs semblent ne pas toujours savoir sur quel pied danser, au vu de la calamiteuse réputation du film, de son éreintement par la critique de l’époque et du mépris que lui portent les deux comédiens principaux (qui n’ont pas hésité tous deux à affirmé l’avoir détesté), nous pouvions très logiquement nous attendre au pire. Au final, sans évidemment qu’il ne casse trois pattes à un canard, le film de Tashlin m'aura agréablement surpris.

On ne rit certes quasiment jamais à gorge déployée mais certaines séquences se révèlent néanmoins assez drôles : celle de la tentative de "coupage" d'une mèche de cheveu qui met Doris Day dans une situation très délicate, suspendue au-dessus du vide ; celle hilarante du restaurant avec les micros cachés dans le sucre, notre espionne préférée l’ayant remarqué et faisant expressément grincer les oreilles de ceux qui l’ont mise sur écoute en se délectant à faire divers bruits insupportables comme de croquer des chips, ou faire pétiller un cachet effervescent ; la scène au cinéma avec Michael J. Pollard dans une salle projetant... Caprice avec Doris Day et Richard Harris. Certaines séquences d'action comme celles à ski sont plutôt bien menées, les extérieurs et le format Cinémascope habilement utilisés et certaines idées vraiment bien trouvées. Quant à Richard Harris, il se révèle ma foi fort drôle et forme avec Doris Day un couple qui fonctionne pas mal du tout. Si tous les deux n’apprécièrent pas du tout le résultat, ils s’entendirent à merveille sur le tournage , et l’acteur se plaisait à dire par la suite qu’il avait plus appris sur la comédie avec Doris Day que durant ses quatre années passées à la Royal Academy ("I learned more about comedy from Doris Day than four years at the Royal Academy").

Avec une voix plus grave qu'à l'accoutumée et un jeu d’une rare sobriété dans le domaine de la comédie, l'actrice de 42 ans s'en sort relativement bien dans ce registre inhabituel d'autant que, une fois n’est pas coutume, elle est superbement mise en valeur par le coiffeur, le maquilleur et surtout le costumier Ray Aghayan qui s'en est donné à cœur joie. La garde-robe qu’il lui a confectionnée étant absolument sublime, le chef opérateur en joue avec grand talent. L’aspect plastique du film est d’ailleurs assez recherché, comme aussi par exemple dans la séquence de tournage d’un spot publicitaire au cours de laquelle les décors et les costumes sont tous en noir et blanc. Même pour ceux qui pourraient trouver le film idiot, il leur faut donc savoir qu’il s’agit d’un véritable régal pour les yeux, bien plus créatif dans le domaine du design que The Glass Bottom Boat.

Pour le reste, il n'y a pas grand-chose à en dire ; l'ensemble reste assez banal, inutilement compliqué et moins réussi que les tentatives similaires de Stanley Donen au début des années 60 (Arabesque ou Charade) mais néanmoins relativement agréable à suivre. Contrairement à ce qui s'est passé avec la presse, le film a bien fonctionné sur les fans qui n'ont pas été aussi déçus. Pour compléter ce court avis et pour avoir une autre description de ce à quoi ressemble le film, voici ce qu’en écrivait George Morris dans son livre sur la comédienne : “Caprice is a grotesque exaggeration of her mid-sixties image. She lowers the newspaper she is reading to reveal a platinum-haired mannequin with enormous dark glasses where her eyes should be. She is a walking advertisement for vinyl in her black and white chequered coat, gold dress and hat. Day’s wax-like makeup completes the image of an artifact exhumed for public display. The actress has never had a role that required so much physical exertion. She falls out of a balcony of a movie theater, dangles from precipices, slides down mountain sides and is repeatedly shot at during an excitingly filmed ski chase.

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 4 mai 2018