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El Jefe (Emilio Fernandez), parrain d’une bourgade mexicaine, apprend que sa fille attend un enfant du dénommé Alfredo Garcia. Furieux, il promet 1 million de dollars à celui qui lui apportera la tête de Garcia. Une nuée d’hommes part alors en quête de ce trésor morbide sur les routes mexicaines. Deux d’entre eux se rendent dans un bordel de la région de Mexico et interrogent Benny (Warren Oates), tenancier de l’établissement et joueur de piano. Benny connaît Alfredo et promet de ramener sa tête en échange d’une petite somme d’argent. Il prend la route en compagnie d’Elita (Isela Vega), ex-compagne d’Alfredo Garcia… |
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En
1970, Sam Peckinpah achève de monter La
Horde Sauvage (The
Wild Bunch) et attaque le tournage de son cinquième
western, Un Nommé Cable
Hogue. Au regard de sa carrière, il traverse alors
une période relativement sereine et aspire à de nombreux
projets. Cette même année, Frank Kowalski, camarade de
longue date du cinéaste, se rend sur le plateau de Cable
Hogue et soumet au réalisateur un script de trente
pages racontant comment un homme, trahi par son meilleur ami, offre
la somme d’un million de dollars à celui qui apportera
sa tête. Quelques mois plus tard, Peckinpah décide de
développer cette intrigue et demande à Walter Kelley,
auteur des dialogues de Pat
Garrett & Billy The Kid, de s’en charger. Obsédé
par cette histoire d’honneur et de vengeance, Peckinpah ne cesse
de harceler Kelley dont les premières ébauches ne le
satisfont pas. Après avoir rédigé la moitié
du script, Kelley jette l’éponge et cède sa place
à Gordon Dawson. Homme à tout faire de Peckinpah (il
fut costumier sur La
Horde Sauvage et Major Dundee, réalisateur
de seconde équipe pour Guet-apens
et coscénariste de quelques épisodes de la série
Bonanza), Dawson est plus à même de répondre aux
exigences de ‘Bloody Sam’ et livre un scénario
de 500 pages. Reste désormais à trouver comment financer
cette histoire pour le moins étrange et violente…
Sam Peckinpah propose son script à divers producteurs parmi
lesquels Martin Baum, dirigeant d’une société
de production récemment créée par la United
Artists. Associé à Peckinpah sur Junior Bonner
et Les
Chiens de Paille, Baum admire son travail et accepte
de produire le projet intitulé Apportez Moi la Tête
d’Alfredo Garcia. Bénéficiant d’un
budget d’un million et demi de dollars, Peckinpah élabore
son plan de tournage qui débutera en Août 1973 et prendra
fin quatre mois plus tard. Pour ce film, dont l’action se
déroule au sud du Rio Grande, il s’entoure de la horde
de comédiens mexicains que l’on avait pu croiser dans
La Horde Sauvage. Parmi ces hommes et femmes
au caractère bien trempé, on reconnaît Jorge
Russek, René Dupeyron, Yolanda Ponce, Chalo Le tournage, beaucoup moins tumultueux que celui de Pat Garrett & Billy The Kid, se déroule sans incident majeur puis est suivi d’une période de montage de trois mois supervisée par Peckinpah à Los Angeles. Vient ensuite le temps des projections tests qui, malheureusement, s’avèrent être désastreuses… Résigné, Martin Baum et la UA sortent néanmoins le film sur les écrans américains pendant les vacances d’été 74. Aucune campagne promotionnelle n’accompagne la sortie, les critiques sont catastrophiques et, logiquement, Apportez Moi la Tête d’Alfredo Garcia est un échec commercial sur le territoire américain. Sa sortie mondiale lui permettra toutefois d’entrer dans ses frais avec 2.2 millions de recettes pour un budget d’1.5 million de dollars. Souvent considéré comme le cinéaste de la violence, Peckinpah n’a pas toujours été compris ni accepté par ses contemporains. Il faut avouer qu’il prenait un malin plaisir à les dérouter. Ainsi, lorsqu’un journaliste lui demande d’expliquer (et donc de le rassurer) sur sa propension à filmer des femmes qui "aiment être violées", Peckinpah lui répond laconiquement : "C’est pourtant le cas de la plupart des femmes !" (3). Provocateur né, Sam Peckinpah ne fait assurément pas partie de cette catégorie d’artistes prenant plaisir à expliquer et défendre leur art. Seul ses actes comptent et peu importe les interprétations que les critiques veulent en donner, il n’a aucune considération pour leur travail ! Lorsque l’on appréhende pour la première fois sa filmographie, il est vrai que la brutalité de certaines images dérange et peut rebuter. Alfredo Garcia ne déroge pas à la règle et se présente certainement comme un de ses films les plus durs. Toutefois, il est indispensable de préciser au néophyte que le style Peckinpah n’est pas que barbarie, loin de là ! Le cinéaste alterne avec intelligence les scènes de quiétude à celles de terreur, donnant ainsi d’autant plus d’impact à ces dernières. A titre d’exemple, la première séquence d’Apportez Moi la Tête d’Alfredo Garcia met en scène une jeune femme sur le bord d’une rivière : tandis qu’elle caresse la rondeur de son ventre annonçant une naissance à venir, la mise en scène suggère calme et sérénité. Peckinpah use des fondus enchaînés afin d’accentuer cette impression qu’il magnifie grâce à une photographie particulièrement douce (1). Soudain la scène est interrompue par l’intrusion dans le plan de deux hommes aux mines patibulaires. El Jefe, parrain local, souhaite voir sa fille… Cette rupture narrative qui rappelle l’introduction de La Griffe du Passé (Out of the Past, Tourneur, 1947) fait soudainement basculer le récit dans un style dont la brutalité sera d’autant plus frappante qu’elle s’oppose de manière absolue à cette première séquence. A l’instar des maîtres du film noir, Peckinpah ne s’intéresse pas au paradis mais aux serpents qui portent en eux les germes de sa destruction !
Lorsque Peckinpah montre la violence, il n’en cache jamais les aspects sordides. Cette approche est similaire à celle que Takeshi Kitano justifie ainsi pour ses propres films : ‘s’il y a des meurtres dans mes films, je prends toujours la responsabilité de faire mourir celui qui a tué. Il n’y a jamais de happy end. La violence dans mes films est une violence qui fait très mal. Dans un film cette douleur permet de neutraliser la violence.’ (2)
Enfin, il suffit d’écouter la dernière séquence
d’Alfredo Garcia et le "No"
hurlé par Benny lors du ‘gunfight’ pour
réaliser à quel point Peckinpah s’opposait à
la déferlante de bestialité à laquelle son
héros est confronté tout au long du récit.
Ce "non" symbolise à lui seul le dégoût
de Benny (et par extension de son créateur) à toute
forme de violence... Autoproclamé anarchiste nihiliste, l’auteur d’Alfredo Garcia crée ici un anti-héros dont la petitesse de la destinée va soudainement basculer dans un torrent de violence. Benny est pianiste dans un bar glauque dont la faune se compose de macs, prostituées et ivrognes en tous genres. Lorsqu’il rencontre les hommes d’El Jefe, un sourire se fige sur son visage à l’idée de ramasser quelques dollars. Benny n’est pas un meurtrier mais une petite frappe ayant le malheur de savoir où Alfredo est enterré. Sans aucun respect pour le sacré, il décide de se rendre dans le cimetière, de couper cette tête et de la monnayer au plus vite. Lorsque Elita lui demande s’il a conscience de l’horreur que représente une profanation, il lui répond simplement : ‘Il n’y a rien de sacré dans un trou, ni le type qu’il y a dedans, ni toi ni moi’. Cette attitude nihiliste est une constante du cinéma de Peckinpah. En général, ses héros agissent d’abord pour de l’argent sans jamais se soucier de notions plus nobles comme l’amitié (La Horde Sauvage, Coups de feux dans la Sierra) ou le respect des morts. Toutefois, il serait réducteur de considérer Peckinpah comme un nihiliste pur. Une lecture complète de ses films prouve que ses héros gardent une étincelle d’humanité au tréfonds de leur âme. Une âme qu’ils s’emploient à sonder lorsque le cinéaste les confronte aux miroirs. Objet récurrent de sa filmographie (on le retrouve aussi chez Scorsese), le miroir offre au héros un espace de réflexion sur son ego. Parfois détruit (Pat Garrett & Billy The Kid) ou fuit, l’objet, aide l’homme à prendre conscience de ses actes. Dans Apportez Moi la Tête d’Alfredo Garcia, Warren Oates utilise également une paire de lunettes de soleil. Ici encore le symbolisme est fort et l’objet prend un double sens : d’une part, il permet à Oates de parfaire son imitation de Peckinpah et de s’inscrire comme son alter ego à l’écran, d’autre part les lunettes ont une valeur symbolique dans la mesure où elles dissimulent le regard, et par extension l’âme de Benny. Ce masque lui permet d’agir caché. Il n’a pas à assumer ses actes. Malgré cet objet, Benny devra faire face à l’adversité et, ainsi, prendre conscience de son humanité. A l’instar de Pat Garrett, Pike Bishop (Wild Bunch) ou Gil Westrum (Ride The High Country), il termine son parcours par un baroud d’honneur qui le verra accomplir un acte héroïque. En vengeant Elita, Benny se débarrasse de sa chrysalide nihiliste pour embrasser une forme de romantisme absolument sublime ! En réalisant La
Horde Sauvage, Sam Peckinpah avait introduit une fascination
autour de la violence dans le septième art. Avec Apportez
Moi la Tête d’Alfredo Garcia, sa liberté
créatrice est totale et sa réflexion atteint une pureté
qu’il n’aura plus jamais le loisir de retrouver. Ce
dixième long métrage se (1) Alex Phillips dirige la photo d’Alfredo Garcia.
Pour l’anecdote sachez qu’il fut également responsable
de celle de La Chèvre (Francis Veber) ! |
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Image : Le DVD proposé par MGM offre l’image dans son format d’origine et sur un transfert 16/9. La master utilisé est d’assez bonne qualité, ne présentant que très peu de tâches ou griffures. Sans atteindre des niveaux de détail exceptionnels, la définition est correcte et permet d’apprécier les figures patibulaires des comédiens avec précision ! Enfin, la compression est incontestablement le point faible de ce DVD. Si parfois, elle s’avère correcte et sans défaut, elle manque d’homogénéité et gâche certaines scènes où les arrières plans sont totalement figés (lors de la discussion entre Benny et Elita au pied d’un arbre notamment à 33’06). On remarque également une mauvaise gestion des couleurs, notamment les rouges ayant tendances à ‘baver’. Son : sur ce plan, rien à signaler
de particulier. Le mono proposé est propre, très dynamique
et permet d’apprécier la bande son dans des conditions
idéales. Les sous-titres blancs sont discrets et parfaitement
lisibles. |
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Conclusion : C’est un chef d’œuvre que propose MGM sur ce DVD. Si l’image n’est pas à la hauteur des dernières éditions Warner consacrées à Peckinpah, il faut relativiser sa déception tant ce film est exceptionnel. Compte tenu du prix de vente du DVD (moins de 10 euros), il serait idiot de passer à côté d’une telle découverte. |
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