Durant la Guerre de Sécession, le capitaine Cordona et ses guérilleros volent un chargement d'or destiné à l'Union et placé sous la responsabilité du colonel McNally. Au cours de l'attaque du train, l'officier que McNally considérait comme son fils est tué. Il jure de le venger. Peu après, il permet la capture de Cordona et de son éclaireur Tuscarora. Les deux rebelles refusent de livrer les noms des traîtres qui leur ont indiqué le convoi d'or... Mais, une fois la guerre finie, les choses sont toutes autres et les deux comparses font équipe avec McNally pour retrouver les dénonciateurs !

Rio Lobo
(Rio Lobo)

Réalisé
par Howard Hawks
Avec John Wayne, Jack Elam, Jorge Rivero, Christopher Mitchum, Jennifer O’Neill, Victor French, Mike Henry
Scénario : Leigh Brackett et Burton Wohl
Musique : Jerry Goldsmith
Photographie : William Clothier
Une production Batjac
Etats-Unis - 110mn - 1970

Howard Hawks est sans conteste l’un des plus grands cinéastes de l’histoire du cinéma hollywoodien, et sa réputation (notamment sur ce site) n’est plus à faire. Hawks a réalisé des chefs-d’œuvre dans tous les genres : la comédie (L’Impossible monsieur Bébé, La Dame du vendredi…), le drame (Seuls les anges ont des ailes…), le film noir (Le Port de l’angoisse, Le Grand sommeil…), le film d’aventures (Hatari !…), le péplum (La Terre des Pharaons…), et bien sûr le western ! D’ailleurs, on considère aujourd’hui Hawks comme l’un des plus importants réalisateurs de western, et, ce qui peut paraître amusant dans tout cela, c’est que l’homme en question n’en n’a fait que cinq… Il y eu le grandiose La Rivière rouge, la première collaboration Hawks-Wayne, le très original et magnifique La Captive aux clairs, et enfin la fameuse trilogie informelle composée de l’inénarrable Rio Bravo (l’un des plus grands et plus beaux westerns de l’histoire du cinéma), du mémorable El Dorado (dont la réputation n’est également plus à faire) et du très controversé Rio Lobo. Ce dernier, qui est également le chant du cygne de Hawks au cinéma (ce sera son dernier film), supporte la réputation de mauvais western, mal fait et indigne du cinéaste qu’est Howard Hawks. Mais Rio Lobo mérite-t-il vraiment cette fâcheuse réputation ?

Rio Lobo compte, certes, nombre de défauts… L’intrigue paraît sans envergure, et même arrangée de manière à cacher le peu de consistance de l’ensemble, mais présente tout de même de jolies scènes : prenons par exemple toute la séquence d’ouverture avec l’attaque du train. Elle est efficacement mise en scène, vraiment impressionnante et rythmée, entrecroisant avec maestria les divers niveaux du plan établi par les Confédérés (graisser la voie, récupérer le train, le stopper avec les cordages, emporter l’or…), et présentant un portrait tout à fait convaincant des Sudistes fauchés mais malins, et du rouleau compresseur nordiste, à la fois déterminé et possesseur de gros moyens. Tout le début du film bénéficie d’un joli sens du détail, d’un montage assez rigoureux, d’une action omniprésente et d’une présentation des personnages fort sympathique ! Ce qui nous amène à parler du casting… Evidemment nous retrouvons John Wayne, alors au sommet de sa gloire, déjà incontestablement mythifié aux yeux du public, et entamant la dernière ligne droite de sa carrière : il ne tournera plus que neuf films après celui-ci (dont sept westerns). Toujours solide, immense, fort et digne, en comptant un ajout d’embonpoint qui se fait sérieusement sentir avec l’arrivée des années 70, le Duke montre qu’il a toujours le monopole du charisme : inutile de dire qu’il crève l’écran du début à la fin, comme à son habitude, et qu’il remonte le niveau du film (beaucoup plus modeste que ses quatre précédentes collaborations avec Hawks). S’il est plus fréquemment doublé à l’écran que d’ordinaire, c’est surtout pour les scènes en altitude où son souffle se devait d’être économisé à cause du cancer qui le rongeait déjà. Mais heureusement, après plusieurs visions, il m’est toujours difficile à déceler les scènes où le Duke a été doublé ! Ensuite, il y a Christopher Mitchum, fils de Robert, qui s’en sort avec les honneurs : pour un jeune acteur au large sourire, il tire son épingle du jeu avec bonheur et ajoute un peu de fraîcheur à l’entreprise. Enfin, pour clôturer cette présentation du groupe de tête, il y a Jorge Rivero qui, après quelques films mexicains sans grande envergure, se fait engager par Hawks pour ce film. Rivero s’en sort, lui aussi, plus que correctement (surtout en regard de la direction d’acteurs un peu lâche), livrant une interprétation correcte, très masculine, et formant un joli duo avec Wayne. Son rôle sera en revanche malheureusement compromis par une petite histoire d’amour inintéressante qui tend à ridiculiser son personnage par moments : la virilité de Rivero en prend un sérieux coup, d’autant que Hawks semble avoir ajouté cet élément parce qu’il fallait bien un peu d’amour dans ce film d’hommes. Hawks, n’ayant pu avoir Robert Mitchum (déjà présent dans El Dorado), décide de décliner le rôle en deux jeunes personnages, ceux tenus par Christopher Mitchum et Jorge Rivero. Si la combinaison ne fonctionne pas avec autant de réussite que dans El Dorado (pour ne citer que celui-là), force est de constater que les deux acteurs donnent le meilleur d’eux-mêmes, n’ayant pas vraiment à souffrir de la comparaison.

Dès que le film commence vraiment, après la fin de la guerre (c’est-à-dire au bout d’une bonne demi-heure), l’ensemble plonge inexorablement vers le moins bon… En premier lieu, le métrage présente techniquement beaucoup de problèmes. La photographie ne met pour ainsi dire personne en valeur, même pas Jennifer O’Neill qui, avouons-le, a pourtant un très joli minois. Les tons sont neutres, les nuances sont rares, mais parviennent tout de même de temps en temps à offrir de belles images : le bivouac en plein désert durant la nuit passée en extérieur par Wayne, Rivero et O’Neill est plastiquement assez beau… Ce qui n’est assurément pas le cas dans la scène suivante : le lendemain matin, quand tout ce beau monde se réveille, la séquence donne fortement l’impression d’avoir été tournée en plein début d’après-midi (une « nuit américaine » pas très réussie) ! Bref, la tenue de l’image alterne entre le mauvais et le correct, ce qui peut paraître bien inhabituel pour un film de Hawks, tant le bonhomme a su par le passé constituer de véritables perles de simplicité et de beauté. La mise en scène paraît également bien légère : nous ne comptons plus les passages zoomés, parfois de manière hideuse comme si le cadreur avait la tremblote. Hawks, confirmant par là son manque d’intérêt pour le film (et pour palier certains plans manquant de rythme ou ne signifiant carrément rien…), a certainement essayé de rattraper l’ensemble en balafrant son film à coups de zooms grossiers. Le résultat est loin d’être satisfaisant et parait, selon les circonstances, digne du travail d’un tâcheron… Hawks tâtonne et cela se sent terriblement. Dans les quelques lourdeurs techniques, citons aussi deux ou trois moments où la post-synchronisation des voix en studio se fait douloureusement sentir : la séquence la plus démonstrative étant celle où les héros se concertent pendant la nuit, sur leur cheval, juste avant que Cordona (Jorge Rivero) ne parte seul prévenir l’armée. On remarquera que les voix synchronisées sur les personnages semblent provenir d’un studio et se détachent des autres bruits d’ambiance... En fin de compte, Rio Lobo donne la forte impression d’avoir été bâclé pendant le tournage, bénéficiant d’une post-production hasardeuse. Et ce qui apparaît avec force, c’est le désintéressement de Hawks pour le film : la direction d’acteurs est lâche, la caméra filme un peu ce qu’elle veut…

Ricky Nelson, pourtant loin d’être un acteur génial, savait bouger et quoi faire de son corps dans Rio Bravo : ce n’est pas le cas de Jorge Rivero qui, parfois, paraît bien maladroit dans les instants intégralement tenus par les dialogues, et particulièrement dans les scènes où il tient la réplique à Jennifer O’Neill, le pauvre semblant ne pas savoir quoi faire de ses bras ni quelle expression du visage adopter. Mais il se montre très athlétique dans les scènes d’action ou, dans une moindre mesure, dans celles qui font appel à un important déplacement du corps… En clair, Rivero, qui n’a pas à rougir de ses capacités d’acteur, n’a surtout pas dû être très conseillé par Hawks, pas plus que Christopher Mitchum ; toutefois cela se sent moins pour ce dernier, ses scènes étant moins nombreuses. Quant à John Wayne, et bien contrairement à sa très belle composition dans Rio Bravo (par exemple), il fait du John Wayne, ni plus ni moins. Il cabotine un peu, fait les gros yeux, joue le papi confortable… Tout cela est très bien, d’autant que Wayne n’est plus un débutant et que son jeu semble donc toujours juste, mais aussi un tantinet décevant quand on voit ce qu’il peut faire d’excellent dans tant d’autres films. Jennifer O’Neill, en ce qui la concerne, s’entendait bien avec Hawks au début du tournage… Puis les choses se sont envenimées entre eux, et Hawks, de rage et par envie de rabaisser son actrice, a considérablement réduit ses apparitions dans le script, et donc dans le film. Le pire, c’est que cela se trouve être sans aucun doute l’une des grosses faiblesses de Rio Lobo : Jennifer O’Neill occupe l’écran assez souvent au début de l’intrigue post-Guerre de Sécession, pour ne plus faire que deux ou trois figurations anecdotiques à la fin du métrage. L’unité créée par la troupe d’acteurs au commencement du film s’en trouve bouleversée, et le rôle d'O’Neill apparaît alors comme déroutant, de moins en moins intéressant, voire même inutile ! Rio Bravo et El Dorado présentaient des personnages typés, présents, restant chacun à leur niveau donné au départ… Rio Lobo, lui, fait voler en éclat ces règles en raison des mésententes sur le tournage, et cela nuit encore un peu plus à un ensemble déjà fortement affaibli.

Malgré tout, Rio Lobo se défend et présente un spectacle largement digne d’intérêt. La scène d’ouverture (comme explicitée plus haut) est une vraie réussite. Et si le scénario pâtit d’une impression d’intrigue « à tiroir » et d’un manque flagrant d’originalité, il faut tout de même reconnaître que l’on ne s’ennuie jamais : des chevauchées, de l’humour, de l’action, du rythme, quelques très jolis moments (la mexicaine balafrée parlant avec haine de Hendricks, la fin où Wayne lui demande de l’aider à marcher…), bref, on retrouve parfois tout ce qui fait la magie et le talent de Hawks au travers de sa merveilleuse filmographie. De plus, la reprise d’éléments existants dans Rio Bravo et El Dorado contribue à faire de Rio Lobo un digne troisième film de cette trilogie informelle… On retrouve une histoire d’amitié virile entre cow-boys, mais également la présence de la femme forte, ici déclinée en deux femmes, à la fois aventurières, belles, félines, sachant ce qu’elles veulent, et fortes par rapport à la responsabilité de leurs actes. Répond également présente à l’appel la figure du vieil homme bougon, râleur, amateur d’alcool et attachant en la personne de Jack Elam dans le rôle du père Philips, qui n’a pas grand-chose à envier à Walter Brennan et Arthur Hunnicutt précédemment. Les moments d’humour affluent, et l’on retiendra notamment cette phrase désormais assez connue de Jennifer O’Neill à John Wayne dans le film : « Je me suis couchée près de vous parce que… vous êtes confortable ! » Il faut concéder que si l’histoire d’amour entre les personnages de Rivero et O’Neill est inintéressante de par son absolu manque de finesse, les personnages, chacun dans leur domaine, sont attachants et attrayants. Bien sûr, ne pas parler de la musique de Jerry Goldsmith serait faire un affront à Rio Lobo : solidement composée, alternant le minimalisme et les envolées lyriques, entre guitare sèche et grande orchestration, la musique du sieur Goldsmith est tout simplement magnifique ! Le générique, les chevauchées, le raid contre les assiégeants du ranch de Philips… ne seraient pas ce qu’ils sont si la musique n’était pas aussi belle, allant même jusqu’à donner du lyrisme là où il n’y en a pas et du rythme là où les plans ne fonctionnent qu’à moitié. La musique est donc ici un facteur important, contribuant à la réussite (relative) que constitue ce film. Parmi les scènes « refaites », attardons-nous en outre sur la scène de l’échange à la fin du film, incroyablement inspirée de Rio Bravo ! Quelques petits moments d’originalité (la présence d’une rivière propice au sort de Cordona, la fuite des hommes de Hendricks plutôt que la reddition…) et un rythme solidement entretenu font de cette séquence un très bon moment. Mais il lui manque la magie, la simplicité, l’ambiance et le génie de son modèle. Ce final va même jusqu’à reprendre l’utilisation de la dynamite, mais en inversant le processus : ce coup-ci, ce sont les « méchants » qui en usent (ou tout du moins qui essayent d’en user…). Beaucoup plus aéré que Rio Bravo, en ce qui concerne les lieux de tournage, Rio Lobo n’arrive là encore pas à se démarquer de l’un des deux films précédents : El Dorado. Les chevauchées filmées simplement, sans effets… les ballades tranquilles dans le désert… Autant d’éléments qui renvoient au précédent western d'Howard Hawks. En fait, Rio Lobo n’arrivera jamais à se démarquer par quelque aspect que ce soit de ses deux prédécesseurs : il se contente de reprendre tous leurs ingrédients en n’essayant jamais d’apporter une quelconque originalité à la forme, comme le faisait pourtant si brillamment El Dorado. C’est précisément ce que l’on peut déplorer dans Rio Lobo ; de donner dans la répétition pure et simple, ce qui est agréable, certes, mais concourt à construire un film se contentant paresseusement de répéter des motifs sans vraiment évoluer. Rio Lobo irait donc jusqu’à afficher les défauts de ses qualités : à force de vouloir donner des repères au spectateur pour qu’il se sente en terrain connu, on finit par perdre le sel de ce qui était au départ une éblouissante démonstration de force cinématographique engagée avec les deux premiers films du triptyque Hawksien. Et ce n’est pas quelques fusillades tonitruantes, un très bon casting en roue libre, et beaucoup d’humour, bref, une très bonne tenue générale, qui y changera quelque chose.

A sa sortie en salle, personne ne s’y trompe : les producteurs eux-même doivent concéder que le film est bien moins bon que prévu. Les critiques (à part quelques exceptions) ne se gênent pas pour enfoncer ce western, n’aidant en aucune manière la sortie bien compromise d’un film dont tout le monde attendait beaucoup plus ! La fréquentation en salle confirme encore plus cette tendance, car si le film marche plutôt bien (4 250 000 dollars au box-office américain), il s’avère être une entreprise financière beaucoup moins rentable que les quatre précédentes collaborations Hawks-Wayne, et de plus, largement surpassé par l’écrasant succès de Little Big Man sorti exactement en même temps (un western concurrent totalisant 15 millions de dollars au box-office américain). Même Howard Hawks, vers la fin de sa vie, a été jusqu’à affirmer à propos de Rio Lobo : « A mon avis, ce film ne valait rien ! » On ne peut que trouver trop dur ce jugement d’un cinéaste au regard acerbe sur son ultime film qui vaut tout de même bien plus que ce que les critiques ont pu en dire à l’époque. Rio Lobo finira 20ème au classement des succès cinématographiques de l’année 1970.

Il existe un article intéressant dans le livre Le Western (paru chez Tel, Gallimard, numéro 219), précédant la sortie du dernier film de Hawks : « (…) Si l’on songe à l’âge du réalisateur (l’âge des testaments), si enfin l’on envisage l’actuel sommeil du genre, c’est un film important qui va naître. » Certes, l’avenir va donner tort à cette citation, mais il est bon de relativiser l’échec artistique que ce western constitue pour beaucoup de spectateurs : loin du chef-d’œuvre attendu, Rio Lobo, avec ses maladresses et ses erreurs, demeure tout de même un très bon divertissement, toujours honnête, en aucune façon médiocre, et signé par un Howard Hawks au crépuscule de sa carrière



Image
: Après de multiples rediffusions TV, une chose saute aux yeux : si la copie présentée n’est pas parfaite, elle permet néanmoins de (re)voir Rio Lobo dans les meilleures conditions possibles. Après un générique pas toujours de première fraîcheur, l’image s’avère être bien contrastée, bien piquée, offrant une compression d’ensemble presque invisible. En contrepartie, on note la présence d’un grain parfois prononcé (la scène de la gare au début du film, par exemple…) et de quelques scratches dus aux outrages du temps… Ce n’est pas parfait, mais le DVD offre une copie très satisfaisante.

Son : Une piste mono pour chaque langue ! La version française, très bien doublée, est claire, sans souffle et, pour comparaison, a beaucoup mieux survécu au temps que la version française de El Dorado (se souvenir des scratches de cette dernière). Si vous préférez un rendu meilleur, avec une plus grande clarté et plus de bruits d’ambiance, alors regardez le film en version originale. En ce qui concerne les sous-titres, bien qu’un peu gros (c’est un vrai problème chez Paramount), on ne note pas de défaut.
Paramount
110 mn
Zone 2
DVD 9
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.85 : 1
Format vidéo
: 16/9 compatible 4/3
Langues : Anglais DD 5.1 / Français Mono 2.0 Italien Mono 2.0 / Espagnol Mono 2.0
Sous titres : Français / Anglais / Espagnols Italiens / Allemands et 19 autres langues

Une constante chez Paramount (à la manière de MGM d’ailleurs), le DVD ne propose rien à se mettre sous la dent, pas même la sempiternelle bande-annonce faisant office de remplissage ! C’est scandaleux quant on sait la somme de documents qui peut exister sur Howard Hawks, John Wayne, ou sur le film en lui-même… Où est passé le petit documentaire sur Rio Lobo que la Paramount avait tourné à l’époque à destination de la télévision ? Visiblement cet élément n’a pas réussi à traverser l’Atlantique ! Heureusement que Hawks ou Wayne ont fait l’objet d’une somme impressionnante de livres sur leur vie et leur œuvre (Hawks par Todd MacCarthy ou John Wayne, un homme, une légende par Christian Dureau… pour ne citer que ceux-là).
En savoir plus
La fiche Imdb du film
Hawks par Todd McCarthy

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Julien Leonard

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