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Test blu-ray

Mr. Klein

BLU-RAY - Région B
Studiocanal
Parution : 29 / 9 / 2021

Image

L'un des sommets de la carrière d'Alain Delon est aujourd'hui réédité en Blu-ray à l'occasion d'une toute nouvelle restauration 4K effectuée par le laboratoire Hiventy à partir du négatif original, sous la supervision de StudioCanal. Nous serions presque tentés de dire "enfin !" tant le résultat très soigné et quasiment exempt de reproches améliore considérablement les conditions de visionnage par rapport à ce qui était jusqu'à présent disponible dans les bacs. Très logiquement, les images nouvellement scannées en 4K bénéficient d'une très belle définition et d'un excellent niveau de détail, un précision notamment palpable durant les nombreux gros plans, mais pas seulement. La comparaison avec les anciens DVD devient peut-être encore plus spectaculaire au niveau de l'étalonnage puisque le film retrouve aujourd'hui ses nuances de contraste qui avaient été très atténuées sur les anciennes restaurations. On retrouve par exemple de nombreuses subtilités dans les clairs-obscurs là où le DVD affaiblissait nettement les zones les plus sombres. Les noirs sont aujourd'hui plus marqués mais restent détaillés - et parfois légèrement colorés, tel que l'étalonnage se pratiquait à cette époque. La colorimétrie se montre bien plus cohérente, également : la dérive magenta typique des masters de ces lointaines années est oubliée, la palette est désormais froide et grise, mais toujours très nuancée, avec des teintes plus proches d'un rendu pellicule (les blancs cassés, le fond légèrement verdâtre). La patine argentique est également très convaincante : le grain est fin et non gommé, il apparaît bien dosé, sans souci d'encodage. Si les images ont été stabilisées et en très grande partie nettoyées, il persiste parfois quelques petites taches très discrètes ainsi qu'une petite rayure verticale (à la 106e minute). Les seuls défauts (minimes) d'un transfert exemplaire.

comparatif DVD Studiocanal (2005) vs. Blu-ray Studiocanal (2021) :
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Son

La bande-son bénéficie d'une restauration très convaincante, restituant au plus près le mixage subtil et nuancé de Mr. Klein. Il ne subsiste aucune trace d'usure, pas de sifflantes, pas de saturation, des silences pesants sans (trop) de souffle, avec une dynamique palpable. Les voix sont très claires et l'ensemble apparaît très équilibré. Le disque étant également prévu pour les marchés anglais et allemand, avec choix des langues en introduction, Mr. Klein est également proposé avec un doublage et des sous-titres allemands, ainsi que des sous-titres en anglais.

Suppléments

Après un premier Hors Série consacré au Trou de Jacques Becker, sorti l'an passé dans sa collection Make My Day !, Jean-Baptiste Thoret celèbre cette année un autre classique du cinéma français, en proposant une nouvelle fois l'une des plus belles éditions de 2021. Mr. Klein n'ayant curieusement jamais été choyé en vidéo jusqu'à présent, on peut dire que l'erreur est désormais largement réparée. Ce Hors Série lorgne toujours clairement du côté des belles éditions Ultra Collector de Carlotta (seule la taille au format DVD, plus petite, marque la différence), avec un objet sobre et élégant, comprenant des suppléments de qualité. En premier lieu, il y a évidemment le livre foisonnant de 180 pages, un recueil de textes parmi lesquels on trouve tout d'abord quatre inédits. Le journaliste Samuel Blumenfeld revient de manière passionnante sur la genèse de Mr. Klein, "un film pièce à conviction" qui éclabousse le mythe encore bien ancré de la France résistante, porté par deux apprentis producteurs qui développeront le projet autour de Gillo Pontecorvo puis Costa-Gavras, où Jean-Paul Belmondo un temps pressenti finira par être remplacé par Alain Delon. Dans une écriture plus soutenue, François Angelier évoque l'horizon plus métaphysique qu'historique d'une fable morale dont Joseph Losey souhaite "saisir l'essence" et tendre à l'universalité, notamment à travers "un homme qui ne s'appartient plus", obsédé par son double comme le collectionneur avec la pièce unique. Angelier note déjà que des éléments du film se font écho en inversé, comme ce "diptyque étrange" des deux premières scènes qui se répondent "en double monstrueux". Autre excellente plume que l'on a plaisir à retrouver dans ces livres-suppléments, Olivier Père, actuel Directeur du cinéma d'Arte France, fait un très beau portrait cinématographique d'Alain Delon, montrant par les correspondances et les figures récurrentes de sa filmographie un homme qui se confond avec ses rôles, dévoile à travers ses personnages "la vérité de son être". Le journaliste analyse également Mr. Klein, partie intégrante de ce corpus logique, qui arrachera l'acteur "de la routine et de la caricature" où il s'était peu à peu enfermé dans les années 70. Jean-Baptiste Thoret, livre, quant à lui, son analyse du film, description d'une France aux "deux réalités qui se voient sans se regarder", "film crypté" et "profondément sartrien" où chaque signe en appelle un autre. Thoret souligne la démarche artistique de Losey "contre l'exactitude historique mais au nom de la vérité de l'Histoire", et observe la "mue existentielle" du héros, portée par "l'interprétation géniale" de Delon.

Le livre reprend également trois textes précédemment publiés dans des revues ou des recueils de textes. Jacques Garstenkorn, « Monsieur Cinéma » de l'université Lyon 2, évoque Mr. Klein sous le prisme de l'identité juive (ici refoulée). Il note lui aussi la volonté de capturer l'essence de la période à travers l'une des "figures historiques de l'indifférence", et d'universaliser le destin juif pendant l'Occupation malgré les invraisemblances et la "désinvolture délibérée à l'égard de l'Histoire". On signalera une erreur d'appréciation puisqu'il semble prendre Jean Bouise pour le fameux double de Klein... Autre critique et lui aussi enseignant à Lyon 2, Jean-François Buiré décrypte le film à travers ses liens avec La Mort aux trousses d'Hitchcock, une "référence omniprésente". Il voit dans Mr. Klein le "tableau implicite d'une France scindée jusqu'à la schizophrénie" et "un jeu de pistes pervers dont on aurait effacé les flèches". Le journaliste Stéphane Bou s'intéresse au retour en mémoire d'un "évènement refoulé", à un "cauchemar goy" qui marque la fin de l'"effacement du signifiant juif" dans le cinéma français (et même dans Nuit et brouillard) durant vingt ans. Il analyse la représentation cinématographique du génocide juif, surplombée par Shoah, et insiste sur la prise de conscience tardive du public alors que de nombreux films, notamment en Europe de l'Est, s'étaient appliqués à raconter le drame dès le sortir de la guerre. Il s'insurge contre la "mise en proximité fâcheuse" du film de Losey avec la persécution de Pinochet au Chili, un saut qualitatif "incomparable" entre la persécution et l'extermination.

Le livre se conclue sur une biographie (largement théâtrale) du réalisateur parue dans le dossier de presse, et trois articles en fac-similé parus en mai 1976, après la projection au Festival de Cannes. Henry Chapier défend Losey et Mr. Klein, "son plus beau film parmi les plus grands" ; Michel Mohrt note la "discrétion exemplaire" de la reconstitution mais regrette un héros "médiocre" qui limite l'adhésion ; enfin, Jacques Siclier dénonce "l'abstraction glacée" et kafkaïenne, souligne le déséquilibre entre le symbole métaphysique et la référence historique, vraisemblablement encore intouchable...

Mr. Klein est également accompagné de nombreux suppléments, répartis sur deux disques.

Blu-ray 1

Préface de Jean-Baptiste Thoret (12 min - HD)
Pour sa traditionnelle présentation, le critique et historien reprend les grandes lignes de son analyse incluse dans le livre. Il explique comment Mr. Klein, "un pur chef-d'oeuvre" et "l'un des plus grands films français des années 70", est aussi l'un des premiers à représenter la France sous l'Occupation, "une plaie à vif" alors encore dans les mémoires. Il revient sur cette "sorte de remake caché, sombre, tragique et noir" de La Mort aux trousses, où Joseph Losey filme une histoire abstraite et universelle, dans la droite lignée de ses thématiques.

Mr. Klein revu par Michel Ciment (47 min - HD)
Journaliste et critique de cinéma, l'un des piliers de la revue Positif, Michel Ciment est également un spécialiste de Joseph Losey auquel il a consacré un célèbre livre d'entretiens en 1979. Il est l'interlocuteur idéal pour évoquer cet artiste intuitif et "perméable à l'esprit d'un pays" qui tourna de très grands films en Angleterre ou en France... sans parler un mot de français, au point d'être surnommé "le plus européen des cinéastes américains". Michel Ciment parle de Mr. Klein, un film "vraiment brechtien" qui réunit "presque tout l'art du XXe siècle", du surréalisme au fantastique en passant par l'abstraction. Il évoque les thèmes de prédilection de Losey qui rejoignent ceux de Mr. Klein : l'homme traqué et persécuté, l'étouffement et la claustrophobie, des références au maccarthysme dont il a été victime. Michel Ciment revient sur la première scène "insoutenable" de Mr. Klein, qui introduit les thèmes du film "de façon magistrale", ou la figure récurrente du double dans la filmographie d'Alain Delon, "un grand acteur dans la retenue".

Entretien avec Henri Lanoë (25 min - HD)
Monteur de 64 films, notamment pour Pierre Etaix, Louis Malle, Philippe de Broca, Jacques Deray ou Henri Verneuil, Henri Lanoë raconte ses souvenirs de Mr. Klein. Il revient essentiellement sur la méthode de travail de Joseph Losey qui tournait les scènes en une seule prise, le plus souvent sans secours, et surtout son extraordinaire don d'observation, sa "capacité d'inventer ce qu'on n'a pas connu et de tomber juste" : adolescent pendant l'Occupation, Henri Lanoë a retrouvé dans le film "le rendu réel" de ses propres souvenirs. Il raconte également quelques anecdotes de production, comme le trouble de Losey devant les méthodes françaises du mixage son. Il précise que Mr. Klein n'est "jamais un spectacle", c'est aussi un film sans musique sauf quand celle-ci est justifiée (la scène du cabaret ou lorsqu'on écoute un phonographe).

Blu-ray 2

Entretien avec Laurent Joly (1h 09 min - HD)
Laurent Joly, historien spécialisé dans l'étude de l'antisémitisme durant le régime de Vichy, re-contextualise la période de l'Occupation, raconte la montée en puissance de la persécution des juifs à l'arrivée de Pétain et le "tournant" de 1942 qui mènera à la Rafle du Vel' d'Hiv', "le moment le plus important de l'histoire de la France occupée". Il décrit un pays à l'antisémitisme populaire répandu, soumis à une forte xénophobie, et aux responsabilités de l'appareil d'Etat conduit par la politique collaborationniste de Pierre Laval et l'opportuniste René Bousquet, un duo en fusion. Laurent Joly s'intéresse aussi à la manière dont on a écrit l'Histoire depuis la fin de la guerre : la vérité scientifique est connue dès les années 50 (via les nombreuses archives) mais ce sont deux livres parus en 1967 et 1973 qui vont avoir un "effet de révélation", notamment en évoquant la question juive, sujet qui sera de plus en plus "déconnecté" de toute réalité historique au gré des discours officiels récents, de Jacques Chirac à Emmanuel Macron... Laurent Joly revient sur ce qui l'a marqué dans Mr. Klein, le thème de la spoliation des biens juifs ou le véritable Georges Montandon, "pseudo scientifique raciologue" qui a inspiré la scène d'introduction. Il s'attarde notamment sur les images des préparatifs bureaucratiques de la Rafle qui n'avaient jamais été montrés jusqu'à présent ; sur la scène de cabaret, l'un des codes culturels de l'époque qui prépare la Shoah ; sur le tableau contrasté d'une population "aux abois" quand une autre, aisée, se prélasse "dans un luxe déconcertant", malgré "l'épée de Damoclès" de la déportation qui peut ne pas faire de différence ; sur la judéité supposée du nom de famille et des personnes qui ont été arrêtées par erreur. Un entretien passionnant et éclairant, un point de vue historique objectif bienvenu par un spécialiste clair et pédagogue... et une très bonne introduction au visionnage du supplément suivant.


Les Dossiers de l'écran : Pétain (3h 27 min - SD avec upscale)
On termine ce copieux programme avec un morceau de choix, rien de moins que l'intégralité du débat diffusé en mai 1976, simultanément à la présentation de Mr. Klein à Cannes. Le sujet avait été très rarement abordé de manière aussi médiatique, c'est un évènement qui a déchaîné les passions et même provoqué un envahissement de plateau avant l'émission (et un déménagement forcé dans un autre studio). Ce Dossier de l'écran, l'un des plus célèbres, fut même parodié dans Papy fait de la résistance. Exceptionnellement, le débat n'est pas précédé d'une fiction mais introduit par un documentaire (76 min) spécialement produit pour l'occasion, qui retrace à partir de nombreuses archives et d'actualités d'époque le parcours de Pétain, héros de Verdun en 1918, "symbole de la grandeur nationale" puis de la défaite française, jusqu'à son procès en 1945 et sa mort en 1951, à l'âge de 95 ans.


Joseph Pasteur arbitre les échanges sur l'action de Pétain pendant la guerre : a-t-il été utile à la France, l'Armistice aurait-il pu être évité ? D'un côté les défenseurs du Maréchal évoquent souvent "les intentions" et des actes dont le Maréchal n'a "rien à se reprocher". Parmi eux Jacques Isorni, son avocat en 1945, député par la suite, qui prolonge ici de manière souvent intrusive et monopolisante son plaidoyer ("consentir le mal pour éviter un mal plus grand encore"), cherchant quelque part à refaire le procès. La réponse du camp adverse se fera sur "les faits". L'entrée en matière de l'ancien résistant et Garde des Sceaux Pierre-Henri Teitgen calme les ardeurs des nostalgiques, lorsqu'il énumère les actions anti-juives menées sous le régime et la "responsabilité politique et morale" de Pétain : "c'était ça la collaboration !" La démonstration est appuyée de manière très claire par l'historien Henri Michel qui démontre méthodiquement, souvent point par point, les mécanismes de la collaboration économique et militaire du régime de Vichy, ou la façon dont Hitler laissait les rênes des pays occupés à des figures nationales, bien vues des populations, ce qui évitait ainsi qu'elles se braquent trop vivement s'il s'était agi de décisions ouvertement allemandes. Henri Michel précise que, dans les autres pays occupés, les déportations et faits dramatiques n'ont pas été appliqués par les polices nationales mais par l'armée allemande, contrairement à la France. Henri Michel apporte des nuances bienvenues, notamment sur le soutien maintes fois rappelé du peuple à son chef, expliquant que les Français souhaitaient d'abord la paix (non l'armistice) afin de ne plus retourner au combat. On précise ainsi que Pétain a "égaré les Français" dont "le devoir était de résister". Trente ans après, la plaie de l'Occupation est encore vive. Loin des invectives enflammées que l'on aurait pu craindre (même s'il y en a quelques-unes) et des passions qui ne sont toujours pas apaisées, le débat reste assez serein (on s'écoute en général), ferme et très intéressant, avec un argumentaire pertinent.


En savoir plus

Taille du Disque : 40 345 311 275 bytes
Taille du Film : 27 993 065 472 bytes
Durée : 2:03:27.250
Total Bitrate: 30,23 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 24,99 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 24998 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1808 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Audio: German / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1567 kbps / 16-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 16-bit)
Subtitle: French / 26,265 kbps
Subtitle: English / 18,863 kbps
Subtitle: German / 24,582 kbps
Subtitle: German / 0,097 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 22 novembre 2021