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Critique de film
Le film

Le Canard à l'orange

(L'Anatra all'arancia)

Partenariat

L'histoire

Mariés depuis dix ans, Lisa et Livio aiment les aventures faciles et se trompent mutuellement. Livio apprend par hasard que Lisa le trompe avec un playboy milliardaire : cette nouvelle le frappe de plein fouet. Désirant passer pour un mari moderne et libéré, il invite son rival à passer un week-end chez eux. Pour susciter la jalousie de Lisa, il propose la même chose à sa jolie secrétaire...

Analyse et critique


Totalement inconnu en France, Luciano Salce est un artiste accompli : tour à tour comédien, metteur en scène, compositeur, scénariste et réalisateur, c’est une figure particulièrement atypique. Surtout connu pour Fantozzi (1975) et Il secondo tragico Fantozzi (1976) qui donnèrent lieu à huit suites (jusqu’en 1999), il a tourné une trentaine de comédies, toutes couronnées de succès, toutes populaires en Italie. En 1975, le producteur Mario Cecchi Gori l’engage pour adapter une pièce de théâtre, The Secretary Bird. Pièce comique sans être originale, au marivaudage assumé et aux équivoques attendues, elle vient d’être remaniée par Marc-Gilbert Sauvajon. Pour donner de la force à un scénario plein de faiblesses, Luciano Salce pourra compter sur un duo ravageur : Monica Vitti et Ugo Tognazzi. Monica Vitti, qui n’a tourné que dans des films d’Antonioni ou dans des films dits "sérieux", veut prouver qu’elle sait aussi faire rire. Ce sera donc sa première véritable comédie, son premier rôle comique. Ugo Tognazzi, quant à lui, accepte le rôle plus par amitié que par défi : il a déjà tourné avec Luciano Salce, ils sont amis, et Monica Vitti lui est familière. Emballé, c’est pesé !


Nos deux acteurs vont donc devoir se démener, tant l’intrigue a déjà été vue et revue. Pour résumer, disons que Lisa et Livio forment un couple pseudo-libertin, vulgaire et distant, multipliant, chacun de leur côté, les aventures éphémères. Jusqu’au jour où Lisa, qui n’en peut plus, annonce à  Livio son désir de divorce et son envie de quitter l’Italie avec un Français. Son mari, machiavélique et sûr de lui, la prend au mot et lui propose de passer un dernier week-end à trois. Pour parler, détendre l’atmosphère, et « faire les choses de manière civique et moderne. » Bien sûr, au dernier moment, il fait intervenir sa secrétaire, la voluptueuse (et idiote) Patty. Tout cela dans le but de ridiculiser Jean-Claude, l’amant transi, et de ranimer la flamme de leur couple. Un vaudeville à quatre, donc, archi-classique, et qui sera l’occasion de glisser quelques bons mots et quelques scènes coquines, typiques de la comédie à l’italienne des années 1970.


Monica Vitti et Ugo Tognazzi s’en sortent à merveille. Lui est, comme à son habitude, très à l’aise dans son rôle de pince-sans-rire. Son talent n’est plus à démontrer et il n’a qu’à faire le minimum pour, déjà, captiver l’attention. Elle, développe des qualités comiques qui auront, depuis, été exploitées à leur maximum. Elle recevra d’ailleurs le David di Donatello 1976 de la meilleure actrice, ainsi que le Ruban d’argent 1976 de la meilleure actrice, preuve s’il en est de ses potentialités. Les deux sidekicks que sont Barbara Bouchet et John Richardson sont moins convaincants. Allemande, habituée des seconds rôles dénudés, Barbara Bouchet a tout de même incarné la Miss Moneypenny de Casino Royale, ainsi que la Patrizia de La Longue nuit de l’exorcisme de Lucio Fulci. Seulement, déçue de n’être contactée que pour sa plastique étonnante, elle se détourne peu à peu du cinéma pour se reconvertir dans le fitness... John Richardson, dans un autre registre, n’a jamais su faire décoller sa carrière : pressenti pour succéder à Sean Connery dans la saga James Bond, il a tourné dans des films italiens (Le Masque du démon, La Bataille des étoiles...) ou britanniques (La Déesse de feu, Un million d’années avant J.C., La Déesse des sables...) sans arriver se faire un véritable nom. Luciano Salce les utilise pour mettre en avant le duo Vitti / Tognazzi qui s’en donne à coeur joie et cabotine comme il se doit.


Propre et rythmée, la réalisation s’autorise quelques extravagances et idées originales, comme ces flash-back grossiers et sanglants, illustrant l’univers fantasmatique de nos deux protagonistes. Ou un running gag, macabre et absurde, qui consiste à allumer la télévision pour écouter un flash d’actualité consacré à une catastrophe civile ou militaire, en Italie ou dans le monde. Quelques scènes sont inoubliables, comme celle où Monica Vitti torture le pauvre fessier de Barbara Bouchet, ou comme celle où les deux couples se provoquent sur une piste de danse. Sans faire de vagues, Luciano Salce coche toutes les cases d’une bonne comédie à l’italienne. Il se permet même d’en rajouter, tant dans le décor que dans le ton : kitsch et risible, la propriété de Lisa et Livio est en elle-même une charge contre la nouvelle bourgeoisie. La musique, enfin, achève de ridiculiser les situations et les protagonistes : de mauvais goût, lancinante et doucereuse, elle accompagne à merveille les cabrioles de Monica Vitti et la moue d’Ugo Tognazzi.

Taquin, faussement méchant et vraiment bouffon, Le Canard à l’orange est une bonne comédie. Vite regardée, vite oubliée, elle s’appuie sur un excellent duo d’acteurs, des seconds rôles sympathiques, des situations grivoises et une mise en scène efficace. On aimerait d’ailleurs pouvoir apprécier d’autres films de Luciano Salce. En bref : à regarder armé d’un Spritz !


En savoir plus

La fiche IMDb du film
Par Florian Bezaud - le 7 septembre 2017