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Test blu-ray

Le Vent nous emportera

BLU-RAY - Région B
Potemkine Films
Parution : 7 / 7 / 2020

Image

Encore une très belle restauration proposée par MK2 et Potemkine pour un film de Kiarostami. Le Vent nous emportera retrouve un aspect filmique bien plus impressionnant et convaincant qu'en DVD. Les travaux ont été réalisés en 4K par le laboratoire Eclair. Le rendu est immaculé et très stable, avec une belle précision, du détail sur les visages, les étoffes ou les paysages, et un grain fin parfois discret mais le plus souvent bien palpable. Les contrastes sont solides, assez bien équilibrés, où les hautes lumières sont désormais détaillées (les capteurs du temps du DVD ne permettaient que de la surexposition) tandis que la colorimétrie se montre nuancée et bien plus affirmée qu'en DVD. On retrouve un peu des teintes ocres et chaudes du Goût de la cerise, mais la palette s'ouvre cette fois beaucoup plus aux bleus et aux verts, sans nuances magenta artificielles comme c'était le cas il y a vingt ans, pour un résultat sans doute très proche de la photographie d'origine.

comparatif DVD MK2 (2002) vs. Blu-ray Potemkine (2020) :
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Son

Les conditions d'écoute sont aussi très confortables. La piste sonore au rendu mono, sans doute restaurée par L.E. Diapason, se montre très détaillée, claire et cristalline. L'ensemble est bien équilibré entre voix et ambiances, sans souffle intempestif ni saturations, et apparaît entièrement nettoyé des impuretés du temps.

Suppléments

Le Vent nous emportera vu par Agnès Devictor (25 min - HD)
Maître de conférence, enseignante en histoire du cinéma et spécialiste du cinéma iranien, Agnès Devictor donne des clés de lecture pour Le Vent nous emportera, "magnifique adieu [de Kiarostami ] au 35mm" et "grand film qui touche au sacré". Elle évoque les soucis rencontrés par le cinéaste avec certains de ses acteurs et son équipe (ce qui le conduira à adopter un tournage en équipe légère par la suite) et recontextualise le film dans son époque, au moment où la censure s'assouplit en Iran, ce qui permet à Kiarostami d'inclure le plan du rasage, action politiquement incorrecte dans les textes islamiques, et de tourner trois scènes de dialogues entre hommes et femmes qui font allusion à l'intimité et la sexualité. Agnès Devictor décortique certains éléments de la mise en scène de Kiarostami, comme la figure du hors-champ qui dynamise le regard et l'imagination du spectateur, utilisée ici avec différents résultats, et analyse ce "grand film sur la communication", où l'attente de la mort débouche sur "l'urgence de la vie", et ce héros qui change son rapport au monde et aux autres dans un éveil mystique. Passionnant.

Abbas Kiarostami, leçon de cinéma (51 min - SD)
Devant un écran de télévision qui lui permet de montrer les différentes scènes qu'il évoque, Kiarostami revient sur Le Vent nous emportera, certains de ses motifs et les souvenirs de tournage que cela lui évoque. À un cinéma fabriqué, "en conserve", il oppose les hasards de la vie liés à un tournage en décors naturels. Ce faisant, c'est le caractère industriel du cinéma qu'il remet en cause : préférant le jeu d'un enfant à celui d'un amateur s'étant entraîné à avoir la bonne diction, voire celui d'un coq dans le cadre à celui d'un comédien ; regrettant d'avoir organisé un beau travelling pour complaire à l'équipe technique (donnant l'impression que les arbres dans le cadre "marchent", quand un simple panoramique les ancre de manière plus réaliste)... Il témoigne en somme de sa lassitude, et de sa méfiance grandissante, envers l'artifice des tournages lourds. Il ne faudrait pas en conclure que nous avons affaire à un cinéaste naturaliste, heureux de prendre tout ce qu'on lui donne : s'il faut tricher, fabriquer, pour rendre le film crédible (un village aux rues vides étant moins réaliste qu'un autre peuplé de badauds, quand bien même c'est le premier que le réel aurait à offrir), il sera prêt à le faire. Et s'il faut s'attirer les moqueries de techniciens habitués à être efficaces en passant une journée à organiser la chute d'une pomme d'un balcon, qu'à cela ne tienne. Kiarostami est loin d'être pleinement satisfait de son film et n'hésite pas à exprimer ses regrets et frustrations, sans pour autant faire preuve de fausse modestie en ce qui concerne ce qu'il sait être les qualités de son cinéma (un art tant de forme que de fond du zigzag, une attention respectueuse aux détails de la vie quotidienne). Sa parole révèle un cinéaste précis, lucide, à la fois libre et exigeant, qui s'apprête à tirer des conclusions radicales des insatisfactions qu'il énonce ici.

Une semaine avec Kiarostami (90 min - SD)
Une équipe japonaise (et l'on sait les liens que le cinéma de Kiarostami entretient avec des maîtres nippons tels que Kurosawa et Ozu) suit le cinéaste durant une semaine de tournage. Ce qui frappe est le rythme de travail (prendre le temps de filmer une pomme, de trouver le bon lit de rivière pour le lancer d'un os), l'autorité dont fait montre le metteur en scène (une certaine brusquerie s'avérant nécessaire à ordonner la logistique avec les villageois) et son implication très directe. C'est lui qui donne la réplique, depuis l'intérieur d'un appartement, au comédien sur un balcon, ou au petit garçon du coin qui est son "écolier" pour les besoins du film. Il n'est dès lors pas étonnant que celui-ci redouble de fascination pour celui qui, non seulement dirige le tournage auquel on l'a convié à participer, mais est souvent son partenaire de jeu, en plus de le corriger entre les prises. Les liens entre Kiarostami et cet enfant (à la fois autoritaires et joueurs, pugnaces et généreux) forment peu à peu un motif  du documentaire. Autour d'un cinéaste aux aguets, intervenant souvent tel un répétiteur, l'équipe s'affaire. Il ne sert à rien pour un assistant de vouloir le prendre à défaut sur la logique (tortueuse mais en fait calculée) d'un échange de politesses et l'on apprend que l'interprète principal ignore lui-même presque tout de son personnage avant les scènes à jouer. L'opacité du film, son caractère sinueux, s'inscrit jusque dans la méthode de son tournage.

En savoir plus

Taille du Disque : 48 952 875 498 bytes
Taille du Film : 29 795 966 976 bytes
Durée : 1:58:22.041
Total Bitrate: 33,56 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 29,97 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 29977 kbps / 1080p / 24 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: Kurdish / DTS-HD Master Audio / 2.0 / 48 kHz / 1854 kbps / 24-bit (DTS Core: 2.0 / 48 kHz / 1509 kbps / 24-bit)
Subtitle: French / 27,577 kbps

Par Stéphane Beauchet et Jean Gavril Sluka - le 7 juin 2021