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Test blu-ray

Image

Le Dernier métro revient aujourd'hui sous la bannière de Carlotta. Le film a été restauré en 2014 par MK2 et la Cinémathèque Française, scanné en 4K puis travaillé en 2K à partir du négatif original par le laboratoire Digimage. La restauration et l'étalonnage ont été supervisés par le directeur de la photographie Guillaume Schiffman, fils de Suzanne Schiffman, la plus fidèle collaboratrice de François Truffaut. Guillaume Schiffman, un proche de la famille, césarisé pour The Artist en 2012 qui plus est, était donc tout à fait compétent pour perpétuer l'héritage Truffaut. C'est exactement l'impression que nous avons en visionnant le film, tellement les choix de cette restauration semblent proches des choix d'origine, en tout cas très loin des partis pris révisionnistes du précédent master au curieux filtrage très chaud et saturé, comme un lointain revival du Fabuleux destin d'Amélie Poulain. Des tonalités un peu chaudes que l'on retrouvait d'ailleurs, mais dans des élans bien plus mesurés, sur le Blu-ray américain sorti en 2009 chez Criterion. Revoir Le Dernier métro dans sa lumière "monochrome rouge", aux nuits bleutées (comme il est précisé dans un supplément), est aussi une expérience beaucoup plus organique, bien plus photochimique. Le rendu ressemble beaucoup plus à une image issue de la pellicule : les contrastes ont été rééquilibrés, les zones plus sombres ne sont plus rehaussées, les couleurs ressemblent à quelque chose de plus naturel, plus terne qu'auparavant mais plus conforme à ce que les spectateurs ont dû voir en salle à l'époque. Côté définition, le piqué est meilleur, avec un niveau de détail qui fait la différence (les gros plans sont convaincants), bien aidé par une texture très organique et un grain fin plus affirmé. La copie est assez stable et totalement nettoyée. Bref, d'excellentes conditions de visionnage, les meilleures proposées jusqu'à présent.

Blu-ray TF1 vidéo (2012) vs. Blu-ray Carlotta (2021) : 1 2 3 4 5 6 7 8

Blu-ray Criterion (2009) vs. Blu-ray Carlotta (2021) : 1 2 3 4 5

Son

Une très belle restitution de la bande-son qui apparaît totalement nettoyée, dénuée de traces d'usure (sifflantes, souffle). Le rendu est d'une grande clarté, très détaillé et bien équilibré entre les voix, la musique et les ambiances.

Suppléments

Le partenariat entre Carlotta et MK2 donne aujourd'hui ce premier coffret Ultra Collector consacré à un film français, toujours limité à 3 000 exemplaires, avec un visuel confié au britannique Jonathan Burton. C'est l'occasion, peut-être un peu tardive, de fêter le 41e anniversaire du Dernier métro puisque l'éditeur a particulièrement soigné le contenu, abondant, et propose aujourd'hui ce que l'on peut aisément considérer comme l'édition de référence du film.

Le coffret comprend d'abord Dans les coulisses du Dernier métro, un ouvrage de 200 pages supervisé par Jérôme Wybon, fameux dénicheur d'archives et réalisateur de documentaires remarqués. Il approfondit ici son travail effectué en 2012 sur le livret de l'édition TF1 Vidéo, pour lequel il s'était déjà plongé dans le Fonds François Truffaut de la Cinémathèque Française, et dont on retrouve ici une grande partie des documents (mais cette fois-ci en grand format et en "qualité livre"). L'ouvrage, illustré de 50 photographies de tournage pour la plupart inédites, se démarque des habituels opus de la collection puisqu'il est un peu moins orienté vers l'analyse et lorgne parfois davantage du côté du "making of", avec une large partie consacrée à des documents de production, souvent signés de la main du cinéaste : fiches sur les personnages ; traitements du scénario avant la phase d'écriture, qui montre le travail d'enrichissement du récit, les recherches de structure, l'évolution des scènes ; pages du scénario définitif de la fin prévue à l'origine (une autre conclusion sera finalement tournée) ; lettre de Truffaut à son équipe pour demander la plus grande discrétion sur le plateau vis-à-vis de la presse ; feuilles de service et rapport journalier sur les plans tournés. Le réalisateur explique, dans un entretien issu du dossier de presse, s'intéresser moins à une vision politique et historique qu'à "dessiner les relations d'un certain nombre de personnages dans une ambiance exceptionnelle", Le Dernier métro étant également "une illustration du fameux slogan américain : "The show must go on". On lira aussi plusieurs lettres du cinéaste : s'adressant à son dialoguiste Jean-Claude Grumberg, il partage son enthousiasme pour son travail et donne des pistes pour renforcer certaines scènes ; il remercie également Georges Cravenne, créateur des César, pour les dix récompenses reçues durant la dernière cérémonie qui ont joué un rôle important dans le succès du film en salles.

Le livre comprend d'autres correspondances : une réponse de Georges Franju à un Truffaut qu'il avait sollicité pour utiliser des plans du métro (en noir & blanc) de son court-métrage La Première nuit, ou les félicitations de Bertrand Tavernier ("un film fin, racé, léger avec gravité, grave avec légèreté") et André Dussolier ("Je suis ému, touché, émerveillé") reçues au moment de la sortie. Dans les coulisses du Dernier métro n'oublie pas l'analyse et le regard rétrospectif, avec un texte de l'indispensable Samuel Blumenfeld, paru dans le magazine du Monde en 2020, qui revient sur ce "récit ultime du confinement" à travers l'évocation de la production et du tournage, l'écriture d'un scénario "entièrement travaillé par le secret", construit autour de l'idée de famille et nourri des souvenirs de ses auteurs. Outre une lettre de la fille du cinéaste qui ouvre le livre, on s'arrêtera surtout sur un entretien passionnant de Truffaut avec son collaborateur et "ami le plus proche" Claude de Givray. Un enregistrement audio retranscrit pour la première fois, censé servir de base à une autobiographie qui ne fut jamais écrite, et sans doute utilisé par Antoine de Baecque et Serge Toubiana pour leur formidable biographie du cinéaste en 1996. Truffaut y parle de ses rapports avec sa famille, évoque la complicité entretenue avec son père ou les difficultés face à une mère qui le rejette et à laquelle il voulait "tellement plaire". Il raconte de nombreuses anecdotes sur son enfance et l'Occupation, qu'il reprendra dans Les Quatre cents coups, L'Argent de poche et bien sûr Le Dernier métro... Il se souvient également de la rencontre avec Robert Lachenay, la découverte du Roman d'un tricheur qui l'a fait "basculer" vers la vie d'adulte, les débuts de sa cinéphilie et sa tendance "maniaque de l'inscription" aux ciné-clubs, la fabrication de petits Pariscope, la colonie de vacances de la Libération et l'un de ses premiers flirts.

Les films sont accompagnés d'un grand nombre de suppléments, très complémentaires, dont une petite partie était déjà présente sur le Blu-ray de 2012 et le DVD de 2000 :

Commentaire audio mené par Serge Toubiana
Le critique des Cahiers du Cinéma, co-auteur de la biographie de référence sur Truffaut, parle du Dernier métro avec Jean-Pierre Azéma, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale. Au gré de fréquents silences nous sont ainsi expliqués les nombreux détails du quotidien montrés dans le film, Azéma soulignant l'"utilisation rusée" des souvenirs qui évite le côté documentaire. S'ajoutent quelques propos, malheureusement trop rares, de Gérard Depardieu qui raconte les a priori que Truffaut et lui avaient l'un sur l'autre, et précise que cette rencontre a tout changé dans sa manière d'aborder le cinéma.

Présentation du film par Serge Toubiana (5 min - SD upscalé en HD)
La traditionnelle présentation, concise et clinique, que proposait MK2 dans ses suppléments DVD durant les années 2000. Serge Toubiana revient sur ce 2e volet d'une trilogie (inachevée) sur le spectacle, avec en toile de fond un contexte historique particulier duquel Truffaut prend grand soin par un travail documentaire soutenu. Il évoque notamment le couple vedette, le jeu à double sens de Catherine Deneuve et la "présence fabuleuse" de Gérard Depardieu.

Scène coupée (5 min - SD upscalé en HD)
Une séquence dont il ne reste qu'une toute petite partie dans le montage final, avec une conversation entre Marion Steiner et M. Valentin à propos du projet de film Les Anges de miséricorde, qu'elle refuse pour se consacrer à la gestion du théâtre.

Bande-annonce originale (2 min 46 s - SD upscalé en HD)

A cela s'ajoutent de nouveaux suppléments, archives rares ou modules spécialement produits pour cette édition :

Les Nouveaux rendez-vous (11 min - SD upscalé en HD)
Extraits d'une émission diffusée sur TF1 en septembre 1980, présentée par Eve Ruggieri. Truffaut parle de ses inspirations pour le film, de ses souvenirs ou des détails puisés dans les autobiographies d'acteurs, comme ceux de Jean Marais. Il avoue se renouveler "qu'en se copiant un peu", reprenant ici des idées de La Nuit américaine ou de Jules et Jim. Catherine Deneuve évoque son "rôle de femme responsable" quand Gérard Depardieu est heureux d'avoir l'occasion de montrer sa part de féminité.

Ciné-regards (2 min - SD upscalé en HD)
Extrait d'une émission TV, un trop bref entretien avec le directeur de la photographie Nestor Almendros qui évoque la difficulté de reproduire l'époque en couleurs alors qu'on ne la connaît que par des images en noir & blanc. Il évoque succinctement le personnage courageux de Marion Steiner.

Le cinéma des cinéastes (46 min - HD) - exclusif au Blu-ray
Comme il l'avait un peu fait en 2013 dans son documentaire sur Le Clan des Siciliens, Jérôme Wybon a retravaillé une archive radio, ici une émission de France culture diffusée en 1980, sur laquelle ont été ajoutées des images du film. Un travail de remontage très efficace pour une sorte de commentaire audio virtuel et inédit. Au micro du regretté Claude-Jean Philippe, François Truffaut évoque Le Dernier métro et sa peinture volontairement neutre d'une "époque bizarre". Il parle de sa plus grande ennemie, "la peur d'inventer", et de son travail pour un "romanesque crédible". Il assume l'importance des à-côtés de l'intrigue, les scènes en creux et les seconds rôles vivants, expliquant par ailleurs ses choix sur le casting du film, notamment pour le couple Deneuve / Depardieu qui n'avait jamais été formé à l'écran. Truffaut joue sur la culture d'un spectateur qu'il essaie toujours de surprendre (qu'ils "gardent la bouche ouverte"), comme avec cette stratégie des acteurs inconnus par lesquels il parvient mieux à faire croire aux personnages. On sent que Truffaut garde constamment en tête l'idée de se démarquer des autres films, de rendre Le Dernier métro encore plus singulier par la précision des détails et des souvenirs, ou même par le choix d'une pellicule (Fuji) très peu utilisée. D'une grande franchise, le cinéaste reconnaît aussi quelques erreurs, notamment l'intérêt de Depardieu pour Andréa Ferréol qui dure trop longtemps, et revient sur les scènes coupées.


L'Invité du jeudi (56 min - SD upscalé en HD)  - exclusif au Blu-ray
Larges extraits d'une émission diffusée sur Antenne 2 en décembre 1980, trois mois après la sortie du film. Anne Sinclair dresse un portrait de François Truffaut en le questionnant sur ses passions, notamment la littérature, et ses rares prises de position politique, le cinéaste se revendiquant "d'extrême-centre". On arrive peu à peu du Dernier métro lorsqu'il évoque sa jeunesse durant l'Occupation, "l'euphorie" de ses premiers petits métiers, son métier de critique (une sorte d'apprentissage dans l'écriture de scénario), le groupe de la Nouvelle Vague qui voulait "rajeunir le cinéma" en faisant des films plus personnels, ou ses expériences d'acteur qui lui ont appris la patience. Truffaut parle des détails historiques trouvés dans les autobiographie d'acteurs, du "problème moral" du travail sous l'Occupation, ou du choix de l'acteur allemand découvert par une interview à la télévision. Truffaut a invité deux historiens : Jean-Pierre Faye, qui revient sur la polémique autour de la préface d'un livre du négationniste Robert Faurisson, et surtout Henri Amouroux, spécialiste de la France sous l'Occupation, véritablement passionnant à écouter. Intéressé par le quotidien et la complexité d'une époque soumise au "paravent du mensonge", il animait une émission sur France Inter dont Truffaut et Suzanne Schifmann s'inspiraient pendant l'écriture du Dernier métro.



Le partage du plaisir (67 min - HD)
Un excellent documentaire de Robert Fischer "remixé" à partir des entretiens menés pour l'édition Criterion de 2009. Plusieurs membres de l'équipe évoquent leurs souvenirs personnels, anecdotes sur le film et le tournage, ou réflexions sur la personnalité et les méthodes de travail de François Truffaut. Si les interventions des comédiennes Paulette Dubost et Andréa Ferréol restent toujours intéressantes mais finalement assez classiques, on retiendra surtout des moments plus intimes avec Sabine Haudepin ou les confidences des coulisses par les petites mains, les assistants Tessa Racine, qui revient sur la lumière de Nestor Almendros ("une leçon de simplicité"), et surtout Alain Tasma qui raconte si bien les à-côtés (Depardieu qui écume les bars et les restaurants du quartier au lieu d'être présent dans le théâtre) et parle avec tant de justesse de la bienveillance de François Truffaut, de sa générosité et de son "incroyable patience"...

La petite graine (1998 - 19 min - SD upscalé en HD) - exclusif au Blu-ray
Court-métrage de Tessa Racine, évoquée dans le module précédent, un hommage au cinéaste qui lui a tant apporté. Elle met en scène sa propre fille, née d'une rencontre sur le tournage du Dernier métro, qui fête alors ses 13 ans et dont la vie est pleine de connexions avec le cinéaste. Avec Robinson et Jean-François Stévenin, ainsi que la voix de Jean-Louis Trintignant.

En savoir plus

Taille du Disque : 49 163 855 691 bytes
Taille du Film : 35 686 715 904 bytes
Durée : 2:12:05.834
Total Bitrate: 36,02 Mbps
Bitrate Vidéo Moyen : 32,93 Mbps
Video: MPEG-4 AVC Video / 32933 kbps / 1080p / 23,976 fps / 16:9 / High Profile 4.1
Audio: French / DTS-HD Master Audio / 1.0 / 48 kHz / 1070 kbps / 24-bit (DTS Core: 1.0 / 48 kHz / 768 kbps / 24-bit)
Audio: French / Dolby Digital Audio / 2.0 / 48 kHz / 256 kbps

Par Stéphane Beauchet - le 24 juin 2021