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Critique de film
Le film

Le Ranch de l'injustice

(The Ballad of Josie)

Partenariat

L'histoire

1890. Josie Minick (Doris Day) vient de tuer accidentellement son mari rentré chez lui ivre mort. La jeune femme passe en procès ; elle évite l'emprisonnement mais à son grand désespoir, on prend la décision de mettre son fils âgé de 8 ans en tutelle chez son grand-père paternel. Arch Ogden (George Kennedy), l’éleveur qui fut le juré le plus acharné à vouloir mettre Josie en prison, veut se racheter en lui proposant d’acheter le lopin de terre dont elle vient d’hériter et sur lequel se trouve un ranch abandonné. Josie refuse et pense même habiter en ces lieux. Finalement découragée par tout le travail à accomplir, elle préfère revenir en ville trouver un emploi. Ses différents essais ne sont guère concluants et elle a désormais pour idée de faire de l’élevage de moutons sans l’aide d’aucun homme ; ce qui bien évidemment met le feu aux poudres dans une région qui ne jure que par les bovins. Arch se prépare à combattre la femme qui s’avère aussi têtue que lui. Elle va recevoir de l’aide de Jason Meredith (Peter Graves) qui n’est pas insensible aux charmes de la jolie veuve. Vient se greffer sur cette guerre des éleveurs une volonté de la part du Wyoming d’intégrer les États-Unis ; ce qui ne pourra pas se faire sans le vote des femmes qu’il va falloir se mettre dans la poche. Le combat de Josie vient bouleverser tous ces plans...

Analyse et critique

The Ballad of Josie - totalement méconnu dans nos contrées - est le cinquième western d'Andrew V. McLaglen, le précédent étant Rancho Bravo (The Rare Breed), marivaudage laborieux avec James Stewart et Maureen O’Hara et premier ratage du cinéaste dans le genre après les prometteurs Gun the Man Down, Le Grand McLintock (McLintock !) et surtout le très beau et très fordien Shenandoah (Les Prairies de l’honneur). Avec The Ballad of Josie, on arrive à trois westerns humoristiques sur cinq, seul McLintock ! réussissant ce difficile mélange entre comédie et western grâce notamment à un scénariste beaucoup plus chevronné que les deux suivants - issus de la TV -, l’immense James Edward Grant, éternel complice de John Wayne. Concernant le film dont il est question ici, le Duke avait d’ailleurs été pressenti pour donner la réplique à Doris Day qui arrivait alors sans encore le savoir à la fin de sa carrière cinématographique - seuls deux autres longs métrages allaient suivre. Malheureusement - et pour nous spectateurs aussi - la rencontre ne s’est pas faite malgré une forte envie de part et d’autre.

A la place de John Wayne, on a un Peter Graves - le Jim Phelps de la série Mission : Impossible - finalement très convaincant, tout comme George Kennedy qui interprète l’autre personnage masculin principal. C’est d’ailleurs grâce aux comédiens qui l’ont entourée sur le plateau que Doris Day gardera un très bon souvenir du tournage, elle qui n’était pas du tout enchantée de faire ce film mais qui accepta de s'y engager pour son époux et producteur Martin Melcher, qui avait estimé que ce serait bien pour sa carrière et qui avait déjà signé le contrat. Comme à son habitude, elle entrera dans le rôle avec un grand professionnalisme même s’il lui manque cette étincelle qui faisait tout le sel de sa prestation inoubliable dans Calamity Jane (La Belle du Far-West) quatorze ans plus tôt. Dans ce western humoristique, elle tenait déjà le rôle d’une femme forte et indépendante dans l’Ouest sauvage. En 1958, George Marshall réalisait un western rythmé, détendu et plein de fantaisie avec pour toile de fond la guerre entre éleveurs d’ovins et de bovins, le très sympathique La Vallée de la poudre (The Sheepman) avec Glenn Ford et Shirley MacLaine. Le Ranch de l’injustice reprend un peu de ces deux films, mélange de western féministe - avec cette femme indépendante décidant de prendre en charge son destin sans une quelconque aide masculine - et d’intrigue sur fond de discorde entre éleveurs de boeufs et de moutons. Sauf que contrairement au premier, il ne s’agit cette fois pas d’un western musical - faute de goût et déception au bout du compte pour les fans, même la chanson-titre du générique n’est pas interprétée par Doris Day mais par Ronnie Dante - et qu’à l’inverse du second, l’ensemble se révèle plus laborieux que savoureux.

Certes, Le Grand McLintock n’était pas d'une grande subtilité et pourtant il se suivait avec un constant sourire aux lèvres tellement l’entourage de John Wayne et l'équipe dans son ensemble paraissaient s'être pris au jeu, les acteurs semblant s'être amusés comme des petits fous, leur bonne humeur s'étant avérée vite communicative. Quant au cinéaste, il filmait le tout avec efficacité et vitalité. Ce n’était plus du tout le cas concernant Rancho Bravo, le divertissement ne se révélant plus vraiment amusant mais au contraire assez sinistre ; si The Ballad of Josie l’est un peu moins c’est surtout grâce à un casting de premier ordre. Mais là où l'on s’amusait (McLintock !), emportés par la vitalité de l’ensemble, on se prend au contraire ici à trouver le temps long faute à un scénario guère captivant - l’auteur n’ayant quasiment travaillé que pour la télévision, le format court était certainement plus compatible avec ses possibilités - et à une mise en scène assez indigente, excepté à deux ou trois occasions au cours desquelles McLaglen retrouve le lyrisme qui prévalait souvent dans Shenandoah et notamment lorsqu’il se met à filmer en extérieurs dans les paysages vallonnés et verdoyants où va se dérouler le conflit entre les deux éleveurs que sont George Kennedy et Doris Day.

On peut également trouver un certain intérêt dans la sous-intrigue politique qui narre la tentative de l’Etat du Wyoming d’intégrer les USA ainsi que par son côté western féministe défendant les droits de la femme, même si la dernière image vient brutalement balayer ces bonnes intentions : Josie jette ses jeans dans le feu de cheminée comme pour dire qu’une femme devrait se trouver un époux, rester derrière ses fourneaux et ne pas se mêler du travail des hommes. Autre côté sympathique du film outre ses comédiens - en plus des trois têtes d'affiche, on a le plaisir de retrouver non moins que des dizaines de "célèbres" seconds rôles tels Andy Devine pour sa dernière apparition à l’écran, mais aussi William Talman, David Hartman, Elizabeth Fraser, Paul Fix, Don Stroud, Harry Carey Jr. -, le fait qu’il n’y ait aucun mort hormis le mari volage au tout début (une mort très "splastickienne" d’ailleurs) ni quasiment aucune violence, le personnage de Josie préférant arrêter le combat lorsqu'elle s'aperçoit que celui-ci pourrait causer des morts, des destructions et l'empêchement pour le Wyoming de faire partie des États-Unis.

Un western gentillet et très anachronique en ce début d’année 1967 - il n’est d’ailleurs sorti qu’en double-programme avec La Symphonie des héros (Counterpoint) de Ralph Nelson -, aux effets comiques un peu lourds et ne bénéficiant pas d’un scénario spécialement passionnant malgré quelques bonnes idées et intentions. Le "cul entre deux chaises", ayant du mal à louvoyer entre burlesque et grand sérieux, The Ballad of Josie est un film très bancal qui, même s’il pourra faire passer un agréable moment grâce aux acteurs et à de beaux paysages, s’avère objectivement bien médiocre. Doris Day le décrivait d’ailleurs de la sorte : "Nothing more than a second-rate television western that required me to get up at four-thirty every morning."

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La fiche IMDb du film
Par Erick Maurel - le 14 janvier 2017