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Pris
en flagrant délit de vol d’arme à feu, le jeune Bart
est éloigné par la justice de sa famille et de ses amis
pour être envoyé dans un centre spécialisé
pour adolescents délinquants. À sa majorité, Bart
est devenu un véritable as du tir, ce qu’il prouvera à
ses amis, qu’il revoit enfin après de nombreuses années,
en participant à un numéro dans une fête foraine.
Il gagne son défi qui l’opposait à Laurie la vedette
du show, une experte de la gâchette comme lui, dont les charmes
le convaincront de la rejoindre dans sa tournée. La jalousie du
patron et amant de Laurie provoquera leur départ de la foire itinérante.
Ils décident alors de se marier. Ils mènent un temps la
grande vie, puis, sans le sous, Laurie réussira à convaincre
Bart que les braquages constituent l’unique moyen pour eux de continuer
à vivre selon leurs désirs. Très vite, les braquages
deviennent plus audacieux et dangereux. Toutes les polices sont bientôt
à leurs trousses. |
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Il est difficile de présenter
une oeuvre à la fois mythique et méconnue telle que
Gun Crazy. Film emblématique de la série
B : oui, mais l’expression série B, qui désigne
à la fois un courant esthétique au contour flou et un
système économique en perpétuelle évolution,
ne décrit qu’imparfaitement la nature et surtout l’originalité
de cette oeuvre inclassable. Gun Crazy est en réalité
une série B à part, car en échappant aux contraintes
(notamment budgétaires) qui ont généré
les traits esthétiques spécifiques à ce "genre",
tout en bénéficiant de la licence artistique propre
à ces productions tournées en marge des grands studios.
Joseph H. Lewis a réalisé un chef-d’oeuvre qui
est un condensé
Autre facteur paradoxal de créativité : la censure. Dans le cas du film criminel, elle prohibait par exemple la représentation dans sa continuité d’un acte de braquage ou de cambriolage (pour ne pas donner le mode d’emploi aux apprentis criminels), interdiction qui sera battue en brèche à la même époque par Huston dans The Asphalt Jungle (1950). Pour Gun Crazy, qui est l’histoire de braqueurs en série, Lewis a déployé des trésors d’inventivité pour contourner les interdictions de la censure. Ainsi, de nombreux braquages sont décrits de façon parcellaire, elliptique. Une scène du script, qui devait justement représenter un braquage dans son intégralité, a donc été remplacée, suivant ainsi les recommandations directes du Breen Office, par la scène où Bart et Laurie sortent en courant du Rangers Growers et ouvrent le feu au milieu d’une rue animée. C’est de cette scène qu’est extraite la plus célèbre photo du film, celle où l’on peut voir Bart (John Dall) agripper Laurie (drapée dans son imperméable telle une déesse moderne, lunettes noires et béret sur la tête) pour l’empêcher de vider son chargeur sur de malheureux passants. Cette image emblématique illustre idéalement la confusion qui s’opère entre leur passion charnelle et leur passion pour les armes à feu, mais aussi l’inversion des rôles sexuels. L’agressivité, la détermination de Laurie s’opposent à la passivité et l’indécision de Bart. Peggy Cummins, à qui l’on doit l’idée du béret (elle en portait un à l’époque) qui sera repris par Faye Dunaway pour son interprétation de Bonnie Parker, compose une femme fatale qui assure sa domination sur l’homme, non par une féminité exacerbée, mais par une masculinité castratrice. John Dall, l’un des deux tueurs de La Corde (1948) apporte, lui, son ambiguïté sexuelle (il était homosexuel comme son personnage du film d’Hitchcock), sa vulnérabilité qui contraste avec son physique puissant.
La principale originalité de Gun
Crazy réside dans l’hétérogénéité
de son esthétique. Ce film est réalisé au moment
de l’émergence du polar réaliste, tourné
en décor naturel suivant les préceptes édictés
par le néoréalisme, qui a fait sensation à la
fin de la guerre. À l’instar d’un Jules Dassin
(The
Naked City, 1948) et d’un Henri Hathaway (Call
Northside 777, 1948), Lewis insuffle au genre une approche
plus documentaire, mais la volonté de réalisme est souvent
tempérée par l’inexpérience des tournages
mixtes (à la fois en studio et en décor naturel). Gun
Crazy est le parfait exemple de cette confrontation d’une
esthétique (néo)réaliste et d’une esthétique
de studio. Le souci de Lewis n’est pas tant le réalisme
(qu’il n’envisage pas comme un dogme) que l’efficacité,
si bien que les deux scènes les plus réussies convoquent
deux styles radicalement différents. Le plan séquence
du hold-up relève d’une démarche documentaire,
dont la finalité consiste, selon l’expression de Paul
Schrader, à mettre le spectateur sur le siège arrière,
pour en faire un témoin-complice des (mé)faits. Quant
à la scène finale de la fuite dans les marais, elle
est une splendide proposition de figuration tendant vers l’abstraction
la plus radicale. Le travelling décomposé en plusieurs
plans des deux amants courant entre les arbres de la forêt,
par son effet de flou stroboscopique, annonce certains plans de Kurosawa
et de King Hu. L’influence directe d’une esthétique
sino-japonaise se manifeste dans la suite de la séquence par
ces plans évidés, composés uniquement de feuilles
sombres de roseaux se découpant sur le fond blanc d’un
brouillard opaque, qui évoquent des calligraphies. Quant à
l’influence de l’expressionnisme, elle se révèle
notamment dans les séquences où le décor a été
construit en studio, comme dans la scène d’ouverture
et la scène du tribunal, et où les choix de cadrage
et l’artificialité des décors contribuent à
recréer l’espace selon le point de vue de l’enfant. |
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Image : L’image est très belle. Le contraste met en valeur à la fois les passages expressionnistes et ceux plus réalistes, mais aussi la texture des visages dans les nombreux gros plans. Aucun défaut à signaler. Son : Aucun problème à signaler non plus, son mono d’origine. |
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![]() Pas de bonus sinon un commentaire audio de Glenn Erickson, scénariste et chroniqueur de DVD sur le web. Son commentaire, très classique dans sa forme, livre des informations sur la carrière des acteurs (des premiers comme des seconds rôles, ce qui finit par lasser, nous aussi on a accès à IMDB), sur les rapports entre le récit filmique et la nouvelle dont il est adapté, sur la production du film… L’analyse esthétique, bien que relativement superficielle et marquée parcette tendance anglo-saxonne à la psychologisation des comportements qui est ici peu adaptée, s’attache à mettre en évidence la singularité de Gun Crazy dans l’histoire du film noir. Mais l’érudition cinéphilique est certaine, et quelques titres cités d’oeuvres méconnues du public français peuvent éveiller la curiosité. |
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