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Critique de film
Le film

Peggy Sue s'est mariée

(Peggy Sue Got Married)

L'histoire

Le mariage de Peggy Sue est en train de faire naufrage. Charlie et elle sont sur le point de divorcer. Lors de la fête des anciens élèves du lycée Buchanan, Peggy Sue est élue "reine de la soirée". Très touchée, elle s'évanouit et, lorsqu'elle reprend connaissance, se retrouve vingt-cinq ans en arrière, jeune lycéenne, fiancée à Charlie. Peggy Sue voit en cette expérience surnaturelle l'occasion de changer le cours de sa vie et de faire, cette fois, les bons choix...

Analyse et critique


Perdu dans des projets mastodontes où sa mégalomanie et un public changeant provoquèrent des échecs - le flamboyant Coup de cœur (1982), le raté Cotton Club (1984), le retour aux sources mal accueilli du Parrain 3 (1990) -, Francis Ford Coppola sut pourtant maintenir son ambition et retrouver une vraie fraîcheur à travers des films plus modestes comme l'enchaînement Outsiders (1982) / Rusty James (1983) et ce Peggy Sue s'est mariée, charmant conte moderne. Le poids et la nostalgie du passé, le regret de ce qui aurait pu être constituent des thèmes au cœur de la filmographie de Coppola durant les années 80, notamment par le prisme du couple comme dans Coup de cœur au traitement flamboyant, ou de façon plus délicate dans Peggy Sue s’est mariée. Peggy Sue (Kathleen Turner) est une quarantenaire à la croisée des chemins. En instance de divorce avec Charlie (Nicolas Cage), l'amour de sa vie, Peggy Sue s'interroge sur ses choix. De ses rêves juvéniles d'ailleurs et d'aventures, il ne reste pas grand-chose puisqu'elle est demeurée dans sa ville natale où elle tient une boulangerie. En se mariant jeune, elle n'a connu qu'un seul homme et raté toutes les expériences de la révolution sexuelle culturelle des sixties.


Toutes ces questions remontent à la surface lors de la réunion de lycée où elle va croiser d'anciens camarades, dont Charlie. La joie des retrouvailles le dispute à la nostalgie et surtout fait resurgir la question : sachant de quoi l'avenir est fait, agirait-elle de la même façon ? Fantasme dû à cette angoisse ou vrai phénomène surnaturel, à la suite d’un malaise Peggy Sue se réveille vingt-cinq ans en arrière, au temps de son adolescence vingt ans plus tôt. Tout va donc pouvoir recommencer, ou se rejouer. L'ambiance naïve des années 50 et la performance touchante de Kathleen Turner confèrent un attrait irrésistible à l'ensemble. L'émerveillement de l'héroïne est aussi celui du spectateur, qu'il ait vécu ou fantasmé cette période que la mise en images de Coppola capture dans des vignettes "americana" façon Norman Rockwell avec son cadre pavillonnaire immaculé, ses bar à jukebox, ses garçons gominés... Coppola donne chair à ce chromo rétro à travers les attitudes de Peggy Sue et où les retrouvailles avec les êtres chers supposés disparus (de manière sous-jacente pour la petite sœur ou la mère, plus explicite pour les grands-parents) font retrouver une innocence et une candeur surprenante à l'adulte éteinte aperçue en début de film.


Cette innocence se traduit dans ce jeu de recommencement dans lequel Peggy Sue va contourner ses habitudes d'antan en forçant des évènements seulement rêvés autrefois : sortir avec le bel intellectuel ténébreux qui la fascinait, dire ses quatre vérités au professeur d'algèbre... Pourtant tout la ramène toujours à Charlie, joué par un Nicolas Cage débutant (il n'est pas le seul avec un casting comptant des jeunes Jim Carrey, Helen Hunt ou Joan Allen) qui apporte une candeur romantique surprenante à cet apprenti musicien, notamment par l'usage risqué (qui rendirent Coppola et le studio furieux) d'un timbre de voix chevrotant qui ne ridiculise pourtant jamais le personnage mais le rend d'autant plus vulnérable et touchant. Le film baigne dans un espoir et une quiétude idéalisant ce passé rêvé (bien aidé par le score délicat de John Barry) qui, plus qu’un refuge, est finalement une incitation à réparer le présent. Ce présent doit représenter une suite digne de ces doux souvenirs plutôt que la volonté de les corriger (dans une philosophie aux antipodes de son contemporain Retour vers le futur (1985), qui participe à cette nostalgie de paradis perdu des sixties qui parcourt les années 80) comme l'apprendra Peggy Sue, sortie de cette illusion. Kathleen Turner trouve là un de ses tout meilleurs rôles et Coppola signe l'un de ses films les plus enchanteurs et positifs, dont Noémie Lvovsky aura tiré un sympathique remake officieux récemment avec Camille redouble (2011).

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La fiche IMDb du film
Par Justin Kwedi - le 1 avril 2021