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Critique de film
Le film

Un monsieur de compagnie

Partenariat

L'histoire

Antoine Mirlifor, qui rêvait qu'il travaillait en usine, se réveille soulagé en constatant qu'il pêche auprès de son grand-père dont la philosophie est fondée sur la paresse. Mais le vieillard meurt, laissant seul et sans argent son petit-fils, qui ne doit plus compter que sur lui-même. Il use donc de son charme auprès des femmes pour les séduire et auprès des riches pour vivre à leurs crochets. Mais il tombe amoureux d'Isabelle.

Analyse et critique


Un monsieur de compagnie vient conclure la fructueuse collaboration entre Philippe de Broca et Jean-Pierre Cassel, le second ayant constitué un véritable double cinématographique du premier à travers son personnage de doux rêveur vu dans Les Jeux de l'amour (1960), Le Farceur (1960) et L'Amant de cinq jours (1961). Ce quatrième film en commun est très librement adapté du roman éponyme d'André Couteaux par de Broca et Henri Lanoë. Alors que Les Jeux de l'amour et Le Farceur restaient des œuvres de facture modeste et artisanale, Un monsieur de compagnie par sa luxuriance visuelle (Technicolor, tournage international) semble comme une fusion entre le de Broca première manière et celui des cartons au box-office que furent Cartouche (1962) et surtout L'Homme de Rio (1964). Le plébiscite public pour les titres avec Jean-Paul Belmondo marquera d'ailleurs la rupture avec Cassel, au succès plus modeste. Un monsieur de compagnie n'est pas tout à fait à la hauteur des meilleurs films de ces deux périodes mais s'avère d'un charme fou.


Antoine Mirlifor (Jean-Pierre Cassel) est un jeune homme élevé par son grand-père dans un véritable culte de la paresse, de l'hédonisme et des plaisirs simples. Cette existence paisible s'exprime dans l'ouverture bucolique, tandis que le monde réel ne se dévoile que par le cauchemar lorsque Antoine s'imagine travailler en usine. A la mort de son grand-père, notre héros se retrouve pourtant sans le sou mais il ne va pas renoncer pour autant à sa philosophie. L'ensemble du film constitue ainsi une suite d'épisodes/sketches qui le montre vivre des expériences d'oisiveté auprès de différents protagonistes, milieux sociaux et cadres géographiques qu'il fuira à toutes jambes dès que l'ombre d'une responsabilité viendra le rattraper. Jean-Pierre Cassel, plus souriant et sautillant que jamais, profite donc de tout et de tout le monde : des conquêtes féminines crédules et/ou légères, des bienfaiteurs nantis et naïfs... Miriflor virevolte, sourire en coin et culot à revendre, pour s'amuser au gré des rencontres. Il faut bien tout le charme de l'acteur pour donner envie de suivre un personnage au final assez antipathique et qui abuse de la joyeuse troupe d'excentriques qui va croiser sa route.


Le casting fait merveille avec Jean-Pierre Marielle en vendeur gouailleur et débrouillard qui va se faire voler sa petite amie, Jean-Claude Brialy en génial homme-enfant amateur de train, ou encore Adolfo Celli en riche Italien pétri d'admiration pour celui en qui il voit un fils spirituel. Visuellement, Philippe de Broca constitue un monde de rêve entre la BD (le Montmartre annonçant presque Amélie Poulain dans son scintillant fétichisme), la maison de poupée (la photo en Technicolor façon boite de Quality Street de Raoul Coutard) et le dépliant touristique lors de l'épisode italien, le tout parsemé d'idées folles comme la chambre transformée en cabine couchette. Les jeunes filles sont jolies et légères (Annie Girardot, Sandra Milo, Irina Demick...), le moindre protagoniste rencontré idéalement bienveillant (le policier italien qui en oublie son amende), cette idée fonctionnant même par l'ellipse (Antoine se réfugiant sous le parapluie d'un passant dont il se trouve seul possesseur dès la séquence suivante). La seule ombre au tableau serait donc sans doute notre héros qui pourra vaguement faire sourire en abandonnant une conquête, fera tiquer en brisant le cœur "ferroviaire" de Brialy et se montrera bien cruel en suggérant avoir possédé toutes les filles de l'homme qui l'hébergeait généreusement. Leur tort à tous est d'avoir voulu le ranger, l'enfermer dans une case, en un mot le faire grandir.


Le seul fil rouge de ces péripéties est la rencontre récurrente d'une énigmatique et charmante jeune fille blonde (Catherine Deneuve au sommet de sa beauté virginale) dont chaque apparition est marquée par un somptueux thème de Georges Delerue. C'est sa poursuite plus ou moins consciente qui mène les pérégrinations d'Antoine, et ce n'est qu'en l'ayant enfin rattrapée qu'il ressentira pour la première fois les manques de son existence dans son rapport à elle. Ce n'est pas une nantie dont il peut soutirer quelques billets, ni une délurée qui cédera facilement à ses avances. Il ne peut qu'être lui-même pour la séduire mais il se révèle une coquille vide qui n'a rien à lui proposer. Exister à ses yeux, c'est s'astreindre aux contraintes d’une vie "normale" mais du coup renier ce principe d'existence insouciante. Un choix complexe pour lequel de Broca botte en touche par une pirouette narrative désinvolte qui boucle la boucle. L’excès de situations, de lieux et de personnages annoncent la surcharge qui desservira grandement Les Tribulations d'un Chinois en Chine (1965), et De Broca exploitera avec bien plus de brio ce thème de la fuite en avant du réel dans ses œuvres suivantes - le chef-d’œuvre maudit Le Roi de cœur (1966) et son jumeau plus populaire Le Diable par la queue (1968), Le Magnifique (1973) évidemment. Un Monsieur de compagnie s'avère certes plus mineur mais constitue un charmant divertissement typique de son époque.


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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 7 septembre 2015