Menu
Test blu-ray

Muriel ou le temps d'un retour

BLU-RAY - Région B
Potemkine Films
Parution : 3 / 11 / 2020

Image

Muriel ou le temps d'un retour a été restauré en 4K par Eclair, en 2015, à partir du négatif original 35mm. Il s'agit du même master sorti en 2016 chez les Américains de Criterion. Le rendu apparaît solide, conforme aux travaux habituels du laboratoire. L'image est précise et détaillée, les gros plans sont très convaincants, dans un ensemble stable et totalement nettoyé. Les contrastes sont ajustés, la profondeur des noirs passant inaperçue la plupart du temps. Quelques plans nocturnes ou plus sombres pourront paraître insuffisamment contrastés : il s'agit de l'étalonnage d'origine, tel que vu en salle, à l'époque. La colorimétrie semble très fidèle aux caractéristiques photochimiques, désormais retrouvées après des masters qui les avaient sensiblement retouchées : pas de couleurs vives ou accentuées, la palette est conforme à l'ambiance souhaitée, restreinte aux gris et aux marrons. L'image est finement texturée par un grain qui n'a pas été estompé, bien géré par un encodage presque sans faille : pendant le générique de début (lettrages sur fond noir), on peut apercevoir quelques artefacts de compression. Une très belle présentation, au demeurant, qui rectifie (enfin !) l'erreur de ratio du DVD Arte sorti il y a bientôt vingt ans...

comparatif DVD Eureka (2009) vs. Blu-ray Potemkine (2020) : 1 2 3 4 5 6

comparatif DVD Arte (2004) vs. Blu-ray Potemkine (2020) : 1 2 3 4 5 6 7 8

Son

La bande-son a été restaurée par L.E. Diapason, le rendu est sobre, clair et dénué de toute trace d'usure. Le mixage conserve un bon équilibre avec les ambiances et les brèves apparitions musicales. On relève un très léger souffle en arrière-plan. Des conditions d'écoute très fidèles au matériau d'origine.

Suppléments

Celles et ceux qui possédaient déjà les deux versions numériques précédentes de Muriel n’hésiteront sans doute pas à se procurer cette édition en Blu-ray. Non seulement parce que Potemkine leur offre enfin une version techniquement satisfaisante de ce chef-d’œuvre resnaisien, mais aussi parce que l’éditeur l’accompagne de suppléments inédits. Fournis (ils représentent presque deux heures de visionnage), ces bonus sont pour l’essentiel de très belle qualité.

Delphine Seyrig et Muriel (28 min - 1080i)
Le premier module consiste en une intervention d’Alexandre Moussa, auteur d’une thèse (en cours) sur Delphine Seyrig. Le doctorant revient pendant presque une demi-heure sur la principale interprète de Muriel. Fort d’une impeccable érudition cinéphile, Alexandre Moussa apporte de passionnants éclairages sur l’importance qu’a revêtue pour Delphine Seyrig sa collaboration avec Alain Resnais. Après avoir rappelé que ce fut sa prestation dans L’Année dernière à Marienbad qui la révéla comme actrice de cinéma, Alexandre Moussa analyse ensuite avec une belle finesse son travail de comédienne pour Muriel. Détaillant la méthode de Delphine Seyrig fondée avant tout sur la composition, l’universitaire démontre que ce refus du naturel s’inscrit avec une brillante réussite dans le cadre d’un film destiné à faire éclater les faux-semblants, ceux de la société ainsi que de l’Histoire. Alexandre Moussa évoque par ailleurs la collaboration étroite entre Delphine Seyrig et Alain Resnais, y compris pendant la préparation minutieuse du tournage, offrant ainsi d’intéressants aperçus sur le processus créatif du cinéaste. Les remarques du doctorant sur le jeu des autres interprètes achèvent de faire de ces commentaires une stimulante synthèse à propos de Delphine Seyrig comme de Muriel. Un film qui lui valut la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine à la Mostra de Venise.


Boulogne ou le temps d'un retour (25 min - 1080i)
Le deuxième bonus prend la forme d’une intervention de François Thomas, universitaire à qui l’on doit notamment L’atelier d’Alain Resnais et Alain Resnais, les coulisses de la création. Ce spécialiste s’il en est de l’auteur de Muriel revient plus particulièrement sur le traitement des espaces dans le film. François Thomas remet ainsi en perspective le choix par Alain Resnais et son scénariste Roland Cayrol de Boulogne-sur-Mer. Une ville marquée par des traumas historiques (notamment sa destruction partielle durant la Seconde Guerre mondiale) que s’efforce de refouler une reconstruction d’une audacieuse modernité. Boulogne-sur-Mer se fait ainsi le miroir idéal des personnages de Muriel eux-mêmes affectés par des blessures infligées par l’Occupation et, surtout, la Guerre d’Algérie. Des traumatismes que tous et toutes cherchent à oublier, jusqu’à ce que l’intensité de ceux-là déchire le voile rassurant du quotidien. Revenant sur les repérages effectués par d’Alain Resnais et ses principaux techniciens à Boulogne-sur-Mer, François Thomas analyse par ailleurs les choix de photographie et de montage qui en ont résulté. L’universitaire met en évidence la réalisation « tachiste » (le mot est de Resnais lui-même) de Muriel, présentant les espaces extérieur et intérieur de manière volontairement fragmentaire. Un traitement "façon puzzle" de Boulogne-sur-Mer comme de l’appartement d’Hélène (Delphine Seyrig) qui épouse le regard psychique de personnages se refusant à embrasser un réel devenu insupportable.


La guerre d'Algérie au cinéma (27 min - 1080i)
Le troisième supplément vient compléter les deux précédents en proposant une synthèse sur l’histoire de la représentation de la Guerre d’Algérie dans les cinémas français et algérien. On la doit à Mouloud Mimoun, notamment le coordinateur du « premier catalogue recensant les films français et algériens ayant pour thème la guerre d’Algérie » pour l’Institut du Monde Arabe en 1992. Remontant aux tout premiers films réalisés pendant le conflit lui-même, le journaliste notamment spécialiste du cinéma maghrébin rappelle justement que la Guerre d’Algérie (ou d’Indépendance ainsi qu’elle est qualifiée en Algérie) ne fut jamais un angle mort du Septième Art hexagonal. Même si les cinéastes français.e.s durent composer avec la censure étatique, elles/ils n’hésitèrent pas à porter cette guerre à l’écran, y compris sous ses aspects les plus sensibles, ainsi qu’en témoigne Muriel évoquant avec un engagement critique assumé la pratique de la torture par l’armée française. Face à un cinéma hexagonal longtemps attaché à dépeindre les conséquences individuelles et traumatiques de la Guerre d’Algérie sur les Français.e.s y ayant pris part, Mouloud Mimoun met en regard des films algériens privilégiant pendant les premières décennies de l’indépendance une approche collective et héroïsante de la Guerre de libération. Puis à partir des années 2000, les cinématographies algérienne et française commencent à se rapprocher en adoptant chacune des perspectives plus « complexes » selon Mouloud Mimoun. Notamment en adoptant une perspective moins militante, plus historique, pour montrer à l’écran des protagonistes de cette guerre jusque-là ignorés.

Entretien avec Philippe Faucon (25 min - 1080i)
C'est justement dans cette perspective que s’inscrit La Trahison (2005) de Philippe Faucon, dernier des quatre participants à ces suppléments. Si l’on recommande la vision de ce film très réussi, évoquant avec une belle rigueur cinématographique et historique la question des Algériens ayant combattu dans les rangs de l’armée française, on ne conseillera en revanche guère celle de ce bonus. Le cinéaste n’a en effet pas grand-chose à dire de plus que les autres intervenants sur Muriel ou sur la Guerre d’Algérie au cinéma. Ses propos ne deviennent véritablement intéressants que quand il évoque La Trahison. Mais on est alors bien loin de Muriel...

Cette dispensable intervention de Philippe Faucon est, cependant, la seule fausse note d’un ensemble de suppléments complétant heureusement ceux proposés dans les éditions DVD d’Arte et d’Eurêka. Nul doute donc que les resnaisien.ne.s complétistes y trouveront leur compte.

En savoir plus

Taille du Disque : 48 353 676 394 bytes
Taille du Film : 30 575 486 976 bytes
Durée : 1:56:15.041
Total Bitrate: 35,07 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29996 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1833 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1294 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 33,198 kbps

Par Stéphane Beauchet (technique) et Pierre Charrel (bonus) - le 6 mai 2021