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Test dvd

Collection R.W. Fassbinder Volume 3

DVD - Région 2
Carlotta
Parution : 23 / 11 / 2005

Image

Aparté

Dans une chronique précédente d'un coffret Fassbinder, on évoquait l'idée de maison, d'édifice complexe mais décomplexé, à propos d'une filmographie effrayante par son abondance et sa versatilité. Carlotta nous offre avec cette nouvelle fournée l'occasion de refaire un tour du proprio de cette maison. Où les pièces sont des films dépeignant des formes de possession sociale et émotionnelle, des films d'exploitation au sens littéral. Les films – un peu moins connus - de ce coffret numéro trois ne racontent que cela sous divers visages, du premier long-métrage de Fassbinder – faux film de gangsters que la lumière noie, que la lumière fuit - L'amour est plus froid que la mort (1969) au Rôti de Satan (1976), jeu de massacre en chambre avec salive en guise d'encre pour poète en panne sèche. Fassbinder s'y cherche, s'y perd, affine sa méthode au risque de trop la raffiner parfois (Roulette Chinoise).

Les coffrets Carlotta, en proposant des films et téléfilms comme bonus – Dieu les bénisse, même si l'idée d'une intégrale est de l'ordre de l'utopie – semble induire une hiérarchie dans la production pléthorique de Fassbinder. Le spectateur perplexe et le pauvre chroniqueur confrontés au chiffre de 42 films tournés en 17 ans – beaucoup moins que Jess Franco quand même – se demandera légitimement : combien de chefs d'œuvre ? 42 ? Une poignée ? En veut-on ? Pour compliquer un peu plus les choses, le critique Thomas Elsaesser se demandait si RWF "voulait vraiment produire des chefs d'œuvre" et cite cette opinion ni fausse ni vraie de l'acteur Peter Chatel (Eugen, l'amant snob manipulateur du Droit du plus fort) : "je ne pense pas qu'il ait fait un seul film que l'on pourrait qualifier de chef d'œuvre. Le chef d'œuvre, ce sont tous ses films et la vie et tout le reste. Les films ne sont que le reste de cette vie". (Kurt Raab, Karsten Peters, Die Sehnsucht des Rainer Werner Fassbinder, Munich, Bertelsmann, 1982)

Le toujours pauvre chroniqueur, quant à lui, doit se répéter (toutes les remarques dans la chronique du Coffret Fassbinder 2 sont valables ici), essayer de démêler l'écheveau liant chaque film, sonder les murs et le plancher, distinguer les échos. Et constater qu'un téléfilm comme Peur de la peur, relégué comme "bonus" (coffret Fassbinder, partie 4), est tout aussi intéressant que ses films. Sinon plus intéressant que certains de ses premiers films. Que son grand œuvre est un feuilleton télévisé qui n'en est pas vraiment un, Berlin Alexanderplatz. Vous qui entrez dans la maison Fassbinder, perdez ainsi presque tout espoir d'isoler un chef d'œuvre ou un monument quelconque. Faisant fi de tout trophée, filmant comme il respire, Fassbinder contredit toute possibilité bien actuelle de guide du style "Que choisir?" ou de "60 millions de mateurs". Il se passe toujours quelque chose chez lui, quelque chose d'énorme, d'intense à partir de rien dans un de ses "petits" ou "grands" films.

Technique

Les copies sont pimpantes encore une fois grâce à la restauration par la fondation RWF : le blanc presque laiteux – réussite vu l'ancienneté et les conditions chiches de production - de L'amour est plus froid que la mort, les noirs et blancs contrastés du Soldat Américain, le voile derrickien du Rôti de Satan sont là et bien là, sans forcer. La mauvaise qualité de l'image de Rio das Mortes (très, trop granuleuse, tirée d'une vieille copie vidéo qui est l'unique source existante) explique son caractère de bonus alors que le film méritait d'être mis au même plan que les précédents.

Son

Pistes d'origine mono allemandes uniquement avec sous-titres néerlandais et français amovibles avec la télécommande, aux restitutions musicales et dialogues clairs. Ce qu'il faut donc. Etrangement, on envisage mal un film de Fassbinder au son remixé en 5.1.

Suppléments

>Fassbinder à Hollywood (50 mn) – Documentaire allemand (2002) évoquant les rapports complexes entre RWF et la Terre promise du cinéma. Fassbinder n'a jamais caché son attachement au glamour hollywoodien classique et avais émis le vœu pieux – à l'époque où la critique internationale s'intéressait à lui et où l'Allemagne l'étouffait - de tourner des films aux Etats-Unis. De cette utopie qui évoque son film Rio das Mortes, ne furent concrets qu'un pied-à-terre acheté à New York et cette déclaration typique de son auteur qu'il préférait être " contraint par le système américain qu'avoir l'illusion d'être libre en Allemagne". Ce documentaire donne au début l'impression d'être un peu hors sujet en se focalisant sur l'acteur et ami de RWF, Ulli Lommel, installé comme réalisateur dès la fin des années 70 à Los Angeles. Lommel rappelle les circonstances plus qu'économiques, tiers-mondistes de tournage de L'amour est plus froid que la mort – complétée par Hanna Schygulla. Michael Ballhaus, le directeur photo de RWF, évoque son travail (et comment Fassbinder et lui imaginèrent le travelling circulaire mémorable de Martha); Wim Wenders raconte comment RWF lui proposa gentiment de frapper Coppola, producteur exécutif de son film Hammett et retourné presque entièrement par Wenders car le résultat initial déplaisait à l'auteur du Parrain. Mais au bout du compte, les trajectoires de cette nouvelle vague d'Allemands à Hollywood sont mises en avant comme une ébauche de ce qu'aurait pu être une carrière américaine de Fassbinder. Les anecdotes sont donc plus qu'intéressantes, la forme un peu décousue et l'image amusante d'un sosie de RWF (barbe, blouson, chapeau, lunettes de soleil) parmi de mauvais sosies de Superman et Marilyn - devant le célèbre Chinese Theatre de Los Angeles – rachète pratiquement une digression inutile sur la soi disante influence de RWF aux Etats-Unis, sous la forme d'un minuscule théâtre reprenant ses pièces. Et qui se voudrait un Antiteater américain, tout aussi pauvre économiquement mais pauvre artistiquement à voir les mises en scènes.

Life, love and celluloïd (90 mn) – Julianne Lorenz, présidente de la fondation RWF, est l'auteur de ce document mal fichu. Ca commence comme un film promotionnel pour l'exposition/rétrospective sur Fassbinder au Metropolitan Museum of Art de New York en 1997. Ca plaque la voix de RWF – ses indications scéniques pour Berlin Alexanderplatz - sur des images de la Grosse Pomme, filmée comme en vacances. On sent Lorenz s'essayer à un collage fassbindérien – New York assimilée au Berlin de Weimar, l'intellect contre l'entertainment vulgaire incarné par Times Square. Critiques et universitaires américains chantent les louanges de RWF, dont Lorenz essaie de mettre l'intransigeance en rapport avec le cinéma indépendant américain d'alors (Sundance). Le documentaire – trop long - n'a pas les moyens de ses ambitions, se dispersant sur des pistes de type RWF aux Etats-Unis (au travers d'allemandes âgées exilées là-bas) et offre des scènes particulièrement embarrassantes : des spectateurs interrogés à la rétrospective new-yorkaise – tous clonés sur le personnage d'intello horripilant de Diane Keaton dans Manhattan -, et une idée très ratée de mise en scène où un américain, étudiant germanophile en théâtre, danse le tango avec Rosel Zech (l'héroïne de Veronika Voss). Par rapport au titre promis, il y a beaucoup de celluloïd pour rien.

Rainer Werner Fassbinder, 1977 (30 mn) – Deux entretiens d'époque avec un RWF plutôt détendu, connaissant bien son intervieweur, le scénariste Florian Hopf. RWF fait le point sur ses projets (de la difficulté de monter des pièces de théâtre intéressantes en Allemagne), ses rapports avec ses collègues allemands et un peu de théorie. Fassbinder se livre comme à son habitude (il avoue travailler beaucoup pour ne pas être seul), fait l'acteur (images du Baal de Schlondorff) et surtout, est sur le tournage de son film Despair : images précieuses de RWF au boulot, dirigeant Bogarde et Ferreol et réglant les détails.

Rollenspiele – Frauen über Fassbinder (59 mn) – Le documentaire (2000) le plus intéressant du coffret convoque les actrices fétiches de RWF, aux interventions regroupées sous des chapitres comme La Mère, Le Pouvoir ou Le Désespoir. Rosel Zech, Hanna Schygulla et surtout Irm Hermann et Margit Carstensen (habituellement plus rares dans les documentaires sur RWF) s'expriment franchement, chacune à leur manière et miroir derrière elles, sur le démiurge sadomaso fascinant qu'était Fassbinder : Schygulla en pro rompue à s'exprimer sur RWF, Hermann très candide et Carstensen en théoricienne incisive. Anciennes victimes consentantes, elles dressent un portrait équilibré, paradoxal de l'auteur : pour Schygulla, il donnait des rôles opposés aux personnalités des acteurs; pour Carstensen, il n'a jamais manipulé ses acteurs pour qu'ils fassent semblant d'être autre chose qu'eux-mêmes. Proxénète artistique, dealer d'amours accro aux sentiments, Fassbinder n'apparaît pas avant les 10 dernières minutes – sous forme de jolies photos de tournage avec ses actrices. Il était jusque là matérialisé dans toute sa complexité parfois déplaisante par la parole de femmes visiblement encore sous le choc d'avoir tant donné à cet homme. Presque comme des alcooliques anonymes repenties.

Par Leo Soesanto - le 14 décembre 2005

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