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Critique de film
Le film

Le Monstre vient de la mer

(It Came from Beneath the Sea)

Partenariat

L'histoire

Découverte dans les grands fonds par un sous-marin chargé de torpilles nucléaires, une pieuvre géante sort de son territoire de chasse pour faire route vers San Francisco. Si l'armée tente de l'arrêter, la créature atteint bientôt la ville...


Analyse et critique

Le Monstre vient de la mer est le film qui marque le début de la fructueuse collaboration entre Ray Harryhausen et Charles H. Schneer. Après des premiers pas sous la tutelle de George Pal puis de son mentor Willis O’ Brien sur Mighty Joe Young (1949), Harryhausen vole de ses propres ailes au cinéma en gérant la créature du Monstre des Temps Perdus (1953) d’Eugene Lourié et son nom commence à se faire connaitre dans l’industrie. C’est ainsi que Charles H. Schneer pense à lui au moment de produire Le Monstre vient de la mer. L’idée du film lui vient lorsque l’armée effectue les premiers tests de bombe à hydrogène dans les îles Marshall, et il se prend à imaginer l’émergence d’une créature sous-marine titanesque qui aurait été réveillée par l’expérience. Cela ne semble matérialisable qu’à travers la technique de stop-motion et c’est donc tout naturellement que Schneer ira taper à la porte de Harryhausen.


A l’époque Schneer est associé au producteur Sam Katzman, sous contrat avec la Columbia pour la production de séries B à petit budget. Le Monstre vient de la mer existe surtout pour parfaire l’entente entre Schneer et Harryhausen à l’aune de futurs projets plus marquants mais ne constitue pas un film particulièrement original ou réussi en soi. Le parti pris sera de façonner un récit qui s’équilibre entre approche documentaire, légère touche romantique grand public et déploiement spectaculaire de la créature sous-marine. Les velléités réalistes concernent la première partie où la découverte, l’étude et la traque liée à la créature se fait dans un rigoureux cadre militaire. L’interprétation solide surmonte les clichés, tant dans les interactions officielles (la traditionnelle incrédulité des officiels face à l’impensable) que dans la romance entre Kenneth Tobey et Faith Domergue. Les tunnels de dialogues et l’usage massif de stock-shots (quasiment tous les extérieurs marins) sont donc autant de prétextes pour économiser de l'argent et ménager les apparitions de la créature. La suite prouvera que l’art de Ray Harryhausen ne se déploie jamais aussi bien que dans des cadres purement imaginaires et essentiellement conçus pour mettre en valeur son bestiaire fantastique. Il a pourtant ici une contrainte de réalisme qui ne s’accorde pas toujours avec les moyens mis à disposition.


On connaît la rigueur qu’accorde Harryhausen aux proportions et à l’anatomie de ses créatures, mais il devra faire face à quelques renoncements ici comme réduire de huit à six le nombre de tentacules de sa pieuvre géante. Ces dernières n’apparaissent jamais en même temps, sont animées séparément mais doivent donner l’illusion de provenir de la même source qu’est le corps de la pieuvre, qui est le plus souvent hors-champ lors de ses assauts. Harryhausen use de toutes les astuces possibles pour rendre ses apparitions saisissantes. On aura de la rétroprojection sur maquette pour signifier ses proportions monumentales, que ce soit lorsqu’elle attaque un bateau, surgit sur une plage ou attaque la ville lors du finale. L’incrustation permet de faire surgir les tentacules dans des environnements urbains qui permettent une interaction concrète avec les civils, un choix qui ne repose pas uniquement sur le contre-champ d’un visage effrayé. Le collage de pellicule mêle des décors de studio où évolue le monstre avec les prises de vues réelles faites de mouvement de foule apeurée où là aussi la menace se fait plus directe.


L’inventivité de Ray Harryhausen ne gomme cependant pas certaines limites. La mise en scène raide et impersonnelle de Robert Gordon trahit constamment qui a filmé quoi, et le faible budget laisse passer quelques grosses imperfections (le finale en mer est des plus laborieux) au regard des standards de l’époque. On n’a ni le sens de la démesure apocalyptique du Godzilla (1954) d’Ishiro Honda, ni l’inquiétante poésie du Jack Arnold de Tarantula sorti la même année, et encore moins l’efficacité redoutable de Des Monstres attaquent la ville(1954)  de Gordon Douglas. Le Monstre vient de la mer à savourer pour le savoir-faire de Harryhausen qui fait des miracles avec les moyens mis à sa disposition, mais cela reste un film de monstre impersonnel dans la tendance du moment. Ray Harryhausen restera contraint par les courants à la mode avec Les Soucoupes volantes attaquent à venir, mais il y renforcera les liens avec Charles H. Schneer pour des lendemains plus mémorables.

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 2 décembre 2020