Les Apaches
de Géronimo ont quitté leur réserve et semblent vouloir reprendre le sentier de la guerre. Malgré cette menace, plusieurs personnes décident de prendre place à bord d’une diligence assurant la liaison entre Tonto et Lordsburgh. Dans un premier temps escorté par la cavalerie, ce groupe hétéroclite se compose du shérif de Tonto, d’un conducteur débonnaire, d’un médecin alcoolique, d’une prostituée expulsée de la ville, d’un banquier malhonnête, d’un mystérieux joueur sudiste, d’un timide représentant en whisky, de l’épouse enceinte d’un officier de cavalerie. En cours de route, un nouveau passager vient se joindre à eux, Ringo Kid, hors la loi malgré lui qui cherche à se venger de la mort de membres de sa famille.

La Chevauchée Fantastique
(Stagecoach)
Réalisé par John Ford
Avec John Wayne, Claire Trevor, Thomas Mitchell, John Carradine
Scénario : Dudley Nichols
Musique : Richard Hageman et Boris Morros d’après des thèmes folkloriques
Photographie : Bert Glennon
Un film United Artists (Walter Wanger)
Usa - 91 mn - 1939

"C’était durant l’une de ces années où, dans le territoire, les signaux de fumée des Apaches montaient en spirale des sommets rocheux des montagnes et où plus d’un ranch n’offrait plus que quelques mètres carrés de cendres noircies sur le sol ; alors, le départ d’une diligence de Tonto marquait le début d’une aventure dont la fin heureuse n’était pas garantie…" Tel est le début de la nouvelle Stage to Lordsburgh de Ernest Haycox paru dans le Saturday Evening Post et dont les personnages vont séduire John Ford. Il se décide à l’adapter même s’il la trouve par ailleurs assez mal construite et même si le récit comporte de troublantes similitudes avec Boule de suif de Maupassant. Les producteurs, David O Selznick en tête, se montrent réticents et refusent de s’en laisser imposer par un réalisateur quel qu’il soit. Ils accepteraient éventuellement si Marlène Dietrich et Gary Cooper étaient de la partie mais Ford ne veut rien savoir. Heureusement, il trouve dans le producteur Walter Wanger, un homme qui décide de prendre le risque. Le jeune John Wayne pense que ce serait lui faire trop d’honneur de se faire offrir le rôle du Kid mais Ford le pousse à accepter. Le Duke ne le regrettera jamais puisque ce sera le film qui fera de lui une star et le succès ne le quittera alors jamais plus.

On ne compte plus les textes, exégèses, critiques et autres analyses qui ont fleuri depuis lors sur ce classique intemporel et universel. Ce film tient effectivement une place d’une très grande importance dans l’histoire du cinéma mais sans minimiser toutes ses qualités, il serait injuste de ne pas tempérer cet enthousiasme, de replacer ce film dans son contexte avant de dire tout le bien dont nous pouvons penser de ce western. Le cinéma américain avait atteint une sorte de perfection à la fin des années 20 mais, en généralisant, l’arrivée du parlant va amener une baisse qualitative de l’ensemble de la production durant la décennie suivante (et ceci dit, nous le répétons malgré de notables et nombreuses exceptions). Ceci est dû au fait que cet art est obligé de se réadapter à cette nouveauté que constitue la parole et qu’au départ la plupart ne se préoccupent plus que des dialogues. Les acteurs aussi doivent tout réapprendre. De plus, le matériel technique pour les tournages devient très lourd (par exemple les caméras doivent être insonorisées dans d’immenses caissons ; voir à ce sujet Chantons sous la pluie) et l’ensemble de ces changements fait que les films de cette époque sont souvent statiques, bavards, ternes ou, à l’inverse facilement maniéristes. Les années 30 sont peut-être la décennie qui supporte aujourd’hui le plus mal le vieillissement et John Ford n’échappe pas à la règle ; bon nombre de ces ‘classiques ‘ de l’époque comme La patrouille perdue ou Le mouchard peuvent paraître de nos jours bien ennuyeux.

1939 ! Date marquante pour le cinéma américain, l’année qui débute ce que l’on a coutume d’appeler l’âge d’or hollywoodien, une période d’une vingtaine d’année dont le fameux classicisme américain est issu, classicisme dont la recette est aujourd’hui quasiment perdue. C’est en cette année faste pour le cinéma que sortent aussi Seuls les anges ont des ailes de Hawks, Femmes de Cukor, Autant en emporte le vent et Le magicien d’Oz de Fleming, Ninotchka de Ernst Lubitsch, Mr Smith au Sénat de Capra… C’est justement en 1939 que Ford va retrouver un second souffle avec deux autres films remarquables en plus de celui qui nous concerne : Sur la piste des Mohawks et Vers sa destinée dans lequel Henry Fonda endosse avec talent le rôle de Abraham Lincoln. On a un peu trop facilement tendance à dire que La chevauchée fantastique a marqué un tournant dans l’histoire du western ; il serait ridicule de le nier mais il ne faut pas que ce soit au détriment d’autres œuvres tout aussi honorables : n’oublions pas qu’en cette même année et même quelques mois avant Stagecoach, sortirent d’autres westerns tout aussi honorables et qui ne méritent pas d’être passé sous silence au profit du film de Ford : Le brigand bien aimé de Henry King, Les conquérants de Michael Curtiz et Pacific Express, l’un des meilleurs films de Cecil B. DeMille. La chevauchée fantastique est sorti alors que le genre connaissait un certain regain : plus d’une centaine de westerns avaient été distribués l’année précédente mais il s’agissait surtout de bandes stéréotypées à très petits budgets, réalisées par des metteurs en scène de seconde zone et jouées par des acteurs presque tous inconnus, quasiment tous oubliés de nos jours. John Ford contribuera à réhabiliter le genre en le faisant sortir du mépris dans lequel on le tenait alors.

Cette mise au point, un peu longue, étant terminée, nous pouvons maintenant nous concentrer sur ce western à la fois ambitieux et divertissant, intimiste et spectaculaire, passionnant par la richesse de ses personnages, la qualité de sa réalisation et la mise en place des jalons et thèmes traditionnels qui traverseront toute l’histoire du genre. Le terme de chef d’œuvre est souvent attribué à ce film et on le retrouve souvent dans les listes des plus grands films de l’histoire au côté de Citizen Kane. Ce statut, il l’a acquis plus certainement par les apports qu’il a amenés au genre ‘western’ que par ses qualités intrinsèques qui ne sont pas plus évidentes que dans une centaine d’autres œuvres du genre. En effet, même à l’intérieur de la seule filmographie de John Ford, et sans vouloir rabaisser Stagecoach, il n’est pas interdit de lui préférer la plupart de ses westerns suivants de La poursuite infernale à Les Cheyennes. En Amérique, ce classique n’a pas tout de suite été reconnu à sa juste valeur, les spectateurs n’étant au départ pas très enthousiastes : on lui reproche trop de psychologie au détriment de l’action, une couleur locale atténuée, moins de schématisme réconfortant, tout ce pourquoi justement le film se démarque des westerns antérieurs. C’est surtout grâce à son accueil européen que le film a acquis une telle réputation : André Bazin disait par exemple "équilibre parfait entre les mythes sociaux, l’évocation historique, la vérité psychologique et la thématique traditionnelle de la mise en scène western. Aucun de ces éléments fondamentaux ne l’emporte sur l’autre".

En redécouvrant ce film aujourd’hui, force est de constater que la mise en scène nous apparaît toujours aussi précise, millimétrée, à la fois moderne et classique : Ford soigne toujours autant ses cadrages et nous offre des gros plans de toute beauté. Les scènes d’extérieurs tournées en seulement 4 jours portent la marque inimitable du réalisateur : la vision des hommes, diligence et chevaux disséminés au milieu de ces paysages grandioses de Monument Valley (c’est d’ailleurs grâce à ce film que l’on découvre cet endroit), les travellings passant brutalement d’un plan d’ensemble sur la diligence perdue au milieu de l’immensité du ciel et de la terre aux gros plans sur les Indiens cachés au sommet des montagnes sont inoubliables. Au milieu de ces espaces vierges, Ford nous concocte une scène anthologique de poursuite dans laquelle Yakima Canutt nous étonne par ses cascades. C’est lui qui se cache dans la peau de cet indien qui saute sur un cheval de l’attelage puis tombe entre les brancards avant d’être piétiné par les sabots des chevaux et de rouler sous la voiture. A l’époque, il n’existait pas de véhicules équipés pour filmer des scènes de cet acabit. Celles ci le furent à bord d’automobiles ordinaires devant aller aussi vite que les chevaux, soit à 60 km/h, très rapide pour l’époque : le résultat demeure stupéfiant. Le reste, filmé en studio, est souvent du même niveau : la scène nocturne du duel final, loin de tout dramatisme outrancier, est d’une sécheresse et d’une sobriété exemplaire : elle annonce celle tout aussi réussie que l’on trouvera dans L’homme qui tua Liberty Valance. L’autre scène nocturne de la demande en mariage de la prostituée par le hors la loi est empreinte d’une belle sensibilité et d’un romantisme encore assez rare chez Ford à cette époque et qui trouvera son apogée dans le sublime La charge héroïque.

Vivacité, précision et rigueur de la mise en scène mais aussi personnages tous efficacement présentés, finement observés et croqués, qui se révèlent malgré tout un peu trop typés. L’intérêt réside surtout dans les rapports qui s’établissent au sein du groupe au fur et à mesure de l’avancée du voyage et de ses périls. Quelques phrases seulement suffisent pour ébaucher un caractère ou éclairer une situation. Ford utilise un système dramatique déjà employé et qui sera encore pillé par la suite, la réunion de caractères différents dans un espace restreint et dans une situation tendue avec la certitude qu’il en naîtra des réactions nombreuses et variées. On pourrait donc trouver à redire de l’utilisation d’une méthode usée jusqu’à la corde mais Ford évite toute facilité grâce à sa sincérité : nous le sentons à chaque moment rempli de compassion pour tous ces personnages, en quelque sorte victimes de la société, hormis pour le banquier qui représente tout ce que le capitalisme peut avoir de nuisible. Dallas et le docteur, joués par Claire Trevor et Thomas Mitchell, sont tous deux des figures déchues, "victimes de préjugés", qui retrouveront leur dignité au cours des évènements, par le regard que leur porteront alors les plus réticents, une fois que ces deux ‘héros’ auront réussi à accoucher Lucy, la jeune femme interprétée par Louise Platt. L’estime pour la prostituée que l’on lira à ce moment dans le regard de la "jeune mère" auparavant excessivement froide envers elle, est une marque de la sensibilité de John Ford : Lucy s’humanise au contact d’une réprouvée et ses préjugés moraux s’évanouissent petit à petit. Que de beauté aussi dans la tendresse amoureuse du joueur, interprété par un John Carradine longiligne et mystérieux, pour Lucy. Mais c’est évidemment de John Wayne dont on se souvient le plus. Il vole la vedette à la tête d’affiche Claire Trevor par sa simple et première apparition dans ce mouvement d’appareil inoubliable qui zoome sur lui en gros plan. Au final, cet homme, que nous aurons pris le temps d’apprécier à sa juste valeur, tuera ses ennemis avec l’aval du shérif qui avait fait le voyage dans le but de l’empêcher de commettre cet acte : in extremis, les sentiments du shérif l’emportent sur le droit et la loi. Donc, une tendresse et une sensibilité de tous les instants, la marque de John Ford, mais que l’on est en droit de préférer dans bons nombres de ses films suivants, moins secs, plus romantiques, plus riches et plus ambiguës aussi (La prisonnière du désert).

Les archétypes du western traditionnel seront posés à cette occasion et en deviendront des bornes incontournables pour le genre cinématographique américain par excellence. Il ne restera plus aux grands réalisateurs du western que de se les approprier et d’en faire avec leurs différentes personnalités respectives autant de chefs d’œuvres du genre, car contrairement à des clichés bien ancrés dans les esprits, le western recèle bien plus de pépites qu’on ne le croit, aussi variées les unes que les autres. A signaler qu’un remake homonyme en a été fait en 1966 par Gordon Douglas qui, sur la même trame, se permet de réaliser l’un de ses films les plus médiocres ; il s’agit de La diligence vers l’Ouest. Comme quoi, un bon scénario ne suffit pas à faire un bon film. Enfin pour l’anecdote, Frank Nugent, le scénariste de ses plus grands chefs d’œuvres, demandant à John Ford à propos de la poursuite, pourquoi les Indiens ne se contentaient-ils pas d’abattre les chevaux de la diligence, le réalisateur répliqua "En réalité, c’est probablement ce qui se serait passé mais s’ils l’avaient fait, le film se serait terminé à ce moment là."




Image :
Un contraste et une définition corrects, même en projection, ne peuvent racheter l’état de la copie présentée. S’il y a eu restauration, elle n’a pu être que sommaire, tant l’image est couverte de rayures et de griffures. L’ensemble est regardable, mais décevant compte tenu du soin que Warner apporte d’habitude à l’édition de son catalogue ; et ça devient incompréhensible si l’on regarde comment Fox a traité d’autres Ford de la même époque. Une grosse déception.

Son : A côté de l’image, le son apparaît bien correct, le mono d’origine est clair, sans trop de souffle, et ne sature guère.

Warner Home Video
96 mn
Zone 2
Menu fixe et musical
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais mono 1.0
Sous titres : anglais, français, espagnol

Image : L’éditeur présente une version restaurée, ce qui n’était pas le cas du DVD précédent. Nous sommes ici en présence d’un master moyennement propre. On doit certes toujours déplorer la présence de quelques rayures, taches et points blancs, mais la différence avec l’ancienne édition se fait légèrement sentir. La pellicule manque toutefois de contraste, les blancs sont parfois saturés (les visages sont "brûlés" sur certains plans) et on remarque des différences de chroma sur certains raccords (mais cela reste rare). Les séquences de nuit ont tout de même un rendu admirable. L’image a été un peu lissée, mais elle conserve une touche argentique de bon aloi. On relève aussi la présence de quelques tremblements, mais ceux-ci ne sont vraiment perceptibles qu’au début du film. La définition est irrégulière : certains plans sont bien nets, d’autres légèrement floutés. La compression est honnête dans l’ensemble, mais ses effets se font voir dans les arrières plans qui sont souvent bruités. En conclusion (et comparativement à l’édition précédente), la restauration ne semble pas évidente du tout mais ce film a si souvent été vu et revu dans des conditions déplorables que nous ne bouderons pas notre plaisir.

Son :
L’éditeur propose quatre pistes sonores : la vo et la vf en mono et un remastering 5.1 pour les mêmes deux langues. Le 5.1 est plutôt symbolique, l’information sonore étant concentrée sur l’enceinte centrale. Quelques rares effets sont déportés sur les enceintes avants, mais ces dernières ne font que souligner paresseusement la voie centrale. Les arrières restent quasiment muets. La version originale l’emporte sur la version française qui reste étouffée et plus pauvre en ambiances. Même chose pour les pistes mono : la version française reste complètement sourde. Quant au doublage, il est insupportable et nul, il n’y a pas d’autres mots ; la voix de John Wayne ne lui correspond absolument pas et le comédien qui le double est incapable de jouer. On pourrait se demander quelle est la pertinence de ces deux remixages multicanaux. Cependant le son des pistes originales est clair et net, même si les ambiances sont un peu en retrait, et le souffle est peu présent. C’est bien tout ce qui nous importe pour un film de cet âge. Les sous-titres français sont d’un jaune discret et restent parfaitement définis et peu encombrants.

Editions Montparnasse
91 mn
Zone 2
Menu fixe et musical
Chapîtrage fixe
Format cinéma : 1.33 : 1
Format vidéo
: 4/3
Langues : anglais, français mono d'origine et Dolby Digital 5.1
Sous titres : français

Disque 1 :

- Commentaire audio : auteur de Print the Legend : the Life and Times of John Ford, Scott Eyman se livre ici à un commentaire didactique apportant de nombreux éclairages intéressants sur l’oeuvre. Son anglais est clair et se suit sans trop de difficultés.

- Theatrical trailer – 3 mn 29 : bande-annonce d’époque présentée dans un état médiocre.

Disque 2 :

- John Ford & John Wayne : the Filmaker and the Legend – 83mn 51 : ce solide documentaire tire de la série American Masters et narré par Sydney Pollack retrace la carrière commune des deux homes au travers des quatorze films qu’ils ont tourné ensemble – certains sont néanmoins suggérés, et le film se concentre sur des oeuvres telles que Stagecoach, She Wore a Yellow Ribbon, La Prisonnière du Désert et L’Homme qui tua Liberty Valance. Parmi les intervenants, on retrouve des cinéastes habitués de l’exercice comme Martin Scorsese, Peter Bogdanovich et John Milius, mais aussi des biographes de Ford comme Scott Eyman, Joseph McBride et Tag Galagher, des collaborateurs tels Harry Carey ou Andrew McLaglen, le critique Richard Schickel, et enfin deux descendants, Dan Ford Patrick Wayne, respectivement petit-fils et fils du cinéaste et de l’acteur. Le film est riche en photos d’archives et images rares – on voit même un extrait d’un muet de Francis Ford -, et couvre tous les aspects de leur relation, sans omettre leurs différences en matière de politiques ou leurs rapports complexes à la guerre. Un supplément tout à fait recommandable.

- Stagecoach : a Story of Redemption – 30 mn 26 : on peine à imaginer aujourd’hui à quel point Stagecoach fut difficile à monter, et pourtant… Ce documentaire retrace l’odyssée du tournage d’un film qui posa de nombreux problèmes de production et de casting – nul ne voulait donner un rôle aussi important à un débutant de 31 ans nommé John Wayne. Tous les intervenants s’accordent à considérer Stagecoach comme le début de la maturité dans l’œuvre de Ford. Un documentaire assez instructif.

- 5/4/1946 Academy Award Theatre Broadcast – 28 mn 19 : il vous faudra tender l’oreille si vous souhaitez suivre cette retransmission, tant le son est étouffé ; un document uniquement audio à réserver aux amateurs acharnés.

Aucun de ces suppléments n’est sous-titré.

Test technique du zone 1 de Franck Suzanne.

Le DVD se lance avec une courte introduction présentant un montage de diverses affiches du film. On nous propose deux chemins distincts vers deux menus : l’un concernant le film et l’autre les bonus. Ces deux menus sont fixes et musicaux. Le chapitrage est fixe et muet, présenté sous la forme de 20 vignettes fixes réparties sur 5 pages.

Les suppléments comportent : Un Entretien avec John Ford (23’05’’) : cet interview sonore a été réalisée en 1973 par le petit-fils de John Ford accompagnée de la fille du réalisateur. Il est visible dans son intégralité ou par l’intermédiaire de huit chapitres. Le son de ce dialogue est monté sur le film. On sent le cinéaste de 78 ans vieux et fatigué et particulièrement désenchanté au début de l’entretien. Son petit-fils cherche à lui tirer les vers du nez et l’on peut dire que cela fonctionne car John Ford devient de plus en plus loquace. Les anecdotes commencent à fuser de part et d’autre. Le maître parle des conditions de tournage, des Mormons, des Indiens qu’il a fait tourner de film en film, de sa première collaboration avec le grand cascadeur Yakima Canutt, responsable des cascades du film. Une chose importante à retenir : La Chevauchée Fantastique a relancé le western (enfermé dans la série B tout le long de cette décennie) grâce à la psychologie des personnages, à l’utilisation des extérieurs et à l’effet produit par Monument Valley. Bien entendu, John Ford aborde plus longuement sa rencontre avec John Wayne. Il nous dévoile même l’origine du pseudo de l’acteur. Il évoque sa personnalité, ses débuts et ses talents de comédien, ainsi que l’étroite complicité qui les lie. Ce document n’est finalement pas une grande source d’informations, mais il demeure agréable à écouter et surtout entendre la voix de John Ford reste un plaisir de tous les instants.

Je n’ai jamais vu la Chevauchée Fantastique (4’33’) : il s’agit d’un extrait de la célèbre émission Cinéastes de notre temps. John Ford est interviewé par un journaliste parlant assez mal l’anglais, et répond avec son détachement et son humour coutumiers à quelques questions un peu banales. Ce petit document est bien trop court et le peu de chose qu’on entend de Ford est sa défense des gens d’Hollywood et sa façon prosaïque d’aborder sa profession sans aucune grande ambition artistique (refrain bien connu de sa part). Le plaisir d’apercevoir John Ford, dirons-nous…

Quintessence du western, entretien avec Jean Douchet (17’17’’) : Le metteur en scène et théoricien du cinéma nous entretient du cinéma de John Ford et particulièrement de La Chevauchée Fantastique comme archétype du western. Il aborde la mise en scène, la notion d’espace, le rapport entre la communauté et l’individu chez le cinéaste, l’importance de Monument Valley au niveau personnel et professionnel (on est heureux d’entendre à nouveau que Ford était un ami des Indiens). Chaque élément traité est intéressant, on regrettera par moments d’avoir à faire à un simple survol. Mais la passion simple et communicative de Douchet pour Ford est sans cesse présente. L’entretien, illustré par quelques extraits du film, a été dirigé par Clélia Cohen (que l’on n’entend pas), journaliste aux Cahiers du Cinéma.

Dreaming of Jeannie, analyse de Ted Gallagher (27’04’’) : Ted Gallagher est un journaliste et écrivain de cinéma, fin connaisseur de l’œuvre de John Ford. Il analyse ici la mise en scène de La Chevauchée Fantastique. Ce document se présente sous la forme d’un montage didactique d’extraits du film et de schémas commentés par Gallagher. Le journaliste étudie la présentation des personnages, la narration en sketches propre au réalisateur, les liens entre les décors et la psychologie, l’importance du cadre. Il analyse la séquence du repas qui montre l’exclusion du personnage de Dallas par la communauté à l’exception de Ringo Kid joué par John Wayne. Cette partie constitue le moment le plus intéressant de ce document qui, malgré quelques blancs sonores et un montage parfois abrupt, sort du tout venant qu’on nous propose habituellement. Gallagher en profite aussi pour montrer son désaccord avec deux autres analystes, dont André Bazin et sa théorie du "montage invisible" qu’il remet en question concernant John Ford (ce qui, personnellement, me remplit de joie).

La bande annonce du film (3’28’’) : l’image est bruitée, peu définie, surexposée et faiblement contrastée. Sa présence dans ce DVD est néanmoins bienvenue.

Dans la même collection : l’éditeur propose 3 extraits des 3 autres film sortant sous la forme de coffret collector : La Charge héroïque (53’’), Top Hat (58’’) et La Féline (1’14’’) tirée du coffret Tourneur. Une autre page affiche les 7 autres titres sortis auparavant sous cette même forme.

Un livret "prestige" : une grande brochure carrée de 15 pages écrit par Clélia Cohen, et illustrée par des photos du film. On y trouve un survol biographique de Ford, une courte présentation de La Chevauchée Fantastique et une filmographie sélective du cinéaste.

Ce DVD agrémenté de suppléments plutôt attrayants rejoint donc ainsi la collection des coffrets collector des Editions Montparnasse, ces fameuses grandes boites carrées qui divisent les collectionneurs, et ne manquera pas d’intéresser les plus fervents amateurs de western (et de John Ford en particulier).

Test technique du zone 2 de Ronny Chester.

© Dvdclassik.com - juillet 2007 - laredaction@dvdclassik.com