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Test blu-ray

Ray Harryhausen - Le géant des effets spéciaux

BLU-RAY - Région B
Sidonis / Calysta
Parution : 15 / 10 / 2020

Image


le monstre vient de la mer

Les trois films présentés ici étaient déjà proposés dans le coffret The Wonderful Worlds of Ray Harryhausen, Volume One: 1955-1960, édité par les Anglais de Powerhouse Indicator en septembre 2017 à partir de masters restaurés. Trois ans plus tard, Sidonis/Calysta reprend donc ces restaurations pour le marché français. L’impression générale est déjà plutôt bonne pour ce premier film de 1955, qui affiche d’abord une belle propreté (à part quelques rares points blancs) et une stabilité sans faille. Il faut avoir à l’esprit qu’on a affaire à trois types d’images différents. Le Monstre vient de la mer utilise de nombreux stock-shots techniquement plus perfectibles (plus sales, plus granuleux, bien moins définis, avec des pulsations lumineuses). Ensuite et bien sûr, il contient aussi de nombreuses séquences d’effets spéciaux qui ont nécessité plusieurs expositions et recombinaisons de plans, qui font baisser la qualité du rendu en termes de précision, de luminosité et d’harmonie entre différents plans de l’image. Enfin, les scènes en tournage réel se montrent généralement séduisantes avec un bon piqué (le rendu des matières et des étoffes l’atteste) et une échelle de gris étendue. Les contrastes, dans ce cas, sont soutenus avec des noirs francs (à l’exception de quelques scènes). Néanmoins, la définition peut baisser de façon évidente dans les séquences en basse lumière, et l’on note du pompage sur les scènes d’extérieur en mer. On déplorera enfin tout de même un bruit vidéo trop accentué (même si la compression ne démérite pas dans l’ensemble). En résumé, malgré des problèmes inhérents aux conditions de tournage et à la nature des effets spéciaux, en dépit d’un scan 2K probablement ancien, le rendu HD est bien présent avec un respect du grain d’origine. Le comparatif ci-dessous montre le bond qualitatif entre le DVD anglais et ce Blu-ray :

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Conformément au souhait exprimé par Ray Harryhausen qui regrettait de ne pas avoir pu tourner en couleur, Le Monstre vient de la mer a bénéficié - si l’on peut dire - d’une colorisation récente (supervisée par le maître, satisfait par l’opération). Cette édition propose donc également la version colorisée. Le procédé peut faire illusion parfois, surtout lors des scènes en extérieur et pour celles dotées des effets spéciaux conçus par Harryhausen. Le choix des couleurs se révèle alors crédible. Mais il faut se faire à la carnation des comédiens qui semblent avoir passé trop de temps sous les UV, et à une Faith Domergue qui a l’air de s’être endormie sur son pot de fond de teint. La qualité de la colorisation baisse néanmoins dans les scènes sombres. Cela dit, ce traitement ne dénature pas vraiment les caractéristiques de l’image de base. Le spectateur a le choix, c’est le principal.


les soucoupes volantes attaquent

Les remarques techniques faites pour Le Monstre de la mer restent plus ou moins valables pour ce deuxième film du coffret. Globalement, l’image des Soucoupes volantes attaquent, issue d’un master restauré 2K, est plutôt séduisante et digne d’une édition haute définition. Il est évident que jamais nous avions vu ce film dans de telles conditions (après les Britanniques, en 2017). Mais dans le détail, plusieurs éléments nous font tiquer. Le master a été très bien nettoyé, même si quelques rayures discrètes apparaissent de temps à autre, et la stabilité est de mise. L’image est généralement très lumineuse, mais ce critère varie selon les séquences. A vrai dire, c’est l’irrégularité du rendu dans tous les domaines qui pose question. On ne veut pas parler ici des différences de propreté, de granulation et de piqué entre les scènes originales et les différents stock-shots, logiquement plus abîmés et moins définis, cela est parfaitement normal. Il en va de même pour les plans composites avec incrustations où la définition globale baisse en qualité, normal aussi. C’est plutôt qu’on a parfois l’impression que le rendu varie au sein d’une même séquence tournée, comme si on avait affaire à plusieurs sources sans que l’on puisse évidemment le confirmer. Ceci est éloquent dans une des premières séquences, celle dans laquelle le couple roule en voiture : une fois qu’ils remontent dans leur auto après l’apparition de la soucoupe, l’image a changé, elle est devenue plus grossière (moins définie, plus granuleuse). Même chose pour les contrastes : parfois ils sont très bien gérés avec du relief et des noirs profonds, une échelle de gris étendue, parfois le gamma semble avoir été réglé pour remonter toutes les valeurs. Pour le piqué, nous pouvons avoir affaire à des plans rapprochés et des gros plans magnifiques de précision (comme le montre le rendu des matières) comme à des plans où il se met à chuter. Des remontées de grain numérique peuvent aussi se produire mais cela reste rare même si la compression n’est pas optimale. Enfin, malgré un peu de lissage, l’aspect argentique est globalement respecté. Bref, on ne désire pas ici donner l’impression d’être trop sévère en mettant le nez dans l’image ; sachez que ce film bénéficie globalement de caractéristiques techniques attrayantes, même s'il faut composer parfois avec des plans dégradés.

Les Soucoupes volantes attaquent a aussi profité des progrès techniques en la matière pour être colorisé, selon les souhaits initiaux de Ray Harryhausen. Même si le risque de sursaturation des couleurs est toujours présent, le résultat est plus encourageant que pour Le Monstre de la mer. Les puristes feront logiquement la moue et pourront crier au scandale, mais l’honnêteté nous amène à dire que les séquences à effets spéciaux gagnent souvent en réalisme et en spectaculaire. Cela reste une option intéressante.

à des millions de kilomètres de la Terre

Le rendu technique pour ce troisième film du coffret est assez analogue à ceux des deux premiers. Mais on sent quand même une légère amélioration du résultat global au niveau de la régularité des plans et de la précision des images. Et l’on retrouve le même défaut principal, à savoir la montée de grain numérique sur plusieurs séquences. On relèvera aussi quelques pulsations, bien visibles dans les hautes lumières, mais sans qu’elles gênent vraiment le visionnage, ainsi que quelques noirs charbonneux au sein de plans bruités. Au chapitre des réjouissances, on a affaire à de la véritable HD (malgré l’usage de réducteur de bruit, pas trop nuisible), à une échelle de gris plutôt étendue, des contrastes plutôt soutenus, une texture argentique perceptible et un binôme propreté / stabilité quasiment irréprochable (digne d’une bonne restauration malgré la présence de quelques points blancs et rares griffures). La définition générale est satisfaisante, et même très belle sur certains plans comme en témoigne le rendu des matières (un scan plus récent les aurait encore bien plus mises en valeur). A ce niveau, et peut-être sommes-nous redondants, il ne faudrait pas incriminer le master pour des chutes de définition lors des plans composites, puisque l’usage des différentes générations de pellicule servant aux surimpressions provoque naturellement cet effet. Ainsi donc ces types de scènes présentent à la fois une baisse de piqué global ainsi que des écarts marqués de définition entre l’avant-plan et l’arrière-plan. A cela, une éventuelle restauration magique de type 8K ou 16K (oui, délirons un peu) ne pourra rien y changer. En résumé, ce master pour une série B des années 50 disposant de moyens limités est tout à fait convaincant.

Enfin, en ce qui concerne le processus de colorisation, deux observations principales ressortent clairement. En premier lieu, tout ce qui a trait au monstre Ymir se révèle plutôt réussi avec une teinte verte parfaitement seyante et une inscription dans l’environnement assez agréable à l’œil. Les plans à effets spéciaux y trouvent aussi leur compte, et l’on sait que Ray Harryhausen (qui a validé la colorisation avec émerveillement) pensait ses effets en couleur. En revanche, la transformation pour les acteurs est franchement calamiteuse de notre point de vue : dotés d’une carnation jaune/verdâtre, tous les personnages semblent atteints de jaunisse. Heureusement, le choix reste possible pour le cinéphile de choisir sa version préférée.

Son


le monstre vient de la mer

Ce Blu-ray propose deux bandes-son originales en mono et dans un remixage 5.1.  A vrai dire, les différences entre ces deux pistes sonores sont très minimes. Les voix des comédiens sont un peu plus détachées vers l’avant sur la scène frontale pour la piste multicanale, mais de façon artificielle, et l’on note une très légère aération mais absolument rien de frappant ne se ressent. Quant aux enceintes arrière, elles parviennent à rester on ne peut plus discrètes. On retiendra les bonnes caractéristiques de base de ces deux pistes : une clarté générale malgré quelques stridences et un bon équilibre entre les différentes sources. On privilégiera tout de même la bande-son mono d’origine, un peu plus naturelle dans son équilibre et ses effets.

les soucoupes volantes attaquent

Ce film est disponible en version française, ainsi ce sont trois pistes sonores qui nous sont proposées. Toutes les trois sont propres et parfaitement claires mais ne se valent pas. Bravo pour l’effort d’avoir inclus une VF mais celle-ci présente des caractéristiques habituelles : voix trop placées en avant avec un peu de réverbération, équilibre avec les ambiances (étouffées) moins naturel, sans oublier un doublage aux fraises sur un plan dramatique. Il faudra donc se tourner vers les pistes originales, de très bonne qualité (équilibrées, profondes, vivantes), en DTS-HD MA mono 2.0 ou 5.1. A vrai dire, la différence entre les deux bandes-son relève de l’infinitésimal à part peut-être pour la musique et quelques rares effets sonores.

à des millions de kilomètres de la Terre

Deux pistes sonores sont proposées : la version originale dans son mono d’origine et dans un remixage 5.1. Encore une fois, nos oreilles ne sursauteront pas en tentant de départager ces deux bandes-son, très proches dans leur nature. La piste 5.1 ne comporte aucune amélioration notable au niveau des basses, les effets surround sont absents, et seule peut-être la musique gagne un poil en ampleur. Quant aux cris de la créature, ils sont suffisamment mis en valeur dans la version 2.0 au point que la piste multicanale n’apporte rien. La piste mono est donc parfaitement exploitable, bien datée certes, mais claire, propre et équilibrée dans son mixage des différentes sources. Aucune version française n’est disponible mais on ne s’en plaindra pas : le jeu des comédiens américains et italiens est déjà assez navrant en VO, on n’ose imaginer ce qu’un doublage français peut donner...

Suppléments


le monstre vient de la mer

Tim Burton face à Ray Harryhausen (27 min 10 - 1.85 - SD - 2007)
Il s’agit d’un entretien enregistré au domicile du vieux maître des effets spéciaux. Le cinéaste de Mars Attacks !, Edward aux mains d’argent et Ed Wood, biberonné aux films de monstres des fifties, visiblement ému et enthousiaste, prend un grand plaisir à bavarder avec Ray Harryhausen. En position à la fois de fan et d’expert, Tim Burton questionne ici l’un de ses mentors sur ses créations, la fabrication des soucoupes volantes, des divers monstres, la praticité des techniques utilisées. Ils parlent des budgets alloués pour ces films de série, évidemment très minces. Burton insiste sur la personnalité et l’aspect artistique et poétique des créations du maître. Harryhausen évoque sa complicité professionnelle avec Charles Schneer, son travail avec les scénaristes ; il était alors seul aux manettes des effets spéciaux à l’époque, un aspect artisanal révolu depuis. Les deux artistes abordent sa faculté d’apporter de l’émotion aux créatures fantastiques, l’influence de Willis O’Brien et King Kong, l’héritage des films fantastiques et de monstres des années 50 sur Burton, nostalgique de la technique de stop motion. Ils rigolent des légendes autour des extraterrestres, rappellent la peur de l’inconnu propre à ces années 50, la crainte du progrès scientifique (la radioactivité surtout), la paranoïa liée alors à au contexte géopolitique qui innervent les films. Ils insistent sur la magie liée aux manipulations des créatures, sur l’aspect organique de la fabrication, et enfin le rôle du son et de la musique. Ils concluent sur la colorisation des productions de Ray Harryhausen, qui correspond à un souhait ancien entravé par le manque d’argent. Celui-ci dessinait ses créatures en noir et blanc, influencé par Gustave Doré. Il a d’ailleurs supervisé le processus de colorisation et s’en montre plutôt satisfait. Harryhausen aime les monstres, ne considère pas ses œuvres comme des films d’horreur et apprécie la grande faculté de compréhension des enfants. Et nous-même de beaucoup apprécier cet entretien informel et chaleureux.


Matériel publicitaire d’origine (17 min 53 - 1.85 - SD - 2007)
Le producteur Arnold Kunert, connaisseur de l’œuvre de Ray Harryhausen et grand collectionneur d’articles, d’illustrations et de plaquettes publicitaires des années 50, nous fait une présentation sérieuse et savante de ce matériel publicitaire d’un autre âge mais qui revêt un caractère nostalgique fort. Il estime que Le Monstre vient de la mer a bénéficié du meilleur matériel publicitaire des trois films en noir et blanc produits par la Columbia. Kunert nous décrit en détail les caractéristiques, les tailles et l’usage promotionnel des affiches, des photos et des lobby cards selon les objectifs visés et le type de salles de cinéma. Il nous expose beaucoup de documents différents qui témoignent d’une toute autre époque où naïveté, créativité et logique commerciale pure faisaient bon ménage. Kunert aborde ensuite la conception des bandes-annonces, souvent particulièrement longues alors, et le rôle grandissant de la télévision qui obligeait à adapter leur durée. Il s’arrête sur la fameuse créature Ymir (20 Million Miles to Earth) qui eut un énorme succès auprès des fans et dont la publicité s’est emparée. Il insiste aussi sur l’aspect historique des plaquettes publicitaires qui « révèlent l’orientation de l’industrie dans les années 50 et 60. »  La présentation de l’intervenant n’évite pas le didactisme mais son témoignage reste très intéressant, rien que par la quantité d’archives illustrées qui nous sont présentées.


A propos du film - Ray Harryhausen se souvient du film (21 min 45 - 1.85 - SD - 2007)
Dans ce module, le maître, très disert, raconte les origines du projet, sa rencontre déterminante avec Charles H. Schneer, les conditions de travail avec Sam Katzman, producteur de ces premiers films à petit budget. Il souhaitait alors travailler seul dans son propre studio, en toute liberté et avec son propre équipement. 7-8 mois de montage furent nécessaires pour achever ses effets spéciaux dans sa « boutique » à Culver City. Harryhausen parle de ses recherches pour concevoir la pieuvre géante (il prit la liberté d’éliminer deux tentacules !), de la conception de ses story-boards, de l’approche documentaire assumée du scénario, de la gestion compliquée des mouvements de la créature (une glace déformante simulait l’eau, associée à des projections de scènes aquatiques), des multiples expositions de la pellicule pour la combinaison des divers plans truqués et live. Il aborde plus en détail la destruction des bâtiments par les tentacules et les techniques utilisées pour la séquence du pont de San Francisco (une miniature). On retient avant tout l’aspect pionnier de son artisanat, où il était question de tout défricher et de tout inventer. Un documentaire intéressant, illustré par des extraits du film en couleur, et auquel s’ajoutent deux interventions extérieures, pas vraiment utiles toutefois. Celle du superviseur des effets spéciaux John Bruno, qui relate sa découverte des effets spéciaux de Ray Harryhausen via Le Monstre vient de la mer et la destruction du Golden Gate Bridge ; et celle de John Canemaker, réalisateur, écrivain et historien du cinéma, qui aborde les défis que devait relever Harryhausen pour générer précisément des mouvements adéquats.



les soucoupes volantes attaquent

Entretien avec Joan Taylor (17 min 30 - 16/9 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Cette aimable femme de 78 ans (à l’époque de cette interview, elle nous a quittés depuis) commence par s’étonner de la postérité des deux films fantastiques qui lui ont apporté une certaine célébrité. L’actrice, qui petite rêvait d’être Shirley Temple, raconte son parcours. Dès sa jeunesse, elle regardait de nombreux films dans la salle de cinéma qui appartenait à son père. Après avoir étudié la musique et la danse, elle participe à des shows pour l’USO, l’organisme chargé de divertir les forces armées américaines, avant d’être acceptée en 1946 dans le fameux Pasadena Playhouse, le centre californien d’arts et de spectacle, où elle rencontre son mari scénariste. Remarquée par le comédien Victor Jory, elle est engagée pour jouer à ses côtés (et Randolph Scott) dans Fighting Man of the Plains ; c’est le début d’une carrière émaillée de nombreux westerns, un genre qu’elle affectionnait. Elle parle ensuite de son expérience dans le musical Rose Marie réalisé par Mervyn LeRoy et chorégraphié par Busby Berkeley. Lâchée par Paramount, elle fait la connaissance du producteur Charles Schneer pour Les Soucoupes volantes attaquent. Elle souligne sa bonne entente avec l’acteur Hugh Marlowe, syndicaliste motivé, et aborde le tournage du film à travers des lieux qui l’impressionnent encore aujourd’hui (les marches du Capitole, le Pentagone, Washington D.C., Zuma Beach à Malibu.) L’année suivante, elle enchaîne sur A des millions de km de la Terre avec comme partenaire William Hopper (fils de la célèbre et redoutable chroniqueuse Hedda Hopper). Actrice free-lance, elle a ensuite participé à nombre de séries télés. Elle évoque tendrement son mari Leonard Freeman, le créateur de la série Hawaï Police d’Etat. Enfin, elle profite de l’occasion pour remercier Ray Harryhausen, qu’elle n’a pas eu l’opportunité de rencontrer, toute fière d’avoir pu jouer dans ces films. Cet entretien joue surtout sur la fibre émotionnelle mais les anecdotes remémorées ici se révèlent peu intéressantes. Nous sommes en présence d’une grand-mère sympathique et attendrissante, mais force est de constater que l’on n’apprend pas grand-chose.


Bernard Gordon sur la liste noire (29 min 28 - 16/9 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Produit également par Rosas Productions, voilà un document bien plus captivant. Del Reisman, membre éminent de la Writer’s Guild of America, est convié pour nous parler des ravages du maccarthysme au sein de Hollywood et du travail de reconnaissance pour les victimes entrepris bien des années plus tard. Il démarre par un rappel historique de la situation dès la fin des années 1940 : le Comité des activités anti-américaines, le contexte géopolitique de la guerre froide, la suspicion généralisée, les accusations infondées, le déni de démocratie, les conséquences sur le travail des artistes blacklistés, la peur qui s’emparait du tout-Hollywood. Les auteurs pouvaient travailler sous une fausse identité. Reisman cite donc Bernard Gordon, le scénariste des Soucoupes volantes attaquent,  blacklisté durant 15 ans, qui dut vivre et travailler en Europe. Son nom a dû être changé sur une dizaine de films qu’il a scénarisés. L’exemple de Hellcats of the Navy est cocasse puisqu’il s’agit du film où Ronald Reagan, anticommuniste forcené et futur président, et sa future femme Nancy se sont connus. Il a des mots gentils pour Bernard Gordon et rappelle la critique de Leonard Maltin sur l’intelligence des dialogues des Soucoupes volantes attaquent. Gordon était content d’avoir pu contribuer à la réussite du projet de Ray Harryhausen. Au début des années 90, la Guilde des scénaristes travaille donc en petit comité pour rendre justice aux auteurs blacklistés et remettre leur vrai nom au générique des films. Et ce, malgré les réticences, la mauvaise conscience et les malheurs des familles touchées par cette discrimination. Après un long travail de recherches, le comité a pu faire modifier le générique de 94 films. Reisman évoque les cas emblématiques des scénaristes Dalton Trumbo, Carl Foreman et Michael Wilson, ainsi que leur reconnaissance tardive Reisman cite l’exemple du Pont de la Rivière Kwai avec la mention « écrit par Pierre Boulle » en lieu et place des noms de Foreman et Wilson. Autre exemple convoqué : Lawrence d’Arabie pour lequel David Lean est allé chercher Robert Bolt pour réécrire le script de Michael Wilson, qu’il appréciait mais jugeait trop politique. La Writer’s Guild of America honora aussi Kirk Douglas comme producteur de Spartacus pour avoir placé dès l’origine le nom de Trumbo à l’écran, une histoire déjà bien fameuse. Le travail engagé et méticuleux pour l’honneur et la vérité, voilà ce qui ressort de cet entretien finalement assez instructif.


Souvenirs du film - Ray Harryhausen se souvient (21 min 26 - 16/9 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Au tour du maître de livrer ses souvenirs à propos des Soucoupes volantes attaquent dans ce documentaire illustré par de nombreux extraits du film (dans sa version colorisée). Harryhausen dévoile un peu l’historique du projet initié par Charles Schneer. Le magicien des effets spéciaux a effectué beaucoup de recherches sur les ovnis, a consulté de nombreux livres et s’est même rendu chez l’ufologue George Adamski, qui prétendait avoir communiqué avec des extraterrestres ! Plusieurs réunions avec Schneer et Curt Siodmak ont servi à dégager une intrigue de base en vue de la rédaction du script, ce qui renseigne à nouveau sur le rôle créatif de Harryhausen dans l’élaboration de l’histoire. Les Soucoupes volantes attaquent a constitué « un défi pour l’animation » selon lui, qui nous  fournit quelques éclaircissements sur la conception des soucoupes, comme l’ajout d’éléments de rotation pour le « concept d’anti-gravité ». Le réalisateur et historien du cinéma John Canemaker intervient brièvement pour parler du réalisme des soucoupes volantes, impressionné par le travail de Harryhausen. Ce dernier explique ensuite l’effet spécial des rotations, photographiées image par image, le fonctionnement du piédestal amovible, la création des costumes des aliens avec la volonté de les rendre « semi-humains ». Autre « grand défi » : la destruction d'immeubles et de monuments. Il s’attarde aussi sur la fabrication des plans composés, propre à son processus de Dynamation, et sur l’usage nécessaire des stock-shots pour les scènes de foule ou tirés d’autres films. Ray Harryhausen se montre ravi de l’influence qu’il a eue sur Tim Burton et Mars Attacks ! C’est l’occasion de terminer son intervention sur son héritage, la postérité de ses œuvres et leur influence sur ses admirateurs devenus artistes (notamment Steven Spielberg, George Lucas ou Tim Burton). A ce sujet, viennent s’exprimer le concepteur d’effets spéciaux Stan Winston, le scénariste-réalisateur Frank Darabont et le cinéaste Terry Gilliam qui rendent tous hommage au maître. La transmission est un concept qui importe énormément à Ray Harryhausen, dont les yeux pétillants rappellent toute la magie de l’enfance et sa soif d’imaginaire.



à des millions de kilomètres de la Terre

David Schecter et la musique du film (22 min 34 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Sous-titré « Mischa Bakaleinikoff, le héros méconnu de la musique de film », ce documentaire se charge de mettre en lumière le travail de ce compositeur méconnu dont le nom revient pourtant souvent dans les génériques d’une certain type de productions, même s’il n’est jamais crédité précisément comme « compositeur ». David Schecter, producteur musical, commence d’abord par rappeler la distinction entre série A et série B et ce que cela signifiait en termes d’accompagnement musical pour chacune de ces deux catégories. Au studio Columbia, Mischa Bakaleinikoff était ainsi chargé d’effectuer ce travail spécifique dédié aux films de série B, en mêlant des extraits de musiques existantes à des éléments originaux composés par ses soins. Enormément de série B de la Columbia reprenaient des thèmes similaires supervisés par Bakaleinikoff qu’il modifiait à sa guise. David Schecter parle opportunément de « style patchwork ». Auteur de nombreux morceaux dévolus aux montres, Bakaleinikoff se faisait « sa propre bibliothèque de thèmes » qu’il réutilisait régulièrement. Schecter décrit le thème spécifique de la créature Ymir d’A des millions de km de la Terre, formé d’une suite de quatre notes (une combinaison prisée par le compositeur) jouée au Novachord (un clavier électronique), un thème décliné tout au long du film avec des arrangements et des instruments différents. Toutefois, on apprend aussi que Bakaleinikoff a composé une bonne partie de la bande originale de ce film (qui comporte 95 morceaux au total !). Sont également évoqués des thèmes d’amour empruntés à Werner Heymann (pour le film The Mating of Millie) et d’autres films qui servaient de source musicale comme Trial and Escape (1942). Enfin, l’intervenant explique la façon dont Bakaleinikoff a réarrangé un thème dissonant de comédie dramatique pour le thème de la fusée qui s’écrase au début du film. Illustré par de nombreux extraits des productions Charles Schneer, ce documentaire a la bonne idée d’explorer une thématique généralement peu prisée.


La colorisation (11 min 03 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Ray Harryhausen répète à l’envi qu’il aurait volontiers tourné ses premiers films en couleur si la production avait disposé du budget adéquat. Il accueille donc très chaleureusement la colorisation pour une catégorie de films comme les siens. Les responsables de la société Legend Films ont su le convaincre au moyen de quelques exemples. Barry Sandrew, David G. Martin et Rosemary Horvath, respectivement fondateur, directeur et designer de Legend Films, reviennent ici sur le travail de colorisation et manifestent leur enthousiasme. Sandrew est fier de ses réussites techniques après des années de critiques négatives sur sa profession, et également fier d’avoir permis à Harryhausen de parachever ses créations (il avait dès l’origine imaginé la couleur verte pour sa créature Ymir). L’accent est mis en priorité sur la vision artistique et le ressenti par rapport à la nature de l’image et à la conception des plans, la technique venant ensuite concrétiser le travail au moyen d’algorithmes sophistiqués. Est enfin abordée succinctement la technique de nettoyage image par image consistant à effacer les rayures, les lignes et les grains de poussière. Ce court document, de par les enjeux évoqués et le plaisir ressenti à la tâche, se révèle plus intéressant qu’on l’imaginait, que l’on soit favorable ou pas au processus de colorisation des films.



Souvenirs - Ray Harryhausen se souvient du film (27 min 02 - DD 2.0 - VOST - 2007 - SD)
Ce documentaire, illustré par de nombreux extraits du film en couleurs et des dessins de préparation, donne la part belle à Ray Harryhausen et à 20 Million Miles to Earth. On retrouve ici quelques intervenants présents dans les documentaires consacrés aux deux films précédents - Terry Gilliam, Stan Winston, John Canemaker - auxquels viennent s’adjoindre les frères Chiodo (spécialistes des effets spéciaux et concepteurs de créatures), Rick Baker (fameux maquilleur SFX) et le cinéaste John Landis. Chacun se souvient de sa découverte du cinéma de Harryhausen, et notamment de la créature vénusienne (avec sa forte dimension empathique) qui leur fit forte impression au sein du bestiaire imaginé par le vieux maître. Ils expriment aussi leur propre vision de son cinéma, parlent des traits caractéristiques de son œuvre qui les avaient touchés dans leur jeunesse, rappellent cette singularité d’artisan/artiste/auteur qui caractérise Harryhausen et son travail. Ce dernier évoque sa créature Ymir, inspirée par la mythologique nordique, avant de préciser son développement et d’expliciter plus généralement l’écriture du scénario à partir de son traitement initial de deux pages. Le processus de création se faisait à partir de concepts et de dessins qui venaient nourrir le travail des scénaristes. Pour une fois, Harryhausen revendique clairement la paternité du projet initial mais sans jamais minorer le travail des scénaristes avec lesquels il a collaboré. On évoque également ici les points communs avec King Kong (et même E.T.), le lent processus de fabrication d’Ymir jusqu’à forme définitive, son physique particulier et composite (avec sa dimension humanoïde essentielle), puis son animation, en particulier les techniques utilisées pour créer sa respiration et le clignement de ses yeux. On s’attarde sur quelques séquences comme celle mettant Ymir aux prises avec un chien (le dysfonctionnement de sa marionnette aboutit à l’idée judicieuse de filmer leur combat au moyen d’ombres portées), l’étonnante scène de combat contre l’éléphant du zoo avec son impression de réalisme due à la gestion du poids des créatures, la scène de l’éclosion et le finale dramatique. Si toutes les explications et analyses ne sont pas du même niveau, on ressort néanmoins satisfait de ce documentaire qui n’oublie pas de laisser libre cours à l’émotion.




Par Ronny Chester - le 2 décembre 2020

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