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Critique de film
Le film

La Balade sauvage

(Badlands)

Partenariat

Analyse et critique

Terrence Malick n’avait pas encore trente ans, et il était encore étudiant dans le célèbre American Film Institute quand il débuta les prises de vue de ce qui allait devenir son premier long métrage, l’acte initial d’une filmographie et d’une carrière complexes et fascinantes. Alors qu’en ce début des années 70, le cinéma américain respire de la pulsation nouvelle, saccadée et tumultueuse, d’une génération de cinéastes qui passera ensuite à la postérité sous le nom de « Nouvel Hollywood » et qu’à peine quelques années plus tôt, Arthur Penn décrivait peu ou prou la même histoire d’amoureux meurtriers en fuite avec Bonnie and Clyde, Terrence Malick affirme déjà dans Badlands son regard, sa personnalité, en prenant le contre-pied de cette mouvance contemporaine agitée pour livrer un drôle de film méditatif, troublant et sensoriel. Tout l’attirail de ce qui deviendra dès son long-métrage suivant, Les Moissons du ciel, le B.A.BA du vocabulaire malickien se trouve déjà dans Badlands : ce vent qui chatouille la cime des arbres ; ces lumières violacées à l’heure du crépuscule ; ces plans de coupe animaliers saugrenus ; ces regards profonds qui se perdent dans l’immensité de la nature et dans l’indécision de l’esprit ; ces pieds nus qui barbotent dans le flux d’un cours d’eau ; ces mains qui effleurent la courbure des épis de blés… chacun d'eux opérant comme une strophe, un vers ou une rime, de ce poème visuel d'une grande beauté...

Alors que le fait divers qui inspire l’intrigue (la fugue sanglante de Charles Starkweather et de Caril Fugate) avait eu lieu dans les années 50, Malick efface volontiers les principaux indices de contextualisation historique pour tendre vers l’intemporalité et, à travers elle, l’universalité. Car si le folklore global du film s’ancre globalement dans l’imaginaire collectif américain, Malick le transcende par une vision qui met en perspective le rapport de l’homme aux choses, à la nature, au temps… Le traitement de la violence dans Badlands (et chez Malick de façon générale) présente par exemple une forte singularité, en particulier dans le cinéma américain des années 70, en ce qu’elle ne cherche jamais à être « percutante », mais inscrit comme des hoquets furtifs dans le rythme du récit, finalement extrêmement doux : en adoptant le point de vue des amoureux, le film dresse autour d’eux un cocon, illusoire mais ouaté, qui ne rendra le retour final à la réalité que plus douloureux. De film en film, et de façons diverses, Terrence Malick renouvellera ces tentatives de capter la vérité alternative, instantanée et fugitive, de situations, de paysages ou d’instants qui n’existent déjà plus ou plus vraiment. Badlands était un coup d’essai, c’était déjà un coup de maître.

Dans les salles

Film réédité par Solaris Distribution

Date de réédition : 15 juin 2011

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Par Antoine Royer - le 1 juin 2011