Le Cinéma britannique

Rubrique consacrée au cinéma et aux films tournés avant 1980.

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Boubakar
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Boubakar »

Jeremy Fox wrote: 5 Mar 21, 08:26 A day in the Life de John Krish ; c'est le british du jour par Justin Kwedi
C'est le genre de documentaires qui peut me plaire : du coup, je l'ai commandé sur Amazon uk pour 12 euros (fdp compris) :)
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Boubakar wrote:
Jeremy Fox wrote: 5 Mar 21, 08:26 A day in the Life de John Krish ; c'est le british du jour par Justin Kwedi
C'est le genre de documentaires qui peut me plaire : du coup, je l'ai commandé sur Amazon uk pour 12 euros (fdp compris) :)
Le bluray est top il y a même d'autres de ses courts métrages en plus dans les bonus.




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Boubakar
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Boubakar »

Profondo Rosso wrote: 26 Apr 17, 01:54 The Angry Silence de Guy Green (1960)

Spoiler (cliquez pour afficher)
Tom Curtis (Richard Attenborough) est ouvrier dans une usine du nord de l’Angleterre père de deux enfants, avec un troisième en route. Quand une grève éclate, il décide de ne pas suivre le mouvement et de continuer à travailler. Les pressions se font de plus en plus fortes, et sa famille est mise en danger, mais au lieu de céder, Tom persévère. Une fois la grève terminée, il doit faire face à l’isolement et au silence imposé par ses collègues. Les média attirent alors l’attention sur la situation de Tom. Mais cela ne fait qu’empirer les choses.

The Angry Silence est la première production Beaver film, la société fondée par Richard Attenborough et Bryan Forbes d'où sortiront nombres de grandes réussites anglaises des années 60 réalisée par tous deux : Le vent garde son secret (1961), La Chambre indiscrète (1962), Le Rideau de brume (1964), Oh! What a Lovely War (1969)... The Angry Silence s'avère une sorte de pendant sérieux et dramatique de I’m all right Jack (1959) des frères Boulting, virulente satire qui dénonçait les petit arrangements et la corruption syndicale du monde de l'entreprise et des syndicats. C'est également le propos du film de Guy Green qui transcende toute idéologie pour un constat virulent.

Le suivisme et un certain obscurantisme militant se révèle ainsi dans une usine du nord de l'Angleterre. Un agent extérieur (Robert Burke) aux motifs nébuleux s'immisce ainsi auprès du délégué syndical (Bernard Lee) pour semer la discorde au sein de l'entreprise. Guy Green présente au départ l'usine comme un espace convivial et de camaraderie, du moins tant que l'on en reste du point de vue des ouvriers. Les angoisses économique semblent pouvoir se résoudre par le travail (Tom Curtis (Richard Attenborough) et l'annonce de la troisième grossesse de sa femme), les amours plus ou moins sérieuses se nouent avec les jolies ouvrières qu'on tente maladroitement de séduire pour Joe Wallace (Michael Craig également coscénariste du film) et côté loisir un tour au pub après une journée de labeur ou football le weekend semblent constituer une évasion satisfaisante pour ces gens simples. Les quelques désaccords entre le délégué syndical et la direction (le manque de protection sur les machines sont bien là, mais leur résolution semblent plus reposer sur un jeu de pouvoir que sur un vrai souci du bien collectif. Ainsi une grève est décidée sans que l'on ait ressenti une réelle oppression patronale et surtout sans un début de négociation qui aurait éventuellement avortée. Richard Attenborough souhaitait dénoncer le rôle discutable que pouvait exercer des agents extérieur d'extrême gauche pour exacerber les conflits sociaux, ce que semble être le personnage manipulateur de Robert Burke qui fait grimper la tension sans que la branche syndicale officielle ait pu intervenir.

La tradition amène donc le lancement d'une grève machinalement votée par les ouvriers sans qu'ils n'en comprennent réellement le motif. Tous sauf Tom Curtis, autant motivé par sa situation familiale précaire qu'une conscience individuelle dont sont dénués ses collègues. Dès lors la cause n'a plus d'importance, seule compte la soumission de celui qui a osé sortir du rang. La violence se fait furtive, qu'elle soit concrète avec une réelle intimidation physique, psychologique et sociale avec l'ignorance et la mise au ban de Curtis et au final vraiment malveillante quand les actes nocifs sortent du cadre d l'usine et touche la famille du héros. La mise en scène de Guy Green brille à traduire cet isolement du personnage. Son individualité face à la meute est de plus en plus marquée, notamment lorsque sa silhouette traverse stoïquement les rangs de grévistes pour se rendre à l'usine déserte. Lorsque le travail reprendra, les compositions le mettent en avant plan dans les couloirs parcourus de machines. Lors d'une scène marquante le réfectoire lieu de cette camaraderie initiale prend des allures de cirque grotesque et hypocrite par un jeu sur les plongées, les gros plans monstrueux sur les visages ouvriers décérébrés. Cette vision sera celle qui provoquera un hurlement de rage de Curtis envers ses anciens amis lui apparaissant sous leur vrai jour. Le propos sera encore plus virulent lorsque la situation prendra de l'ampleur pour attirer les médias, les ouvriers interrogés étant incapables de donner de motifs concrets à l'ostracisation de leur collègue si ce n'est d'avoir exprimé une opinion individuelle. Richard Attenborough livre une très grande prestation, sensible et puissante pour incarner cet homme simple dépassé par ses choix. La droiture et l'intensité de la conviction passe par ce jeu de plus en plus fiévreux et habité, le reste du casting n'étant pas en reste notamment Michael Craig en mouton culpabilisant, Bernard Lee en syndicaliste détestable et Geoffrey Keen en superviseur résistant à la pression - Pier Angeli très touchante également et on croise un Oliver Reed débutant. Le film fut accusé d'être antigrève mais finalement les patrons sont tout autant fustigés, s'accommodant de cette loi du silence et livrant en pâture Curtis pour ne pas perturber leurs affaires en cours. Richard Attenborough membre du parti travailliste n'a donc pas un propos réellement politique mais dénonce la meute instrumentalisée pour célébrer l'individu dont l'ultime rempart reposera plus sur son foyer que l'idéologie.

Néanmoins le propos du film fut parfois mal perçu, manquant d'être interdit au Pays de Galles par le syndicat des mineurs mais Attenborough se rendra sur place pour leur projeter le film afin d'en faire comprendre le vrai sens. Un vrai grand film dont propos audacieux (le final est particulièrement sombre et rageur) lui vaudra une nomination à l'Oscar du meilleur scénario. 5,5/6
Merci pour la découverte, j'ai beaucoup aimé moi aussi. Même si le blu-ray Studio Canal édité en Angleterre est irréprochable techniquement parlant, je pense que sans les sous-titres anglais, ça doit être incompréhensible tant les accents sont prononcés :mrgreen: !
Si tu as des films du même tonneau (qui montrent la réalité sociale du pays à cette époque), je suis preneur :) !
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Boubakar wrote: 13 Mar 21, 21:39 Si tu as des films du même tonneau (qui montrent la réalité sociale du pays à cette époque), je suis preneur :) !
Si tu les connais pas encore dans cette veine les films du Free Cinema comme La Solitude du coureur de fond de Tony Richardson, Samedi soir, dimanche matin de Karel Reisz, Un amour pas comme les autres de John Schlesinger, ce sont des films qui devraient te plaire aussi je pense.
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

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Re: Le Cinéma britannique

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Vendredi british : La Madone aux deux visages de Arthur Crabtree par Justin Kwedi.
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Combat éternel de Maurice Elvey, c'est le british du vendredi par Justin Kwedi.
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Nos archives anglaises s'enrichissent aujourd’hui avec Four in the Morning réalisé par Anthony Simmons. La chronique est signée Justin Kwedi.
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Jeremy Fox »

Notre anglais du vendredi, toujours chroniqué par Justin Kwedi, The Brothers de David MacDonald
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Night Hair Child de James Kelley (1972)

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Elise (Britt Ekland) est une belle jeune femme mariée depuis quelques mois à Paul (Hardy Krüger), un écrivain célèbre. Alors que Paul est en voyage, Elise, qui est restée seule dans leur luxueuse propriété en Espagne, est surprise de voir arriver Markus (Mark Lester), le fils de Paul, âgé de 12 ans

Night Hair Child (également exploité sous le titre What peeper saw) est une petite curiosité en termes de thriller psychologique. On y ressent un mélange déroutant entre certains archétypes du mélodrame gothique et la provocation plus hédoniste des 70's. Le postulat évoque un Rebecca contemporain avec Elise (Britt Eckland), jeune femme fraîchement mariée avec un homme plus âgé (Hardy Kruger) dont elle va faire la connaissance du fils Markus (Mark Lester) âgé de douze. Les relations avec le beau-fils s'avèrent compliquées et dégradent par extension celle du couple pour une raison insidieuse. Il s'agit du mystère qui plane autour de la mort de l'ancienne épouse et mère dont l'évocation braque le père et le fils. On pense dans un premier à une pudeur et douleur contenue au vu des circonstances (Markus ayant découvert sa mère morte dans son bain) mais Elise soupçonne bientôt le père et surtout le fils d'être impliqué dans cette mort (la scène d'ouverture nous révélant que tout cela n'avait rien d'un accident).

Si l'on a évoqué Rebecca pour l'argument initial, le déroulement du récit lorgne lui plus vers Les Innocents de Jack Clayton (et donc Le Tour d'écrou d'Henry James) avec l'ambiguïté et le trouble ressenti dans la relation liant Elise à Markus. Les traits poupins de Mark Lester contraste (et le film joue à fond de ce capital entretenu par les rôle charmant qu'il tint dans Oliver de Carol Reed (1971) ou Melody de Wari Hussein (1971)) avec la froideur de sa présence, la maturité cruelle de ses paroles et la désinvolture de ses gestes (il va tout naturellement palper les seins de Britt Eckland lors de leur première rencontre). Dès lors on n’assiste jamais vraiment à une relation enfant/adulte, mais plutôt à un duel psychologique où chacun cherche à dominer l'autre en s'attribuant les faveurs de Hardy Krüger. Cela commence par des petits mensonges, des dissimulations, puis une manipulation plus perverse où l'on ne sait si l'on observe la vraie duplicité d'un enfant maléfique ou alors si l'on adopte le point de vue halluciné de cette jeune épouse ne trouvant pas sa place dans le foyer.

James Kelley peine à poser un rythme prenant et n'exploite pas assez son superbe décor de villa espagnole - notamment un grenier chargé de secrets où le giallo n'est jamais loin. Cependant il parvient avec talent à poser une atmosphère érotique étrange dans ce qu'elle a de plus dérangeant puisqu'elle concerne Elise et le jeune Markus. Ce dernier lorgne sa belle-mère à la dérobée, quand il n'exige pas carrément qu'elle se dénude devant en échange d'information sur la mort de sa mère. Ce sont ces écarts et ruptures de ton inattendus qui rendent le film prenant malgré de grosses longueurs, des moments flottants et certaines situations répétitives. Les vingt dernières minutes nous font ainsi totalement perdre pied par leur climat oppressant, psychédélique et cauchemardesque avant un final sacrément transgressif. C'est clairement un des meilleurs rôles de Britt Eckland qui si comme souvent laisse admirer plus qu'il ne faut sa plastique, offre aussi un personnage complexe et insaisissable. Imparfait mais vraie curiosité rare. 4/6
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Jeremy Fox
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Re: Le Cinéma britannique

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Re: Le Cinéma britannique

Post by Arn »

Ca a l'air très bien ça encore, je rajoute le BR à ma wishlist amazon uk.

Sinon j'en profite pour dire que j'ai vu P'tang, Yang, Kipperbang, de Michael Apted.
Un joli film, avec un jeune acteur très touchant, mais je m'étais peut être un peu trop hypé. Si j'ai au départ bien aimé la voix off avec les commentaires de "cricket" je trouve qu'elle a une place parfois un peu trop importante, ça revient un petit peu trop.
Egalement, le changement de comportement de Ann, vers la fin du film tombe un peu du ciel.

Après j'avais peut être un peu trop en tête le merveilleux Melody, donc légère déception même si ça reste un beau film sur les premiers amours et tout ce qu'il y a autour quand on est ado.
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Supfiction »

The raging moon est un très beau film dont la bande originale relève harmonieusement la grande délicatesse et sensibilité.
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Flol
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Flol »

Arn wrote: 16 Oct 21, 12:34
Ca a l'air très bien ça encore, je rajoute le BR à ma wishlist amazon uk.
Mais grave.
Décidément encore merci Profondo, expert ès ciné britannique qui a l'air d'être totalement fait pour moi (et il me reste encore Melody à voir).
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Profondo Rosso
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Re: Le Cinéma britannique

Post by Profondo Rosso »

Flol wrote: 18 Oct 21, 11:38
Arn wrote: 16 Oct 21, 12:34
Ca a l'air très bien ça encore, je rajoute le BR à ma wishlist amazon uk.
Mais grave.
Décidément encore merci Profondo, expert ès ciné britannique qui a l'air d'être totalement fait pour moi (et il me reste encore Melody à voir).
De rien, toutes ces années à arroser ce topic finissent par payer :mrgreen: :wink: Hâte d'avoir ton retour sur Melody, tu vas venir agrandir la secte !